Le choc amoureux

Francesco Alberoni · Chapitre 14 sur 23

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Le choc amoureux

Chapitre 13

 

Comment passe-t-on de l’amour naissant à l’amour ? À travers une série d’épreuves. Des épreuves que nous nous imposons à nous-mêmes, des épreuves que nous imposons à l’autre, des épreuves que le système extérieur impose. Quelques-unes sont cruciales. Si elles sont surmontées, l’amour naissant progresse sous le régime des certitudes quotidiennes que nous appelons l’amour. Si on ne surmonte pas ces épreuves, quelque chose d’autre survient : le renoncement, la pétrification ou le « désamour ». Quelle que soit la manière dont vont les choses, ces épreuves, en général, s’oublient. Si l’amour naissant devient amour, elles nous paraissent, rétrospectivement, légères, presque un jeu. Le passage à l’amour, dans notre souvenir, s’effectue au fur et à mesure que se remplissent les espaces du quotidien à travers le fait de se consacrer à l’autre, de prendre soin de lui. L’enthousiasme s’éteint doucement dans un dévouement plein de tendresse. Dans la réalité, au contraire, cette sérénité succède toujours à des événements dramatiques dont on ne connaît pas, jusqu’au dernier moment, le dénouement.

Mais les épreuves s’oublient également lorsque l’état amoureux stagne, c’est-à-dire quand l’un ou l’autre, ou tous les deux, ne surmontent pas les épreuves qu’ils s’imposent. Dans ce cas on ne se souvient pas d’avoir imposé une épreuve, mais seulement que l’autre ne nous a pas suffisamment aimé, donc que l’autre, en réalité, ne nous aimait pas.

Ainsi, quand nous surmontons les épreuves, nous projetons en arrière, dans notre souvenir, la continuité de l’amour que nous vivons. Quand nous ne les surmontons pas, nous projetons en arrière la continuité de l’actuelle absence d’amour.

Tomber amoureux c’est connaître une succession d’épreuves. Tout d’abord celles que nous nous infligeons à nous-mêmes. Les épreuves de vérité. Une expérience typique de l’amour naissant est celle de pouvoir « se rassasier » de l’autre. Être amoureux c’est aussi résister à l’amour, refuser de céder au risque existentiel de s’en remettre complètement à l’autre. Nous recherchons donc l’être aimé, mais nous désirons nous passer de lui. Souvent, dans les moments de bonheur, nous nous disons : « Voilà, j’ai atteint le maximum que jamais plus je ne pourrai atteindre, maintenant je peux le perdre et être à nouveau ce que j’étais, n’emportant avec moi que le souvenir ; j’ai obtenu ce que j’ai voulu, c’est assez maintenant. » Obtenir le maximum possible et puis s’en passer représente le rêve de la satiété. En un certain sens, nous réussissons à nous abandonner complètement, parce que nous pensons que c’est la dernière fois. Ainsi nous nous soumettons à l’épreuve parce que, après nous être détachés, nous nous apercevons que le désir renaît, que nous continuons à aimer, à désirer désespérément, et nous avons besoin d’une autre « dernière fois ». La « dernière fois » devient aussi un nouveau départ et la nécessité d’un nouveau début. Chaque fois, nous re-tombons amoureux et l’être aimé s’impose à nous comme l’unique objet authentique de l’éros. C’est un combat contre nous-mêmes que nous perdons et nous devons nous rendre. Le fait de devoir se rendre n’empêche pourtant pas qu’il y ait combat et que ce combat soit réel. Notre détachement, qui est réel, provoque des effets réels chez l’être aimé qui sent que nous voulons nous détacher. Et comme lui aussi se soumet à l’épreuve, les deux moments de détachement peuvent coïncider. Il s’ensuit alors des périodes plus longues de distanciation pendant lesquelles nous pouvons accomplir diverses actions qui seront pour l’autre autant de motifs de jalousie ou de preuves de non-amour. Pour pouvoir nous détacher nous recherchons des raisons de le faire. Dans le comportement de l’autre nous cherchons tout ce qui justifie notre détachement : des signes qu’il ne nous aime pas vraiment, des signes qu’il ne nous aime pas autant que nous l’aimons, des raisons pour ne pas croire qu’il puisse nous aimer demain.

