Les dieux du campus Tome 3 - Dante
46 - Blake
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Blake
Je ne parviens pas à arrêter mes tremblements. Les poings serrés, je tente de me contrôler pour ne pas cogner dans un mur. Ou dans quelqu’un. Mon bide est en vrac, et j’ai du mal à respirer. Est-ce que je suis en train d’être mise K.-O. par une crise de panique ? Non. Hors de question.
Le téléphone dans la main, j’essaie de reprendre mon souffle puis me dirige vers l’escalier de la cour et me laisse tomber dessus. J’observe le portail, comptant les secondes avant que Dante débarque. Savoir qu’il ne va pas tarder à me rejoindre m’aide à me calmer, mais je ne me sentirai pas bien tant qu’il ne sera pas là. Je n’arrive pas à croire que mes parents ont finalement mis leurs paroles à exécution.
Des pas se font entendre derrière moi, mais je ne me retourne pas. Je n’ai aucune envie de croiser le regard de qui que ce soit.
— Allons, ma puce, tu ne vas pas passer ta soirée assise ici, tu vas finir par geler.
Franchement, je m’en fous. La rage qui bout à l’intérieur de moi suffit amplement à me réchauffer. Je serre les dents face au ton de mon père, qui s’adresse à moi comme si j’étais une gamine capricieuse qui était allée bouder pour rien.
— Comment avez-vous pu me faire ça ? craché-je. Me vendre au plus offrant ?
Parce que c’est de ça dont il s’agit. Un mariage arrangé pour s’assurer que notre famille reste prospère et influente.
— Ne sois pas aussi bornée. Tu n’as même pas laissé une chance à Calvin. C’est un jeune garçon délicieux et gentil. Il te traitera bien.
Il est en train de parler de moi comme d’une marchandise, d’une petite chose fragile qui ne peut pas vivre autrement que sous la coupe d’un homme.
— Vous me dégoûtez.
— Blake… soupire-t-il.
Je ravale les larmes qui me montent aux yeux puis me redresse, soudain instable sur mes talons hauts. Je me tourne vers lui pour l’affronter.
— Tu peux retourner à l’intérieur et dire à ce très cher Calvin que je ne l’épouserai pas, c’est clair ?
Mon père secoue la tête.
— Très bien. Dans ce cas, je vais m’en charger, ragé-je.
Au moment où je le dépasse pour rentrer dans la maison, il me retient fermement par le poignet.
— Ne fais pas ça, Blake. Ne sois pas égoïste.
— Égoïste ? répété-je, ébahie.
Il se fout de moi ou quoi ?
— Nous t’avons tout donné. Nous t’avons offert une éducation, nous avons cédé à tous tes caprices. En échange, nous te demandons un petit sacrifice…
— Un petit sacrifice ? m’étranglé-je. Bordel, papa, tu t’entends parler ?
— Ne jure pas !
— Je fais ce que je veux, putain ! Vous êtes sur le point de foutre ma vie en l’air, et je devrais vous laisser faire sans réagir ?
— Tu es si dramatique. Et tu te trompes. Nous n’avons pas l’intention de gâcher ta vie. Au contraire. Je suis certain que si tu donnes une chance à Calvin, tu finiras par l’apprécier. C’est un homme adorable, vraiment.
Il continue comme s’il ne comprenait pas ce que j’essaie de lui dire. Ou peut-être qu’il ne veut pas comprendre.
— Je me fous qu’il soit un homme adorable ! Il est hors de question que je me marie ! Pas maintenant, et clairement pas avec un inconnu.
— Ce n’est pas ce qu’on te demande. On ne s’attend pas à ce que tu épouses Calvin dans l’instant. Il s’agit surtout d’une promesse, d’un engagement, le temps que tu termines tes études.
Un frisson de dégoût parcourt mes épaules.
