La mort de Vivek Oji
XXIV. Nnemdi
XXIV
Nnemdi
Je me demande souvent si je suis morte de la meilleure façon qui soit –
dans les bras de celui qui m’a le plus aimée, revêtue d’une peau qui était
vraie. Je le regarde me pleurer et j’ai envie de lui dire qu’il est déjà
entièrement pardonné, quoi qu’il ait pu me faire. Je veux lui dire que je
dansais tous les jours avec la mort, que je le savais, surtout quand je sortais
ainsi. Je le savais, et j’ai malgré tout fait mes choix. Ce qui est arrivé n’est
ni bien ni juste, mais ce n’est pas sa faute. Je veux le remercier de m’aimer.
Ma mère a fait changer l’inscription gravée sur ma tombe. Elle a deviné
que c’était un mensonge. L’amour et la culpabilité ont parfois la même
saveur, voyez-vous. Maintenant, on y lit :
VIVEK NNEMDI OJI
ENFANT BIEN-AIMÉ
Je porte enfin mon prénom igbo, et je me demande si quelqu’un s’en
réjouit. Si ma grand-mère, qui flotte quelque part ici avec moi, est heureuse
d’être finalement reconnue. Pour ma part, je dirais qu’il était trop tard, mais
le temps a cessé d’avoir la même signification que par le passé.
Cela ne me dérange plus. Je vois à présent comment les choses
fonctionnent, depuis l’autre côté. Je suis née et je suis morte. Je reviendrai.
Quelque part, voyez-vous, dans le fleuve du temps, je suis déjà en vie.
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