Le Jour Où J'ai Appris À Vivre

Laurent Gounelle · Chapitre 28 sur 43

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Le Jour Où J'ai Appris À Vivre

Chapitre 27

27

 

« Et Austin Fisher vient de gagner brillamment sa place en demi-finale en remportant ce match face à l’Australien Gay Harisson. Sa blessure semble n’être qu’un mauvais souvenir, même si un bandage recouvre encore son épaule. Je vous rappelle le score : 6-4 ; 7-5 ; 6-4. Le public semble un peu déçu, un public dont le sympathique Australien avait réussi à conquérir le cœur et… »

Michael coupa la télé, satisfait. Une deuxième bonne raison de sabler le champagne ! La décision de Jonathan lui donnait des ailes. Une fois le rachat des parts effectué, il détiendrait les deux tiers de la boîte, qu’il revendrait dans la foulée au repreneur pour la petite fortune qu’il offrait. Et le tour était joué. À lui les vacances, le bon temps, le farniente au soleil, les jolies filles…

Cela lui donna une idée. Il décrocha son téléphone.

— Samantha ? C’est Michael. Je veux te voir ce soir.

— Pour quoi faire ? Je ne suis pas libre.

— Pour faire la fête, enfin ! Pourquoi t’es pas libre ?

Un silence.

— Devine.

— C’est pas un problème : annule !

— Je tiens mes engagements, question de réputation. Ma clientèle est exigeante.

Michael rigola.

— Je mets le double.

*

* *

Jonathan regarda par la fenêtre ouverte de sa salle de bains, tout en se rasant. Dans le jardin d’en face, on entendait jouer les enfants de Gary. Au bout d’un moment, le père sortit.

— Qu’est-ce que vous faites encore comme conneries ? cria-t-il.

— Mais papa… on fait pas de bêtises, on joue ! Viens voir ce qu’on arrive à faire !

— Mais ça va pas, non ? Vous croyez que j’ai que ça à foutre ? Et vous avez intérêt à vous tenir à carreau ! Je veux plus vous entendre, c’est compris ?

Les gamins acquiescèrent, l’air totalement dépité. Il disparut, sans se rendre compte de leur mine désemparée. Le décès de leur mère devait être déjà cruel pour eux. Avec la disposition d’esprit de leur père, ils n’étaient pas près de recevoir un peu de tendresse…

Il pensa à Chloé, puis à Angela.

Michael avait eu raison depuis le début. La cohabitation était malsaine. Il aurait dû tourner la page depuis longtemps, passer à autre chose. Cela l’aurait aidé à oublier Angela, ça lui aurait permis de reconstruire quelque chose d’autre.

Mais il le savait : il ne sert à rien de regretter des choix passés. La vie est ainsi, elle est jalonnée d’erreurs, et sans doute ces erreurs ont-elles leur raison d’être, sans doute nous apportent-elles quelque chose malgré tout. Accepter. La philosophie de Margie finissait par passer… L’acceptation est un art de vivre.

Bien sûr, c’était dommage d’arrêter son travail au moment où celui-ci retrouvait un sens à ses yeux, mais, là encore, il voulait rester confiant. La vie est trop courte pour se lamenter sur nos déceptions, il en était conscient mieux que personne. L’existence est un mouvement perpétuel, tout change à chaque instant, et la résistance à ce changement ne peut mener qu’au malheur. C’est la confiance en la vie qui permet d’avancer, de rebondir, et finalement d’apprécier ce qui arrive. Il ne savait pas encore ce qu’il ferait par la suite, mais il avait encore du temps devant lui. Les paperasses prendraient de longues semaines, et il avait décidé de poursuivre sa mission jusqu’au dernier jour, en conservant tant que possible l’élan qui l’animait depuis quelque temps et en exerçant son métier comme il l’entendait dorénavant.

Il passa acheter deux muffins chez Gary’s puis s’installa à la terrasse du café et les dégusta avec un grand bol de thé.

Sur l’écran mural que Jonathan voyait de biais à l’intérieur, une psy expliquait que les gens souffraient parfois du manque de démonstration affective de leurs lointains aïeux, qu’ils n’avaient pourtant jamais connus. Quand un enfant manque fortement d’affection et ne se sent pas aimé, il arrive qu’il se coupe de ses propres émotions dans une sorte de protection inconsciente. Jonathan ne put s’empêcher de penser à Gary. Une fois adulte, disait la psy, il peut alors devenir lui-même très froid envers ses propres enfants, et c’est ainsi que cette souffrance peut se répercuter sur plusieurs générations…

— Y en a marre de ces conneries ! dit un client debout derrière le bar. T’as pas une autre chaîne ?

Le barman zappa et le visage décidé d’Austin Fisher envahit l’écran. Jonathan sourit en voyant son ancienne idole, qui lui rappelait sa compétition passée avec Michael. Il ne serait jamais aussi bon commercial que lui, c’était désormais une certitude. Et c’était OK, car maintenant il savait que ce n’était pas sa mission.

Quelques minutes plus tard, il repéra sur la terrasse un petit vieux qui avait l’air totalement déprimé. Il l’observa quelques instants, puis fit un signe discret à la serveuse.

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