Les dieux du campus Tome 3 - Dante

F.V. Estyer · Chapitre 1 sur 47

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Les dieux du campus Tome 3 - Dante

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Dante

 

Posté devant la cafétéria de Saint-Charles, je mets ma main en visière pour essayer de repérer Knox et mon frère, qui doivent me rejoindre pour le déjeuner. Le premier est toujours à l’heure, je suppose donc que mon jumeau est responsable de leur retard. Lui et la ponctualité, ça fait deux. Il lui est même déjà arrivé de me laisser en plan, mais aujourd’hui je peux compter sur Knox pour le tirer par la peau des fesses s’il le faut.

Nous sommes en août, et la chaleur en plein soleil est insoutenable. J’essaie de me caler le plus possible dans l’ombre du bâtiment. Je sors mon téléphone pour passer le temps et commence à visionner les dernières vidéos des cheerleaders que je suis assidûment sur TikTok. Je trouve toujours un bénéfice à observer la façon dont ils travaillent, dont ils réalisent leurs mouvements.

Cette année, nous avons un nouveau coach, et à ce que j’ai pu voir sur les réseaux sociaux, il n’hésite pas à proposer des chorégraphies qui repoussent les limites de la gravité. Il n’a malheureusement jamais eu une équipe à la hauteur de son ambition. Ça va changer. Ensemble, on aura une bonne chance de remporter un titre à Daytona, la compétition nationale de cheerleading. Le Graal pour un passionné comme moi.

Pour beaucoup, ce genre de prix n’a rien à voir avec le prestige de gagner un championnat de foot et de hockey. Pourtant, on ne se déchire pas moins que ces sportifs pour atteindre notre objectif : soulever la coupe. Si les gens savaient à quel point ce sport est difficile, ils comprendraient qu’on mérite nos trophées autant que les autres.

Un SMS de Knox m’interrompt dans mes réflexions.

Knox : Prends une table à l’intérieur, ton frère

nous a encore mis à la bourre.

Je secoue la tête, passe une bretelle de mon sac à dos sur mon épaule et ouvre la porte de la cafétéria, mon téléphone toujours à la main. Je m’immobilise le temps de trouver une table bien placée pour mon coloc, mon frère et moi. J’en repère une en retrait et m’empresse de répondre à Knox pour lui préciser où ils pourront me retrouver. On ne devrait pas trop être emmerdés, là-bas. Avec ces stars du football que sont mes amis, il faut toujours prévoir de s’installer un peu à l’écart des groupies.

Je ne suis pas en reste ; des groupies, j’en ai des tas. Y compris des nanas qui s’imaginent pouvoir me faire devenir hétéro alors que je le suis déjà. Elles sont tellement fières d’elles quand elles pensent avoir réussi… Je ne prends pas la peine de les détromper. Il faut bien que je m’amuse un peu du fait que la plupart des gens s’imaginent que tous les cheerleaders sont gay.

Le nez de nouveau baissé sur mon téléphone, je me dirige vers la table que j’ai repérée au fond de la salle. Je prends tout de même soin de lever les yeux de temps en temps, jusqu’à ce qu’une vidéo capte totalement mon attention. Elle montre une des athlètes de l’équipe vainqueur à Daytona en mai. Elle réalise un stunt que je ne l’ai encore jamais vu effectuer, et comme à son habitude, l’exécution est impeccable. Je regarde la vidéo en boucle, observant le moindre détail qui pourrait me permettre de progresser.

Déconnecté de la réalité, je percute quelqu’un de plein fouet. Son plateau vole, le contenu de celui-ci se répandant sur le sol.

— Merde. J’aurais peut-être dû regarder où j’allais.

Parfois, je suis capable de dire des conneries aussi grosses que moi.

— Ah bon ? Tu crois ?

La fille dans laquelle je suis rentré me dévisage, furieuse, les poings serrés sur ses côtés. Elle a l’air sur le point de me tuer, pourtant je ne peux pas m’empêcher de me perdre dans le vert de ses yeux. Sa crinière rousse est retenue dans une natte qui barre la base de son crâne et qui la fait ressembler à une guerrière viking. Oui. J’ai beaucoup d’imagination.

— Je suis vraiment désolé, m’empressé-je de dire.

Alors qu’elle s’accroupit pour ramasser les dégâts dont je suis responsable, je l’imite pour pouvoir lui donner un coup de main. Se rendant rapidement compte que plus rien de son repas ne peut être consommé, elle souffle puis se met à jeter les débris d’assiette et les morceaux de nourriture sur son plateau. J’évite de justesse un morceau de porcelaine qui rebondit.

Quand il ne reste plus rien par terre, je me relève, tout comme elle. La guerrière viking ne me regarde plus. Les yeux rivés sur son repas gâché, elle pousse un soupir qui me fait clairement comprendre à quel point j’ai pourri sa pause déjeuner.

— Laisse-moi poser mes affaires là-bas et je t’accompagne pour te payer à manger. Je te conseille les tacos, d’ailleurs, la spécialité du mardi.

Elle me scrute pendant de longues secondes, l’air toujours aussi remonté. Ses yeux s’arrêtent sur mon tee-shirt Saint-Charles Cheer. Elle secoue la tête comme si le fait que je sois un cheerleader expliquait pourquoi je ne regardais pas où j’allais.

— Nourris-toi de tacos si tu veux, mais très peu pour moi, rétorque-t-elle.

— C’était juste une suggestion. Quoi qu’il en soit, laisse-moi t’offrir ton repas. Je me sens coupable d’avoir gâché celui-ci.

Elle me dévisage à nouveau, pendant un long moment. À tel point que je me demande si elle ne va pas finir par sortir une hache de son sac pour me faire payer mon affront.

— Non, merci, finit-elle par répondre. Va plutôt agiter tes pompons et ôte-toi de mon chemin !

Son plateau toujours dans les mains, elle passe alors à côté de moi, comme si je n’étais rien de plus qu’une merde de chien sous sa chaussure droite, et s’éloigne. Je me retourne pour la suivre du regard. Je la vois se débarrasser des restes de son repas puis franchir la porte de la cafétéria sans avoir mangé le moindre morceau.

— Ben alors, mec ! m’alpague Knox tandis que je suis toujours bouche bée.

J’ai plutôt l’habitude des nanas qui essaient de rentrer dans mes bonnes grâces ou dans celles de mes potes footballeurs grâce à moi. La tornade rousse qui vient de me laisser K.-O. m’a pris de court.

— T’as vu un fantôme, frangin ? me demande Sander.

— Non, pas de fantôme. Mais peut-être bien ma future femme.

Elle a beau m’avoir regardé comme si je n’étais pas digne de son attention, je suis suffisamment têtu pour tenter de lui prouver le contraire. Il ne se passera peut-être jamais rien avec cette fille — sûrement, même — mais les challenges, j’adore ça.

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