Les dieux du campus Tome 3 - Dante

F.V. Estyer · Chapitre 20 sur 47

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Les dieux du campus Tome 3 - Dante

20 - Blake

20

 

Blake

 

Parfois, je me mettrais des claques. Quelle idée d’avoir promis à Dante d’aller au match des Thunder pour voir sa prestation ? Voilà que je me retrouve au milieu de corps grouillants, principalement vêtus de maillots noir et or, aux couleurs de l’équipe. Heureusement que j’ai prévu le coup et enfilé un combishort noir. Dans le cas contraire, j’aurais détonné au sein de la foule.

Je finis tant bien que mal par dénicher une place en plein milieu des gradins, entourée de fans déjà surexcités alors que le match n’a pas encore commencé. Une fois installée, je rive mon attention sur le stade et je dois avouer que j’en reste bouche bée. À chaque endroit où mon regard se porte, ce n’est qu’une marée or et noir. Je ne m’attendais pas à autant de ferveur, c’est impressionnant.

Tandis que je continue à observer mon environnement, une musique résonne soudain dans les haut-parleurs, me poussant à concentrer mon attention sur l’immense terrain de football. Les membres de l’équipe de cheerleading y déboulent, les filles agitant leurs pompons dans tous les sens sous les cris de la foule.

Je cherche Dante des yeux et l’aperçois au milieu du groupe. On dirait qu’il est monté sur ressort, à sautiller partout. Un sourire étire mes lèvres et l’observe un long moment, admirant son corps élancé dans sa tenue noir et or.

C’est alors que les cheerleaders se mettent en position. La musique change. Et tout à coup, je retiens mon souffle. Autant, l’autre jour, découvrir Dante et sa partenaire à l’œuvre était incroyable, autant ce soir, c’est carrément dément. Toute l’équipe évolue dans une synchronisation parfaite, certaines filles se retrouvent propulsées à plusieurs mètres de hauteur en tournant sur elles-mêmes. Putain…

Tandis que j’admire le numéro, mon attention dévie de nouveau vers Dante, en train d’effectuer un nombre d’acrobaties impressionnant. Je suis certainement la seule à le remarquer, mais il vacille lorsque ses pieds se posent de nouveau sur le sol, et son visage arbore une grimace que je ne connais que trop bien. Sa cheville n’est toujours pas guérie, et s’il s’entête à ne pas prendre de repos, ça ne fera qu’empirer. Il est vraiment temps qu’il arrête de jouer les durs et accepte de se soigner correctement. Et je compte bien lui faire entendre raison aussitôt que je le rejoindrai. Il est peut-être têtu, mais je le suis au moins autant que lui, et il est hors de question que je continue à le voir souffrir. Parce que si je trouve ça douloureux à regarder, je n’ose même pas imaginer l’état dans lequel il est de son côté.

*

* *

Après un match qui m’a paru interminable — sans doute parce que ça a été le cas, avec presque quatre heures au compteur — je suis la foule survoltée par la victoire des Thunder hors du stade et me dirige vers le parking. Il est tard, la nuit est tombée, mais la chaleur n’a pas tari. J’essuie mon front de mon bras avant de m’adosser contre ma Range Rover et finis la bouteille d’eau que j’ai achetée durant la rencontre.

Je suis en train de lire un article en ligne lorsque le nom de Dante apparaît sur l’écran.

— Salut, dis-je en décrochant.

— Salut à toi. Toujours partante pour un repas tardif ?

Évidemment ! Comme pour beaucoup de choses en compagnie de Dante. Plus les jours défilent et plus j’aime passer du temps avec lui. Petit à petit, nous créons des liens qui, j’espère, deviendront solides. C’est toujours un peu compliqué pour moi, car ce n’est pas dans mon tempérament de chercher la compagnie d’une autre personne. Surtout d’une personne telle que Dante : un peu trop exaltée. Mais bizarrement, je suis de plus en plus heureuse d’avoir décidé de lui faire une petite place dans ma vie. Une place qui grandit doucement, mais sûrement. Et même si une part de moi aimerait garder une certaine distance — ayant appris de ses erreurs —, l’autre se dit que la vie est courte, et qu’il serait dommage de la passer constamment seule.

