Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès
Mardi 13 mars – Dans la prison de Jeanne. Jeanne révèle le signe
Jean de La Fontaine, sur le mandement de l’évêque, conduit l’interrogatoire. Les juges disposent d’une information susceptible mettre Jeanne en difficulté une nouvelle fois de car elle provient de la famille de Jeanne, ou de relations très proches. Dans un rêve, le père de Jeanne la vit partir avec des gens d’armes. Le pauvre homme fut tellement horrifié qu’il demanda à ses fils de noyer leur sœur si ce songe devait se réaliser. Et s’ils ne le faisaient pas, il y procéderait lui-même.
Les juges lui demandent si c’est à la requête de Robert de Baudricourt qu’elle prit l’habit d’homme – la réponse est non : « Tout ce que j’ai fait de bien, je l’ai fait par le commandement des voix ». Elle est interrogée sur la
manière dont elle voulait délivrer le duc d’Orléans 57, prisonnier en Angleterre depuis Azincourt. Avec une assurance qui confine à la forfanterie, elle répond « qu’elle eut assez pris d’Anglais pour le ravoir, et si elle n’eut assez de ses prises en deçà, elle eut passé la mer pour l’aller quérir à puissance en Angleterre. »
L’interrogatoire du jour se termine par une nouvelle demande sur le signe qu’elle donna à son roi. Jeanne répond que sur ce sujet, elle aura conseil de sainte Catherine.
Mardi 13 mars – Dans la prison de Jeanne. Jeanne révèle le signe
Sont présents Pierre Cauchon, Jean Le Maistre, Jean de La Fontaine, Nicolas Midi, Gérard Feuillet, Nicolas de Hubent et Isambard de La Pierre.
L’amplitude du procès change. Jean Le Maistre est désormais en possession des lettres d’habilitation de l’inquisiteur de France qui le délègue comme vicaire dans le procès de Jeanne (voir séance du 12 mars). Il s’estime donc légalement habilité à siéger au procès pour lequel il sera assisté d’Isambard de La Pierre et de Martin Ladvenu. Jean Le Maistre ordonne Jean d’Estivet comme promoteur de la Sainte Inquisition, John Grey, écuyer du roi et John Berwoit comme gardiens de la prison et Jean Massieu comme exécuteur des citations et convocations. Ces personnages, déjà nommés par l’évêque, sont donc confirmés par le vicaire de l’inquisition, ce qui donne pleine force juridique au procès. Ils lui prêtent serment d’exercer fidèlement leurs offices. Il est à noter que les nominations de Jean d’Estivet et de Jean Massieu font l’objet de lettre de la part du vicaire de l’inquisition, ce qui n’est pas le cas pour les gardiens de prison qui relèvent du gouverneur anglais.
Ces formalités accomplies, Pierre Cauchon et Jean Le Maistre vont procéder ensemble à l’interrogatoire de Jeanne qui sera presque exclusivement consacré au signe. Alors que Jeanne s’était refusée à toute révélation à Chinon aussi bien qu’à Poitiers qu’au début du procès de Rouen, brusquement, elle se lâche. Pénétrant dans le champ du mystère, elle s’applique à une description minutieuse mais hors de toute réalité terrestre, qui n’est pas sans rappeler la vie des saints dans La Légende dorée.
Le signe, ce fut l’ange qui apporta la couronne au roi en l’assurant « qu’il aurait tout le royaume de France avec l’aide de Dieu et moyennant le labeur de Jeanne » à qui il fallait donner des gens d’armes. Incrédules les juges demandent à Jeanne si depuis hier elle a parlé à sainte Catherine. La Pucelle confirme qu’elle s’est bien entretenue avec la Sainte qui lui a conseillé de répondre hardiment aux juges sur ce qui lui demanderont concernant le procès. Les juges sont évidement avides de connaître tous les détails du déroulement du prodige et Jeanne répond bien volontiers à leurs demandes. Il ressort de son récit que l’ange a remis la couronne à l’archevêque de Reims, qui la remit au roi, en présence de Jeanne. La scène se déroula dans la chambre du roi au château de Chinon. Jeanne accepte même de donner des précisions sur la couronne : « Il est bon à savoir qu’elle était d’orfin ; et c’était une couronne si riche ou opulente qu’elle ne saurait dénombrer ou apprécier les richesses qui se trouvent en elle ; et cette couronne signifiait que son roi tiendrait le royaume de France. »
Les juges s’inquiètent de savoir si l’ange venait de haut ou s’il venait par terre. Jeanne précise que « depuis la porte, l’ange marchait et allait sur terre en venant vers le roi ». Les juges qui veulent des précisions demandent quel espace il y avait de la porte au lieu où était le roi. Jeanne l’estime à la longueur d’une lance ; elle précise que quand l’ange vint, elle l’accompagna et alla avec lui par les degrés à la chambre du roi et que l’ange entra le premier, puis elle-même.
Quant à la figure et la taille de l’ange, Jeanne affirme qu’elle n’a pas la permission de le dire mais qu’elle répondra le lendemain. Les juges lui demandent si ce fut par son mérite à elle que Dieu lui envoya l’ange. Elle répond que l’ange venait pour une grande chose, donner secours aux bonnes gens de la ville d’Orléans. Pourquoi elle plutôt qu’une autre pour délivrer ce message ? Réponse : « Il a plu à Dieu ainsi faire par une simple pucelle pour repousser les adversaires du roi ».
L’interrogatoire se termine par des questions concernant l’action militaire de Jeanne. Est-ce suite à des révélations qu’elle a attaqué Paris, La Charité et Pont l’Évêque ? Jeanne affirme qu’elle s’en est pour l’essentiel remis à la requête des gens de guerre mais en ce qui concerne Paris, alors que les gentilshommes voulaient faire une escarmouche ou une vaillance d’armes, « elle avait bien l’intention d’aller outre et de passer les fossés de Paris ». La Pucelle ne renie pas sa nature de fonceuse. Mais lorsqu’on lui demande si elle fit bien l’aller à l’assaut le jour de la fête de la Nativité de la Vierge, elle assure : « qu’il lui semble en conscience que ce serait bien fait de garder les fêtes de Notre Dame du commencement jusqu’à la fin ».