La mort de Vivek Oji

Akwaeke Emezi · Chapitre 4 sur 27

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La mort de Vivek Oji

Chapitre V

 

Après la mort de Vivek, Osita se rendit à Port Harcourt et but tant et si

bien que ces journées furent comme sabotées dans sa mémoire. Il ne dit à

personne où il allait et, lorsqu’il arriva là-bas, personne ne se soucia de

savoir d’où il venait ni de connaître les raisons de sa venue. Il était grand, à

la peau impeccablement sombre, musclé et beau, généreux quand il

s’agissait de payer à boire, de telle sorte que les employés des raffineries de

pétrole qu’il se mit à fréquenter passaient volontiers du temps en sa

compagnie. Il y eut des chambres d’hôtel et quelques femmes, le souvenir

d’une haute pile de verres sales vacillant avant de s’effondrer dans un évier

et de s’y briser, puis des rires déformés. Osita regarda les débris de verre

rebondir. Couché sur le dos, il sentit la moquette sous lui et un goût infect

dans sa bouche, comme si quelqu’un y avait vomi. Une fille lui enfourcha

les hanches et inclina son visage vers le sien, mais elle s’estompa et

disparut.

Plus tard, il flottait sur une grosse bouée dans la piscine d’un inconnu, ses

mains et ses pieds traînant dans l’eau. Près de lui, une femme chauve faisait

du surplace. « Tu pleures », lui dit-elle. Ce fut à cet instant qu’Osita

remarqua que des larmes coulaient dans ses oreilles. Le soir tombait et la

lumière s’estompait. « Il pleut », répondit-il d’une voix pâteuse.

Elle rit. « Il ne pleut pas.

— Il pleut au fond de moi », dit-il et une vague d’obscurité le submergea.

Au réveil, il était sur un transat, allongé sur le ventre, la tête tournée de

côté. Près de lui, sur le ciment, on avait recouvert son vomi qui séchait d’un

petit tas de sable. Il n’y avait personne d’autre autour de la piscine. Osita se

rassit et vit une bouteille de schnaps que quelqu’un avait laissée par terre. Il

en restait encore un quart.

Il but davantage encore.

Il disparut pendant quelques semaines et, si on le retrouva, ce fut

simplement parce que sa tante partit à sa recherche à Port Harcourt. L’une des Nigerwives qui vivait dans cette ville mit Kavita en relation avec un

chauffeur de taxi qui y connaissait tout le monde.

« Il est grand, indiqua-t-elle à ce dernier. Très noir. Gorimakpa. Et l’une de

ses incisives est ébréchée. »

Au bout de deux jours, le chauffeur la conduisit dans l’un des hôtels. Parce

qu’elle était indienne, furieuse, et qu’elle formulait ses exigences en élevant

la voix, le réceptionniste lui permit très vite de se rendre à l’étage. Quand

on déverrouilla la porte située presque au bout du couloir, Kavita entra et

découvrit Osita étendu sur le lit, ronflant bruyamment, sa respiration

gargouillant dans sa poitrine. L’odeur qui régnait dans la chambre la fit

tressaillir, et elle lui donna un petit coup sur l’épaule. Le jeune homme se

redressa d’un bond, grommela, affolé, et se frotta les yeux. Cela faisait des

jours qu’il ne s’était pas rasé ; cheveux et poils drus se répandaient depuis

la courbe de son crâne jusqu’à son menton.

« Tantie Kavita ? Qu’est-ce que tu fais ici ?

— Enfile tes vêtements. Je te ramène chez nous. »

Il se leva, obéissant machinalement, alors même que la tête lui tournait.

« J’ai besoin de cinq minutes », répondit-il ; d’un pas trébuchant, il se

dirigea en boxer-short vers la salle de bains, et Kavita l’observa. Il lui était

impossible de voir Osita sans voir son fils, Vivek – tous deux enfants, assis

ensemble à la table de la salle à manger, courant à travers sa maison avec

leurs figurines de catcheurs, se bagarrant sur le tapis du salon. Quand

Kavita s’était vainement mise en quête de la petite amulette que Vivek

portait autour du cou, Osita avait été la première personne à laquelle elle

avait pensé.

