Les dieux du campus Tome 3 - Dante
4 - Blake
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Blake
Il est près de seize heures trente lorsque je gare ma Range Rover sur le parking en bas de mon appartement. Je suis en nage, mes muscles sont douloureux, mais j’ai adoré chaque minute de cette journée. Comme lors de la plupart de mes samedis, je suis partie randonner au Meramec State Park. J’ai passé huit heures à me balader dans la nature, à me baigner dans le lac et à visiter la grotte. Même si je suis crevée, je n’échangerais ce programme contre un plus tranquille pour rien au monde. Il fera bientôt trop froid pour aller me promener comme ça, alors je profite à fond de la chaleur de l’été.
C’est ce que j’aime dans le fait d’habiter à Saint-Louis. Il ne me faut qu’une heure ou deux en voiture pour pouvoir découvrir les parcs du Missouri, et autant dire que je ne boude pas mon plaisir. J’aime profiter du grand air, ça m’aide à me ressourcer, à m’aérer l’esprit, à réfléchir.
Une fois le seuil de mon appartement franchi, je me dirige aussitôt vers la salle de bains, impatiente d’ôter la sueur et la poussière qui collent à mon corps. Je me déshabille, dénoue ma tresse et file sous le jet d’eau tiède. J’hésite un instant à aller faire un saut dans la piscine de l’immeuble, histoire de délasser mes muscles. Il ne doit plus y avoir grand monde à cette heure-ci un samedi. Chacun doit être en train de se préparer à sortir, ou déjà dehors, trinquant à la terrasse d’un restaurant branché.
Contrairement à la plupart des gens de mon âge qui cherchent à tout prix le contact social, les amitiés et plus si affinités, j’apprécie de faire les choses seule. Pas de contraintes, pas d’obligation, personne pour me juger. La plupart du temps, les gens ne me comprennent pas, raison pour laquelle j’ai du mal à nouer des liens. Mais ça ne me dérange pas. J’ai suffisamment de quoi m’occuper pour une vie entière sans avoir besoin de me préoccuper des normes sociétales.
Pourtant, j’entends souvent la voix de mes parents dans ma tête. Ils m’ont toujours reproché d’être trop renfermée. « Sors de tes livres, Blake. Tu as passé l’âge d’avoir des amis imaginaires. » Évidemment, ils n’ont jamais compris mon besoin de m’échapper de la réalité quand les choses devenaient trop compliquées à gérer pour moi. Quand le monde semblait trop grand, trop hostile, trop complexe à décrypter. Eux, tout ce qui les intéressait, ce qui les intéresse encore lorsque je rentre chez moi, c’est de me montrer, de prouver à tous leurs soi-disant amis combien leur fille est douée. Et même si je suis heureuse qu’ils soient fiers de moi, parfois, ça me fait mal de voir à quel point ils ne me comprennent pas. « Tu devrais venir avec nous à la garden-party des Williams, le fils de Marianna est en ville, il est fantastique. » Je serre les poings en me souvenant du nombre de fois où ils ont cherché à me caser malgré mon manque d’intérêt évident. « Tu dois penser à ton avenir. À faire un beau mariage. »
Poussant un soupir, je secoue la tête pour chasser ces paroles de mon esprit. Même si je sais qu’elles reviendront rapidement m’assaillir. Songer à tout ça me met les nerfs en pelote.
Je décide de sortir de la douche et, après avoir enfilé une tenue confortable, je me rends dans l’espace cuisine pour me servir un verre de vin. Boire seul pourrait sembler problématique pour beaucoup de gens, mais un verre de chardonnay de temps en temps n’a jamais fait de mal à personne. Initiée à l’œnologie lors de mes séjours en France, j’apprécie toujours de découvrir de nouveaux millésimes.
Verre en main, je m’avance vers ma bibliothèque, histoire de choisir le livre qui accompagnera ma soirée. Il n’y a rien de plus agréable que de passer quelques heures sur mon balcon à bouquiner tandis que le soleil se couche à l’horizon et que l’air se rafraîchit un peu.
Je parcours le dos des livres, m’arrêtant sur des exemplaires usés d’avoir été lus un nombre incalculable de fois. Je finis par porter mon choix
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sur Faux Rebond , un de mes titres favoris, et ouvre la porte-fenêtre puis me laisse tomber sur le transat installé là. Ça aussi, c’est un luxe dont je ne peux profiter que l’été, avant que le froid et la neige ne s’invitent dans le Missouri.
Perdu dans mon bouquin, je sursaute lorsque le téléphone mural se met à sonner. Je fronce les sourcils et jette un coup d’œil à ma montre. Dix-neuf heures. Pourquoi le gardien de l’immeuble cherche-t-il à me joindre à une heure pareille ? L’espace d’un instant, j’hésite à répondre, mais Peter peut parfois se montrer insistant. Avec un soupir, j’abandonne mon livre et mon verre de vin presque vide sur la terrasse, avançant jusqu’à l’interphone.
— Oui ?
— Mademoiselle Blake, il y a quelqu’un qui demande à vous voir.
Je fronce les sourcils, surprise.
— Qui ?
— Monsieur… Attendez…
— Dante. Dante Campbell, distingué-je par-dessus la voix douce de Peter.
Dante ? Je ne connais pas de… Le souvenir de mon plateau renversé à la cafétéria puis de ma discussion avec un type plus tard ce jour-là me revient en mémoire. Le frère de Sander. Qu’est-ce qu’il fout là ? Et comment a-t-il eu mon adresse ?
J’hésite sur la réponse à donner, pas vraiment certaine d’avoir envie que ce mec que je ne connais pas se pointe chez moi.
— Allez, Blake ! J’ai ramené le dîner, crie-t-il toujours dans le lointain.
— Mademoiselle Blake ? Dois-je le laisser monter ? me questionne le gardien.
— Ça dépend… Qu’est-ce qu’il a pris à manger ?
Peter pose la question, et Dante s’empresse de répondre :
— Thaïlandais !
Eh merde. J’adore la nourriture thaïe. C’est mon péché mignon. Sans compter qu’après tout, ce mec me doit un déjeuner.
— Allez-y, laissez-le monter.
Je raccroche aussitôt, fais pivoter la porte d’entrée et m’adosse contre le chambranle, les bras croisés, l’air menaçant. Avec un peu de chance, ça suffira à le faire déguerpir, en me laissant la bouffe, évidemment.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent rapidement, et Dante en sort, vêtu d’un jean déchiré sur des Converse noires et d’un tee-shirt délavé. Son visage s’illumine en me découvrant. Je dois avouer que son sourire est charmant. Presque autant que ses yeux verts qui se rivent aussitôt aux miens. Ouais, il est carrément mignon, même ! Après tout, peut-être qu’on pourrait s’éclater un peu, lui et moi, maintenant qu’il est là… L’odeur de coriandre et de curry qui s’échappe des sacs qu’il tient dans sa main me fait saliver d’avance.
Il s’approche de moi d’un pas vif. Je reste sur ma position défensive, même si je sais très bien que je ne résisterai pas longtemps. Pas alors qu’il m’appâte avec ma nourriture favorite. Je me demande ce qu’il veut, ce qu’il attend de moi. Simplement partager un repas ? Se racheter pour avoir foutu en l’air le mien la dernière fois ? Ou plus, si affinités ? Je suppose que je ne vais pas tarder à le découvrir.
1. Faux Rebond (titre original Fade Away), roman d’Harlan Coben paru en 1996 (2005 en
France).
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