Les dieux du campus Tome 3 - Dante
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Dante
Premier entraînement de la saison. C’est le jour que je préfère. Celui où tout semble possible, où tous nos rêves sont encore accessibles. Pourtant, aujourd’hui, je ne suis absolument pas concentré. Encore agacé de m’être fait rembarrer comme un malpropre, je rumine et en oublie de me préparer.
Je voulais juste être sympa. J’ai gâché le repas de cette fille, on m’a suffisamment bien élevé pour que je sache que lui en proposer un autre en échange était la chose à faire. Enfin… En toute honnêteté, je n’ai peut-être pas fait ça juste pour être sympa. Je l’avoue, cette fille m’intrigue carrément, et je ne sais pas vraiment pourquoi. Je crois que je ne suis pas habitué à ce qu’on me rejette comme elle l’a fait. Sans vouloir me vanter, ça ne m’arrive pour ainsi dire jamais. Sans s’en rendre compte, elle m’a offert un challenge. Celui de lui prouver que je suis un type sympa, pas un danseur à pompons sans cervelle. Et c’est dans ma nature, je ne recule jamais devant un défi.
— Eh, mec ! m’appelle Pierce, un coéquipier. Tu te bouges ? Le coach ne va pas tarder, et apparemment, ce n’est pas un rigolo.
Je me change en vitesse et rejoins tout le monde dans le gymnase. Un homme s’approche. Il est un peu plus petit que moi, mais sa stature et sa façon de se diriger vers nous imposent le respect.
— Je suis le coach Reyes. Une nouvelle année démarre, et il est temps de prendre de bonnes résolutions. Voici la mienne : cette année, nous gagnerons le championnat à Daytona.
Un brouhaha étonné se forme dans l’équipe.
— Je ne dis pas ça par arrogance. J’ai regardé en boucle les vidéos que votre ancienne coach m’a laissées et je sais parfaitement de quoi vous êtes capable. Soit de ramener la coupe à Saint-Charles !
Cette fois, l’enthousiasme et l’excitation sont palpables parmi mes pairs.
— Je ne dis pas que ça sera facile. Avec moi, vous allez sûrement travailler plus dur que vous ne l’avez jamais fait. Je suis là pour vous apprendre à dépasser vos limites. Vous allez me détester, parfois. Ce n’est pas grave, je ne suis là que pour faire de vous des champions !
Il hoche la tête alors que tout le monde l’applaudit. Ce genre de discours est motivant, il faut maintenant qu’il soit suivi de faits. C’est donc avec un entrain décuplé que je pars m’échauffer quand le coach Reyes nous l’ordonne.
Alors que j’enchaîne les saltos, je sens son regard sur moi. Il nous observe, nous passe à la loupe comme pour nous évaluer. Je sais qu’il doit déjà réfléchir à ceux qui seront sur scène à Daytona. Nous sommes beaucoup trop nombreux dans l’équipe pour tous pouvoir y prétendre.
— Détends-toi, conseillé-je à Eva alors que nous commençons à répéter les stunts.
— Reyes me stresse, souffle-t-elle quand il s’éloigne enfin de nous.
— Je sais. Mais je ne t’apprends pas que la moindre distraction peut être synonyme de blessure. Et puis tu sais faire ça les yeux fermés. Respire et tout ira bien.
Elle me remercie du regard, et l’entraînement se poursuit à ce rythme effréné auquel nous ne sommes pas habitués. Moi, je trouve ça super stimulant, j’ai hâte de progresser encore davantage avec ce qui promet d’être un grand coach.
*
* *
Mon frère est déjà en train de jouer à la Xbox quand je descends après avoir pris ma douche. L’entraînement du jour était carrément d’un niveau au-dessus de ceux des années précédentes. Cette saison, on a de vraies chances de décrocher la première place à Daytona.
Je me jette dans le canapé, à côté de Sander, baigné par les effluves de ce que Leander nous concocte en cuisine. Parfois, je culpabilise de lui laisser préparer tous les repas — même si en contrepartie, Sander et moi, on se tape le ménage —, mais il faut reconnaître que si je passais derrière les fourneaux, on pourrait vite se retrouver aux urgences pour intoxication alimentaire.
Je me saisis de la manette supplémentaire sans demander son avis à mon frangin et intègre sa partie en cours. Je sais qu’il n’aime pas jouer seul. Il préfère largement que je sois là parce que, comme il le dit souvent : « Ça sert à quoi de gagner contre soi-même ? » Je finis en général par lui répondre que ça vaut toujours mieux que de perdre contre moi. En principe, on se retrouve à se battre comme les enfants de 10 ans que nous sommes encore un peu au fond de nous.
