La mort de Vivek Oji

Akwaeke Emezi · Chapitre 6 sur 27

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La mort de Vivek Oji

VII. Osita

VII

 

Osita

 

Durant ma dernière année de lycée, j’ai constamment essayé d’éviter la

maison de Vivek, refusant de voir ses yeux ou d’affronter le ton

bouleversant de sa voix. Je ne voyais pas Elizabeth non plus, mais tout

semblait tellement fichu avec elle que je m’imaginais mal arranger les

choses. J’ai aussi évité le club sportif, convaincu que je l’y trouverais,

occupée à faire de paresseuses longueurs dans la piscine ou à se diriger vers

les courts de squash, ses jambes se mouvant indépendamment des miennes.

Ma mère se réjouissait en silence que je sois si souvent chez nous. La date

limite pour poser ma candidature dans les universités étrangères est passée.

Tantie Kavita l’avait peut-être rappelée à ma mère, mais ces rappels

n’arrivèrent jamais jusqu’à moi. Je me suis demandé si je devais donner

suite à ce projet ; toutefois, après ma querelle avec Vivek, il m’a paru plus

facile de simplement renoncer. De toute manière, me suis-je dit, ça avait

toujours été davantage le rêve de tantie Kavita. Il était étrange que ma mère

et moi soyons incidemment unis sur ce point – cette idée d’études à

l’étranger mourant comme une plante dont on ne veut plus, reléguée dans

un recoin sombre. Je me suis contenté de poser ma candidature dans des

universités nigérianes, celles qui étaient les plus proches de chez moi. La

famille de Vivek nous avait vendu des rêves auxquels je ne croyais plus :

mon père avait raison, leur maison n’était pas mon chez-moi.

Vivek est venu assister à ma remise de diplôme avec ses parents. Lorsque

nous nous sommes revus, mon cousin et moi avons fait comme si tout allait

bien entre nous, mais nous nous sommes ensuite évités pendant le reste de

la journée. Avant leur départ, tantie Kavita s’est approchée de moi.

« Comment se fait-il que nous ne te voyions plus à la maison, beta ? As-tu

reçu des réponses des écoles américaines ? J’ai transmis les dossiers

d’inscription à ta mère. Tu les as envoyés, n’est-ce pas ? »

J’ignorais tout des dossiers dont elle parlait ; je ne les avais jamais vus.

« Désolé, tantie. Je n’ai été accepté dans aucune des universités. » J’ai

essayé d’adopter une mine honteuse, ce qui n’était pas très difficile.

« J’avais peur de te décevoir.

— Oh, Osita ! s’est exclamée tantie Kavita en me serrant fort dans ses

bras. Qu’est-ce que tu comptes faire, maintenant ?

— J’avais aussi posé ma candidature dans des universités d’ici, juste au

cas où. J’ai eu des réponses positives. Mon père veut que j’aille faire mes

études à Nsukka. »

Elle a souri et m’a tapoté la joue. « Ma foi, tu seras près de chez toi, c’est

déjà ça. Vivek va bientôt commencer à remplir ses dossiers. Croisons les

doigts pour l’année prochaine ! »

Ma mère nous a interrompus et a rassemblé tout le monde pour une

photographie de groupe. Nous avons échangé un bref coup d’œil, elle et

moi, et je me suis demandé si elle avait entendu une partie de ma

conversation avec ma tante, si elle me cachait davantage de choses encore.

Découvrir ses secrets ne m’intéressait pas. Nous nous sommes placés l’un

près de l’autre pour la photo, que j’ai conservée. Je porte une toge bleu

foncé, j’ai l’air maussade, et un pompon pendille devant mon visage.

Vivek ne regarde même pas l’appareil. Il détourne les yeux et baisse le

menton. Tantie Kavita entoure sa taille de son bras ; elle ne lui arrive

qu’aux épaules. Mon père et mon oncle, les deux frères, sont côte à côte.

Ma mère, comme résolue à fendre son visage en deux, a un sourire si large

qu’on ne peut s’empêcher de l’observer. Nous tenons aisément dans le

cadre, tous ensemble.

Lorsque j’ai commencé à fréquenter l’université de Nsukka, mes séjours à

Owerri se sont espacés. Je n’allais pas non plus à Ngwa. Une année entière

s’est écoulée, peut-être deux, avant que je revoie Vivek et ses parents. Je

leur écrivais, je les ai même appelés quelquefois après qu’ils ont fait

installer le téléphone chez eux, mais je n’étais pas présent pour la remise de

diplôme de Vivek, ni pour ses dix-huitième et dix-neuvième anniversaires,

et ce n’est que plus tard que j’ai appris qu’il n’était pas parti pour les États-

Unis. Personne ne m’a dit pourquoi. À en croire ma mère, il s’était inscrit à

l’université Nnamdi Azikiwe. Au bout d’un trimestre, tonton Chika l’en a

retiré – et là encore, personne n’a voulu m’expliquer ce qui se passait.