Tout cela signifie que nous avons peur de nous livrer sans aucune garantie de réciprocité. Le fait même que l’amour de l’autre nous apparaisse comme une « grâce » imméritée nous remplit de craintes car cette grâce pourrait ne pas survenir à l’instant même où nous la désirons le plus, et où nous ne pouvons nous en passer. Nous voulons donc nous passer de cette grâce, ou chercher à la transformer en certitude, en certitude de réciprocité. Dans les actes de l’autre nous cherchons les preuves de son amour, nous les examinons comme les signifiants d’un amour réciproque : « L’autre a-t-il besoin de moi autant que moi j’ai besoin de lui ? » C’est sous cet éclairage qu’est déchiffré le comportement de l’autre pour définir ce qui est et ce qui sera. La réponse à ce « M’aime-t-il, ne m’aime-t-il pas ? » est cherchée non pas dans l’effeuillement d’une marguerite mais dans les attitudes de l’autre : « S’il agit ainsi, cela signifie que… s’il n’agit pas ainsi cela signifie que… » Dans les faits les plus simples, par exemple s’il arrive en avance ou en retard, s’il regarde ou s’il ne regarde pas une autre personne. Mais leur sens n’est jamais limpide. Il peut arriver en retard, essoufflé, et alors, que cela signifie-t-il ? Qu’il m’avait oublié ? Qu’il a eu du mal à me rejoindre et son retard est alors une preuve d’amour ? D’ailleurs, même quand la preuve est négative, il nous suffit d’une explication, d’un regard, d’une caresse pour nous la faire oublier, pour nous rassurer. Sa sincérité, comme sincérité vécue, est une preuve.

J’ai appelé toutes ces épreuves des épreuves de vérité. Nous ne les imposons pas pour susciter un certain comportement : nous nous les infligeons à nous-mêmes pour savoir si nous aimons ou pas, donc pour connaître la vérité.

Mais il y a une autre catégorie de preuves qui sont de véritables questions posées à l’autre et à travers lesquelles nous lui demandons de changer, de faire des choses qu’il n’aurait pas faites. Ce sont les preuves de réciprocité. Quand nous sommes amoureux, nous réorganisons autour de l’être aimé toutes nos affections antérieures, notre travail, toute notre vie. Vouloir ensemble ce que chacun veut profondément implique que nous sommes obligés de changer, que nous sommes obligés de nous séparer de certaines choses que nous voulions auparavant, auxquelles nous attachions de l’importance. Ce qui sera intégré dans le nouvel amour et ce qui en sera exclu n’est pas du tout défini à priori, mais résulte d’une exploration réciproque et permanente. Chacun veut intégrer dans son amour le plus de choses possible et élabore un projet qui ne coïncide pas avec celui de l’autre. Chacun demande à l’autre de reconnaître son propre projet. « M’aimes-tu ? » signifie donc aussi : « Acceptes-tu d’entrer de cette manière dans mon projet ? » L’autre, à son tour, à travers la question « M’aimes-tu ? » demande : « Acceptes-tu au contraire d’entrer dans le mien ? » « Je t’aime » signifie : « Je modifie mon projet, je passe de ton côté, j’accepte une requête qui vient de toi, je renonce à quelque chose que je voulais ; je veux, avec toi, ce que toi tu veux. Mais en même temps, je t’interroge : “M’aimes-tu ?” et, par là je te demande : “Qu’est-ce que tu modifies, toi ? À quoi renonces-tu, toi ?” » Ce « M’aimes-tu ? » signifie donc toujours que je demande quelque chose que moi je veux ou que je renonce à quelque chose que toi tu veux. Ce « M’aimes-tu ? » demande que tu m’acceptes avec tout le poids de ma réalité et de mes limites, et que tu renonces à tes propres limites. Le projet que chacun fait pour soi implique l’autre : c’est un projet de vie pour l’autre aussi : c’est la proposition de ce que l’on doit vouloir ensemble.

