Les dieux du campus Tome 3 - Dante

F.V. Estyer · Chapitre 5 sur 47

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Les dieux du campus Tome 3 - Dante

5 - Dante

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Dante

 

Je suis peut-être allé un peu trop loin. En voyant son adresse, j’ai d’abord essayé d’oublier, mais pas moyen. C’était gravé dans ma mémoire. Alors, j’ai pris ça comme un signe du destin. Aujourd’hui, je me pose des questions. Qui fait ça ? Qui s’invite chez les gens sans prévenir ? Pas moi, en temps normal. Je n’ai jamais eu besoin de courir après les filles, ça a plutôt toujours été le contraire. Mais Blake présente un challenge, et je ne peux pas dire que ça me laisse de marbre. Elle va sans doute me prendre pour un cinglé. Mais un cinglé avec de la bouffe… C’est déjà ça.

Lorsque je sors de la cabine d’ascenseur, Blake m’attend sur le pas de sa porte. Je n’ai aucun mal à voir qu’elle se demande ce que je peux bien foutre ici. Comment je pourrais lui en vouloir ? Le mec qui apporte le dîner pour être certain de tirer un coup, c’est un classique, non ? Pourtant, ce n’est absolument pas pour ça que je suis là.

Cette fille m’intrigue, sans doute parce qu’elle m’a envoyé chier comme aucune autre, ce que je trouve plutôt rafraîchissant. Je ne sais rien de Blake mais j’ai envie de tout apprendre d’elle, ce qui ne me ressemble pas. En général, je fais l’effort de connaître leur prénom, mais ça ne va pas plus loin. À une exception près, et ce uniquement car Eva était ma pote longtemps avant qu’on ne commence à s’envoyer en l’air. Elle l’est toujours, même maintenant qu’on ne couche plus ensemble.

Aujourd’hui, je suis complètement hors de ma zone de confort, pourtant je n’ai pas l’intention de faire demi-tour. Blake n’est peut-être pas ravie de me voir mais elle n’a pas l’air totalement hostile non plus. Et puis elle a autorisé le gardien à me faire monter… C’est déjà un premier pas.

— Je me suis dit que je te devais bien un repas, commencé-je en soulevant les sacs que je tiens à la main.

Elle ne répond pas mais me fait signe d’entrer dans son appartement. Alors qu’elle referme la porte derrière nous, je me fige, subjugué par la vue de Saint-Louis qui s’offre à moi. J’aurais dû m’en douter quand j’ai appuyé sur le bouton du vingt-troisième étage, mais ça ne change rien à ma surprise. Je dois avouer que je ne m’attendais pas à ça. J’ai grandi en banlieue toute ma vie, là où les pavillons s’étendent sur des kilomètres. Les immeubles sont rares, et donc les panoramas du genre également.

— Une vue comme ça, tu ne dois pas t’en lasser, commenté-je.

Je pose les sacs sur la table basse du salon alors que Blake vient se placer à côté de moi, le regard perdu sur le paysage qui s’étale sous nos yeux.

— Je ne m’en plains pas. Je préférerais vivre à la campagne, mais ça ne serait pas pratique pour aller en cours.

Sans s’en rendre compte, elle m’offre une bribe d’information sur elle. Elle aime donc la nature…

— Tu n’es déjà pas tout près du campus. Ça ne te fait rien de faire les trajets tous les jours ?

Elle se tourne vers moi et secoue la tête.

— Je ne sais pas comment tu fais pour habiter en coloc. J’aime bien ma tranquillité et je vois suffisamment mes camarades la journée pour ne pas en plus vivre avec eux.

Un instant, je me demande comment elle est au courant que je vis en colocation, mais rapidement, je me rappelle qu’elle connaît Sander.

— Les mecs sont comme des membres de ma famille. Je veux dire, c’est vrai pour Sander, mais je considère les autres de la même façon.

Elle hausse les épaules sans rien ajouter. Je comprends que ça ne va pas être simple de faire connaissance avec elle. Je m’installe alors sur le canapé d’angle et sors une à une toutes les boîtes en carton contenues dans les sacs que j’ai amenés. Je n’ai peut-être aucune expérience dans l’art de faire la discussion à une fille mais je sais où on mange le meilleur thaï de Saint-Louis. J’ai hésité longtemps avec un restau mexicain qui fait des tacos d’anthologie avant de me dire qu’elle n’apprécierait peut-être pas la blague.

— Tu veux un verre ? finit-elle par me demander après être restée un long moment plantée là à me regarder.

— Oui, pourquoi pas.

— Bière ? Vin blanc ?

— Bière.

Elle se dirige vers la cuisine ouverte sur le salon. Elle sort deux bières du réfrigérateur avant de revenir jusqu’au canapé. Je suis presque surpris quand elle s’installe juste à côté de moi. Elle est toujours un peu sur la défensive, je pensais qu’elle s’assiérait à une certaine distance. Elle est tellement proche de moi que des effluves de noix de coco et de mangue qui se dégagent d’elle m’enveloppent. Si je devais parier, je dirais que c’est une lotion pour le corps dont elle a dû s’enduire. Ce n’est pas entêtant comme un parfum, juste assez subtil pour me donner envie de la respirer à pleins poumons. Pourtant, je reste à ma place et continue à ouvrir les contenants de nourriture tandis qu’elle décapsule nos bières.

— Je ne savais pas ce que tu aimerais alors j’ai pris plusieurs plats.

— Je ne suis pas difficile, j’aime un peu tout.