« Depuis quand te soucies-tu de ton cousin ? » a dit mon père quand je lui ai posé la question. Son ton de réprimande m’a fait tressaillir. S’il n’avait

jamais émis de commentaire sur la mésentente entre Vivek et moi, il s’en

était à l’évidence aperçu, et j’avais l’impression qu’il me tenait pour

responsable. J’ai eu envie de riposter, mais mon père s’est éloigné sans

attendre ma réponse, me laissant honteux.

« Ne t’en préoccupe pas, m’a dit ma mère. Concentre-toi sur tes livres. Ça

va s’arranger pour ce garçon. Ses parents le gâtent, voilà tout.

— Qu’est-ce qui lui arrive ? ai-je demandé. Pourquoi ils lui ont fait quitter

la fac ? »

Elle a hésité, puis a agité la main d’un geste vague. « Il ne va pas bien,

mais ne t’inquiète pas. Dieu s’occupera de tout. »

À cette époque, mon père avait déjà réduit ses horaires de travail afin de

passer plus de temps au village, dans la maison de ma grand-mère. « Je

vieillis », disait-il, comme si cela expliquait tout, et peut-être était-ce le cas.

La demeure avait été rénovée et réaménagée en duplex, et il avait fait

installer le téléphone. Ma mère et moi le rejoignions certains week-ends, et

c’était comme de courtes vacances loin d’Owerri. Le village était étendu –

tout un monde de terres, de fermes et de nature, différent des petites ou des

grandes villes bruyantes, où l’on était toujours à l’étroit. Nous trouvions

partout des façons de nous évader.

Un soir, dans la maison du village, j’ai décroché le téléphone du salon de

l’étage et entendu tonton Chika parler avec ma mère. Plutôt que de

raccrocher, ce que j’aurais dû faire, je me suis accroupi près du canapé et, le

dos appuyé contre le cuir, j’ai plaqué la main contre le microphone afin

qu’ils ne perçoivent pas ma respiration.

« Tu sais qu’Osita nous a accompagnés ici, disait ma mère. C’est peut-être

le bon moment d’amener Vivek. Tu te rappelles comme ils étaient proches,

enfants.

— Je ne sais pas, Mary. Je ne sais pas ce qui arrive à mon fils. » Tonton

Chika paraissait soucieux. « T’ai-je dit qu’il ne se coupait plus les

cheveux ? Si tu le voyais maintenant, il a l’air d’un fou…

— Nous prierons pour lui, a répliqué ma mère. Les forces des ténèbres ne

triompheront pas ! Non, il n’est pas perdu. C’est impossible. » Je la sentais

déjà qui s’exaltait peu à peu, saisie d’une sainte ferveur.

« Ce n’est pas son âme qui m’inquiète, Mary, a sèchement répondu tonton

Chika. C’est son esprit. Kavita n’en ferme plus l’œil de la nuit. Elle ne cesse de vérifier s’il est dans son lit, mais ce garçon n’y dort même plus. Il

erre à travers la maison. Il va s’étendre sur la véranda avec les chiens.

Parfois, il grimpe dans l’arbre de l’arrière-cour et il reste là-haut.

— Ah-ahn ! » Ma mère était suffisamment surprise pour interrompre

l’élan spirituel qui commençait à l’animer. « Lui as-tu demandé ce qu’il

fabriquait, au juste ? On ne peut tout simplement pas quitter l’université

pour rentrer chez soi et se conduire ainsi.

— Il affirme qu’il n’arrive pas à dormir. Que les chiens ne le dérangent

pas et qu’il sent mieux la brise dans l’arbre, des sottises de ce genre. C’est

quand nous lui avons ordonné de se montrer raisonnable qu’il s’est arrêté de

parler. Mary, je ne veux pas que les voisins le voient comme ça.

— Ei-yah ! Pauvre Kavita. Vous venez donc tous les trois, abi ?

— Oh oui. Je ne peux laisser ni l’un ni l’autre seul, et elle, elle refuse de le

laisser seul. Sais-tu qu’elle l’a giflé, l’autre jour ?

— Ehn, elle m’a raconté. Elle a dit qu’elle se sentait coupable. J’ai

répondu qu’un garçon qui ne respecte pas assez sa mère pour se comporter

comme un être humain normal dans sa maison à elle devrait être prêt à

accepter qu’on le discipline. Vous le battiez pourtant, enfant, non ?

— Ce n’était pas pareil. Il était petit. Il était obéissant. Kavita ne t’a pas

dit qu’elle avait peur ? »

Ma mère s’est ragaillardie. « Peur ? A-t-il levé la main sur elle ? »

J’ai tressailli. Elle se demandait si Vivek était comme moi. La dernière

fois que ma mère avait essayé de me donner une claque, je l’avais saisie par

le poignet et forcée à baisser le bras. Ce n’est qu’à travers le voile de ma

colère que j’ai fini par voir souffrance et crainte dans ses yeux.

