Le passé

Henry Gréville · Chapitre 8 sur 22

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Le passé

Chapitre VIII

 

Pendant que Louis d’Égrigné faisait, par procuration au moyen de son innocente sœur, le siège de Gilberte, Paul de Grandpré subissait une métamorphose pour lui bien étrange.

Son âme d’enfant, violente et passionnée, s’était jadis subitement fermée aux émotions de tendresse ; de bonne foi, il s’était juré de ne plus aimer que son père et s’était tenu parole. L’entrée dans sa vie de sa sœur, jusqu’alors volontairement oubliée, avait produit sur lui un effet singulier : la vie et le contact de cette jeune âme avaient éveillé en lui des impressions auxquelles il s’était jusque-là refusé.

Non qu’il éprouvât pour Gilberte une affection bien profonde : il la considérait plutôt avec une sorte de curiosité amusée, comme un homme grave regarde les ébats d’un petit chat.

Mais les grâces de la jeunesse l’avaient

 

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touché, quoi qu’il en eût ; les autres jeunes filles lui semblaient désormais plus vivantes, plus réelles ; ce cœur, qui s’était obstinément fermé à l’amour parce qu’il ne voulait pas souffrir ce qu’avait souffert son père, s’était amolli, attendri.

Il n’en savait rien, il se fût révolté si on le lui avait dit, et pourtant, certaines mélancolies subites et profondes qui tombaient sur lui quand il était seul vis-à-vis de son feu, mélancolies empreintes d’un charme subtil comme un parfum, dont il sortait non sans effort et sans arrachement, étaient le résultat de cet état d’âme encore inconscient.

Paul n’était pas toujours mélancolique, cependant : des bouffées de contentement intérieur, qu’il n’avait jamais connues, lui montaient par instants au cerveau ; des sons, des couleurs qu’il n’avait point remarqués jadis évoquaient en lui des impressions presque joyeuses, des élans rapides et fugitifs vers une existence autre que celle qu’il menait...

Chimères ! pensait-il, creuses songeries ! Et, en se grondant un peu, il retournait à ses livres, à

 

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ses chiffres, raffermi par une mâle et grave pensée de tendresse pour son père.

Un soir, vers huit heures, Paul de Grandpré sortit d’un restaurant où il venait de dîner seul. Une rude journée de travail, le matin, à cheval, avec ses hommes, l’après-midi, avec ses chefs, sur des paperasses, l’avait fatigué au point de le faire reculer devant les obligations du dîner de famille.

Il s’affranchissait souvent, d’ailleurs, sous un prétexte ou sous un autre, de la pénible contrainte qu’il ressentait en face de sa mère. L’habitude n’avait rien ou presque rien été à l’acuité de ses sentiments ; c’était toujours à contrecœur qu’il prenait place près d’elle ; la pauvre femme s’en était si bien aperçue, qu’elle s’efforçait d’inviter quelque convive, le plus souvent Marsac, pour rompre la froideur de ces repas où Gilberte seule apportait de l’animation. Mais Paul n’aimait guère Marsac, malgré l’affection que portait le baron à cet ami fidèle et nécessaire, et la solitude lui semblait préférable à cette compagnie.

Il sortait donc du restaurant où il avait dîné

 

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avec la sobriété Spartiate qui était une de ses vertus, lorsqu’au moment de tourner ses pas vers la maison paternelle, il hésita. Une des rares horloges qui se font entendre au-dessus des bruits de Paris, sonna huit heures ; la nuit de février était assez douce, quoiqu’un vent humide fouettât le visage du jeune homme au détour des rues ; après une seconde d’indécision, il se dirigea vers une des vieilles maisons de la rue Saint-Honoré.

C’était une ancienne demeure, habitée par des gens aux coutumes anciennes. Depuis le marteau de la porte cochère jusqu’aux quinquets de l’escalier monumental, tout prouvait que le propriétaire entendait ne rien accorder aux inventions modernes. La sonnerie et le gaz étaient des innovations sinon nuisibles, au moins inutiles, dans l’esprit de cet homme inflexible, et son concierge à cheveux blancs ne rougissait pas non plus de voir au-dessus de sa loge, écrit : Portier.

L’escalier de pierre n’avait point de tapis, la rampe en fer forgé rehaussée de rosaces dorées soigneusement entretenues n’avait point de main

 

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courante en bois : tout était resté là comme au temps du grand Roi.