L’amulette avait déjà disparu avant l’enterrement, mais Kavita n’avait

alors pas voulu la chercher minutieusement. Si elle l’avait trouvée trop tôt,

elle aurait été obligée d’inhumer Vivek avec ; même Chika avait remarqué

son absence. En revanche, si elle la trouvait plus tard, elle pourrait la

conserver. Après les obsèques, elle fouilla la chambre de Vivek, mais

l’amulette n’y était pas. Elle appela Maja, Rhatha et Ruby pour qu’elles

demandent à leurs filles si l’une d’elles avait vu l’objet. Toutes répondirent

par la négative. Il ne restait plus qu’Osita et, puisque Kavita n’adressait plus

la parole à Mary, elle poussa Chika à appeler Ekene et à lui poser la

question.

« Nous n’avons pas vu Osita, dit Ekene. Nous sommes même un peu inquiets. Il nous a appris qu’il partait à Port Harcourt pour le travail, mais,

depuis, nous n’avons plus de nouvelles. Ça ne lui ressemble pas de se

comporter ainsi. Mary affirme qu’il buvait beaucoup avant son départ.

J’ignore ce que ce garçon va devenir. »

Chika estimait qu’il était ridicule de poursuivre ainsi Osita. « Il a vingt-

trois ans, ce n’est plus un enfant. Laisse cet homme tranquille. » Kavita

l’ignora et se rendit malgré tout à Port Harcourt. Elle devait retrouver cette

amulette.

À présent, dans la chambre d’hôtel de son neveu, elle éprouvait un brin de

jalousie. Si elle avait pu s’enfuir et s’effondrer ainsi, faire Dieu sait quoi

avec Dieu sait qui, elle n’aurait pas hésité un instant. Mais elle avait un

mari et, si incapable fût-il, elle n’avait pas envie de le quitter, pas

maintenant.

Kavita entendit l’eau qui commençait à couler du pommeau de douche,

puis le gargouillis plus sonore de son neveu qui urinait dans la cuvette des

toilettes. Elle parcourut la pièce du regard, les vêtements et sous-vêtements

qui jonchaient le sol, les bouteilles vides et les emballages de préservatif, et

grimaça à la vue d’une capote usagée qui gisait près du lit. Mary piquerait

une crise si elle était là, songea Kavita. Sa belle-sœur lui manquait parfois,

mais, chaque fois que cette douleur réapparaissait en son sein, elle se

rappelait que la Mary d’aujourd’hui n’était plus celle qu’elle avait connue

des années plus tôt. Tu as perdu cette sœur il y a bien longtemps ; elle a

disparu, tout comme Ahunna. À la différence que son corps continue d’être

présent dans ce monde.

Les bruits d’eau cessèrent dans la salle de bains, et Osita en sortit quelques

minutes plus tard, vêtu d’un jean et d’un tee-shirt. Kavita le regarda

rassembler ses affaires éparpillées et les fourrer dans sa valise. Lorsqu’il

ramassa les emballages et le vieux préservatif pour les jeter dans la

corbeille à papier, son embarras fut manifeste, mais sa tante ne dit rien, de

telle sorte qu’il garda lui aussi le silence, non sans gratitude.

« Je suis prêt », annonça-t-il en faisant glisser la fermeture éclair de son

bagage et en le redressant. Kavita acquiesça d’un signe de tête et Osita

contempla la chambre une dernière fois pendant qu’ils en sortaient.

 

Alors qu’ils quittaient Port Harcourt, Osita appuya la tête contre la fenêtre

de la voiture et dormit par intermittence, des éclats de réminiscences scintillant dans son esprit. Il était étrange qu’il se soit trouvé dans cet hôtel

– il ne se rappelait même pas y être descendu. Il avait été soulagé de voir les

emballages de préservatif, mais il ne se souvenait que vaguement d’en avoir

utilisé. La situation était devenue plus étrange encore quand sa tante était

apparue, lui semblant à peine réelle ; il l’avait pourtant suivie comme si elle

incarnait son salut et, maintenant, ils rentraient chez eux.

