Les dieux du campus Tome 3 - Dante
2 - Blake
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Blake
Toujours furieuse, je me dirige vers l’extérieur de la cafétéria et enfile mes lunettes de soleil pour éviter d’avoir à plisser les yeux.
Non, mais quel crétin ! À cause de cet abruti, mon déjeuner est foutu. Encore un type accro à son portable et qui, en plus, est incapable de faire deux choses à la fois. Certes, son air contrit après avoir fait valser mon repas était légèrement comique, et j’ai sûrement surréagi, mais sur le moment, il m’a vraiment agacée. Moi qui, pour une fois, m’étais résolue à éviter un aller-retour inutile jusqu’à mon appartement pour me contenter de manger sur place, j’aurais dû m’abstenir. À présent, me voilà privée de déjeuner, et vu la queue qu’il y avait encore derrière moi, je n’ai aucune envie de poireauter mille ans.
Je jette un coup d’œil à ma montre et me rends compte qu’il est désormais trop tard pour rentrer me concocter quelque chose. Eh merde. Je décide donc de faire un écart dans mon régime alimentaire habituel et me dirige vers l’un des kiosques aux abords du campus, qui proposent des sandwichs sains et plutôt bons.
Mes talons claquent sur le sol tandis que j’avance d’un pas vif, craignant d’arriver en retard à mon prochain cours si je ne me dépêche pas.
Je finis par me poser sur un banc pour avaler mon repas, profitant des rayons du soleil sur ma peau pour me détendre. C’est alors que j’aperçois le gars de tout à l’heure, non loin de moi. Il se dirige vers un bâtiment en compagnie de deux autres. Le premier, taillé comme une armoire à glace, a le nez collé à son téléphone — évidemment, à croire que c’est contagieux — tandis que l’autre est… Sander ?
Mon regard revient sur celui qui a gâché mon déjeuner, et il ne me faut que quelques instants pour faire le rapprochement. De toute évidence, c’est son frère. Je ne sais plus comment il s’appelle, mais une chose est certaine, ils se ressemblent carrément. Ils sont loin d’être identiques mais ils ont des traits suffisamment similaires pour que le doute soit impossible.
— Hé ! Salut, Blake !
Je reporte mon attention sur Sander.
— Salut, répliqué-je avec un petit signe de la main avant de recommencer à manger.
Alors qu’il continue à marcher, son frère s’immobilise et me scrute.
— Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai de la sauce sur le visage ?
Non, mais franchement, qu’est-ce qu’il lui prend de me lorgner comme ça ? Il veut mon poing dans la figure ? Ce serait dommage de gâcher la beauté de ses traits.
Il ouvre la bouche pour parler, la referme et secoue la tête. Puis il s’approche de moi, sous les regards perplexes des deux autres. Il se plante devant mon banc, me cachant le soleil.
— Non. Je voulais juste te répéter que je suis désolé.
Une part de moi me pousse à lever les yeux au ciel — ce qu’il ne pourrait pas voir derrière mes verres teintés — avant de l’envoyer balader, mais je me retiens de me montrer aussi mesquine. Après tout, demander pardon demande un certain cran.
— Excuses acceptées, me contenté-je donc de déclarer.
Un sourire illumine son visage, lui donnant un air presque doux.
— Si facilement ? lance-t-il en fronçant les sourcils.
— Qu’est-ce que tu attendais ? Que je t’ordonne de me demander pardon à genoux ?
Je prends une voix amusée pour qu’il comprenne que je plaisante.
— Non merci, réplique-t-il en grimaçant. Je veux bien me montrer sympa, mais il y a des limites. En revanche, je pourrais t’inviter à dîner.
Seigneur, ce type ne lâche pas l’affaire. À croire qu’il se sent réellement coupable, alors que ce n’était qu’un accident sans grave conséquence. Certes, il ne serait pas arrivé s’il avait regardé où il marchait, mais il n’y a pas de quoi en faire tout un plat.
— Tu tiens vraiment à me payer à manger ?
Il hoche la tête puis avise mon sandwich à peine entamé.
— Un truc meilleur que ce morceau de pain détrempé, précise-t-il.
— Genre, des tacos ?
— Par exemple.
— Non, merci.
— Tu es vraiment rude en affaires.
— Je sais.
Je peux voir que je l’agace. Clairement, ce type n’a pas l’habitude qu’on lui tienne tête, et je devine qu’il est prêt à tout pour avoir le dernier mot. Il n’a pas choisi la bonne adversaire. Je souris puis rive mes yeux aux siens, d’un vert saisissant.
— Tu devrais rejoindre tes potes, maintenant, j’aimerais finir mon repas tranquillement.
Derrière lui, j’entends un éclat de rire. Je me penche pour observer Sander qui se marre à en avoir mal au ventre.