« Tufiakwa ! a lancé tonton Chika. Impensable ! Non, c’est juste la

manière dont il l’a regardée après qu’elle l’a giflé, comme s’il la haïssait. Et

c’était comme s’il la haïssait vraiment, tu vois, du fond de son cœur. Et puis

cette lueur a disparu sans prévenir, fiam ! Ses yeux se sont vidés comme un

seau – c’est ainsi qu’elle l’a décrit. Elle s’est mise à pleurer sans pouvoir

s’arrêter, et il a juste continué de la regarder. »

Ma mère a émis un petit tsk désapprobateur. « Chai, qu’est-ce que vous

endurez, vous autres ! Oya, venez donc nous voir, l’air du village lui

éclaircira peut-être les idées. Tu sais que c’est pour cette raison qu’Osita

aime aussi séjourner ici. Il dit que tout y est plus propre qu’à Owerri, que

l’air est pur.

— Ọdịnma. Nous viendrons demain matin en voiture. Salue Ekene de ma

part. »

Tonton Chika a raccroché, ma mère aussi, et j’ai fait de même. Quelques

minutes plus tard, elle m’a appelé au rez-de-chaussée et m’a confié une liste

de tâches à effectuer en prévision de leur arrivée.

 

Ce soir-là, assis à la table de la salle à manger, nous avons dîné de garri et

de soupe d’oha.

Mon père s’est versé un verre de Guinness. « À quelle heure seront-ils là

demain ?

— Ils ont dit qu’ils partiraient tôt de Ngwa, répondit ma mère en lui

resservant de la soupe. À moins qu’il n’y ait beaucoup de circulation, ils

devraient être là vers neuf heures.

— As-tu préparé la chambre d’amis pour ta tante et ton oncle ? m’a-t-il

demandé. Tu partageras la tienne avec ton cousin. »

J’ai hoché la tête. Il m’a lancé un regard furieux avant de se tourner vers

ma mère et de marmonner quelque chose – comme quoi, de nos jours, les

enfants ne savaient pas se servir de leur bouche ni parler à leurs aînés. J’ai

façonné une boulette de garri dans ma main et repensé à la dernière fois où

Vivek et moi nous étions trouvés au village ensemble. Ce devait être

cinq ans plus tôt, avant l’incident avec Elizabeth, quand il était revenu de

pensionnat pour Noël. Là-bas, dans le Nord, on lui avait rasé les cheveux, et

j’ai plaisanté en disant qu’il avait l’allure d’un réfugié nigérien, l’un de ces

enfants qui mendient sur les marchés. Nous sommes allés nager dans la

rivière et, quand il a ôté sa chemise, j’ai vu de petites cicatrices rondes qui

parsemaient ses côtes. Je lui ai demandé ce qui s’était passé, et il m’a

dévisagé comme si je cherchais la bagarre. Des brûlures de cigarettes, a-t-il

répondu. Faites par les élèves plus âgés. Et puis il a sauté dans l’eau et m’a

éclaboussé alors même que j’étais encore habillé. Nous avons nagé jusqu’à

ce que mes vêtements soient secs sur la berge.

À présent, j’avais l’impression que rien de tout cela n’avait eu lieu.

Le lendemain matin, je suis allé courir avant l’arrivée de Vivek et de ses

parents. À mon retour, mes chaussures étaient pleines de sable ; je les ai

donc vidées devant la porte et suis entré dans la maison en chaussettes. Mes

parents étaient assis dans le salon ; ma mère, qui tenait les mains de tantie

Kavita entre les siennes, priait doucement mais d’un ton insistant. Tonton Chika versait une bouteille de bière Star dans un verre, alors qu’il était

encore tôt. Mon père buvait un café. J’ai incliné la tête et discrètement

articulé un salut que mon oncle a accepté en silence tout en me faisant signe

de ne pas m’attarder. Nous savions tous qu’il valait mieux ne pas

interrompre les prières de ma mère.

Je me suis arrêté devant ma porte, devinant que Vivek se trouverait déjà à

l’intérieur. Fallait-il toquer ? J’en ai ressenti un vif sentiment d’irritation :

n’était-ce pas là ma chambre à moi, dans la maison de mes parents ? Abeg.

J’ai ouvert et je suis entré, jetant bruyamment mes chaussures dans un coin,

m’armant de courage avant de revoir mon cousin pour la première fois

depuis longtemps.

Vivek était assis sur mon lit et, en m’entendant, il a tourné la tête vers moi.