Osita pressa son front contre la vitre cependant qu’un souvenir flou

s’efforçait de refaire surface. Il y avait eu un homme. Osita se frotta les

yeux et tâcha de resituer cette image. Oui, il y avait assurément eu un

homme, dans cette même chambre d’hôtel. Petit et trapu, musclé et poilu.

Un Libanais. Osita se rappela confusément le moment où l’inconnu l’avait

déshabillé, puis avait ôté sa propre chemise et dévoilé un gros ventre ferme.

Sa voix, qui n’était pas familière à Osita, affirma qu’il était beau, si noir et

si beau. Osita était resté muet, la tête lui tournant, ses bras et ses jambes se

mouvant gauchement. Des éclats de réminiscences : la sueur de l’homme

emmêlée aux poils de leurs torses respectifs tandis qu’il écrasait Osita de

son poids, un brouillard de voix haussées d’un ton. La joue d’Osita plaquée

contre le matelas, une main le forçant à incliner la nuque, les hanches de

l’homme poussant, fouillant. Des grognements bourrus, un élancement, une

flambée de rage.

Dans la voiture, Osita s’écarta brusquement de la vitre et observa sa main

droite. Elle était enflée. Alors qu’il l’examinait et qu’une douleur sourde

s’insinuait le long de son bras, il se rappela s’être redressé du lit avec un

mugissement, sa main gauche s’enroulant autour de la gorge du Libanais,

puis avoir vu les yeux de celui-ci se vider de leur expression de puissance

railleuse, remplacée par une peur écœurante. L’homme avait cru Osita trop

ivre pour résister, mais le jeune homme était beaucoup plus grand que lui,

beaucoup plus costaud, animé par un chagrin insensé prêt à se transformer

en fureur. Tenant le Libanais par la gorge, il l’avait frappé au visage de sa

main libre, faisant pleuvoir une volée de coups brefs et précis qui avaient

fendu le sourcil de l’inconnu et baigné sa joue de sang. L’obscurité avait de

nouveau englouti Osita et, dans le souvenir suivant, l’homme sortait de la

chambre en titubant et en jurant bruyamment, ses vêtements pressés contre

son torse.

Osita s’était écroulé sur le lit, où Kavita l’avait réveillé. Maintenant qu’il y

repensait, c’était une bonne chose qu’elle soit arrivée à ce moment-là. Il pressentait que le Libanais serait revenu – les gens réagissent mal quand on

les dépossède, par la force, de leur pouvoir. Osita tint délicatement sa main

contre lui, étonné de ne pas l’avoir remarquée sous la douche. La douleur,

alors diffuse – son corps entier, au-dedans comme au-dehors, lui faisait

mal –, était à présent intense et aiguë. Kavita examina gentiment la main

meurtrie, sans prêter attention à la grimace de son neveu. Elle fouilla dans

son sac, en tira du Panadol et une bouteille d’eau. « Tiens », dit-elle. Osita

avala docilement le comprimé. Le gouffre dans sa poitrine était rongé de

douleur tandis qu’il comparait la façon dont Vivek le touchait autrefois avec

celle dont l’inconnu l’avait malmené dans la chambre d’hôtel. Il y avait eu

une fête, il se la remémorait maintenant, et tous les invités s’étaient

lentement dispersés ; seul le Libanais était resté, ses mains avides « aidant »

Osita à se mettre au lit. Durant son séjour à Port Harcourt, Osita n’avait

couché qu’avec des femmes – c’était ainsi depuis la mort de Vivek. Cela lui

paraissait moins risqué, comme s’il n’offrait aucune part essentielle de lui-

même : ni son âme ni son cœur, seulement son corps, qui de toute façon

n’importait pas. C’était pour cette raison que l’agression de l’inconnu lui

avait paru particulièrement violente, et Osita était content de l’avoir passé à

tabac.