— Et si je réponds non ?

— J’irai pleurer dans un coin ou dans les gros bras de Knox.

— Laisse-moi en dehors de ça, entends-je la voix dudit Knox rétorquer.

Je ris en percevant Dante râler, avant de reprendre :

— Alors, c’est oui ? Pour la tranquillité de Knox.

— Tu connais déjà la réponse à cette question.

— Génial ! s’exclame-t-il. Du coup, je me demandais…

Il laisse sa phrase en suspens. Qu’est-ce qui le fait hésiter autant ?

— Crache le morceau, Campbell.

— Ouais, désolé. En fait, tu vois, en général, pour fêter une victoire, on va tous dîner ensemble… Alors, je me disais qu’on pourrait rejoindre le groupe, tous les deux. Je pourrais te présenter à mes potes. Enfin, si tu veux…

Il semble penaud tout à coup, comme s’il craignait que je réagisse mal. Je sais que je ne suis pas un modèle de sociabilité mais je ne suis pas un ermite non plus. Et puis, pour être honnête, il me parle tellement de ses amis que je suis curieuse de les rencontrer. Le seul que je côtoie, c’est son frangin. Et encore, ça reste professionnel. On discute des enfants, de leurs problèmes, mais jamais de nos vies. D’ailleurs, je ne suis même pas sûre que Sander est au courant que Dante et moi traînons souvent ensemble. L’unique personne qui semble le savoir est Knox, que je vais enfin rencontrer.

— Bien sûr, ça me ferait plaisir, réponds-je d’une voix enjouée.

Bon, et ça me fait flipper aussi. J’ai envie de faire bonne impression. Vu la manière dont Dante parle d’eux, ils sont très importants pour lui. Ils forment pratiquement une famille.

— Génial ! Je te retrouve sur le parking, alors. Comme ça, on ira ensemble.

— Je t’attends.

— J’espère bien ! s’esclaffe-t-il avant de raccrocher.

À chaque seconde qui passe, je sens mon stress grimper en flèche. Heureusement, Dante me rejoint rapidement. Il me trouve facilement, vu que la plupart des spectateurs ont récupéré leur voiture. Alors qu’il trottine dans ma direction, ma première impulsion est de lui crier de marcher normalement, mais je me refrène. Je sais très bien que dès que nous aborderons le sujet, le ton va commencer à monter, comme c’est le cas à chaque fois, même si nous n’en sommes jamais arrivés au point de nous engueuler. Peut-être que ça finira par se produire, ce que je n’espère pas. Je ne suis pas douée pour gérer les conflits.

Une fois à ma hauteur, Dante passe ses bras autour de moi dans une longue accolade. Son corps est frais, et il sent le savon, signe qu’il vient de sortir de la douche. L’odeur de sa peau titille mes narines, et je lui rends son étreinte de bon cœur, essayant de faire en sorte que mon cœur reste calme. Ce qui est de plus en plus difficile ces derniers temps. En fait, chaque fois que Dante me touche, même de manière innocente, j’ai l’impression qu’il laisse des picotements brûlants sur mon épiderme. Peut-être parce que je suis en manque de contact humain et que je devrais me trouver un partenaire pour m’envoyer en l’air. Bizarrement, moi qui me retrouve à scroller sur Tinder dès que le besoin se fait sentir ou que j’ai envie d’une bonne baise, je n’ai pas remis les pieds sur l’application depuis que j’ai couché avec Dante. Ça ne me ressemble pas. Mais comme la majorité de mes actions dernièrement. C’est comme s’il avait débloqué quelque chose en moi. Il semble avoir appuyé sur un interrupteur que je pensais cassé depuis ma rupture avec le seul homme à qui j’ai permis d’entrer dans ma vie.

Est-ce que je suis en train de commettre une erreur en abaissant mes barrières une nouvelle fois ? En laissant quelqu’un d’autre apercevoir mes failles ? En m’autorisant à éprouver de l’affection pour un type qui risque de me briser ? Peut-être. Mais alors que Dante me libère et m’offre un immense sourire, j’ai envie de croire que ça vaut le coup.

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