Les dieux du campus Tome 3 - Dante
43 - Dante
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Dante
Je relâche Sander et recule d’un pas. Mes yeux doivent être aussi rouges que les siens. Nous n’avons jamais été du genre à cacher nos larmes, et ce n’est sûrement pas aujourd’hui que ça va commencer.
— Tu ne devrais pas être à la soirée ?
— Si. Mais c’était hors de question d’y aller sans toi. Sans vous deux, ajoute-t-il en se tournant vers Blake. Merci de t’être occupée de lui quand j’étais trop con et trop obtus pour le faire. Merci d’avoir été là pour lui.
Elle contourne l’îlot de cuisine pour me rejoindre, passe un bras autour de ma taille et se colle contre moi. J’adore ça. Je sais très bien que s’embarquer dans quelque chose de plus sérieux lui faisait peur. Pourtant, elle l’a fait au pire moment. Quand j’étais au plus mal. Elle n’a pas hésité, comme si c’était naturel. Et aujourd’hui, elle le montre à mon frère en se tenant près de moi.
— Je n’aurais voulu être nulle part ailleurs que près de lui pendant cette période.
Sander hoche la tête et sourit en regardant le bras de Blake autour de ma taille et le mien sur ses épaules. Il ne fait pas de commentaire, cela dit.
— Pour ce qui est de la soirée d’Halloween, annoncé-je en changeant de sujet, je pense qu’on va s’abstenir cette année. On n’a même pas de costume.
Mon frère secoue la tête en levant les yeux au ciel.
— Franchement, Dante, tu me connais. Ça fait des semaines que j’ai commandé nos costumes. J’allais t’en parler, mais avec tout ce qui s’est passé…
— Ouais, t’inquiète. Je sais.
— C’est pour ça que tu es venu avec ton sac de voyage ? lui demande Blake.
— Oui, je ne voulais pas débarquer en costume, ça aurait fait désordre. Alors j’ai amené le mien avec les deux vôtres.
Blake pousse un soupir de soulagement faussement exagéré.
— Ouf ! Je croyais que toute la fratrie Campbell allait finir par s’installer chez moi.
— Attends, tu as un costume pour Blake aussi ? m’exclamé-je, incrédule.
Sander lève de nouveau les yeux au ciel.
— Tu me prends pour un amateur ? Ça va devenir vexant, à la longue.
Il retourne chercher le sac de voyage qu’il a laissé dans l’entrée, en sort un sac en plastique et me tend le reste.
— Est-ce que tu as une pièce dans laquelle je pourrais me changer, Blake ? la questionne-t-il.
— Prends la salle de bains, on ira dans la chambre. D’ailleurs, comment tu savais ma taille ? demande-t-elle, suspicieuse.
Sander hausse les épaules d’un air nonchalant.
— J’ai le compas dans l’œil, c’est tout.
— Ça ne t’aide pas vraiment en poterie, ce fameux compas, en tout cas ! lui crié-je alors qu’il se dirige vers la salle de bains.
Il éclate d’un grand rire tonitruant, et j’entends la porte se refermer sur lui.
Putain, ce que ça fait du bien. Qu’il soit là à nouveau dans ma vie. Toujours contre moi, Blake me regarde, et l’émotion dans ses jolis yeux verts me prend aux tripes.
— Je suis tellement contente pour toi, murmure-t-elle. Je savais à quel point ça te minait de ne plus pouvoir parler à ton frère. Même si j’avoue que tu vas vraiment me manquer ici.
— Comment ça « te manquer » ? Hors de question que tu te débarrasses de moi si facilement, O’Connor. On passe cette nuit ensemble à la coloc et après, on pourra très bien alterner.
Le soulagement se lit sur ses traits, et je partage ce sentiment. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans elle pendant la semaine qui vient de s’écouler, mais une chose est sûre, il est hors de question que je me passe d’elle maintenant.
Quand nous enfilons nos costumes, que je n’ai même pas encore vus, j’éclate de rire.
— Tu te rappelles quand je t’ai dit que Sander était fan de Thor ?
Blake hoche la tête, confuse.
— Eh bien, je te parie que c’est en Thor qu’il est en train de se déguiser.
— Comment tu le sais ?
— Parce qu’il m’a trouvé un costume de Loki.
— Euh… OK. Et ?
Je la regarde, incrédule.
— Je sais exactement ce qu’on va faire pendant la semaine de Thanksgiving. Un marathon des Marvels. Impossible que tu ne saches pas que Thor et Loki sont frères.
Elle rougit, et je trouve ça adorable. Moi, Dante Campbell, je suis foutu, c’est certain.
— Mais si, je le savais ! s’offusque-t-elle. Je faisais juste semblant.
— Oui, évidemment. Enfile ton costume, O’Connor.
Je m’habille rapidement, même s’il me faut un certain temps pour savoir où se place chaque morceau du costume. Je n’en reviens pas de sa qualité. Nous, les Campbell, on n’a jamais plaisanté avec Halloween, mais je dois avouer que cette année, Sander s’est surpassé.
J’aide ensuite Blake à enfiler son haut très ajusté. D’un rouge très profond, il fait ressortir ses cheveux de feu et ses grands yeux verts.
— J’imagine que je devrais savoir en qui je suis déguisée, murmure-t-elle avec embarras.