— Sauf les tacos, rétorqué-je.

Elle lâche un petit rire, et je me demande s’il ne va pas falloir que je sorte plus de conneries pour l’entendre plus souvent.

— Un type venait de me gâcher mon déjeuner, j’étais légèrement énervée. J’aime bien les tacos aussi, même si on fait plus équilibré comme repas.

Sa réflexion me fait penser qu’elle est peut-être sportive pour faire attention à ce genre de détail. Elle a pris une bière avec moi, je peux donc déjà en déduire qu’elle n’est pas le genre de fille à faire attention à chaque calorie. Je me donne l’impression d’être un détective privé en train d’essayer d’en savoir plus sur Blake, et je dois dire que ça m’amuse beaucoup.

— Je ne mange pas ça tous les jours non plus. Sinon, je crois que je n’arriverais plus à enchaîner les sauts.

Elle me dévisage comme si elle était surprise que je fasse attention à mon alimentation. Comme beaucoup, elle n’a aucune idée d’à quel point le cheerleading est un sport exigeant. Évidemment qu’on veille à notre diète.

— Il faudra que tu viennes à un entraînement de l’équipe, un jour, continué-je en versant un peu de poulet au curry et de riz dans les assiettes en carton fournies par le restaurant. Je veux dire, maintenant que nous sommes amis et tout ça.

— Amis ? s’étonne-t-elle. Tu me paies le repas que tu me devais, je n’appelle pas ça être amis.

— Tu aurais pu me laisser sur le carreau avec ma bouffe. Tu ne l’as pas fait.

— J’avais faim, répond-elle, laconique, en commençant à manger.

Nous dégustons nos plats pendant quelques minutes sans prononcer un mot. Comme je n’ai jamais aimé la sensation d’inconfort provoquée par ce genre de silence, c’est moi qui le brise après avoir bu une longue gorgée de bière.

— Vu que tu connais déjà mon frangin, j’ai l’impression que tu as un avantage sur moi. À mon tour d’en apprendre un peu sur toi. Tu as des frères et sœurs ?

Elle porte sa bouteille à ses lèvres avant de me répondre.

— Je suis fille unique.

Ça explique sans doute pourquoi elle ne se verrait pas vivre en colocation. Quand on n’a pas l’habitude de partager une salle de bains, ça peut vite devenir insupportable de devoir attendre son tour ou de ne pas retrouver ses produits car ils ont été utilisés par d’autres. Sans compter les traces de dentifrice dans le lavabo…

— Et tu travailles ? Je veux dire, c’est un chouette appart, ça doit te coûter un rein en loyer, non ?

— Mes parents m’ont acheté cet appart quand j’ai eu mon bac. Ils savaient que je ne voudrais pas vivre sur le campus, et je crois que c’est une des rares choses sur lesquelles ils étaient d’accord avec moi.

Et hop, quelques informations supplémentaires. Ses parents font partie de sa vie, ils ont les moyens, et de toute évidence, leurs relations ne sont pas fusionnelles… Elle pense sans doute que je ne l’écoute pas vraiment alors qu’au contraire j’enregistre chacun des mots qu’elle prononce.

Elle a arrêté de manger et me scrute comme si elle essayait de lire en moi.

— J’imagine que tu dois me prendre pour une princesse pourrie-gâtée.

— Non. Mes parents ont acheté un camp d’été pour Sander et moi. Dans le Tennessee. Un truc avec un lac et des chalets partout. Pour autant, ça ne change pas ce que nous sommes au fond de nous.

— Ah ouais ? Et tu es quoi, Dante Campbell, au fond de toi ?

— Un type bien, répliqué-je du tac au tac.

Ses yeux vert d’eau s’ancrent au mien, et j’y lis quelque chose que je ne parviens pas à déchiffrer. L’air de défiance qu’elle arborait depuis mon arrivée au vingt-troisième étage de cet immeuble luxueux s’est envolé. Elle semble beaucoup plus détendue, un demi-sourire s’accroche même à ses lèvres vers lesquelles mon regard ne cesse de faire des allers-retours.

— Un dessert ? soufflé-je, troublé.

Elle pose sa bière avant de s’approcher de moi. Déstabilisé, je ne comprends ce qu’elle veut faire qu’au moment où elle se glisse sur mes genoux, chevauchant mes cuisses.

— Qu’est-ce que tu fais ?

La question est bête. C’est plutôt évident, ce qu’elle est en train de faire. Mais mon cerveau a bugué au moment où ses fesses se sont posées sur mon sexe, qui est carrément partant pour tout ce qu’elle veut et le manifeste.

— Tu m’as proposé un dessert, répond-elle, sa bouche à quelques millimètres de la mienne. Je te prends au mot.

— Ce n’est pas de ça que je parlais. Je ne suis pas venu pour ça, Blake, précisé-je car il me semble important qu’elle en ait conscience.

Ses mains glissent sur mon torse, puis de plus en plus bas, annihilant doucement toutes mes capacités de réflexion.

— Et alors ? Tu en as envie, non ?

Je ne réponds pas. J’en suis infoutu, car ses lèvres ont percuté les miennes avec une urgence qui me transporte sur une autre planète. Je n’aurais de toute façon rien à dire. Parce que j’en ai en réalité envie depuis qu’elle m’a tenu tête dans la cafétéria de Saint-Charles. Et parce que la sensation de sa bouche contre la mienne dépasse tout ce que j’aurais pu imaginer.

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