La méthode Cohen

Jean-Michel COHEN · Chapitre 4 sur 27

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La méthode Cohen

Partie 1 - Tout ce qu'il faut savoir avant de commencer à maigrir

PARTIE 1

 

TOUT CE QU’IL FAUT SAVOIR

AVANT DE COMMENCER

À MAIGRIR

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LA BEAUTÉ

 

Nombreuses et nombreux sont ceux qui vivent dans l’insatisfaction permanente afin d’obtenir une silhouette imaginaire. Combien de douleurs, d’efforts, de frustrations pour tenter d’atteindre ce qui n’est en réalité qu’une illusion ? Laissons-nous inspirer par la sagesse de ce texte sur la véritable beauté.

 

Celui qui veut s’y prendre comme il convient, doit, dès son jeune âge,

commencer par rechercher les beaux corps. D’abord, s’il est bien

dirigé, il doit n’en aimer qu’un seul, et là concevoir et enfanter de

beaux discours. Ensuite il doit reconnaître que la beauté qui réside dans

un corps est sœur de la beauté qui réside dans les autres. Et s’il est

juste de rechercher ce qui est beau en général, notre homme serait bien

peu sensé de ne point envisager la beauté de tous les corps comme une

seule et même chose. Une fois pénétré de cette pensée, il doit faire

profession d’aimer tous les beaux corps, et dépouiller toute passion

exclusive, qu’il doit dédaigner et regarder comme une petitesse. Après

cela, il doit considérer la beauté de l’âme comme bien plus relevée que

celle du corps, de sorte qu’une âme belle, d’ailleurs accompagnée de

peu d’agréments extérieurs, suffise pour attirer son amour et ses soins,

et pour qu’il se plaise à y enfanter les discours qui sont le plus propres

à rendre la jeunesse meilleure. Par là il sera amené à considérer le

beau dans les actions des hommes et dans les lois, et à voir que la

beauté morale est partout de la même nature ; alors il apprendra à

regarder la beauté physique comme peu de chose.

Platon, Le Banquet (traduction de Victor Cousin)

 

Petite histoire de la silhouette

Reprenons l’évolution de la silhouette au travers des siècles passés pour essayer d’en tirer une leçon. Contrairement à une idée reçue, la minceur ou le surpoids ont coexisté tout au long de l’histoire. Le contexte économique a toujours été un critère important puisque plus le travail physique était conséquent, moins le risque de surpoids existait. Ce sont notre civilisation et notre société qui définissent régulièrement un modèle idéal.

À l’ère paléolithique, d’après les rares images qui existent, la femme est plutôt petite avec des jambes courtes et des formes très généreuses. On parlerait aujourd’hui d’un véritable surpoids.

Au néolithique, la féminité est symbolisée par des formes démesurées qui incarnent le désir sexuel, mais également la maternité. Même si l’on n’est pas complètement sûr de la réalité de l’obésité de ces femmes à cette période, la nécessité d’être grosse perdurera dans de nombreuses sociétés, comme en Amazonie où la beauté se caractérise par une forte corpulence, au Japon où les sumos sont rois, ou en Afrique noire où l’on pratique le guru walla (cette tradition consiste à enfermer un jeune adulte de sexe masculin pour lui faire consommer une alimentation trois fois supérieure à ce qu’il mange d’habitude ; plus il prend de poids, plus il est encensé). Toutefois, l’idéal de beauté n’est pas figé et l’on trouve à la même période des représentations de femmes beaucoup plus minces.

C’est plus tard, avec les Grecs, qu’apparaissent des silhouettes construites avec des lois géométriques. La civilisation hellénique, obsédée par les chiffres, veut absolument les utiliser dans tous les cas de figure, y compris le modèle corporel. La Vénus de Milo possède une généreuse poitrine et des hanches développées. Elle n’est pas obèse mais plantureuse. D’ailleurs, dans les textes grecs de l’époque, l’obésité est tournée en dérision.

Au Moyen Âge, le corps féminin possède un ventre long, des seins petits et des hanches généreuses, comme si la maternité était redevenue le critère principal de l’idéal féminin.

À la Renaissance, le modèle grec revient en force. Si les formes sont généreuses, la silhouette reste élancée. C’est une période où il est possible d’être aussi bien gros que mince, les deux représentations coexistant. On célèbre, cependant, les femmes plantureuses (Ronsard parle de la « gorge grassette » de sa maîtresse).

Cette tendance à la célébration de ces deux critères de beauté se modifie au début de la Révolution française. L’élégance se symbolise désormais par la minceur avec, au besoin, des restrictions alimentaires. Rousseau, quant à lui, exprime son désir de femmes plus rondes, mais avec une alimentation correcte et surtout des exercices physiques pour faciliter la maternité et améliorer la santé.

Le e XIX siècle est marqué économiquement par la fracture entre les pauvres et les riches. La richesse est associée au surpoids, la minceur à la pauvreté. L’idéal féminin est incarné par une femme de type sablier, taille étroite, bassin large, seins opulents. La méthode du corset connaît son apogée.

C’est au e XX siècle que débute l’idéal de la maigreur, qui incarne la sensibilité. Dans les cercles littéraires, on commence à jeûner pour maigrir. La femme devient sportive, active, plus mince que la « bourgeoise », image délétère d’une femme inactive, soumise totalement à l’autorité et qui ne pense qu’à manger. Le féminisme s’associe à la minceur. La dévalorisation du « gros » est entamée ! Le modèle de la « garçonne », avec des formes très masculines, devient le champion de l’idéal de beauté. Après la femme sablier, voilà la femme tube !