Paul sonna au premier étage ; les idées du propriétaire avaient dû céder sur ce point, étant donnée l’impossibilité, avec les théories actuelles, d’obtenir de domestiques qu’ils consentissent à rester toujours, dans l’antichambre. Au premier voleur qui, trouvant la porte ouverte et le valet de pied absent, avait emporté le paletot fourré d’un visiteur, le maître du logis avait compris la nécessité d’une concession. Il avait appelé un serrurier et fait poser des sonnettes ; mais, pour le marteau de sa porte cochère, il avait tenu bon, et, quand il rentrait tard, le coup formidable du heurtoir faisait sursauter dans leur lit les bonnes femmes du voisinage.

Le salon où fut introduit le jeune homme avait cinq mètres de haut ; des rideaux de lampas gris perle descendaient des larges corniches de bois sculpté et doré ; leurs plis traînants, alourdis par de riches et antiques passementeries, encadraient de profondes embrasures où, sur une marche de

 

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chêne poli, trônaient deux sièges, comme au temps passé.

Un grand tableau de Poussin, dont on ne distinguait à cette heure que le cadre entourant une tache sombre, et de somptueux portraits d’ancêtres ornaient les murs ; sur la cheminée, une pendule de Boulle, haute de quatre pieds, et des girandoles de cristal achevaient de donner à cette pièce un air de proche parenté avec les salons de Versailles.

De chaque côté du foyer, où flambait une énorme bûche de charme, deux grands fauteuils étaient occupés par les maîtres de céans. Ils étaient bien en harmonie avec la maison et le mobilier ; lui, grand, droit et robuste, les cheveux drus, d’un blanc d’argent mat ; elle, mignonne et fluette, les mains frileuses dans des mitaines, plus jeune de vingt ans et déjà sexagénaire : M. et Mme de Cérences.

Une lampe Carcel brûlait près de chacun d’eux, à chaque extrémité de la grande cheminée ; mais, dans une si vaste pièce, si haut et à une telle distance des visages, cette clarté eût

 

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été insuffisante pour permettre toute occupation ; une petite table, devant le foyer, à égale distance des deux époux, portait une troisième lampe de système antique, coiffée d’un abat-jour vert ; dans le cercle lumineux qu’elle projetait, on voyait deux mains de jeune fille, élégantes et minces, qui tenaient un livre ouvert.

Le visage de la liseuse était dans l’ombre, elle lisait à haute voix, et cette voix était d’un timbre exquis, cristallin, légèrement mouillé, comme si elle eût eu en elle une source de larmes cachée, mais toujours prête à déborder.

Quand le valet de pied annonça M. de Grandpré, le livre trembla légèrement dans les mains graciles, et la voix s’arrêta net. La jeune fille se leva, et Paul reçut en pleine figure le regard de deux beaux yeux bruns, doux et timides, qui semblaient lui demander pardon de ne pouvoir s’empêcher de le regarder.

– Bonsoir, monsieur de Grandpré, vous vous faites rare ! dit le vieillard d’une voix de basse profonde.

Paul s’inclina respectueusement, en

 

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murmurant une excuse, et salua les deux femmes. Une chaise lui était avancée par le valet de pied ; il s’assit, non loin de la petite table de la liseuse, et attendit qu’on lui adressât la parole.

Il aimait cet intérieur aux coutumes anciennes ; en ce temps de poignées de main banales, le jeune homme n’avait jamais touché la main de M. ni de Mme de Cérences, encore moins celle de leur petite-fille Hermine, et pourtant, il se sentait bienvenu dans ce cercle de famille fermé aux profanes.

Un hasard l’avait présenté à M. de Cérences ; tout aussitôt, son excellente tenue, taxée par d’autres d’incurable froideur, avait plu à ce représentant d’un autre âge. Un acte de politesse, hommage respectueux, bien simple pourtant, et si naturel qu’il eût dû passer inaperçu, lui avait gagné le cœur de Mme de Cérences.

Sortant d’un magasin au moment où passait le jeune homme qu’elle avait rencontré une fois seulement, elle l’avait vu lui ouvrir la portière de sa voiture et s’y tenir, tête nue, jusqu’à ce qu’elle l’eût congédié du geste.

 

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Il n’en avait pas fallu davantage pour lui gagner le cœur de la vieille dame.

Quelques jours après, il avait reçu une invitation à dîner, et depuis, admis à présenter ses hommages le soir, – on dînait à six heures dans cette antique maison, – il venait, une fois environ par semaine, passer une heure auprès de ces représentants d’une autre époque.

Hermine était de notre temps, cependant, bien qu’elle eût gardé sur elle le reflet de cet intérieur, non pas suranné ni vieillot, car tout y respirait la grandeur, mais ancien et presque bizarre, à force de fidélité au passé.

