La mort de Vivek Oji

Akwaeke Emezi · Chapitre 9 sur 27

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La mort de Vivek Oji

X. Vivek

X

 

Vivek

 

Toute ma vie, je me suis senti pesant.

J’ai toujours cru que la mort serait la chose la plus pesante qui soit, mais

ça n’a pas été le cas, absolument pas. Être en vie me faisait l’effet d’être

traîné dans du béton et d’y décrire des cercles, un béton humide qui se

solidifiait et séchait un peu plus à chaque rotation de mon corps récalcitrant.

Enfant, j’étais léger. Ce béton n’importait pas autant ; je m’y faufilais et

cela ressemblait peut-être même à un jeu, comme si je jouais simplement

dans de la boue, comme si la nature glissante de cet élément ne changerait

jamais, pas réellement. Et puis j’ai grandi, il a commencé à sécher sur moi,

et j’ai fini par me métamorphoser en un bloc irrégulier, m’ébréchant et

produisant des étincelles sur le sol bien dur, me détachant en gros fragments

douloureux.

Je voulais rester vide, comme l’aigle du proverbe, seul sur mon perchoir,

mes os emplis de poches d’air, mais la pesanteur m’a trouvé et je n’ai rien

pu y faire. Je n’arrivais pas à m’en débarrasser ; je n’arrivais pas à la

transformer, ni à la faire évaporer ni à la faire fondre. Pourtant distincte de

moi, elle s’est accrochée à l’intérieur de mon corps comme un parasite. Je

ne parvenais pas à savoir s’il y avait quelque chose qui clochait chez moi ou

si c’était juste ma vie – si c’était ce que les gens ressentaient, ni plus ni

moins, comme si du béton entraînait leur chair vers le bas pour la retirer de

leurs os.

Les crises étaient de courtes absences, de petits répits, ce dont j’ai fini par

être reconnaissant. Comme si enfin je pouvais me reposer après avoir été

forcé à garder les paupières ouvertes pendant des jours. Je les taisais à mes

parents, et j’ai laissé pousser mes cheveux en pensant que ma tête alourdie

allégerait le poids qui était en moi. Cela a marché – non pas en rendant quoi

que ce soit plus léger, non, mais en me donnant la sensation d’être plus équilibré, comme si un poids neutralisait l’autre et que la tension que je

supportais jusqu’alors en avait été amoindrie. Peut-être étais-je simplement

devenu le point d’appui, l’axe sur lequel tout pivotait, le tournant. Je ne sais

pas. Je sais seulement que je souffrais un peu moins à chaque centimètre de

cheveux que je refusais de couper.

Je croyais qu’ils allaient me protéger, mais, avec le recul, je me demande

vraiment de quoi.

 

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