— Wanda Maximoff, the Scarlet Witch. Mais ne t’inquiète pas, personne ne te posera la question. Tout le monde sait qui elle est, précisé-je en éclatant de rire.
Elle grommelle une injure à mon intention, que je ne comprends pas mais que j’ai de toute façon méritée. Je la prends dans mes bras et chuchote, ma bouche près de son oreille :
— Tu viens à peine de l’enfiler, et j’ai déjà hâte de te l’enlever. De te faire jouir dans mon lit comme j’en rêve depuis que tu as commencé à y dormir avec moi.
Ses joues rosissent, et elle se hisse sur la pointe des pieds pour poser ses lèvres sur les miennes. J’approfondis notre baiser en la serrant contre moi, comme si je ne voulais plus la laisser partir. Ce sont des coups à la porte de la chambre qui nous obligent à nous séparer.
— Bon, vous foutez quoi, les amoureux ? Les costumes, c’est fait pour être gardé, hein ! Pas pour être retiré au bout de deux minutes.
Je grogne alors que Blake éclate de rire. Elle attrape ensuite ma main avant de se diriger vers la porte. Derrière celle-ci, c’est un Thor très sûr de lui qui nous attend avec son faux marteau sur l’épaule.
— Pas trop tôt !
Je secoue la tête mais m’abstiens de lui répondre.
Le trajet jusqu’à la coloc est assez rapide. J’ai un petit pincement au cœur en retrouvant cette maison où j’ai passé plus de jours heureux que de mauvais. Je pensais que la dispute avec mon frère aurait terni ça, mais je constate que ce n’est absolument pas le cas.
À l’intérieur, la fête bat son plein. Tous mes colocataires et leur moitié ont suivi le thème Marvel. J’ai l’impression un instant de me retrouver dans un épisode des Avengers. Nous nous faufilons entre les invités, et j’éclate de rire quand je vois que Leander s’est déguisé en Captain America. Ça lui va comme un gant, même s’il aurait tout aussi bien pu revêtir un costume de Caroline Ingalls. Le roi de la tarte aux pommes, c’est notre Leander.
Sander est allé nous chercher à boire, et Blake discute avec Nyx, alias Captain Marvel. Au loin, j’aperçois Knox peint en vert de la tête aux pieds. Hulk. Ça lui va bien, à notre pote taciturne qui nous dépasse tous d’une tête. Je lui fais signe et suis sur le point d’aller le rejoindre quand une main se pose sur mon épaule. Quand je me retourne, Jer, aka Doctor Strange, se trouve face à moi.
— Comment tu vas ?
Ce n’est pas une question anodine entre deux potes qui ne se sont pas vus depuis quelques jours. Jer a assisté à ma chute, la semaine dernière, et je peux lire une inquiétude sincère dans son regard.
— Beaucoup mieux. Il y a encore des moments difficiles, mais je sais que je vais m’en sortir.
— J’en suis persuadé aussi. Tu es une force de la nature, tu as survécu à l’ouragan Sander pendant vingt ans.
Je ricane en regardant l’intéressé en train de taper dans les pichets de margarita de Nyx.
— Je ne te le fais pas dire. À ton tour de le supporter. Il a beaucoup de chance d’avoir un type comme toi à ses côtés.
J’espère qu’il peut voir à quel point je suis sincère. Je pense que Jeremiah est ce qui est arrivé de mieux à mon frère. Il hoche la tête en silence, à nouveau sérieux.
— Moi aussi, j’ai de la chance de l’avoir, tu sais. Je ne t’apprends rien, ton frère est un type formidable.
— C’est vrai. Même s’il n’en a pas conscience la plupart du temps.
— Je voulais m’excuser aussi de ne rien avoir pu faire la semaine dernière.
Je suis un peu déstabilisé. Je n’en veux absolument pas à Jer. Je suis bien placé pour savoir que, quand Sander est en crise, il n’y a rien qui puisse l’arrêter.
— Je ne voudrais pas que tu penses que j’ai pris son parti, poursuit-il. Je me suis bien chargé de le lui dire, d’ailleurs, une fois qu’il a été calmé. Je n’ai pas aimé sa façon de te clouer au pilori, mais quand il est comme ça…
— Quand il est comme ça, personne ne peut rien faire, terminé-je à sa place. Mec, je ne te tiens absolument pas pour responsable de quoi que ce soit. Je connais mon frère, et si j’ai bien un conseil à te donner, c’est de ne pas te mettre sur son chemin quand il est dans cet état. Tu es l’homme de sa vie, Jer. C’est normal que tu te tiennes à ses côtés, même quand il a tort. Je ferais la même chose pour Blake.
Jeremiah me sourit, et le sens de mes mots me percute brusquement.
— Enfin, je veux dire que…
— Que Blake est la femme de ta vie ?
Je réfléchis un moment. Je n’ai jamais voulu m’engager dans une relation sérieuse avec personne. Puis ma guerrière a débarqué dans ma vie. Depuis, j’ai la sensation que je ne vois plus le monde de la même façon. Une vie avec elle ne me fait pas peur, bien au contraire. Même si je ne sais pas si ce constat devrait me terrifier ou me rendre heureux.
— Bordel, j’en sais rien, finis-je par répondre honnêtement. Mais une chose est sûre, je ne me suis jamais senti aussi bien que depuis que je suis avec elle. Elle a vu le pire de moi et elle est toujours là. Je n’ai absolument pas l’intention de la laisser partir.
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