— Bon, tu vas cracher le morceau ou pas ? me demande-t-il sans se détourner du jeu.
— De quoi tu parles ?
Je fais semblant de ne pas comprendre, mais mon jumeau me connaît suffisamment pour savoir que je crève d’envie de lui poser des questions sur la guerrière viking de cet après-midi.
J’ai bien intégré qu’elle s’appelle Blake, mais « guerrière viking », ça sonne quand même beaucoup mieux.
— Tu crois que je n’ai pas vu la façon dont tu regardais Blake ?
Comme souvent, il a mis dans le mille. Le truc, c’est que je ne sais pas vraiment pourquoi cette fille m’obsède. Ce n’est évidemment pas la première fois que je fantasme sur une nana, mais ça ne m’a jamais perturbé à ce point. On dirait un ado maladroit victime de son premier crush. C’est surtout que tu n’as pas l’habitude de te faire rabrouer de la sorte ! C’est peut-être ça, en effet. Quoi qu’il en soit, pour pouvoir arrêter de me repasser en boucle la façon dont elle m’a rembarré, je ne vois qu’une solution : il faut absolument que j’en sache plus sur elle, et donc que je parvienne à la convaincre d’avoir un rencart avec moi. Une fois que je la connaîtrai mieux, j’arriverai à cerner ce qui me fait cet effet chez elle et à passer à autre chose. Elle a piqué ma curiosité, voilà tout.
— Cette fille, tu la connais comment ?
Sander ne me répond pas tout de suite. Il fait semblant d’être captivé par la partie. En réalité, je sais qu’il fait juste ça pour m’emmerder. Je me demande parfois si ce n’est pas son unique objectif dans la vie. Du moins, celui dans lequel il met le plus de cœur.
— Elle est bénévole à l’association depuis le début de l’année dernière.
Je hoche la tête parce que c’est finalement logique que mon frangin ait fait connaissance avec elle à l’endroit où il passe une grande partie de son temps libre. J’attends qu’il m’en dise plus, mais il n’en fait rien, m’obligeant à le cuisiner.
— Je ne l’ai jamais vue à nos soirées. Ni aux matchs, d’ailleurs.
— Ce n’est pas faute de l’avoir invitée plusieurs fois. C’est une fille très sympa, mais elle n’a pas l’air d’avoir une vie sociale hyper développée.
— Ou peut-être qu’elle ne fréquente pas les mêmes cercles que nous, proposé-je.
— Ouais, peut-être. Mais on côtoie tellement de monde sur le campus qu’on l’aurait déjà croisée. Ça m’étonnerait qu’elle sorte beaucoup.
Il a sans doute raison, mais je ne veux pas m’avouer vaincu pour autant. Ce n’est pas parce qu’elle ne sort pas toute seule qu’elle ne voudra pas le faire avec moi, si ?
— Et elle habite où ?
Il ricane comme si j’avais dit un truc hilarant. Quand il comprend que je suis sérieux, il finit par se tourner vers moi.
— Tu déconnes, non ? Tu crois vraiment que je vais te refiler des informations confidentielles sur mes bénévoles ?
— Pas sur tous les bénévoles. Juste sur elle.
— Tu ne voudrais pas sa taille de soutien-gorge, en plus ? Même pas en rêve, Dante. Passe à une autre nana et laisse tomber.
En temps normal, c’est ce que j’aurais fait, mais avec elle, quelque chose m’en empêche. Tant pis, je trouverai autre chose pour la croiser à nouveau. Si le destin n’est pas de mon côté, je peux bien lui donner un petit coup de pouce.
— Pourquoi tes bénévoles te filent leur taille de soutien-gorge ? demandé-je, suspicieux.
Il secoue la tête sans me répondre, reportant son attention sur l’écran de télé devant nous. Je sais que je ne tirerai plus rien de lui.
*
* *
Je suis encore fatigué quand je descends l’escalier de la maison que je partage avec mes potes. Ils vaquent déjà tous à leurs occupations. Je me demande vraiment comment ils font pour commencer la journée aussi tôt. Surtout un samedi ! Est-ce que les week-ends ne sont pas dédiés à faire la grasse matinée ? Apparemment, non.
De mon côté, je n’ai pas grand-chose prévu ce matin. Je compte bien prendre mon temps devant mon petit déjeuner.