Mais il y a des choses que l’on ne veut pas ensemble, des choses incompatibles. Certaines sont moins importantes, on peut facilement y renoncer, d’autres peuvent être remises à plus tard, d’autres sont essentielles. La recherche de ce que les deux doivent vouloir ensemble les oblige à faire et refaire continuellement des projets, à rechercher continuellement d’autres voies. Mais ils trouvent également des points auxquels ils ne peuvent renoncer car, s’ils ne les réalisent pas, même l’amour perd son sens : ce sont les points de non-retour. Dans les projets, faits et refaits, ces points essentiels reviennent toujours, comme des nœuds que l’on ne peut dénouer, que l’autre doit accepter, assumer comme les siens, intégrer dans les structures de son projet car, autrement, il n’y aurait réellement pas de place pour moi, moi et toute la richesse de ma vie. Il prétend m’aimer, mais en fait il n’y a aucune place pour mon moi réel dans son univers imaginaire. Une part essentielle de moi demande à être reconnue et acceptée. Lui, au contraire, l’élude, il veut que je renonce, que je me rende à lui en me perdant moi-même et en perdant le sens profond de ma volonté d’être nouveau, différent, vivant. Par exemple, il dit m’aimer, mais il ne me lie pas à lui dans sa vie, il m’exclut de son travail ; quand il voyage, il ne voyage pas avec moi, il veut me confiner dans un rôle de maîtresse, celle que l’on rencontre de temps à autre, de maîtresse silencieuse et aimée dans l’ombre. Lui, il continue à être lui-même, il ne remet pas en question ses rapports, il les conserve tous. Moi, je ne dois être que son refuge secret, je dois réduire ma vie à attendre qu’il vienne, quand il le souhaite, suivant fidèlement les règles qu’il s’impose. Non, ce n’est pas acceptable, pour moi ce n’est pas une vie. Ce peut l’être pour une autre femme, cela aurait pu l’être dans le passé, pour moi aussi, mais pas à présent. Aujourd’hui, je veux une vie pleine. Alors je lui demande : « Puis-je aller avec toi ? » Ma question est une épreuve. S’il répond non, cela signifie qu’il me rejette là où je ne peux exister.

D’ailleurs, pour lui, le problème est symétrique et inverse. Le système de relations dans lequel il est inséré est édifié sur un équilibre délicat, réparé, réajusté. Si on le heurte brusquement, il peut exploser. Il a besoin de temps pour réorganiser lentement ses affaires, pour trouver un autre travail, pour régler la situation économique de certaines personnes, pour pouvoir prendre soin de ses enfants d’une manière différente. Dans le nouvel amour il trouve la force de refaire son projet d’existence : c’est un asile d’où il repart fortifié, rassuré. Grâce à cet amour, il trouve la force de se modifier lui-même et de modifier la réalité. En effet, il a déjà entrepris un nouveau travail, il a changé de ville et d’habitudes, il a commencé à donner des explications ; peu à peu, il sera disponible et libre, mais, pour l’être, il a besoin de certitudes, il a besoin d’amour. Et cela au moment où on lui demande de décider d’une action, de rompre brusquement avec le passé, de se jeter totalement dans l’inconnu et de risquer ainsi de perdre tout ce qu’il aime et qu’il veut réorganiser autour du nouveau centre de son existence, son nouvel amour. Mais s’il perd tout, même le centre reste vide. Aux rendez-vous, il ne pourra apporter qu’un moi mutilé, incomplet, fait de nostalgie et de sentiment de culpabilité. Il est tout ce qui le constitue et il ne peut abandonner ce tout sans cesser d’être ce qu’il est.

