Les dieux du campus Tome 3 - Dante

F.V. Estyer · Chapitre 39 sur 47

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Les dieux du campus Tome 3 - Dante

39 - Dante

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Dante

 

Je regarde la porte pendant de longues minutes après qu’elle s’est refermée sur mes meilleurs amis, ceux que je considère comme ma famille au même titre que mon frère. Je sais qu’ils pensent la même chose de moi, et ils me l’ont prouvé une fois de plus aujourd’hui. Je suis encore sous le choc de leur réaction. Surtout de celle de Knox. Mon meilleur pote est le plus tranquille de la bande, le plus taciturne. Il ne parle jamais pour ne rien dire. Le fait que ce soit lui qui m’ait fait promettre de me soigner vaut plus que si c’était n’importe qui d’autre.

Quand je sors enfin de ma torpeur, je recommence à ranger mes affaires dans mon sac. Je sais que mes amis me soutiennent mais je ne veux pas rester dans l’entourage de Sander tant qu’il sera dans cet état. Je suis bien placé pour savoir que ce n’est pas bon pour lui. Pour retrouver le contrôle après sa crise, c’est mieux qu’il ne voit pas celui qui a attisé sa rage pendant quelques jours.

Blake s’installe sur le lit, à côté de l’endroit où j’ai posé mon sac pour pouvoir le remplir. Je sens son regard sur moi mais je suis toujours un peu honteux, alors je me concentre sur ma tâche.

— Tu es sûr que tu ne veux pas essayer de parler à Sander ? Sinon, je pourrais peut-être le faire, moi.

— Crois-moi, si Jer n’a pas réussi à le faire changer d’avis, personne n’y arrivera.

Elle hoche la tête comme si elle finissait par comprendre que quand mon frère est en crise, le raisonner est une mission impossible. Je fais taire ma culpabilité, qui menace de rejaillir à tout moment. J’ai déjà assez à gérer avec cette sensation qui me bouffe l’estomac à l’idée d’avoir jeté mes médocs dans les toilettes.

Mes affaires prêtes, je me saisis de mon téléphone.

— Qu’est-ce que tu fais ? interroge Blake.

— Je me cherche un hôtel pour quelques jours.

J’ai à peine le temps de finir ma phrase qu’elle se lève et s’empare de mon portable. J’ai beau être plus grand qu’elle, la surprise m’empêche de le mettre hors de sa portée, et je me retrouve subitement les mains vides.

— Hors de question, assène-t-elle. Tu viens chez moi le temps que Sander se calme. Je t’ai dit que je serais là pour toi, je n’ai pas l’intention de revenir sur mes mots. Je ne te laisserai pas affronter ce sevrage seul, Dante.

Je ne trouve pas quoi dire. Je songe à refuser, mais une détermination sans faille s’affiche sur le visage de Blake, et je sais désormais qu’elle peut être largement plus têtue que moi. Sans compter que sa présence m’apaise. J’ai besoin d’elle.

— D’accord, finis-je par répondre en m’approchant d’elle pour la prendre dans mes bras. Merci d’être là, O’Connor. Et surtout, merci d’être toi.

Elle pose son oreille contre mon cœur, et nous restons un moment enlacés. Cette journée aura été à la fois une des pires et une des meilleures de ma vie. J’ai perdu mon frère, peut-être à jamais. J’ai aussi dans les bras la plus belle fille de la terre, qui ne semble pas avoir peur de celui que je suis vraiment.

Le trajet jusque chez Blake se fait en silence. Je n’en reviens encore pas qu’elle veuille toujours de moi dans sa vie malgré le déchet que je suis devenu ces dernières semaines. Retrouver la chaleur de son corps contre le mien dans l’ascenseur qui nous mène à son étage me rassure un instant, mais je sais que ça ne durera pas. Le manque de Percocet me fera forcément voir les choses en noir à un moment ou à un autre. Pénétrer dans son appartement me fait toutefois du bien. C’est un lieu qui m’est désormais familier, où nous n’avons passé que de bons moments. Je suis finalement soulagé qu’elle m’ait forcé à venir habiter chez elle temporairement. Je ne sais pas ce que je serais devenu dans la froideur impersonnelle d’une chambre d’hôtel.

— J’ai un plat de lasagnes maison au congel, je vais le réchauffer, m’explique-t-elle en me sortant de mes pensées moroses.