Putain d’étranger, qui avait cru pouvoir prendre tout ce qu’il voulait.

Aucun homme n’avait posé la main sur Osita depuis la mort de Vivek et, vu

ce qu’il éprouvait à présent, il était probable qu’aucun autre ne le toucherait

plus.

Il appuya la tête contre l’épaule de Kavita. Elle lui tapota la joue. « Essaie

de dormir, ça bouchonne », dit-elle. Osita ferma les yeux, et la fin du trajet

vers Ngwa se déroula en silence.

 

L’amulette que Kavita cherchait était un cadeau reçu du Dr Khatri quand

Vivek était encore bébé. Elle était en argent, représentait Ganesh et pendait

au bout d’une fine chaîne, en argent elle aussi. « Donne-la à ton fils, avait-il

dit. Qu’il ne l’enlève jamais. » Kavita se rappelait encore la chaleur des

mains de son oncle lorsqu’il avait pressé le bijou entre les siennes, le

pendentif octogonal lui rentrant légèrement dans la paume. « Promets-le-

moi, beti. »

Même si Kavita s’était convertie au catholicisme, même si l’amulette était

une idole, elle consentit. Elle la garda pendant plusieurs années, craignant que Vivek, petit enfant, ne l’avale et ne s’étrangle. Le jour où enfin elle la

lui remit, alors qu’il avait six ans, Vivek regarda sa mère de ses yeux

sombres et sérieux et insista pour passer lui-même le pendentif. Lorsqu’il

leva la chaîne au-dessus de sa tête et la laissa retomber, ses mains

accomplirent des gestes semblables à un rituel. À partir de cet instant,

Ganesh reposa juste au-dessous du creux situé entre ses clavicules ;

cependant, quand son corps était apparu devant leur porte d’entrée,

l’amulette ne s’y trouvait plus. Après l’enterrement, Chika jugea qu’elle

avait dû être volée, oui, immanquablement – c’était de l’argent, de l’argent

véritable, pas une breloque plaquée argent. Mais Kavita ne voulut rien

entendre. Elle n’avait pas pu être volée ni avoir été perdue. Vivek avait dû

l’ôter et la ranger quelque part.

« Il ne l’enlevait jamais, tu le sais bien. » Chika, qui n’avait pas pris la

peine de se lever du lit, suivait des yeux sa femme occupée à fouiller dans

sa coiffeuse. « Qu’est-ce qu’elle ferait là-dedans ? ajouta-t-il. Tu te

comportes de façon absurde.

— Tais-toi ! cria-t-elle. Tu ne sais pas. Tu ne sais pas ce qui s’est passé. Tu

ne sais pas où il l’a mise ! Si tu ne veux pas m’aider, alors laisse-moi

tranquille. » Chika secoua la tête et se tourna sur le côté, dos à elle,

l’abandonnant à sa folie. L’inanité de la situation l’avait privé de toute

énergie.

Kavita n’avait pas le temps de parler à son mari. Ses amis l’appelaient

pour prendre de ses nouvelles ; même Eloise avait téléphoné à quelques

reprises pour savoir comment il allait. Kavita n’avait qu’une pensée en tête :

retrouver l’amulette. Elle espérait qu’Osita saurait où elle était.

« Tu peux rester aussi longtemps que tu voudras, lui dit-elle lorsqu’ils

arrivèrent chez elle. Aide-moi à fouiller sa chambre. Tu vois à quoi

ressemble le pendentif, n’est-ce pas ? Le bijou en argent ? »

Osita opina du chef. « Celui qui représente le dieu à tête d’éléphant.

— Oui, tout à fait. S’il l’a enlevé, il a dû le ranger en lieu sûr. J’ai cherché,

mais je vous connais, vous autres, les garçons. Il doit y avoir une cachette

spéciale, un endroit où je n’ai pas encore regardé. » Un espoir désespéré

illuminait son visage.