Chacun a connu un point de non-retour : chacun demande à l’autre de renoncer à une chose essentielle, une chose que le nouvel amour a justement rendu essentielle, car cet amour veut réorganiser autour de lui la vie dans toute sa richesse. Chacun demande à l’autre de renoncer à une partie essentielle de lui-même, à ce qui le rend pleinement capable d’aimer. On lui demande, en substance, de détruire son humanité concrète, de se déshumaniser.

Dans le langage théologique, Dieu demande à Abraham la preuve de sa déshumanisation. Il devra tuer ce qu’il aime le plus, son fils aîné, Isaac. C’est un dilemme ; il doit choisir entre deux actes qui rendent chacun le choix impossible, parce que chacun d’eux exige une déshumanisation. Le passage de l’amour naissant à l’amour implique toujours la nécessité d’aimer quelqu’un qui souhaite que l’on devienne un criminel. Aimer oblige à faire confiance à quelqu’un dont le comportement est tel qu’il est objectivement absurde de l’aimer. Le passage de l’amour naissant à l’amour implique que chacun obtienne la preuve de pouvoir être aimé malgré sa déshumanisation. La preuve (de réciprocité) entraîne une lutte dans laquelle chacun demande à l’autre de se rendre sans conditions, de perdre son humanité concrète, la seule qu’il connaisse. C’est un combat entre gens qui s’aiment, mais c’est également un combat à mort. Les images de l’amour ne doivent nullement nous induire en erreur. Celui qui subit l’épreuve lui oppose une résistance désespérée. Et celui qui impose l’épreuve l’impose véritablement et décide dans son cœur que si l’autre n’en sort pas victorieux, il ne l’aimera plus. Chacun veut être aimé bien qu’il semble un monstre et qu’il dise non, chacun veut être aimé bien qu’il inflige des épreuves monstrueuses comme condition à son oui. Mais l’épreuve est toujours réciproque. Dans l’image biblique, Dieu met à l’épreuve Abraham, mais en même temps Abraham met à l’épreuve son Seigneur : qu’arriverait-il, en effet, à Dieu si Abraham tuait son fils ? Il ne serait plus un Dieu d’amour, mais un Dieu cruel, sanguinaire. Dieu soumet également Moïse à l’épreuve quand il lui demande de se jeter dans les flots de la mer Rouge. Mais à cet instant, Dieu aussi est mis à l’épreuve, parce qu’il ne peut dire « jette-toi » et laisser son peuple se noyer dans les flots. Un Dieu qui agirait ainsi serait un mystificateur, un démon.

La clé de la solution réside dans le fait que le point de non-retour est demandé, mais non exigé ; c’est un chèque signé qu’on n’encaissera pas. Abraham est sur le point de tuer son fils, mais Dieu n’exige pas le sacrifice. Tous les deux ont surmonté l’épreuve. Tous les deux ont eu une démonstration, tous les deux ont renoncé à quelque chose d’essentiel, tous les deux ont rencontré et reconnu une limite infranchissable. L’amour ne devient possible que lorsque l’on prend le point de non-retour de l’autre comme sa propre vraie limite, quand on le veut comme sa propre vraie limite.

Quand cela se produit, le pacte est conclu. Chacun saura que l’autre ne lui demandera plus ce qu’il ne peut demander. Cette certitude, née du désespoir, constitue le point stable de la confiance mutuelle : l’institution de réciprocité. Je sais que j’aime et que je ne peux pas ne pas aimer, je sais que j’ai une limite que je ne puis ne pas avoir et je l’accepte.