Je hausse les épaules, pas certain que je serai capable d’avaler quoi que ce soit. Mon sentiment se confirme quand je m’assieds autour de l’îlot central de la cuisine, à côté de Blake. Mon estomac se soulève à la vue du plat devant moi, et je me force à respirer profondément pour calmer la nausée qui m’assaille. Je n’ai pas pris de Percocet depuis la fin de matinée, et le manque commence sérieusement à se faire sentir.

— Quelque chose ne va pas ? me demande Blake. Tu es super pâle, d’un coup.

— Je… Euh…

Putain, que j’ai honte. Honte qu’elle me voit comme ça, qu’elle doive supporter tous les symptômes qui vont de pair avec le sevrage des opioïdes. Je les connais bien. J’ai vécu tout ça en centre de désintoxication, la dernière fois. Seul. Sans personne pour m’épauler.

— C’est parce que tu n’as rien pris depuis plusieurs heures, c’est ça ?

Je hoche la tête.

— Ça ne durera que quelques jours mais ça ne va pas être beau à voir. Tu es sûre que tu ne regrettes pas de m’avoir invité ?

Elle repousse mon assiette, se doutant certainement que la simple vue de la nourriture pourrait me rendre malade. Elle met de côté son repas à peine entamé et se tourne vers moi.

— Je m’inquiète pour toi, Dante, mais je n’ai absolument aucun regret. Tu es ce qui m’est arrivé de mieux ces derniers mois, et je suis désolée que tu doives en passer par là. Tu vas t’en sortir, je serai à tes côtés à chaque étape.

Sa paume se pose sur ma joue, et je me laisse aller dans la douceur de sa caresse. Même si elle n’en a pas conscience, ses gestes me font du bien. Elle appuie ses lèvres sur les miennes, et je ferme les yeux, juste pour savourer un peu plus le contact.

Elle s’active ensuite en cuisine, fait disparaître le contenu de nos deux assiettes et remplit une grande gourde au distributeur d’eau du frigo américain.

— J’y ai ajouté des électrolytes en poudre pour que tu restes hydraté, explique-t-elle en me tendant la gourde. De quoi as-tu besoin d’autre ?

— D’aller à une réunion des Addicts Anonymes. Et d’appeler mon coach pour lui dire que je ne pourrai plus m’entraîner pendant quelque temps. Mais avant ça, j’ai surtout besoin d’aller me coucher, je pense.

Elle hoche la tête et attrape ma main pour m’attirer jusque dans sa chambre. J’aimerais protester, lui expliquer que je vais très mal dormir, mais la vérité, c’est que je n’ai pas envie de me retrouver seul sur son canapé. J’ai besoin d’elle ce soir et je lui serai à jamais reconnaissant du soutien qu’elle m’apporte sans concession.

Pendant qu’elle est dans la salle de bains, je me déshabille rapidement pour ne garder que mon tee-shirt et mon caleçon. Je me faufile entre les draps et suis pris de tremblements à peine ma tête a-t-elle touché l’oreiller.

Quand Blake me rejoint, mes frissons sont tellement violents que je claque des dents. Et il se pourrait que dans trente minutes, je crève de chaud. Ce sont les montagnes russes des symptômes de manque, et je me suis mis tout seul dans cette merde. Des larmes de frustration coulent sur mes joues, et je dois serrer les poings pour ne pas hurler. J’aurais tellement voulu que Blake ne me voie pas comme ça. Mais ma guerrière viking s’en fiche. Elle me prend tel que je suis, avec mes défauts et mon addiction.

Elle se rapproche de moi autant que possible et m’embrasse, presque avec révérence. Je me demande un instant ce que j’ai fait pour mériter une fille comme ça. Sûrement une super bonne action dans une autre vie. Sa langue se glisse entre mes lèvres pour jouer avec la mienne, et je gémis contre sa bouche. Ses mains restent sagement accrochées à mon tee-shirt. Elle sait, sans que j’aie besoin de lui dire, que je ne serai capable de rien d’autre que quelques baisers.

Alors que je suis pris d’une nouvelle crise de tremblements, elle quitte ma bouche pour déposer ses lèvres sur mon front. Mes joues se couvrent de larmes. Elle me dit en silence qu’elle est là pour moi et qu’elle n’ira nulle part. Mes bras s’enroulant autour de sa taille, je la serre fort contre moi, aussi fort que je le peux. Ma tête se pose contre sa poitrine, et je peux entendre son cœur battre la chamade. C’est ce métronome familier qui me permet de m’endormir en quelques minutes.

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