En me dirigeant vers la cuisine, quelque chose attire mon œil sur le petit buffet de l’entrée où tout le monde a pris l’habitude de déposer ses clés. Je m’approche et pousse un juron. Il faut croire que le petit-déjeuner tranquille, ça ne sera pas pour aujourd’hui. Comme chaque samedi, Sander s’est rendu à l’association s’occuper de la paperasse. Sauf que sans les clés des locaux, il ne pourra rien faire.
Je sors mon téléphone de ma poche pour l’appeler.
— Quoi ? Déjà debout à cette heure-là, me charrie mon frère en guise de bonjour.
— Dans une minute, tu seras bien content que je me sois levé.
— Pourquoi ? demande-t-il, suspicieux.
— Tu as oublié tes clés. Tu ne t’en es pas encore rendu compte ?
— Merde ! Je me suis arrêté pour faire le plein. J’allais repartir quand mon téléphone a sonné. Il me reste plus qu’à faire demi-tour.
Je soupire. Adieu, matinée tranquille !
— Je vais te les apporter.
— Tu es sûr ? Je te paierai un café, si tu fais ça.
— T’as intérêt !
J’attrape mes clés de voiture et sors en vitesse avant de verrouiller la maison.
Une fois dans ma Mustang, je roule en direction des locaux de la Parker Barnes Fondation, qui ne se trouvent qu’à une dizaine de minutes de la coloc. Je me gare à côté de la corvette de Sander et descends de l’habitacle en regardant ce dernier avec un sourire en coin.
— Qu’est-ce que tu ferais sans moi, frangin ?
— N’exagère pas non plus, j’aurais très bien pu aller les rechercher.
Je lève les yeux au ciel.
— Et ça t’aurait sans doute bouffé un plein d’essence avec ta voiture de course.
Il me fusille du regard avant de se pencher vers sa caisse.
— Ne l’écoute pas, il ne sait pas de quoi il parle.
J’éclate de rire. Voilà qu’il parle à sa bagnole, maintenant. On aura tout vu ! Sans cesser de ricaner, je me dirige vers la porte d’entrée de l’association et la déverrouille avec les clés que je rends ensuite à Sander.
— Tête en l’air ! me moqué-je avant de passer devant lui et de rentrer dans les locaux. N’oublie pas mon café.
Je rigole en l’entendant ronchonner derrière moi, mais il finit par se rendre dans la cuisine. Je décide de l’attendre dans son bureau. J’aurais pu l’accompagner, mais il fait une chaleur de dingue dans les locaux, et je sais que Sander garde un ventilateur dans son bureau pour les journées comme ça.
Je le mets en route avant de m’affaler sur une chaise. C’est avec un soupir de soulagement que je sens l’air me balayer le visage. N’ayant pas bloqué la machine pour qu’elle ne tourne pas, elle oscille et balaie les papiers qui étaient proprement rangés sur le bureau de mon frère. Les feuilles s’envolent, et je pousse un juron. Alors que je m’accroupis pour ranger, je tombe sur une information que j’aurais eu mieux fait de ne pas voir. C’est un listing des bénévoles de l’association, avec leurs coordonnées. Mon regard est immédiatement attiré par un prénom. Celui de Blake. Je mets quelques secondes à réagir ; et tapote la liasse de papiers avant de la remettre au bon endroit. Je coupe cette fois le mouvement rotatif du ventilo et retourne m’asseoir.
Il faut que j’oublie ce que j’ai vu, que je range dans un coin de mon cerveau cette adresse que ma mémoire photographique a enregistrée sans le vouloir. Sander a raison après tout : des filles, je peux en avoir à la pelle. Alors, pourquoi celle-là ? Je crois que c’est justement parce qu’elle n’est pas comme toutes les autres. Avec elle, il va falloir que je fournisse un minimum d’efforts pour qu’elle accepte de me revoir, et le challenge me stimule. Blake n’a pas l’air du genre à être charmée par une belle gueule, à moi donc de lui montrer que je suis bien plus que ça.
Est-ce que ça serait si mal d’aller la voir à l’improviste ? me demandé-je intérieurement au moment où mon frère me ramène mon café. Ce n’est pas comme si j’allais m’introduire en douce chez elle pour renifler ses petites culottes. Après tout, si elle ne veut vraiment pas me voir, je ne vais pas m’imposer. Cette fois, j’aurai compris le message et je me la sortirai de la tête.
Je sais que Sander me parle mais je ne l’écoute pas vraiment. Mon cerveau est tout entier tourné vers le défi qui l’attend. À nous deux, Blake O’Connor !
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