Cela mit Osita mal à l’aise. Tout comme Chika, il savait que Vivek

n’enlevait jamais son pendentif, mais le dire à Kavita n’aurait servi à rien,

c’était évident. Lorsqu’il fallut entrer dans la chambre de Vivek, Osita s’immobilisa dans l’embrasure de la porte ; sa peau le picotait. Il était

étrange de se trouver là, dans ce nouvel espace vide. Il regarda les rideaux

de velours lie-de-vin qui empêchaient le soleil de pénétrer et se remémora

les après-midi passés dans cette pièce – à échafauder, enfants, des guerres

compliquées sur le couvre-lit, à écouter de la musique, à discuter de leurs

amourettes. Puis, des années plus tard, après que Vivek était revenu de

l’université, ces rares après-midi lors desquels ils n’étaient ni chez Juju ni

dans le bungalow des domestiques, quand ils refermaient les rideaux de

velours et restaient allongés dans le noir en chuchotant. À présent, l’air de

la chambre avait un goût de poussière et de solitude.

Kavita jeta un coup d’œil à Osita, qui franchit le seuil en se grattant la tête.

« Euh, peut-être là ? suggéra-t-il en se dirigeant vers la bibliothèque. Il

cachait souvent des choses à l’intérieur de ses livres.

— Dans n’importe lesquels ? » Kavita se tenait près de son épaule et

scrutait les étagères.

« Non. » Osita en prit un : l’exemplaire de The Beautyful Ones Are Not Yet

Born6 d’Ayi Kwei Armah qui avait appartenu à Vivek. « D’habitude, c’était

juste dans celui-ci », dit-il en l’ouvrant. Alors qu’il le feuilletait, une fleur

séchée en tomba, et Kavita la rattrapa soigneusement. Elle la tourna et la

retourna entre ses doigts pendant qu’Osita subtilisait quelques lettres

rangées entre les pages du livre et les glissait dans sa poche. « L’amulette

n’y est pas », dit-il. Kavita leva les yeux, déçue, et posa la fleur sur une

étagère.

« Tu en es sûr ? » Osita lui tendit l’ouvrage. Elle l’examina lentement,

puis le secoua, comme si le pendentif allait jaillir d’entre les pages. « Il n’y

a pas un autre endroit où il aurait pu le conserver ? »

Osita fit mine de réfléchir en embrassant de nouveau la pièce des yeux. Ce

petit numéro le déprimait, tout particulièrement parce qu’il savait qu’il se

terminerait mal pour sa tante. Il s’approcha du lit et souleva le matelas pour

vérifier en dessous.

« J’ai déjà regardé, précisa Kavita. Il n’y avait que des préservatifs. »

Osita était content qu’elle ne puisse voir son visage. Il alla ouvrir les

tiroirs du bureau, Kavita sur ses talons, le visage de plus en plus attristé. « Il

n’est pas là, n’est-ce pas ? » finit-elle par dire.

Osita soupira. « Je suis vraiment désolé, tantie Kavita. Je crois que non. » Tandis qu’elle secouait la tête en effleurant brusquement ses yeux du revers

de la main, un sentiment de culpabilité envahit le jeune homme.

« Cette amulette faisait partie de lui, dit-elle. Et maintenant, elle a disparu,

et lui aussi. » Elle renifla et, le visage décomposé, leva les yeux vers son

neveu. « Il a disparu, Osita. Je n’arrive pas à croire qu’il ait disparu.

— Je sais, tantie. Je suis désolé. » Il l’étreignit dans le silence bourdonnant

de la chambre vide de Vivek et la tint contre lui pendant qu’elle pleurait.

 

Au bout du couloir, Chika écoutait les sanglots de sa femme qui allaient

crescendo ; près de lui, le signal lumineux de son téléphone indiquait des

appels manqués. Il ne bougea pas de leur lit.

 

6. Littéralement : « Ceux qui sont beaux ne sont pas encore nés », roman ghanéen publié en 1968 (Boston, Houghton Mifflin). Une traduction française de Josette et Robert Mane a paru sous le titre L’âge d’or n’est pas pour demain (Paris, Présence africaine, 1976).

 

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