La méthode Cohen
C'est quoi la graisse ?
Contrairement à une idée largement répandue, la graisse peut être quasiment comparée à un organe, au même titre qu’un poumon, un cœur, un foie… Cette zone molle que nous pouvons attraper entre nos deux doigts est en réalité un tissu vivant. Elle sécrète des hormones, subit des modifications tout au long de la vie, varie d’un individu à un autre. Le taux de graisse dépend entre autres de l’âge ou du niveau d’activité sportive. Ces taux sont globalement plus élevés pour les femmes adultes (de 14 % pour les plus athlétiques à 31 %, avant le seuil d’obésité) que pour les hommes adultes (de 6 à 24 %).
La graisse a une véritable utilité. Elle est une réserve énergétique qui sert fortement en période de famine pour délivrer les calories nécessaires à la survie. Elle est également un des moteurs principaux de la cicatrisation.
Tout savoir sur les adipocytes
Les cellules qui composent le tissu graisseux s’appellent les adipocytes. Elles sont six à dix fois plus grandes que les cellules habituelles de l’organisme et contiennent des lipides à l’intérieur. Une fois le repas fini, le sucre et les lipides d’origine alimentaire circulent dans le sang pour rejoindre les adipocytes qui les transforment en graisse. Ainsi, en cas de déséquilibre alimentaire, lorsque l’on mange plus que ce que l’on dépense, la taille des adipocytes augmente, le poids également et donc nous grossissons. Au moment d’un régime, ou même d’un exercice physique, pour compenser la dépense d’énergie, les adipocytes libèrent leur stock pour être utilisé par les autres cellules comme un carburant. Le volume des adipocytes a diminué, le poids également : nous maigrissons.
Pendant longtemps, on a cru que notre stock d’adipocytes était défini pendant notre enfance et notre adolescence. On pensait que les adipocytes étaient des cellules qui grossissaient et qui maigrissaient sans variation de leur nombre. Cette hypothèse était fausse car l’apparition de nouvelles cellules adipocytes peut survenir tout au long de la vie. C’est par exemple un phénomène fréquent au moment de la grossesse, mais aussi à beaucoup d’autres dates hormonales, telles que la ménopause, les prises de médicaments, mais aussi les cures amaigrissantes à répétition. Cependant, une fois apparues, même en cas de cure d’amaigrissement, elles ne disparaîtront pas. Cette augmentation du stock de cellules disposées à stocker des graisses rend la perte de poids plus difficile, d’où l’intérêt de ne pas démultiplier le nombre de régimes. En fait, ces nouvelles petites cellules existent déjà dans notre corps, sans être définies comme des cellules de graisse. Quand les graisses qui circulent sont trop nombreuses pour les adipocytes en circulation, elles se transforment alors pour servir d’espace de stockage supplémentaire.
La part de la génétique réside dans le nombre de cellules de graisse présentes dans le corps depuis la naissance jusqu’à la fin de la grande adolescence. Mais on voit bien que les événements de la vie, en raison de l’existence de ces petites cellules qui peuvent se différencier en cellules de graisse, permettent à chacun d’augmenter son capital de stockage. C’est ce qui explique que, même mince à l’adolescence, on puisse par la suite développer un surpoids ou une obésité difficile à contrôler. Mais cela explique aussi pourquoi on est plus à risque de développer une obésité ou un surpoids lorsqu’on a une génétique moins favorable.
Des différences homme-femme Il y a une différence flagrante entre les hommes et les femmes au niveau de la composition corporelle. Une femme, de façon physiologique, est naturellement deux fois plus grasse qu’un homme. La disposition de la graisse se situe essentiellement dans la partie basse du corps : le bas-ventre, les fesses, les hanches et les cuisses, ce qui est en fait une différenciation sexuelle. Chez un homme, la graisse se concentre surtout sur la partie haute du corps depuis l’abdomen jusqu’à la nuque.
