La mort de Vivek Oji
XIV. Vivek
XIV
Vivek
Si je n’aimais pas déjà Osita, je l’aurais aimé pour ce seul soir-là. Pour
être venu me trouver, pour m’avoir ramené à la raison par ses baisers. Pour
s’être entièrement, violemment ouvert, pour m’avoir confié son secret.
Plus tard cette nuit-là, je me suis réveillé alors qu’il m’embrassait dans le
cou en prenant son temps. C’est avec douceur qu’il a empoigné mon caftan
pour le retrousser, avec douceur qu’il m’a touché de ses mains humectées
de salive, qu’il m’a pénétré – on aurait pu croire que c’était ma première
fois, pas la sienne.
Les draps glissaient de manière infime sous nos corps. J’ai tourné la tête
pour le regarder. « Je ne vais pas me briser, tu sais. »
Osita s’est lentement balancé en moi. « Je sais.
— Je suis sérieux. » J’avais du mal à réfléchir, tant sa peau m’enveloppait.
« Tu n’es pas obligé d’y aller mollo. »
Il s’est enfoncé davantage, merveilleusement, un centimètre après l’autre,
et j’ai gémi. « Je sais, a-t-il répété d’une voix chargée d’émotion. Pour
l’instant, prends déjà ça. »
Je sais ce qu’il se dit des hommes qui laissent d’autres hommes les
pénétrer. Des choses horribles ; des mots horribles. On les traite de femmes,
comme si cela aussi était censé être horrible.
J’entendais cela depuis le collège, et je savais ce que cette nuit-là devait
supposément faire de moi. Moins qu’un homme – une créature répugnante,
une créature faible et honteuse. Mais si ce plaisir était censé m’empêcher
d’être un homme, alors cela m’allait. Les autres pouvaient penser ce qu’ils
voulaient. Pour ma part, je prendrais la lumière aveuglante du contact de ses
mains, la paix bénie que je goûtais à le sentir si proche, et je cesserais d’être
un homme.
Je n’en avais jamais été un, de toute manière.
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