Les dieux du campus Tome 3 - Dante

F.V. Estyer · Chapitre 30 sur 47

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Les dieux du campus Tome 3 - Dante

30 - Blake

30

 

Blake

 

Mon mauvais pressentiment ne cesse de grandir, à tel point que mon estomac se tord. Après trois appels sans réponse de la part de Dante, je me sens désemparée. Je ne sais pas vraiment pourquoi je m’inquiète. Peut-être que Dante m’a donné de mauvaises habitudes, à toujours répondre instantanément.

Refoulant mon inquiétude, je rejoins le couple enlacé sur le canapé.

— Hé ! Blake, comment ça va ? m’accueille Sander.

Son sourire ressemble tellement à celui de son frère, c’est perturbant. Même s’ils sont loin d’être identiques, ils ont des traits et des expressions en commun qui ne trompent pas sur le lien qui les unit.

— Salut. Dis, j’essaie d’appeler Dante, mais il ne répond pas.

Sander fronce les sourcils. Je suis sur le point de me dire qu’il va me rire au nez, mais pas du tout.

— C’est bizarre. Il est toujours scotché à son portable en temps normal. Attends.

Il repousse doucement Jeremiah et se penche pour attraper son téléphone abandonné sur la table basse du salon. Autour de nous, personne ne nous prête attention. Les mecs sont trop occupés à se démener sur leur manette ou à demander aux filles comment s’est passée la soirée. Mon regard croise celui de Jer, qui m’offre un sourire doux.

— T’inquiète, Sander a une appli pour tous nous traquer, déclare-t-il avec amusement.

— Je ne vous traque pas, c’est une question de sécurité, grogne ce dernier.

— C’est ça… se marre Jeremiah.

— C’est vrai !

Tandis qu’ils se disputent gentiment, Sander fait défiler son écran avant d’appuyer sur une application. Quelques secondes plus tard, il me lâche l’info tant attendue. Je connais cet endroit, c’est là où j’ai emmené Dante l’autre jour. C’est carrément hors de la ville. Qu’est-ce qu’il est allé foutre là-bas ?

Apparemment, son frère se pose la même question que moi.

— Putain, c’est à plus d’une heure de route, s’exclame-t-il. Qu’est-ce qu’il fout à cet endroit ?

Bonne question.

— Je… je vais aller le rejoindre. Préviens-moi s’il bouge entre-temps.

Sander se redresse, décidant de m’accompagner, mais Jer l’en empêche en saisissant son bras pour l’obliger à se rasseoir.

— À ton avis, entre Blake et toi ? Qui est-ce qu’il préférerait voir ? s’amuse-t-il.

La réponse, je crois que je la connais. Et ce n’est pas celle à laquelle Jeremiah pense. Il préférerait ne voir personne. Sinon, il n’aurait pas été aussi loin. D’ailleurs, peut-être que le plus sage serait de le laisser tranquille. Sauf que je n’ai pas envie d’être sage. J’ai envie de savoir ce qui cloche pour qu’il ait éprouvé le besoin de s’exiler.

— Je suis son frère, gronde Sander.

— Justement, réplique Jeremiah.

Comme si son mec avait saisi l’allusion, il se laisse retomber sur le canapé.

— OK. Vas-y, Blake. Mais préviens-moi s’il y a un souci.

Quelque chose dans son intonation, dans la manière dont il me dévisage, me fait craindre que ce soit le cas. Mais je me contente de hocher la tête avant de souhaiter à tout le monde une bonne soirée et de quitter la maison.

Lorsque j’arrive enfin au point de vue, je remarque aussitôt la silhouette imposante qui se découpe dans l’obscurité. Je reste quelques instants immobile, avisant les épaules voûtées de Dante, la manière dont il se tient, comme s’il était… vaincu. Ce n’est pas le type que je connais, je refuse de le voir comme ça.

Les brindilles craquent sous mes pas lorsque je m’approche. Il tourne aussitôt la tête. La surprise passe furtivement sur ses traits avant qu’il ne déclare :

— Foutu Sander et son appli pour nous traquer.

— On croirait entendre Jeremiah, réponds-je.

Le sourire de Dante est à peine perceptible, presque triste. Je ne suis pas habituée à ça, et ça me fend le cœur de le voir dans cet état. Je voudrais lui demander ce qu’il se passe, pourquoi il a décidé de venir ici, seul, loin de tout, mais je n’ai pas envie de le forcer à me parler. S’il l’avait voulu, il l’aurait fait. Ce constat me fait mal. Je pensais que nous étions amis… On l’est.