Généralement – je précise qu’il s’agit d’une moyenne –, l’apparition d’un surpoids ou d’une obésité se manifeste exactement de la même façon. L’homme va grossir du haut du corps et la femme du bas du corps. Voilà pourquoi une obésité du bas du corps est dite gynoïde, alors qu’une obésité du haut du corps est dite androïde. Cette définition a été utile pour apprécier l’état de santé. Bien sûr, plus nous sommes gros, plus grands sont les risques pour la santé. Mais la localisation de la graisse reste l’outil principal pour définir la dangerosité d’un surpoids ou d’une obésité. Ainsi un homme qui aurait une disposition de la graisse comparable à celle d’une femme est moins « à risque » et inversement une femme qui aurait une augmentation dédiée vers le haut du corps serait plus à risque. En effet, la graisse située au niveau du haut du corps et dans l’abdomen se trouve au contact des organes les plus nobles, comme le foie, le pancréas, l’estomac. Cette graisse présente au contact des organes est intéressante car elle se libère plus rapidement que les autres graisses, mais inversement en se libérant dans le circuit sanguin, elle perturbe le fonctionnement du foie et l’action de l’insuline. En avoir un peu est très utile, en avoir trop devient dangereux. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est plus difficile de perdre la graisse située au niveau des membres ou des fesses, car elle ne se libère que plus tardivement. C’est toute la difficulté des gens qui ont des culottes de cheval ou une graisse périphérique très importante, pour lesquels seul un temps long de régime sera efficace afin d’éliminer ces zones de graisse qui sont celles qui torturent le plus, notamment les femmes.
Le rôle des hormones sexuelles
Mais pourquoi la disposition harmonieuse de la graisse chez une jeune fille avant la puberté peut-elle brutalement changer au moment de celle-ci ? La réponse réside dans l’intervention des hormones sexuelles. Les hormones sexuelles féminines agiront essentiellement au niveau des cuisses et des hanches, provoqueront la multiplication de ces petites cellules qui vont former plus tard les adipocytes, les cellules de graisse. Une fois constituée, la disposition de la graisse ne changera pas jusqu’à la ménopause. À ce moment-là, la diminution de la sécrétion des hormones effacera le caractère spécifique de la disposition de la graisse. Ainsi, il y aura une diminution des zones graisseuses sur les cuisses et les fesses au profit d’une répartition plus importante au niveau de l’abdomen : ce petit coussin sous le nombril qui hante les femmes au moment de la ménopause. Assez curieusement, plus une femme est forte et plus elle conserve la disposition gynoïde de sa graisse. En effet, le tissu graisseux a pour particularité de pouvoir transformer d’autres hormones en hormones féminines qui prennent ainsi le relais des ovaires qui ne sécrètent plus. Donc plus il y a de graisse, plus il y aura d’hormones féminines.
À l’inverse chez l’homme, les androgènes empêchent la formation des adipocytes. C’est donc le rapport entre les hormones sexuelles mâles et femelles qui va influencer la localisation de la graisse. C’est un phénomène assez rapide que l’on observe chez les athlètes dopés avec de la testostérone. La génétique interviendra aussi puisque la définition des différents taux d’hormones est responsable de la définition de la silhouette.
On comprend également ainsi l’intérêt de l’activité physique qui, mobilisant plus rapidement la graisse abdominale, permet de réduire le risque sur la santé.
La graisse, indispensable à la vie
La graisse apparaît chez le fœtus dès la fin du troisième mois de grossesse, pour atteindre 17 % du poids de l’enfant qui va naître. Puis la quantité augmente, tant que l’enfant ne bouge pas, avant de diminuer progressivement pour revenir aux alentours des 17 % vers six ans. Déjà à cet âge-là, la petite fille possède plus de graisse que le garçon, elle doublera après la puberté. Les enfants des deux sexes ont une disposition de la graisse identique et c’est seulement à la puberté que la graisse corporelle va diminuer de moitié dans la partie inférieure du corps du petit garçon contrairement à la petite fille.