Au début, je n’ai même pas pu prononcer un mot. Je l’ai juste fixé du

regard, sous le choc, tandis que j’oubliais toute intention de reprendre

possession de mon espace. Quand tonton Chika avait expliqué que mon

cousin ne se coupait plus les cheveux, j’avais pensé qu’ils lui tomberaient

jusqu’aux épaules, pas davantage. Ils avaient toujours été bouclés, assez

longs pour lui retomber sur le visage – par le passé, nous disions en

plaisantant que, s’il les faisait défriser, il aurait l’allure d’un acteur dans une

publicité pour les shampooings Sunsilk. Il avait les yeux, les lèvres et le nez

busqué de son père, et même, sous l’or sombre de sa peau, cette nuance qui

tirait sur le rouge, mais sa chevelure était aussi noire que celle de sa mère.

Lui arrivant à présent au-dessous des omoplates, elle était emmêlée, un peu

embroussaillée, se détachant sur le bleu de sa chemise de coton. Il avait

perdu du poids, son visage reposant en équilibre sur un cou qui paraissait

plus long. Sa chaîne en argent luisait, visible sous son col, le petit éléphant

plaqué contre sa peau. Remarquant mon expression, il a esquissé un sourire.

« Nna mehn, ce n’est pas comme si je portais un masque. Arrête de me

regarder comme ça.

— Est-ce que tu t’es vu ? ai-je riposté. Tu es vraiment certain de ne pas en

porter un ? Nom de Dieu. » Je me suis assis face à lui, mes coudes en appui

sur mes genoux. Quelque chose s’était à l’évidence emparé de mon cousin.

« Gwa m ihe mere, ai-je repris. Je veux savoir. Il est clair que tu ne vas pas

bien. »

Vivek a ri. « On croirait entendre ma mère.

— Je ne plaisante pas. C’est pour ça que tes parents t’ont amené au village.

— Tu sais que ta mère a déjà essayé de prier pour moi en ma présence ?

— La diaconesse Mary. Il fallait t’y attendre ! » Je l’ai considéré plus

attentivement. Il paraissait tellement fatigué. « Tu ne dors plus.

— Je constate qu’ils t’ont bien informé. Je suis sûr que tout le monde a eu

droit à des renseignements détaillés. » Tout en parlant, il a retroussé sa

lèvre.

« Mes parents, peut-être, mais pas moi. Je préfère l’entendre de ta bouche,

de toute manière.

— Ah, Osita, a-t-il fait en réussissant à ébaucher un sourire. C’est une très

longue histoire. »

J’ai tâché de lui rendre son sourire.

« Tu t’es fait pousser la barbe », a-t-il remarqué en tendant la main pour

toucher les tortillons serrés qui couvraient mes joues. J’ai haussé les

épaules. Je me rasais désormais le crâne, comme Vivek en avait eu

l’habitude, et la barbe compensait cela. Vivek m’a caressé la tête, et j’ai

senti sa paume glisser sur ma peau encore constellée de sueur après mon

jogging. « Sais-tu que ton père m’a ordonné soit de me couper les cheveux

soit de les laver avant que j’aie le droit de ressortir ? »

J’ai lâché un grognement. « Je n’avais même pas l’intention d’aborder ce

sujet. Tu as l’air d’un sans-abri.

— J’en suis un, a-t-il répondu avant de secouer la tête. Ne fais pas

attention à moi. Je peux prendre un bain ? À moins que tu en aies besoin le

premier. Je te sens d’ici. »

Agacé, j’ai aspiré de l’air entre mes dents. « Je te comprends. Biko, laisse-

moi me laver d’abord, sinon tu risques de boucher la canalisation avec ta

chevelure à la Bollywood. » Il m’a adressé un large sourire et s’est levé en

même temps que moi, s’avançant pour m’étreindre. Il faisait presque ma

taille et dégageait une odeur légèrement épicée qui ne m’était pas familière.

« Merci », a-t-il dit, tandis que nous échangions un bon coup de poing

dans le dos.

« De quoi ?

— De ne pas me traiter comme ils le font. »

Lorsque nous nous sommes écartés l’un de l’autre, mes doigts ont frôlé sa

tignasse. Elle m’a paru douce. J’ai fait un pas en arrière et essuyé mes

mains sur mon short. Vivek continuait de m’observer, mais je ne parvenais pas à le regarder droit dans les yeux. Il était plus étrange que je ne me

l’avouais – et que je ne le lui laissais entendre –, et cela me mettait mal à

l’aise.

« Va donc te débarbouiller », a-t-il dit en se rasseyant sur le lit.

J’ai reculé, comme s’il m’avait donné la permission de bouger ; une fois

dans la salle de bains, j’ai verrouillé la porte. Je me suis lavé avec un seau

d’eau, me frottant et me rinçant rapidement, m’efforçant de me débarrasser

du sentiment troublant qui s’était insinué en moi. Lorsque je suis ressorti,

enveloppé dans une serviette, Vivek était toujours assis sur le lit, dos à moi,

les yeux braqués sur la fenêtre à barreaux qui se trouvait devant lui. J’ai

ouvert mon armoire et je me suis habillé. Il n’a pas fait un geste. Je suis

resté planté là un moment avant d’interrompre son isolement. « Vivek. La

salle d’eau est libre. »

Il a sursauté et s’est tourné vers moi, une mèche de cheveux retombant sur

son visage. « OK, bhai », a-t-il répondu – frère, un vieux surnom qu’il me

donnait. Nous étions tous deux les seuls enfants de nos parents respectifs,

des fils uniques, davantage des frères que des cousins, plaisantions-nous.