— Oh ! Pardon, j’avais mal compris, je pensais que tu allais m’emmener à l’autel ce soir. Pardon, papa. Évidemment, si j’ai encore quelques années avant de me marier avec un type que vous avez choisi, tout va bien.
— Cesse ton ironie, tu veux.
— Alors, arrêtez vos conneries. Ni ce soir, ni dans un an, ni dans dix, je n’épouserai cet homme.
— Pourquoi es-tu aussi butée, ma puce ? Il est parfait pour toi !
— Parce que je ne l’aime pas ! explosé-je.
Mon père s’immobilise, puis un petit ricanement s’échappe de ses lèvres.
— L’amour… Quel grand mot. Tu apprendras à l’aimer, comme nous avons appris, ta mère et moi.
À cet instant, des pneus crissent dans l’allée, et une corvette rutilante déboule à toute vitesse. Je me sens enfin respirer à nouveau.
— Ça ne va pas être possible, papa, soufflé-je en observant Dante piler si fort que la voiture fait un soubresaut.
Un sourire étire mes lèvres sans que je parvienne à le contenir. Je ne sais même pas si mon père m’a entendue, focalisé qu’il est sur l’arrivée en fanfare de Dante. Quoique, c’est peut-être la bagnole de Sander qu’il scrute, les yeux grands ouverts. Il a toujours été fan de belles voitures. Moi, j’avise Dante éteindre le moteur et se précipiter vers nous.
— Monsieur O’Connor, le salue-t-il. J’ai cru comprendre que vous souhaitiez que votre fille se fiance.
Mon père me jette un coup d’œil, et moi, je commence à flipper en découvrant le sourire en coin de Dante.
— Oui, mais…
— Très bien. Alors, réglons ça une bonne fois pour toutes.
Sans plus de cérémonie, mon sauveur m’attrape par la main et m’entraîne à l’intérieur.
— Qu’est-ce que tu fabriques ? soufflé-je en le voyant prendre la direction de la salle à manger.
La conversation s’arrête lorsque ma mère et les Montgomery nous aperçoivent. La pièce est soudain plongée dans le silence.
— Bonsoir, joyeux Thanksgiving à tous ! s’exclame Dante d’une voix enjouée.
Personne ne répond, tout le monde semble focalisé sur ses doigts entrelacés aux miens.
— Nicholas ? appelle ma mère d’une voix anxieuse.
Mon père apparaît derrière nous, et je jette un coup d’œil à son visage blême.
— Qu’est-ce que ce jeune homme fabrique dans ma salle à manger ?
— En voilà une bonne question ! s’exclame Dante. Qui va rapidement trouver sa réponse.
Il est tellement jovial que je suis curieuse de savoir ce qu’il a en tête. Il ressemble à un gamin malicieux qui s’apprête à faire une connerie et s’en délecte d’avance. Et, avant que quiconque ait pu réagir, il s’agenouille devant moi. J’écarquille les yeux, me demandant quelle mouche a bien pu le piquer.
— Blake O’Connor… Je t’aime. Je t’aime et je ne te laisserai pas partir pour un type dégarni.
Des murmures outrés s’élèvent dans l’air tandis que je pouffe.
— Tu mérites bien mieux que ça. Tu mérites un homme qui t’aime pour tout ce que tu es. Pour ton caractère de guerrière, pour ta passion pour les livres et les activités bien trop dangereuses dans lesquelles tu essaies de m’embarquer. Qui aime réellement la femme merveilleuse que tu es, celle qui m’a soutenu alors que je pensais que j’allais sombrer. Qui t’aime pour ton humour, pour ta férocité, ta repartie.
Je ris doucement, les larmes me montant aux yeux. Parce que, malgré le ridicule de la situation, et même si je sais qu’il ne fait ça que pour contrer mes parents, j’ai conscience que chacun de ses mots est sincère.
— Et j’ai envie d’être cet homme-là. J’ai envie d’être un homme qui te mérite.
Il fouille alors dans la poche de son manteau et en sort une boule en plastique transparente qu’il ouvre pour récupérer… une bague.