— Bien joué, Blake. Ne te fais pas avoir par Dante, lâche-t-il entre deux fous rires.
— Je n’y comptais pas, répliqué-je avec un clin d’œil avant d’avaler une gorgée d’eau.
Je reporte mon attention vers ce Dante avant de déclarer :
— Tu peux disposer, à présent.
— Tu sais, des tas de filles paieraient cher pour être à ta place.
— Vraiment ?
— Carrément ! s’exclame-t-il avec le sourire de celui qui est conscient que personne ne peut lui résister.
Le pire ? C’est que je n’en doute pas un seul instant. Dante semble être le genre de mec tout droit sorti des romances que je lis de temps en temps. Le beau gosse sûr de lui, présomptueux, qui croit avoir le monde à ses pieds. Autant dire que ça sera sans moi.
— Est-ce que ta tête passe encore les portes ?
— Je tente d’agir en gentleman en te proposant une bouffe pour m’excuser d’avoir foutu la tienne par terre, et voilà le résultat. Qu’on ne vienne pas me dire que je ne fais pas d’effort. De toute façon, ça ne paie pas.
Si on était dans un cartoon, de la fumée sortirait par ses oreilles. Monsieur le mâle alpha n’apprécie pas de se faire rembarrer. Moi, je trouve ça jouissif.
— Va dire ça à quelqu’un que ça intéresse.
Il lève les yeux au ciel et grommelle dans sa barbe avant d’obéir. Une fois qu’il a rejoint son frère et son pote, il se tourne une dernière fois vers moi.
— Eh, Blake…
— Ouais ?
— On n’en a pas fini, toi et moi.
Je hausse un sourcil et lui lance un sourire.
— Vraiment ? Préviens-moi quand ça commencera.
*
* *
Comme souvent, je suis en retard pour mon entraînement, la faute à mon emploi du temps. Je me précipite vers ma voiture, dépose mon sac sur le siège passager avant de démarrer en trombe. Heureusement, mon entraîneur sait que je fais au mieux pour tout gérer, sinon ça ferait bien longtemps qu’il m’aurait laissé tomber. Il voit bien que je me donne à fond. Je suis une compétitrice dans l’âme et j’adore les sports à sensation. Au grand dam de mes parents qui auraient préféré que leur fille soit une virtuose du piano.
Après des années de désaccord, nous avons passé un marché. Ils me paient toutes mes activités tant que je continue à pratiquer. Ça ne me dérange pas, j’aime m’asseoir sur un tabouret et laisser courir mes doigts sur les touches, et j’aime savoir que je suis douée pour ça. À plusieurs reprises, j’ai tiré de sacrées larmes à mon auditoire lors de garden-parties.
Je finis par me garer devant le complexe et me hâte en direction de l’entrée. Rapidement, je troque ma robe d’été et mes talons pour une tenue plus appropriée avant de rejoindre la salle d’entraînement. La routine est toujours la même : échauffement, course, musculation. Une fois que je suis en nage et que mes cheveux collent à mon front, il est temps de passer aux choses sérieuses.
La plupart des gens — mes parents les premiers — ne comprennent pas pourquoi j’ai choisi le MMA. Ils trouvent ça barbare, dangereux… et masculin. L’entendre me fait immanquablement lever les yeux au ciel. Moi, je trouve ça génial d’avoir la maîtrise de mon corps, de pouvoir me dépasser, de sentir cette adrénaline en moi lors des combats. Quand je suis ici, j’oublie tout le reste. Je me concentre sur l’instant présent. C’est beaucoup de boulot, de sacrifices, mais ça en vaut la peine. Peu importe que je réussisse ou non un jour à faire carrière, je ne compte pas mettre cette activité de côté. Et même si je suis tellement crevée lorsque je rentre chez moi que je préfère m’affaler sur mon canapé pour bouquiner plutôt que d’aller faire la fête, je ne regrette pas.
Lorsque parfois la solitude me pèse et que j’aimerais avoir quelqu’un avec qui partager mes passions, je la fais taire. Parce que je sais les sacrifices qu’une relation exige. Je devrais répondre à un tas de questions concernant ma personnalité, mes choix et mes goûts, et je n’ai pas envie de me justifier. Alors, quand les gars comme Dante me font du rentre-dedans, je me contente de prendre ce qu’ils m’offrent, pour quelques heures… Parce que je n’ai pas le temps ni l’envie de donner plus à qui que ce soit. Je dois me concentrer sur moi pour réaliser tous les rêves qui sont à ma portée. Rien qu’un dîner, comme il me l’a proposé, me semble être un engagement trop important. Peut-être que je passe à côté de quelque chose — si j’en crois les conversations que j’entends parfois — mais je préfère compartimenter ma vie. J’espère simplement ne pas finir par le regretter.
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