Quand il m’appelait ainsi, je sentais toujours ma poitrine se serrer. « Dis-

leur que je vous rejoins bientôt », a-t-il ajouté, me congédiant. J’ai hoché la

tête et refermé la porte derrière moi.

Ma mère avait dressé un petit déjeuner tardif sur la table de la salle à

manger : des boîtes de poudres chocolatées Milo et Bournvita à côté de lait

en poudre Nido et d’une thermos d’eau bouillante, du pain et de la confiture

de goyave – je savais que c’était tantie Kavita qui l’avait apportée, car elle

était la seule à en faire –, ainsi qu’un bol d’œufs durs et un autre rempli

d’akaras.

« Il y a de l’akamu sur la cuisinière, a dit ma mère. Va te servir. »

Tantie Kavita m’a étreint. Elle ne m’arrivait pas aux épaules, même avec

ses cheveux tressés relevés en chignon. « Comment va-t-il ? a-t-elle

chuchoté.

— Bien, ai-je répondu. Il se lave les cheveux. »

Mon père a grogné et s’est assis ; ma mère papillonnait autour de lui tout

en remplissant son assiette. « Il a intérêt à le faire, a-t-il dit. Chika, tu aurais

dû l’obliger à les couper dès qu’il a franchi le seuil de ta maison. »

Mon oncle a haussé les épaules et a approché une chaise pour tantie Kavita. « Que veux-tu que je te dise, Ekene ? Ce n’est pas comme si je

pouvais m’asseoir sur lui et le raser de force.

— Dans ce cas, tu aurais dû le flanquer à la porte ! Qu’est-ce que c’est que

ces sottises ?

— Ça suffit, Ekene. » La voix de tantie Kavita était douce et cependant

ferme. « Vivek est mon fils, mon seul enfant. Il est hors de question que je

le rejette, surtout pas quand il est malade. »

Mon père a apparemment voulu ajouter quelque chose, mais ma mère a

posé la main sur son épaule tout en lui versant de nouveau du café, et il

s’est apaisé.

Une fois dans la cuisine, j’ai rempli mon bol d’akamu épais et visqueux ;

je suis retourné à table et j’ai ajouté une couche de sucre à la bouillie.

Tonton Chika m’a pris le sucrier des mains et a mis deux morceaux dans

son café. Au moins, il ne buvait pas de bière avec son petit déjeuner. J’ai

laissé mon akamu refroidir un peu – j’aimais qu’il soit légèrement figé,

quand une peau commençait à se former à sa surface. Pendant un moment,

nous avons mangé dans un silence que ponctuait le cliquetis des cuillers

contre les bols et les tasses ; puis mon père s’est penché en avant pour

allumer la radio, ce nouveau son bourdonnant doucement à travers la pièce.

« Amma ! » La voix de Vivek a retenti depuis ma chambre, et tantie Kavita

a brusquement redressé la tête. Même tonton Chika a paru légèrement

surpris d’entendre son fils. « Amma ! a de nouveau appelé Vivek.

— Oui, beta ? » a-t-elle répondu, déjà debout, d’une voix un peu

tremblante. « Qu’y a-t-il ?

— Tu peux venir m’aider à me coiffer ? »

À ces mots, le visage de tantie Kavita s’est éclairé. « Bien sûr, beta !

J’arrive. »

Mon père a levé les yeux de son assiette. « Mary, tu peux lui prêter une

paire de ciseaux, abi ? »

Tantie Kavita lui a décoché un regard furieux avant de quitter la pièce, et

mon père a soupiré. « Ça valait la peine d’essayer. Quelle idée de se balader

en ayant l’allure d’un prophète. C’est ridicule. »

Sans relever sa remarque, tonton Chika, une tartine de confiture à moitié

terminée devant lui, a ouvert un journal. J’ai plongé un akara dans mon bol

et l’ai mangé lentement. Quand j’ai eu terminé mon repas, Vivek et sa mère n’étaient pas encore sortis de ma chambre. Mon oncle a fini par s’en

apercevoir et m’a demandé d’aller voir ce qu’ils faisaient.

Cette fois, j’ai frappé. « Entrez », a dit tantie Kavita. Vivek était assis sur

la chaise près de la fenêtre et sa mère passait un peigne dans ses cheveux,

maintenant démêlés et luisants, drapés sur son poignet. Les yeux mi-clos, il

tenait un récipient d’huile de noix de coco entre ses cuisses. « Nous avons

presque terminé, a-t-elle dit. Cela m’a pris beaucoup de temps pour les

peigner correctement.