Pardon ?
— Dante… haleté-je.
Il me sourit et tend le bijou vers moi. Il s’agit d’une babiole qu’on trouve dans les jeux pour enfants.
— Blake O’Connor, veux-tu m’épouser ? Même si c’est dans dix ans ou dans trente. On a tout le temps du monde, pas vrai ?
— Ça suffit ! tonne soudain ma mère, se levant d’un coup.
— Alice… souffle mon père.
— Comment est-ce que tu peux laisser faire ça, Nicholas ?
De mon côté, je scrute Dante, toujours à genoux, qui m’observe en attendant manifestement une réponse. Et je crois que mon sourire n’a jamais été aussi radieux que celui que j’affiche lorsque ses beaux yeux verts s’arriment au mien. Il connaît déjà ma réponse, qui n’en est pas vraiment une, tout comme sa question n’en était pas vraiment une.
— Oui, soufflé-je. Bien sûr que oui.
Dante saisit ma main et glisse la bague autour de mon doigt avant de se redresser. J’attrape son visage entre mes paumes et plaque ma bouche contre la sienne. Ses bras s’enroulent autour de ma taille pour me serrer tout contre lui.
— Merci, murmuré-je contre ses lèvres.
— Pour la bague, tu veux dire ? Je te promets que je ne me suis pas ruiné.
Je ris et me détache de lui pour pouvoir faire face à notre auditoire. Je prends une profonde inspiration.
— Maman, papa, je suis désolée que votre repas de Thanksgiving n’ait pas tourné comme vous le souhaitiez. Mais je ne présenterai mes excuses pour rien d’autre. Je me fous de faire un mariage qui pourra profiter à notre famille sur le plan financier, et tant pis si vous trouvez ça égoïste, tant pis si ça signifie arrêter de vivre à vos crochets.
— Tu commets une grosse erreur, Blake, gronde ma mère.
— Alice… l’interpelle mon père.
— Quoi ?
— Tais-toi.
Je suis soufflée par cette réplique, tout comme le reste de l’assemblée, ma mère la première. Elle lorgne son mari comme si elle ne le connaissait pas.
— Oh ! Mais attendez, reprend Dante, mes parents aussi sont blindés ! Je suppose que ça vous aidera à moins regretter. En plus, mes cheveux sont beaucoup plus beaux, et plus fournis…
Je fous un coup de coude dans son flanc. Mon père s’approche de nous, et je suis surprise lorsqu’il tend la main vers Dante. Ce dernier aussi semble sur les fesses. Pourtant, il n’hésite pas à la serrer.
— Je me doute que ce n’était qu’une mise en scène, mais même si vous ne lui passez jamais autre chose qu’une bague en plastique au doigt, j’espère que vous prendrez soin de ma fille.
— Vous pouvez compter sur moi, monsieur O’Connor.
— Je suis parfaitement capable de prendre soin de moi toute seule, ne puis-je m’empêcher d’ajouter.
Dante se tourne vers moi.
— Moi, je le sais. Tu es ma guerrière viking, après tout. Mais laisse-moi quand même prendre soin de toi comme tu l’as fait avec moi.
Comment ne pas l’aimer, après tout ça ?
*
* *
Avachie dans mon canapé, en train de croquer dans un hamburger bien trop gras, mais qui me permet de caler mon estomac affamé de n’avoir rien mangé, j’observe Dante qui discute au téléphone avec son frère.
— C’était épique, mec ! Tu aurais dû voir ça ! Je les ai sciés !
Je souris en le regardant aller et venir dans la pièce, s’arrêter devant la baie vitrée pour admirer les flocons qui se sont mis à tomber, le cœur soudain gonflé d’amour. Un amour que j’avais prévu de ne plus jamais ressentir pour qui que ce soit. Jusqu’à ce jour où Dante m’a percutée et a mis ma vie sens dessus dessous.