Vêtue à la mode, – non celle qui, née aujourd’hui, passera demain, mais celle qui est assurée de durer encore quelques mois, elle conservait dans sa manière d’être, plus respectueuse encore que tendre à l’égard de ses grands-parents, quelque chose des temps où le respect primait l’amour filial. Mais dans ses jolis yeux noisette se lisait, en dépit des formules, une indicible tendresse pour les vieillards dont elle était l’unique joie, de même que, pour elle, à eux

 

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deux seuls, ils représentaient toute la famille.

Hermine de Cérences avait perdu sa mère toute petite, son père peu d’années après, et, dès la mort de sa mère, elle avait été élevée dans la maison de ses grands-parents par des gouvernantes et des professeurs ; M. de Cérences n’avait jamais permis qu’elle suivit de cours ; la seule éducation extérieure qu’elle eût reçue, si l’on peut s’exprimer ainsi, avait été son instruction religieuse à la Madeleine pour sa première communion. Elle n’avait pas d’amies, n’allait presque pas dans le monde, la santé de Mme de Cérences l’obligeant à rentrer entre minuit et une heure, et ne connaissait de la vie pour ainsi dire que les devoirs. Avant de rencontrer Paul de Grandpré, elle n’avait jamais levé les yeux sur un jeune homme ; dès qu’elle l’eut vu, elle l’aima, sans le savoir, pensant seulement qu’elle rendait justice à ce visiteur, si poli pour sa grand-mère.

La conversation n’était pas fort animée ; M. de Cérences parlait d’une façon lente et précise qui ne laissait guère l’occasion de s’égarer à droite ou

 

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à gauche. Mais Paul trouvait à ces entretiens un attrait particulier ; il aimait ce salon et la mignonne figure de grand-mère, assise à gauche de la cheminée ; il aimait la petite lampe avec son abat-jour de porcelaine verte, et la couleur de la robe d’Hermine. Aimait-il Hermine ? Il n’en savait rien encore.

Pendant qu’il savourait la paix qui tombait de ce haut plafond, le roulement continu des voitures sur le pavé lui arrivait amorti, presque étouffé par les rideaux de lampas ; la vie, arrêtée là pour lui pendant une heure, continuait au dehors, avec ses émotions, ses agitations et ses risques... Que cet intérieur lui semblait doux dans son austérité, et qu’il eût souhaité de pouvoir y oublier à jamais sa peine cuisante, son incurable blessure...

La porte s’ouvrit à deux battants. Un nom fut jeté par le valet de pied, et un intrus s’avança vers Mme de Cérences. C’était un homme de trente ans environ, très correct, avec des favoris à l’anglaise, un air fermé, des mains froides et osseuses sous le gant. Dès le premier coup d’œil, il déplut à Paul, et celui-ci sentit qu’il déplaisait

 

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également.

Pendant que le nouveau venu débitait ses compliments aux deux vieillards, Hermine tourna vers le jeune officier ses yeux ingénus. Son regard presque suppliant disait clairement : – J’en suis fâchée, car nous étions bien mieux avant l’entrée de ce monsieur ; mais ce n’est pas ma faute, et je n’y puis rien.

Un sourire timide, hésitant, accompagnait le regard, et soudain Paul sentit son âme illuminée. L’adorable fille, et quelle grâce touchante en tout ce qui émanait d’elle ! Évidemment, ce monsieur n’était qu’un trouble-fête ! et cependant, Paul se sentit presque disposé à la magnanimité... puisque Hermine ne s’intéressait point à lui.

On le lui présenta ; M. de Villebois. Les deux jeunes gens s’inclinèrent avec froideur, se toisant en dedans d’eux-mêmes, et se déplaisant prodigieusement par cet examen, encore beaucoup plus qu’à première vue. Après dix minutes, employées par M. de Villebois à donner des nouvelles de Londres qu’il venait de quitter, Paul allait se retirer lorsque Hermine, avertie par

 

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un premier et très léger mouvement de retraite, lui dit à demi-voix :

– Attendez, monsieur, on va servir le thé.

Ce n’était rien : elle ne l’avait pas regardé ; ses mains délicates rangeaient le livre et le couteau à papier pour faire place au plateau qu’apportait un domestique, et Paul se sentit plein de reconnaissance. Le cœur léger, l’âme contente, il accepta une tasse de thé, un peu de crème, un petit gâteau... Il eût accepté n’importe quoi, si Hermine avait bien voulu prendre la peine de le lui offrir.