— J’imagine », ai-je répondu. Ma tante a souri d’un air absent.

« J’ai toujours voulu une fille, tu sais. Après Vivek. Afin de pouvoir la

coiffer.

— Les voies de Dieu sont impénétrables », ai-je plaisanté, et elle a ri, pour

de bon.

« Pas exactement. Ce n’est pas comme si je pouvais tresser ses cheveux.

— Tu peux le faire, si tu en as envie », a proposé Vivek, gardant les

paupières baissées.

« Allons donc ! l’a réprimandé sa mère en lui claquant l’épaule. Ton père

me tuerait ! » Elle a repris sa tâche, déplaçant le peigne en lentes

ondulations. Elle ne continuait que par plaisir à présent. « Non », a-t-elle

dit, presque pour elle-même. « Nous ne pouvons pas les tresser. Je vais

simplement les nouer en arrière pour les empêcher de te tomber sur le

visage. Tu sais que ça rend ton père fou. » Elle lui donna encore quelques

coups de peigne, puis ramassa sa chevelure d’une seule main, la lissant

depuis les tempes et le front avant de la maintenir sur sa nuque au moyen

d’un élastique, la tortillonnant pour former un chignon à la diable.

« Débrouille-toi avec ça, a-t-elle déclaré. Ils sont tellement épais. »

Vivek a incliné la tête en arrière et lui a souri. « Daalụ », a-t-il répondu ;

elle s’est penchée pour déposer un baiser sur son front.

« Viens prendre ton petit déjeuner. Tu as fini le tien, Osita ?

— Oui, tantie. »

Elle a épousseté de la main la chemise de Vivek, qui se relevait. « Que

veux-tu manger, beta ? Il y a du pain, j’ai apporté la confiture que tu aimais

plus jeune, et tantie Mary a préparé de l’akamu, mais il va sans doute falloir

le faire réchauffer. » Il m’a adressé une petite grimace pendant qu’ils

sortaient de la pièce, la voix pleine de sollicitude de sa mère le submergeant. J’ai grimacé à mon tour pour lui faire entendre que je ne

comptais pas m’en mêler, puis je les ai suivis dans le salon.

« Je n’ai pas faim, Amma.

— Il faut que tu manges quelque chose. Je vais remettre l’akamu sur le

feu. » Elle est allée dans la cuisine et Vivek s’est assis sous le regard de nos

pères respectifs.

« Tu as meilleure allure ainsi, a déclaré tonton Chika. Quand ils sont noués

en arrière. »

J’ai lâché un petit rire. « Ah-ahn, Dede, c’est juste des cheveux. » Vivek a

souri, mais nous avons tous deux repris notre sérieux lorsque mon père a

baissé son quotidien pour nous lancer un coup d’œil mauvais.

Tonton Chika s’est tourné vers moi. « Comment ça va, à Nsukka ?

— Ça se passe bien. La fac est correcte.

— Ta mère dit que tu y as une petite amie. Ton père avait ton âge quand il

s’est marié, tu sais.

— Ne t’occupe pas de ce garçon. » La voix de mon père, derrière sa page

de journal, était railleuse. « S’amuser et s’amuser encore, il n’a que ça en

tête. il n’accepte aucune vraie responsabilité.

— Tu as une petite amie ? a demandé Vivek.

— Ce n’est pas sérieux, ai-je dit.

— Ta mère affirme que ça l’est, a objecté mon oncle.

— Chika, mon épouse et toi, vous cancanez comme des vieilles femmes, a

constaté mon père en secouant la tête. Ce n’est pas plutôt avec la tienne

qu’elle devrait avoir ce genre de conversation ?

— Kavita se désintéresse de ces sujets. Pas moi. Si tu n’as pas envie de

t’intéresser à la vie de ton fils, c’est ton affaire. » Tonton Chika a décoché

un grand sourire à mon père ; il prenait toujours un malin plaisir à agacer

son frère aîné. Ce dernier a levé les yeux au ciel avant de reprendre sa

lecture, mais je savais qu’il continuait de tendre l’oreille.

Tantie Kavita est revenue dans la pièce avec des akaras. « Mange ça,

l’akamu est sur le feu. » Vivek a accepté l’assiette que lui tendait sa mère et

a entrepris de déchiqueter les akaras entre ses doigts et d’en mettre un petit

morceau dans sa bouche de temps à autre. Elle l’a observé, radieuse, puis

est repartie dans la cuisine.

« Alors, c’est sérieux ? » a demandé Vivek.

Je commençai à être exaspéré. « Ça ne te regarde pas.

— Je serai ton garçon d’honneur à ton mariage, tu sais. Je crois que ça me

regarde.

— Très juste », a commenté tonton Chika.