Je repense à notre première soirée, et à toutes celles qui ont suivi. À nos séances de cinéma, à nos randonnées, à nos discussions. À nos rires. Aux moments doux comme aux plus compliqués. J’ai du mal à prendre conscience de tout ce que nous avons traversé ensemble en si peu de temps. Ainsi que la facilité avec laquelle mes sentiments pour lui ont grandi au fil des jours. Notre amitié s’est transformée en quelque chose de plus intime, de plus passionné, de plus profond.
— À quoi tu penses ? demande Dante en s’asseyant à mes côtés.
Je ne m’étais même pas rendu compte qu’il avait fini sa conversation. Mon regard se pose sur la bague en plastique qui orne encore mon doigt. Je n’ai pas eu le cœur de l’enlever. Ce n’est qu’une babiole, mais qui représente beaucoup pour moi. Ma liberté. Une liberté que Dante m’a offerte. Nous savons tous les deux qu’il n’est pas question de mariage. Nous n’avons aucune idée de combien de temps notre histoire durera, même si je prie pour que ce soit le plus longtemps possible. Et nous n’avons pas besoin de nous unir pour nous aimer.
Il suit mon regard, attrape ma main et la porte à ses lèvres, embrassant mes articulations.
— C’est le dollar que j’ai le mieux dépensé de toute ma vie, déclare-t-il avec un sourire.
Je ris et me redresse pour coller un baiser sur sa bouche.
— T’es vraiment taré, bordel !
— C’est vrai, mais c’est pour ça que tu m’aimes, réplique-t-il avec un clin d’œil.
Mon cœur se serre soudain, et je verrouille mon regard au sien.
— C’est vrai. Je t’aime, Dante Campbell.
Je l’aime et je n’ai plus peur de le lui avouer, à présent.
— Tu sais que c’est la première fois que tu me le dis ? me questionne-t-il en effleurant ma joue.
— Mais je le pense depuis longtemps. C’est simplement que… j’ai préféré l’ignorer autant que je le pouvais.
— Pourquoi ?
Je me rends compte que je n’ai jamais parlé de Devon à Dante. Pas parce que c’est un secret, loin de là, mais parce que je n’avais pas envie que ce souvenir vienne entacher la beauté de ma relation avec lui. Sans compter que je ne voulais pas accorder d’importance à un mec qui ne m’en a jamais donné.
Je hausse les épaules.
— Chat échaudé craint l’eau froide, répliqué-je.
— Mais encore ?
— Au lycée, je suis tombée amoureuse d’un type. Devon. On a vécu une histoire passionnelle. J’ai cru qu’il était l’homme de ma vie et que j’étais la femme de la sienne. Il avait un an de plus que moi, et je suis restée au lycée quand il est parti à l’université… Il m’a vite oubliée.
Il y a encore quelques mois, j’aurais ressenti de l’amertume à ce sujet. Je suis surprise de constater que ce n’est plus le cas maintenant.
— Il m’a brisé le cœur et ne s’en est même pas rendu compte. Bref, voilà, histoire typique, tu sais ce que c’est.
— Non, je ne sais pas, Blake. Parce que je ne suis jamais tombé amoureux de personne… jusqu’à toi.
Je déglutis sous l’intensité de son regard, de ses mots. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter un homme tel que lui ? Aucune idée, mais je ne compte pas m’en plaindre.
Sa bouche se pose sur la mienne.
— Et j’espère ne jamais découvrir ce que ça fait d’avoir le cœur brisé.
— Je suis certaine qu’on fera tout notre possible pour que ça n’arrive pas, réponds-je avec assurance.
S’il y a bien une chose dont je suis convaincue, c’est que s’il le faut, je me battrai pour ce que nous avons. Je sais que tout ne sera pas rose tous les jours, que, comme tous les couples, nous aurons notre lot de disputes, de désaccords, de cris et de portes qui claquent. Mais honnêtement, j’ai envie de découvrir tout ça avec lui.
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