L’amour surgit donc autour d’une institution, autour d’un pacte. Et le pacte surgit autour d’une limite, de la nécessité de reconnaître que tout n’est pas possible, que l’impossible existe. Ainsi l’amour est-il toujours l’amour de ce que l’on n’avait pas voulu, une alternative de vie à laquelle nous nous étions opposés.

Le processus qu’on vient de décrire n’arrive pas une seule fois, mais plusieurs ; chaque fois il rencontre le désespoir et se termine dans un pacte. Les nouvelles certitudes deviennent le point de départ à partir duquel on réorganise l’existence quotidienne. Nulle règle ne permet de prévoir qu’un amour naissant deviendra un amour. Il n’y a pas de règles pour savoir si le dilemme est insoluble ou non. Les projets de vie peuvent être tellement différents qu’ils n’admettent pas de compromis. Chacun exige la déshumanisation de l’autre : s’il l’obtient, il le perd, s’il ne l’obtient pas, il le perd également. Le fait est d’autant plus probable que la différence est grande, donc d’autant plus probable que la passion amoureuse est violente. Cette violence implique, en effet, que plusieurs éléments doivent être bouleversés, réorganisés, refaits.

L’amour naissant le plus intense est celui qui met en jeu le maximum d’existence, de richesse, de responsabilité, de vie. L’amour est une révolution : plus l’ordre des choses est complexe, articulé et riche, plus terrible en est le bouleversement, plus difficile, dangereux et risqué le processus. Il arrive souvent que deux personnes, la première menant une existence pleine, la seconde plus favorable au changement car plus libre, tombent amoureuses l’une de l’autre. C’est le cas fréquent d’une personne mariée et d’une autre célibataire, d’une personne mûre et d’une personne très jeune, d’une personne (politiquement ou religieusement) engagée et d’une autre non engagée. Celle qui est la plus entravée, la plus chargée de devoirs, d’éléments à intégrer et à changer est celle pour qui le fait de tomber amoureux est le plus bouleversant. Mais l’autre l’aime justement pour sa complexité qui donne une épaisseur et un sens à sa capacité de se modifier, de projeter une existence nouvelle, à son désir de pouvoir.

Mais la diversité propre à l’amour naissant, sa nature violente rendent difficile sa transformation en un amour stable, en une convivialité sereine et durable. L’amour naît plus facilement lorsque les deux personnes se trouvent dans une situation plus équilibrée, chacune étant assez libre (comme les jeunes et les adolescents) ou lorsqu’elles se sont déjà libérées d’un grand nombre de liens. Paradoxalement, dans ce cas, l’amour naissant est également moins intense car sa tâche révolutionnaire est moindre, parfois il n’y a presque rien à révolutionner.

En cela l’état amoureux est exactement analogue aux grands mouvements collectifs. Il existe des mouvements collectifs qui ébranlent les fondements d’un système social, qui le secouent par des guerres terribles sans que n’émerge un nouveau pouvoir plus stable. Il existe, au contraire, des mouvements collectifs qui très vite s’achèvent par la prise du pouvoir. La Réforme protestante a été un mouvement collectif profond, qui a touché l’Europe entière, mais au cours duquel on ne prit aucune Bastille ni aucun Palais d’Hiver. Tomber amoureux peut donc marquer, bouleverser l’existence d’une personne ou de deux personnes sans que naisse un amour. Un amour au contraire peut surgir sans qu’une passion bouleversante l’ait précédé, mais d’une rencontre sereine, du plaisir d’être ensemble, de la possibilité de pouvoir établir facilement ensemble ce que chacun veut séparément et le pacte qui le transforme en institution.

L’amour naissant, comme tout état naissant, est une exploration du possible à partir de l’impossible, une tentative de l’imaginaire pour s’imposer à l’existant. Plus la tâche est grande, plus long est le voyage, moins probable est l’arrivée. Son histoire se réduit alors à l’histoire de ce voyage et de ses mésaventures, des luttes soutenues, sans qu’il y ait jamais une rive où aborder, un port où festoyer.

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