Cette graisse reste, pour la plupart des espèces, le seul système possible pour stocker des calories et les délivrer en cas de besoin, notamment d’absence de nourriture. La graisse a donc permis à l’humanité de survivre à la plupart des catastrophes. La nature est bien faite puisqu’elle a choisi la graisse plutôt que le sucre comme système de réserve, car la graisse occupe un moindre espace pour stocker un maximum de calories. En effet, si un gramme de sucre vaut quatre calories, un gramme de graisse vaut neuf calories. Un homme de 80 kg possède une réserve de plus de 100 000 calories sous forme de graisse, soit l’équivalent de 50 jours de privation alimentaire !
L’être humain stocke la graisse dans le tissu adipeux au lieu du foie, contrairement aux animaux à sang froid par exemple (les poissons, les reptiles…). Mais l’homme étant un animal à sang chaud, il lui faut une température corporelle constante et c’est le tissu adipeux, en stockant les calories, qui lui permet de les distribuer selon les besoins. Le monde animal fournit des exemples tout à fait admirables. Quand les manchots empereurs s’installent pour couver leurs œufs, ils arrêtent de manger et utilisent leur stock de graisse pour couvrir leurs besoins. Dès que ce stock diminue trop, quel que soit le stade de leur couvaison, ils repartent immédiatement pour pouvoir s’alimenter et reconstituer les stocks afin d’éviter la mort.
La graisse est donc un système de tissu d’ajustement qui permet de disposer en permanence d’une réserve de calories et s’adapte aux situations telles que l’effort physique ou la variabilité de la prise alimentaire. Nous sommes la seule espèce pour laquelle il existe une variation importante au niveau de la disposition du corps. Les autres espèces comparables, par exemple les singes, ont une distribution de la graisse corporelle quasiment identique chez le mâle et la femelle. À l’origine de l’espèce humaine, il est probable que la distribution de la graisse chez la femme se soit déterminée pour lui éviter la famine plus qu’aux hommes en raison de la nécessité de la maternité et de l’allaitement, tel que le rapportent les anthropologues.
La graisse brune
Un mot sur la graisse brune que l’on a tendance à oublier depuis quelque temps dans nos efforts de recherche. Cette variété de graisse se situe autour des plus gros vaisseaux sanguins et de nos organes nobles (cerveau, cœur, rein…) qui ne peuvent absolument pas subir une variation de température trop forte, sous peine de graves désordres. Cette graisse, au même titre que l’autre, sert à produire de la chaleur, mais sera utilisée en priorité vers ces organes. C’est le cerveau qui décide cela, pour contrôler sa propre température notamment. Concrètement, lorsque nous avons froid, nous nous efforçons de bouger pour produire une activité musculaire qui va engendrer de la chaleur en mobilisant les adipocytes et donc la graisse. Si cela ne suffit pas, notre corps se met à frissonner pour mobiliser les muscles superficiels, sans volonté de notre part, toujours pour produire de la chaleur et réchauffer notre corps. C’est à ce moment-là que le tissu brun est mobilisé, un peu comme un système d’urgence qui se met en place pour pallier la lenteur de la mobilisation de la graisse blanche.
Pourquoi est-ce une voie de recherche intéressante ? On s’est rendu compte que des rats qui grossissaient en se nourrissant à l’excès n’atteignaient pas le poids qu’ils auraient dû faire. Leur tissu brun s’emballe extrêmement vite pour les protéger et consomme très rapidement les calories absorbées pour produire le plus rapidement possible de la chaleur. Ces animaux, contrairement à l’homme, ne disposent pas du chauffage central, d’habits, de nos systèmes de protection contre le froid. Le seul dont ils disposent, c’est la graisse brune. Si nous arrivions un jour à augmenter cette graisse au détriment de l’autre, nous pourrions peut-être disposer d’un système de régulation de l’obésité…
La cellulite
Le terme cellulite est spécifiquement français, au point qu’aucune autre langue n’a d’équivalent. Il décrit l’accentuation du tissu adipeux au niveau des hanches, des cuisses et des fesses, avec un aspect que l’on a appelé capiton ou peau d’orange (comme si l’aspect de la cuisse était gaufré).