Il était heureux de voir Vivek discuter, c’était évident. Je n’avais pas envie

de gâcher cet instant. « Je ne la connais pas encore très bien, ai-je dit. Voilà

tout. »

C’était un mensonge. Je n’avais pas de copine à Nsukka. Je l’avais

inventée un jour que j’étais au téléphone avec ma mère, et son bonheur

avait été trop grand pour que je le compromette en avouant la vérité. Je

faisais donc semblant d’être réservé sur ce point afin de pouvoir éviter ses

questions. Cela permettait à son imagination de créer la belle-fille idéale, et

je n’avais pas besoin de parler d’autre chose ; elle pouvait mener une

conversation entière sur ce seul sujet.

« Comment elle s’appelle ? s’est enquis mon cousin.

— Bon Dieu, Vivek. Occupe-toi de tes affaires ! »

Ma mère a crié depuis la cuisine : « Osita ! Est-ce que tu viens de

blasphémer ? »

Vivek m’a fait un clin d’œil, et une bouffée de colère m’a traversé.

« Désolé, Ma ! ai-je lancé avant de me lever. Je sors.

— Ton cousin nous rend visite, et toi, tu sors ? » Mon père m’a décoché

un regard mécontent que je connaissais bien, et je me suis borné à le lui

rendre.

Vivek a ri. « Ce n’est pas grave, Dede. Laisse-le partir. Je l’irrite.

— Quoi ? Si tu ne te rassois pas, mon petit, ça va mal se passer pour toi ! »

a ajouté mon père à mon intention.

Tantie Kavita est revenue dans la pièce et a posé devant Vivek un bol

d’akamu dans lequel une cuiller était plantée. « En fait, Ekene, ça ne

t’ennuie pas si j’envoie Osita faire quelques commissions ? Nous avons

prévu de cuisiner plus tard dans la journée, Mary et moi. »

Mon père a lancé des regards noirs, mais il m’a autorisé à partir, et j’ai

quitté la maison avec une liste de courses, le cœur extrêmement soulagé.

Au dîner, Vivek avait perdu son entrain, et il a mangé son riz par petites

bouchées, tête inclinée. Peu après le repas, la NEPA7 a coupé l’électricité ;

muni d’une lampe à pétrole, je suis donc allé lire dans ma chambre. Vivek

m’a rejoint au bout d’une heure ; il a doucement refermé la porte derrière

lui et s’est agenouillé près du lit pour allumer une spirale antimoustiques. J’ai gardé les yeux sur ma page tandis que l’allumette s’embrasait dans un

crissement et que mon cousin soufflait dessus pour l’éteindre. La lampe a

nimbé mon livre d’un orange terne qui se répandait faiblement sur les murs.

Le reste de la pièce, plongé dans une semi-pénombre, enveloppait Vivek de

gris pendant qu’il ôtait sa chemise et la pliait ; il a ensuite enlevé son jean et

l’a suspendu dans l’armoire. J’ai continué de lire alors qu’il s’affalait sur le

lit en boxer-short, les yeux au plafond. J’ai posé mon livre et me suis

couché à mon tour avant de me pencher pour éteindre la lampe. La chambre

s’est retrouvée dans le noir.

J’ai écouté les grillons et le bourdonnement du générateur de notre voisin.

Mes yeux se sont lentement habitués à l’obscurité, et j’ai pu distinguer le

clair de lune qui colorait l’intérieur de la pièce.

« Pourquoi tu as menti ? » a demandé Vivek, sa voix proche de mon

oreille.

« À propos de quoi ?

— De ta copine à Nsukka. Tu n’as pas de copine là-bas. »

J’ai lâché un rire moqueur. « Qui te l’a dit ?

— Personne n’a eu à me dire quoi que ce soit. Tu mens très mal. »

J’ai tourné la tête pour le regarder ; ses pupilles brillaient dans l’ombre.

« Occupe-toi de tes affaires, bhai. »

En souriant, il a montré des dents luisantes. « Ce que je ne comprends pas,

c’est pourquoi tu as décidé de leur mentir. Tu sais que ta mère ne te laissera

plus tranquille tant qu’elle ne sera pas en train d’organiser ton mariage avec

cette fille imaginaire. »

J’ai posé les yeux au plafond. « Elle n’est pas imaginaire », ai-je répondu.

Je lui donnais déjà forme. Elle se prénommerait Amaka. Elle serait

infirmière, ou enseignante, peut-être.

« Quand tu caches quelque chose, a-t-il repris, ne le dissimule pas avec

quelque chose d’inconsistant, qui sera aisément démoli. Il faut que tu

protèges mieux tes secrets. »

Je me suis soulevé sur mes coudes. « Sans blague, frère, j’en ai

franchement marre de ces idioties. Quels secrets ?