Après tout, il n’a pas parlé à son frère non plus, alors je ne devrais pas me sentir vexée. Moi aussi, il y a des choses que je préfère taire. Parce que c’est plus facile de les garder pour soi plutôt que d’affronter un regard extérieur sur la situation, aussi compréhensif et indulgent soit-il.

Lorsque j’arrive à sa hauteur, Dante tend les bras et les enroule autour de ma taille avant de poser son front contre mon ventre. Son soupir me fend le cœur, tout autant que la manière dont il s’accroche à moi, comme s’il cherchait à puiser dans ma force. Je plonge ma main dans ses cheveux, les caressant doucement, espérant l’apaiser.

Nous restons un long moment ainsi, sans bouger, en silence. Puis il lâche un autre soupir impuissant avant de lever la tête. Ses yeux sont brillants lorsqu’ils croisent les miens, et je glisse ma main sur sa joue.

— Je suis là, si tu as besoin de moi, soufflé-je.

— Ouais, littéralement d’ailleurs, vu que tu es venue me débusquer.

Sa voix est douce, je comprends qu’il ne m’en veut pas.

— J’étais inquiète. Tu n’as pas répondu au téléphone, et ce n’est pas dans tes habitudes.

Il ricane et secoue la tête.

— Tu me connais beaucoup trop bien, O’Connor. C’est flippant.

— Vraiment ? Alors, peut-être qu’on devrait passer moins de temps ensemble.

Il raffermit sa prise autour de ma taille puis glisse une main dans mon dos pour m’inciter à me pencher en avant. Son visage est si près du mien que je sens son souffle sur mes lèvres. Je frissonne, l’envie de les poser sur les siennes est si puissante que je dois me faire violence pour ne pas me laisser aller. Les doigts de Dante passent sur mon visage, sur ma bouche. Nos regards ancrés l’un à l’autre, tout semble cesser d’exister autour de nous tandis que nous attendons, espérons, peut-être, que l’autre abandonne la partie en premier.

Finalement, Dante attrape ma nuque pour poser mon front contre le sien.

— Je crève d’envie de t’embrasser, murmure-t-il, presque avec regret.

Mon ventre se noue, et tout ce que je voudrais lui répondre, c’est « Vas-y, perds-toi avec moi, en moi, le reste pourra bien attendre ». Mais nous savons tous les deux que ce serait une mauvaise idée, une mauvaise manière d’oublier.

Il finit par me relâcher avant de m’attirer à lui. J’atterris sur ses genoux, et mon attention se porte sur le paysage devant moi. La vue est magnifique. De cette hauteur, nous pouvons apercevoir les lumières de la ville en contrebas. C’est un lieu où j’adore venir, pour réfléchir, et je suis contente que Dante le voie de la même manière que moi.

— Merci d’avoir partagé cet endroit, souffle-t-il comme s’il avait deviné mes pensées.

Peut-être est-ce simplement la manière dont je reste scotchée devant le paysage qui lui a mis la puce à l’oreille.

— Est-ce que ça t’a aidé ? demandé-je en posant ma tête contre son épaule.

— Je ne sais pas trop.

Ses bras autour de moi, je pose mes mains sur les siennes et les serre doucement.

— J’ai peur, Blake. De ne plus pouvoir continuer le cheerleading. Ça me terrifie.

Je comprends. Je ressentirais la même chose si une blessure m’empêchait de pratiquer le MMA. Je voudrais le rassurer, lui dire que tout ira bien, mais la vérité, c’est que je ne suis pas devin.

— Si je vais voir un médecin et qu’il me met sur la touche maintenant, je peux dire adieu aux entraînements, adieu à Daytona. Et il en est hors de question.

— On est encore au début de la saison, tu sais. Pourquoi tu n’en parles pas avec ton coach ? Au moins, tu serais fixé.

Je tente de lui proposer des solutions, même si je ne suis pas certain qu’il les suive. Dante est un type têtu, un type qui craint de ne plus pouvoir exercer sa passion, et je sais que cette peur peut parfois nous bouffer jusqu’à nous faire faire de mauvais choix. J’espère simplement que ce ne sera pas son cas.

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