Le plateau fut emporté, Hermine se rassit à sa place, et Paul se leva. Il prit congé et se trouva dans le grand escalier sans avoir un souvenir exact de ce qu’il avait dit en s’en allant ; il se rappelait seulement que les vieux époux l’avaient invité à revenir, comme ils le faisaient à chacune de ces visites, et qu’Hermine, sans lever les yeux, lui avait rendu son salut. La porte cochère se referma sur lui : l’air de la rue frôla son visage avec le velouté d’une caresse.

Il avait plu. De lourds nuages, éclairés d’en

 

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dessous par la lueur de Paris, passaient rapidement sur sa tête dans le ciel très noir ; le pavé mouillé reluisait comme s’il venait d’être verni ; une odeur de printemps, douce, pénétrante, troublante, courait, avec le vent, le long des rues, des quais, des jardins déserts.

Paul s’en alla lentement, à travers la place de la Concorde. Mille souvenirs très anciens lui revenaient avec douceur. D’ordinaire, il évitait de songer à son enfance, de peur d’y rencontrer le visage de sa mère, jeune et tendre, affectueusement penchée vers son petit visage de garçon résolu... Cette nuit, il retrouvait dans sa mémoire des pensées dont elle était absente, et il s’y abandonnait avec une grande douceur...

Premiers rêves d’adolescent ambitieux, songeries de palmarès..., l’ombre d’un vieux professeur qu’il aimait et qui était mort... Ils l’avaient conduit au cimetière un jour d’avril, sous de courtes et rapides averses, et les lilas embaumaient tout le long des jardinets, jusque dans le cimetière... Depuis, l’odeur des lilas lui avait toujours parlé de mélancolie et

 

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d’immortalité.

L’air ne sentait point le lilas en cette nuit de février, et pourtant, le vent apportait de quelque rive inconnue un parfum singulier, qui le grisait presque. Sur le pont de la Concorde, il s’arrêta pour regarder la rivière.

Les lumières des quais y tremblotaient en points de feu innombrables, infinis ; les lignes flamboyantes s’en allaient à perte de vue, se confondant ; enfin, les candélabres des ponts avec les fanaux réfléchis sur les rides noires de l’eau courante, faisaient de larges bracelets, des ceintures dorées, semées de rubis et d’émeraudes, au flot, resserré entre ses rives lumineuses. Un bruit mélancolique, régulier, musical, accompagnait le passage de la Seine sous les arches ; on eût dit une mélodie rythmée, une voix de femme qui chanterait une berceuse en pleurant...

Et pourtant le frisson, le sanglot des ondes n’étaient pas tristes ; la splendeur des lumières frémissantes semblait une apothéose d’or dans le lointain noir, une fête mystérieuse et magique,

 

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d’une invraisemblable richesse, où, sous un souffle de printemps éternel, seraient conviés ceux-là seuls qui auraient gagné l’immortalité.

L’immortalité... Il y pensait encore ; pourquoi ?

– Rien n’est immortel, se dit Paul, avec un retour amer sur le chagrin de sa vie.

Tout à coup, une voix éclata en lui :

– L’amour est immortel ! II se renouvelle et passe d’un être à un autre, il finit et recommence ; à travers les siècles, il crée et torture ; il tue et meurt, puis renaît et recommence, comme les printemps.

L’air plus velouté, plus tiède encore, le faisait frissonner comme un baiser.

– Ô printemps, murmura Paul, avec un mouvement instinctif vers l’apothéose là-bas, dans le noir, au delà des ponts ! ô printemps ! jeunesse, vie !...

Jamais il n’avait rien ressenti de pareil : jamais son être moral, froissé, blessé, fermé, ne s’était ainsi déployé ; il sentait des ailes à son âme, et sa

 

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poitrine respirait plus largement qu’elle ne l’avait encore fait. La vision d’une petite lampe, sous un abat-jour de porcelaine verte, d’un visage candide, de deux yeux souriants, apparut dans le cadre noir et or comme dans un tableau de féerie, et la douce lueur qui en émanait éteignit, noya dans le vague la splendeur dont son œil était rempli.

– Hermine, pensa-t-il, c’est donc vrai que je l’aime ?

Il serra étroitement ses bras sur son cœur qui renfermait un monde nouveau, et rentra chez lui, comme s’il portait un trésor. Bientôt il s’endormit, sans songer à rien, d’un sommeil sans visions et sans rêves, terrassé par la grandeur de son émotion. Vaincu par la soudaineté de sa découverte, il n’hésita pas un instant à tourner cette page du livre de sa vie ; à dater de cette soirée, il fut un autre homme.

 

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