Les dieux du campus Tome 3 - Dante
7 - Dante
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Dante
Lentement, je me retire de Blake et la repose sur ses pieds, la tête toujours nichée dans le creux de son cou. Je n’avais pas vraiment envie de la lâcher mais, même si je n’ai pas à me plaindre de ma force, je ne suis pas Superman non plus.
La vue est magnifique, d’ici. Blake appuie sa tête contre la baie vitrée et ouvre ses yeux verts d’une couleur incroyable. Oui, la vue est incroyable. Et je ne pense pas à celle qui s’étale au-delà de la fenêtre.
Elle ne parle pas, et je me détache d’elle sans savoir quoi dire non plus. J’enlève la capote et y fais un nœud. Je devrais peut-être trouver une poubelle mais je suis figé par son comportement un peu froid. Je commence presque à regretter d’avoir cédé à cette alchimie entre nous. Je n’étais vraiment pas venu pour ça, au départ.
Elle passe devant moi sans un mot et se dirige vers une porte que j’imagine être celle de sa chambre.
Déstabilisé, je suis toujours là, comme un con, mon préservatif à la main, quand elle revient vêtue d’un tee-shirt qui lui arrive en haut des cuisses. Une fois arrivée vers le canapé, elle commence à récupérer ses affaires éparpillées un peu partout sur le sol.
— Je ne te montre pas la sortie, me lance-t-elle.
Hein ? La sortie ? Je ne comptais pas m’installer ici pour de bon mais je pensais quand même rester pour la soirée, discuter, apprendre à connaître cette fille qui ne ressemble à aucune autre.
— Il y a une poubelle dans la cuisine, si tu veux te débarrasser de ça.
Elle désigne la capote d’un geste de la tête avant de m’ignorer à nouveau. Pas de doute, elle me jette bien dehors. J’essaie de ne pas le prendre mal, mais ça me met tout de même un coup.
Je ramasse mes fringues à mon tour et me rhabille lentement en la suivant du regard. Elle navigue entre sa chambre, la salle de bains et la cuisine sans se soucier de mon existence.
Une fois complètement vêtu, je me dirige vers la porte d’entrée.
— On remet ça bientôt ? demandé-je.
Elle relève la tête du placard de la cuisine où elle était en train de chercher quelque chose. Une lueur passe dans son regard de jade, mais je suis incapable de l’identifier. J’espère que cette fille joue au poker, parce qu’elle pourrait faire un carton.
— Je ne crois pas, non.
Pendant un moment, je me dis qu’elle plaisante, mais je comprends vite qu’il n’en est rien. C’est plutôt moi, d’habitude, qui mets un frein pour que les nanas n’imaginent pas qu’on va se tenir la main en public et qu’elles peuvent m’appeler toutes les cinq minutes. Soudainement, je me retrouve à leur place et je me rends compte que ce n’est pas très agréable.
Toujours dans la cuisine, elle me scrute comme si elle attendait que je réagisse. J’aimerais mais je ne sais pas comment. Cette fille ne veut pas d’un plan cul, manifestement, mais elle ne veut pas non plus d’un ami et plus si affinités. Je me demande si elle ne se sent pas seule, parfois, dans sa tour d’ivoire, mais après tout, elle n’a pas l’air d’avoir besoin de moi pour la sauver. Une guerrière, ça n’a besoin de personne. Et apparemment, surtout pas d’un cheerleader qui débarque chez elle à l’improviste.
— Tu… Euh… Tu n’as pas aimé ?
Les mots m’ont échappé avant que j’aie eu le temps de les en empêcher. J’ai l’air pitoyable et je déteste ça.
— C’était… bien.
J’ouvre la bouche puis la referme, ne trouvant rien de très intelligent à lui répondre.
Je reprends mon chemin vers la porte d’entrée puis sors de l’appartement. Une chose est certaine, cette expérience m’aura au moins appris que les armes des guerrières modernes sont tranchantes. Mon ego d’homme l’aura compris à ses dépens ce soir.
Il est à peine plus de vingt et une heures lorsque je reviens à la colocation. Comme chaque samedi, la maison est vide à cette heure-là. Je devrais sans doute appeler mon frère pour savoir où ils sont partis faire la fête, mais les paroles de Blake m’ont laissé une sensation désagréable, et je ne suis pas vraiment d’humeur à voir du monde. De toute façon, une grosse journée m’attend demain, avec un entraînement exceptionnel aux aurores. Ça ne me fera pas de mal de me coucher tôt, même si pour le moment je rumine trop pour avoir sommeil.