Les formes féminines reviennent à la mode grâce aux vedettes du cinéma hollywoodien : Marilyn Monroe en est l’incarnation parfaite. Cela dure quelques années, mais tout change encore une fois.

Dans les années 1970, les reines de beauté sont de plus en plus maigres. Les mannequins deviennent les modèles de la représentation féminine, avec un corps quasiment impossible à atteindre pour la quasi-totalité de la population. Moulés dans leurs jeans, les corps des garçons et ceux des filles se confondent parfois dans les publicités. Ce modèle sera largement contesté par les campagnes contre l’anorexie, mais également par une part de la société qui a du mal à accepter l’égalité des sexes, qui se manifeste au travers de cette image et qui casse le concept de la différence homme-femme. La résistance dure peu car apparaît un modèle nouveau.

Aujourd’hui, la femme n’est plus seulement mince. Elle se doit d’être sportive, musclée et subit la pression incessante d’une volonté qui est en réalité celle de la collectivité. La pseudo-détermination de lutte contre l’obésité des pouvoirs publics, la prolifération des salles de sport, la promotion de la santé, le désir de la jeunesse éternelle vont probablement installer pour le moment cette image. L’évolution vers l’égalité des sexes fera émerger un modèle de femme, qui, tout en étant féminine, sera plus proche de la silhouette de l’homme.

 

L’idéal corporel

Il se construit principalement de deux façons. D’un côté, le contexte économique provoque parfois l’obligation de manger et de manger le plus possible en cas de restrictions alimentaires, pour prévenir la famine. De l’autre, la représentation du corps est définie par les artistes – qu’ils soient sculpteurs, dessinateurs, peintres ou, plus encore aujourd’hui, cinéastes, photographes – et désormais par les réseaux sociaux.

Ceux qu’on appelle les « influenceurs » sont en train de dessiner le corps idéal d’aujourd’hui. Photographes d’un corps imaginaire, ils ont de surcroît la possibilité, à la façon du peintre, de modifier leur silhouette grâce aux logiciels de correction photographique. Plus grande sera la notoriété ou la force de cet influenceur, plus vite il imposera lui-même ce modèle de beauté. Schopenhauer disait que la vie est un pendule qui évolue de l’insatisfaction à l’ennui. On se demande si l’influenceur n’est pas dans le monde de l’ennui et son suiveur dans celui de l’insatisfaction.

Face à ce mécanisme se développe un modèle de contestation. Un mot apparaît, la « grossophobie » (nous y reviendrons dans le chapitre consacré au poids). Parallèlement à la volonté de lutter contre cette forme de discrimination à l’égard de l’obèse ou du gros, on tente également de mettre en valeur une femme aux formes plus développées, pas complètement obèse, mais en vrai surpoids, avec une silhouette qui se rapproche de celle de la Renaissance. Ce n’est pas nouveau, puisqu’il y a quelques années, un mannequin obèse s’affichait dans des publicités sur les murs de Paris. L’effet fut notoire et tout le monde en a parlé, mais un an plus tard, tout était oublié. Il faut dire que l’obésité reste encore pour le moment minoritaire dans notre pays, et que les groupes militants n’ont pas assez de visibilité pour pouvoir obtenir un résultat face à la pression générale.

Une certaine forme d’hypocrisie règne au sein des marques et des publicitaires qui font la promotion des femmes rondes ou obèses, soi-disant pour protéger la femme du diktat de la minceur, mais surtout pour s’offrir une image de lutte contre la discrimination. De la même façon, certains journaux mettent en couverture une femme grosse ou ronde mais ne le font qu’une seule fois, pour le fameux buzz ! Il est difficile de changer la société et la volonté de minceur ou de maigreur, en tout cas à notre époque, puisque c’est un vœu collectif.

Miroir, mon beau miroir

Le miroir a toujours été un symbole important. Le téléphone portable remplit désormais ce rôle. Il est notre miroir, mais il est également maintenant l’image offerte en miroir à tous ceux qui la regardent. Il fixe pour chacun d’entre nous nos désirs, incarnant à la fois ce que nous sommes et ce que nous voudrions être. Ces photos envoient à l’autre ce qu’il devrait être et ce qu’il n’est pas. Ce décalage crée la frustration et amplifie le désir de se contraindre à vouloir un corps parfois impossible à atteindre, au prix de n’importe quelle privation.

Pourtant quand on relit le texte du Banquet de Platon, on voit combien la beauté est un critère subjectif qui ne concerne pas seulement le corps, et peut-être encore moins le corps que le reste. Mais cette approche essentiellement philosophique se trouve confrontée à la puissance de l’extérieur. Autrefois plus modeste, cette imprégnation est devenue désormais très violente du fait du règne de l’image. Avant, une publicité était offerte à tous les regards, dans un environnement ouvert. Aujourd’hui, elle est personnalisée : chacun regarde la sienne sur son écran, dans son intimité, vivant en solitaire la douleur de n’être pas le modèle que l’on regarde.

Dans un tel contexte, toutes les tentatives de remettre en valeur les formes auront du mal à triompher, malgré les vœux pieux les plus sages. Je le vois au quotidien. J’ai toujours soutenu l’idée que le poids idéal était celui où l’on se trouve soi-même beau et heureux. Si je recueille en général l’approbation de mes patients dans l’intimité du bureau, une fois confrontée à l’extérieur, ma parole perd de sa force et le désir de maigrir à tout prix revient au grand galop. Notre propre image a tendance à se construire sur l’image des autres, ce qui explique d’ailleurs la déraison dans la pratique des régimes car seul le résultat compte.

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