La mort de Vivek Oji

Akwaeke Emezi · Chapitre 16 sur 27

Pages du PDF

La mort de Vivek Oji

XVII. Vivek

XVII

 

Vivek

 

Voici l’un de mes souvenirs préférés avec Osita. Nous sommes dans ma

chambre à coucher. Mes parents sont sortis et nous sommes seuls. Je suis

étendu, la tête reposant sur son ventre nu, et il joue avec mes cheveux, tirant

sur les boucles et les observant se rétracter. Par instants, il me frotte le cuir

chevelu et je me tourne pour lui embrasser les côtes.

« J’ai fait un rêve », lui dis-je.

Calé entre les oreillers, il baisse les yeux vers moi. « Raconte », répond-il

d’une façon telle que je le sais sincèrement intéressé, désireux d’entendre

mes rêves, mes histoires.

« J’ai rêvé que j’étais notre grand-mère. Je regardais dans un miroir et elle

était là, exactement comme sur les photos, et elle m’a parlé en igbo.

— « Qu’a-t-elle dit ?

— Retiens ma vie. » J’attends qu’il rie, mais il n’en fait rien. Je lui

demande : « Crois-tu en la réincarnation ?

— Je ne suis pas sûr que ce soit une question de croyance. Si elle existe,

c’est ainsi, que j’y croie ou pas.

— Tu m’as compris. »

Mon cousin me décoche un mince sourire et entortille une mèche de mes

cheveux autour de ses doigts. « On parle d’elle et de toi au village, tu le

savais ? »

Je l’apprenais. Je me suis redressé à moitié, m’appuyant contre lui.

« Les gens parlent du fait qu’elle est morte le jour où tu es né, poursuit-il,

que mon père s’est querellé avec le tien à propos de ton nom. Mais comme

tu n’étais pas une fille… » Osita hausse les épaules, laisse cette histoire

s’éteindre.

Je l’interroge : « Qu’en penses-tu ? »

Mon cousin me dévisage avec une gentillesse qu’il ne réserve qu’à moi. « Qui sommes-nous pour définir ce qui est impossible ou pas ?

— Tu dis ça en l’air », réponds-je.

Il secoue la tête. « Je le pense vraiment. Tu sais ce qui se passe dans ton

esprit. Tu es la seule personne à le savoir. Alors demande-toi si ça te semble

juste, et quelque part, au fond de toi, une boussole t’indiquera si tu as raison

ou tort. »

Je lui souris. « C’est ainsi que tu prends des décisions ? », dis-je, taquin.

Il balaie du regard nos corps nus sur le lit, sans me rendre mon sourire.

Lorsque ses yeux se posent sur moi, un frisson me parcourt ; je sais que

c’est un signe avant-coureur de ses mains, de sa bouche, de toutes les autres

merveilleuses parties qui le constituent.

« Seulement celles qui sont importantes », réplique-t-il, puis il tend le bras

vers moi.

 

OceanofPDF.com