Sur le plan anatomique, chez la femme, la graisse des hanches et des cuisses est disposée sous forme de cloisons, parallèles entre elles et perpendiculaires à la peau. En fait, on observe l’apparition des compartiments graisseux sous la surface de la peau, quand ils sont trop volumineux. Une peau mince et une graisse épaisse sont un facteur favorable. Les hommes n’ont que très rarement de la cellulite car la graisse n’est pas cloisonnée, elle peut glisser et s’étaler plus facilement sous la peau.
Pour essayer de la faire disparaître, de nombreux systèmes sont sur le marché.
On connaît tous les crèmes amincissantes qui bénéficient chaque année d’une publicité saisonnière. Elles sont généralement composées de caféine, voire de théophylline, ou d’autres produits n’ayant jamais fait leurs preuves sur les cellules de graisse. La présence de substances comme la caféine ou la théophylline est la conséquence d’une expérimentation montrant que les membranes des cellules de graisse se brisent quand elles baignent dans un liquide contenant ces produits. Malheureusement, ce que les prétendus essais cliniques n’expliquent pas, c’est qu’il faut bien éliminer la graisse libérée quelque part, sinon elle part dans d’autres cellules. De surcroît, ce qui se voit dans un tube à essai ne correspond pas à ce qui se passe dans un corps humain. Pour les autres produits, il ne s’agit que de suppositions sans démonstration. On peut donc conclure sans mauvais esprit que ces crèmes n’ont aucun effet sur le tissu adipeux. Ne vous laissez pas avoir par les publicités au vocabulaire choisi qui ne présentent rien de scientifique. Par contre, l’avantage est que l’application de la crème nécessite un massage qui permet non seulement d’assouplir la peau, mais également de vous occuper de vous-même. Mais on pourrait le faire avec des crèmes moins onéreuses.
Les massages pratiqués par un kinésithérapeute présentent ce double avantage du massage traditionnel. Il peut parfois se coupler avec un drainage lymphatique et donc résoudre des problèmes veineux. Comme le but du jeu est d’obtenir un meilleur aspect, même si la diminution de la graisse n’est pas très importante, les effets sont bénéfiques. Rien à voir avec les appareils qui palpent et qui massent, à l’efficacité trop réduite pour un tel investissement.
Des méthodes simples peuvent aussi aider à limiter l’œdème autour des cellules de graisse : monter les escaliers pour améliorer le retour veineux, dormir les jambes en élévation légère, ne pas rester en station assise trop longtemps, diminuer la consommation de sel, augmenter l’activité physique avec de la musculation légère. Très fréquemment, on oublie également de dire que les vêtements trop serrés favorisent l’apparition de la cellulite.
La cryothérapie a été un espoir, rapidement dissipé. En effet, outre des résultats trop légers, les incidents se sont révélés plus fréquents que prévu avec des nécroses de la peau et des fibroses du tissu. À quoi sert de remplacer un désagrément par un autre ?
Ce que l’on appelle les draineurs n’a pas d’effet direct sur la cellulite mais plutôt sur l’œdème autour de la graisse. Ce sont des produits en général sans danger quand ils sont achetés dans des conditions légales, qui contiennent la plupart du temps des substances ayant pour effet d’augmenter de façon naturelle l’excrétion urinaire et donc l’eau. Ils présentent l’avantage de pousser à boire un peu plus. Si on ne se ruine pas à les acheter, pourquoi pas ?
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