Je fais un détour par la cuisine, prends une bouteille d’eau dans le frigo, et une part de tarte. Dans une maison remplie de mecs, on pourrait penser ne trouver que de la bouffe à faire chauffer au micro-ondes et des cartons de boîtes de pizza, mais nous avons la chance d’avoir un Leander qui cuisine de bons plats et qui en plus adore nous faire des desserts.
Je m’installe dans le sofa du salon avec mon assiette, la télécommande à la main. Je zappe un moment de chaîne en chaîne avant de m’arrêter sur la diffusion de Piège de Cristal. Quand on n’a pas le moral, quoi de mieux que de regarder John McLane dans un opus de Die Hard ? Lui au moins en connaît un rayon en journée de merde.
Je suis pris malgré moi dans le scénario quand j’entends la porte d’entrée s’ouvrir.
— Je ne savais pas que tu étais rentré.
La remarque de Knox sonne comme un « Déjà ? ». Il sait très bien que ce n’est pas mon genre de me faire jeter par une nana et il est le seul à qui j’ai dit où j’allais ce soir. Techniquement, je ne devrais pas être là. Je pourrais lui retourner le compliment, mais la vérité, c’est que Knox est le moins fêtard d’entre nous. Ce n’est même pas surprenant qu’il rentre avant les autres.
Il s’installe à côté de moi et me scrute en attendant probablement que je déballe tout. Knox est celui de qui je me sens le plus proche dans la coloc, mon frère mis à part. En temps normal, je me serais confié à lui sans problème. Pourtant, ce soir, j’hésite. Je ne trouve pas les mots. Comment dit-on à son meilleur pote que la fille sur laquelle on fait une fixation nous a foutus à la porte de chez elle en piétinant notre ego au passage ?
— Elle ne t’a même pas laissé monter chez elle, c’est ça ?
Je secoue la tête, le regard toujours rivé sur John McLane qui est en train de mettre une raclée aux méchants.
— Si, elle m’a laissé monter. On a mangé et…
— Et quoi ?
Pourquoi est-ce que je trouve ça si gênant de dire que ce n’est même pas moi qui ai fait le premier pas mais que j’ai fini par me faire jeter ?
— Et elle m’a sauté dessus.
Knox éclate de rire, et je lui lance un regard torve. Il lève les mains comme s’il voulait s’excuser.
— Pardon, mais je ne comprends pas pourquoi tu fais cette tête. En plus, tu as dégommé une énorme part de tarte alors que tu as entraînement à six heures trente, ce qui ne te ressemble pas trop. La fille t’a sauté dessus, et tu fais la gueule ?
Je pousse un profond soupir.
— Elle m’a foutu à la porte juste après, marmonné-je inintelligiblement.
— Quoi ?
— Elle m’a foutu à la porte juste après, répété-je beaucoup plus fort, au risque de réveiller toute la maison.
Knox me dévisage avec des yeux ronds.
— Euh… Peut-être qu’elle devait se lever tôt, elle aussi.
Agacé par cette soirée qui ne s’est pas passée comme je l’avais prévu, j’éteins la télévision et me tourne vers mon pote.
— Elle ne veut pas me revoir. Et quand je lui ai demandé si elle n’avait pas aimé, elle a hésité avant de finir par répondre que c’était bien.
— Ah.
Je me retourne vers l’écran, désormais noir.
— Le pire, enchaîné-je. C’est que ce n’est pas du tout ce que j’avais en tête en allant chez elle.
Je sais sans le regarder que Knox doit lever les yeux au ciel, l’air de dire « Mais oui, bien sûr… ».
— OK, ça m’avait effleuré l’esprit, mais ce n’était quand même pas le but de ma visite. Je voulais juste… faire connaissance.
— Et qu’est-ce qui t’empêche de le faire ?
— Tu as écouté ce que je viens de te raconter ou tu faisais semblant ? Elle m’a jeté comme une vieille capote usagée. Et en plus, je n’ai pas eu l’air de la satisfaire plus que ça…
Il se lève et se place face à moi.
— Et tu t’avoues vaincu ? Je t’ai connu franchement plus combatif. Tu veux mon avis ?
Je hausse les épaules, sachant qu’il ne se gênera pas pour me le donner quoi qu’il arrive.
— Tu devrais lui prouver qu’elle a eu tort, conclut-il avant de faire demi-tour et de se diriger vers l’escalier.
Dans la semi-obscurité du salon, je réfléchis un long moment, laissant ses mots tourner encore et encore dans ma tête. Il a raison. Ce n’est pas mon genre de m’avouer vaincu si facilement. Blake O’Connor, à nous deux ! Même si je me suis pris un méchant uppercut lors du premier, je lance le deuxième round.
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