— Ce n’est peut-être pas une femme que tu fréquentes à Nsukka. En

pensionnat, l’un de mes amis mentait, comme toi. Il avait même demandé à

la sœur d’un de ses camarades de classe de se faire passer pour sa petite amie. » Vivek a tourné la tête vers moi. « Tu as une copine de secours, toi

aussi ? »

Je l’ai fixé du regard dans la lumière grise. « Ce n’est pas grave si tu n’en

as pas, a-t-il poursuivi. Il te faut une meilleure histoire, c’est tout ce que

j’en dis.

— Attends. » J’avais la tête comme truffée d’étonnement. « Si ce n’est pas

une femme, qui d’autre est-ce que je fréquenterais à Nsukka ? »

Vivek m’a dévisagé, et un bref silence s’est écoulé avant que je prenne

conscience de ce qu’il insinuait. Je me suis assis, furieux. « Tu es fou ?

Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »

J’ai vu de l’inquiétude traverser son regard ; il ne s’était pas attendu à de

la colère de ma part.

« Ah, te fâche pas », a-t-il dit en se rasseyant et en tendant la main vers

mon bras.

Je me suis écarté et levé d’un bond. « Ne me touche pas. Tu crois que je

suis comme tes amis ? Ou comme toi ? C’est pour cette raison que tu as

décidé de ressembler à une femme, ehn ? Parce que tu baises avec des

hommes ? Biko, je ne suis pas comme toi – oublie ça dare-dare ! » Dans un

bref claquement, j’ai frotté mes paumes l’une contre l’autre pour repousser

ses pensées contagieuses.

Vivek a levé les yeux vers moi, le dos voûté, ses jambes maigres et raides

étendues sur le drap. Son chignon s’était défait et ses cheveux étaient

répandus sur ses épaules. « Tu trouves donc que j’ai l’air d’une femme ? »

Mon cœur battait fort dans ma poitrine. « Quoi ?

— C’est pour ça que tu m’as évité toute la journée ? Parce que tu trouves

que je ressemble à une femme ? » Il a ri, a rejeté sa chevelure en arrière

pour découvrir son torse. « Et là, t’en vois, des seins ? »

J’ai secoué la tête. J’avais l’estomac douloureusement noué. « Tu ne vas

pas bien du tout. Ils feraient bien de prier pour toi pour de bon.

— Tout ça parce que j’ai dit que tu avais peut-être un copain plutôt qu’une

copine ? Ce n’est pas si grave.

— Tu trouves ça normal ? Tu te crois normal, hein ? Rien de tout ça ne

l’est, Vivek ! Quel genre de personnes est-ce que tu fréquentes ?

— Pourquoi tu as si peur ? Parce que quelque chose est différent de ce que

tu connais ? » Mon cousin a croisé les bras et s’est adossé à la tête de lit. « Je suis déçu, bhai. Je n’imaginais pas que tu étais de ces gens à l’esprit

étroit. Laisse ça à ta mère.

— Va te faire foutre », ai-je répondu en m’emparant de mon oreiller.

Vivek s’est esclaffé. « Oh, tu vas dormir dans le salon ? Et quand ta petite

maman va t’y trouver demain matin, tu pourras alors lui expliquer pourquoi

tu n’es pas resté dans ta chambre. Ou bien je peux lui expliquer pour toi, si

tu préfères. »

J’avais envie de le frapper. J’avais l’impression que nous avions de

nouveau treize ans, vu la façon qu’il avait de me taper sur les nerfs, au point

que cela me démangeait de le repousser. « Je ne suis pas un de ceux-là, lui

ai-je dit.

— Un de ceux quoi ? a demandé Vivek en levant les mains. En fait, laisse

tomber. Je m’en fiche complètement. J’ai sommeil. Fais ce que tu veux. » Il

s’est recouché, dos à moi.

Debout dans l’obscurité, je me suis senti de plus en plus bête avec mon

oreiller dans les bras. J’ai fini par le jeter sur le lit et par m’étendre en

tournant moi aussi le dos à Vivek. Quel connard. Je suis resté allongé,

bouillant de colère pendant un long moment avant de m’endormir.

Pendant la nuit, l’électricité est revenue et le ventilateur du plafond s’est

remis à ronronner. J’ai remué et me suis réveillé. J’étais couché sur le dos,

un bras rejeté en arrière ; Vivek était étalé en tous sens près de moi, sa

jambe touchant la mienne et ses cheveux submergeant mon autre bras, le

pendentif et la chaîne en argent luisant entre ses clavicules. Je distinguais

presque les contours de Ganesh. Mon cousin a soupiré et ses yeux se sont

entrouverts.

« Désolé, bhai », a-t-il chuchoté avant de se rendormir. J’ai eu envie

d’écarter une fine mèche de cheveux qui reposait sur sa joue, mais je

craignais trop de le toucher. En silence, j’ai regardé le plafond jusqu’à ce

que le sommeil me gagne de nouveau.

 

7. La National Electric Power Authority (renommée PHCN à la fin des années 2000) fut la compagnie publique d’électricité au Nigéria à partir de 1972.

 

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