Le Jour Où J'ai Appris À Vivre

Laurent Gounelle · Chapitre 12 sur 43

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Le Jour Où J'ai Appris À Vivre

Chapitre 11

11

 

 

Ryan ajusta la mise au point sur la silhouette de Gary. Assis dans son vieux fauteuil en plastique d’un blanc jauni par le soleil, il fronçait les sourcils en décachetant son courrier. Les enfants couraient après un ballon à proximité.

Ryan attendit patiemment. Le haussement d’épaules tardait à venir. Gary eut soudain un léger mouvement de recul, accompagné d’un léger plissement des yeux tandis qu’il fixait sa main. Ryan zooma. Quelques gouttes de sang perlaient au bout du doigt de Gary.

L’idiot. Se couper en ouvrant son courrier.

— Arrêtez vos conneries ! hurla Gary à l’adresse des enfants.

Ryan passa rapidement en champ large. Merde, il avait loupé les gosses qui venaient de lancer le ballon dans les fleurs.

— Vous êtes bêtes ou quoi ? cria Gary rouge de colère. J’arrête pas de vous dire de faire gaffe aux fleurs. Cervelles de poissons rouges !

Les gamins restèrent figés quelques instants, visiblement déstabilisés, puis ils ramassèrent leur balle et rentrèrent dans la maison.

Gary secoua la tête, puis déplia la lettre ouverte, et se mit à sucer son doigt coupé.

Ryan zooma de nouveau.

Gary fronça les sourcils tandis que sa grosse tête dodelinait de gauche à droite pour accompagner sa lecture. Derrière sa caméra, Ryan ne put s’empêcher de sourire.

Et puis, enfin, enfin, le haussement d’épaules tant attendu.

Ryan ricana d’un petit rire cruel. Son post du jour était assuré.

*

* *

Les drisses des voiliers cliquetaient joyeusement contre les mats au gré du vent léger qui portait des vagues de senteurs marines et quelques ondes de fraîcheur sous le soleil de l’après-midi.

Cherche le divin en toi.

Facile à dire… Depuis deux heures que Jonathan était installé à la terrasse de ce café sur le port de Monterey, il avait beau chercher, se prendre le chou, rien ne venait.

De temps en temps, son esprit voguait sur les passants et les bribes de conversation qui jaillissaient à leur passage. Des gens comme lui, sans doute, avec pourtant une différence de taille : ils semblaient insouciants, tandis que lui ne l’était plus. Tu finiras pas l’année. La voix sans cœur de la seconde bohémienne résonnait encore dans son esprit.

Il regarda au large, dans l’espoir de chasser la pointe d’angoisse qui revenait. Il ne voulait pas retomber dans la déprime, dans cet état léthargique d’où l’on ne ressort qu’au prix d’un effort surhumain, comme un insecte prisonnier d’un bocal aux parois tellement lisses que chaque tentative d’évasion se solde par une glissade inexorable vers le fond.

Cherche à l’intérieur.

Difficile de regarder à l’intérieur quand on craint d’y rencontrer l’angoisse, justement.

La télé accrochée au mur à l’intérieur du café diffusait des images saisissantes de forêt filmée en hélicoptère. Jonathan percevait à peine le son de la voix du journaliste.

« La forêt amazonienne, disait-il, est détruite au rythme effroyable de mille six cents hectares par jour, soit l’équivalent de quinze cents terrains de football. »

L’image bascula sur celle d’un vieil Indien devant l’entrée du Muséum d’histoire naturelle de San Francisco où, disait la journaliste, avait lieu en ce moment une expo passionnante sur l’Amazonie. Les cheveux longs attachés dans le dos, son visage affichait une certaine sérénité, bien qu’empreint de tristesse. Une sorte de résignation calme.

Jonathan soupira longuement. Comment peut-on être heureux quand le monde va mal ? Comment trouver en soi la force de s’en sortir quand le mal progresse sur Terre ? La lutte est vaine, disait Tatie Margie.

La voix du vieil Indien était calme, posée. Malgré la gravité de ses propos, on ne percevait aucune animosité, aucune haine.

« Quand vous aurez abattu le dernier arbre, disait-il, quand vous aurez pêché le dernier poisson, vous découvrirez que l’argent ne se mange pas. »

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