Les dieux du campus Tome 3 - Dante

F.V. Estyer · Chapitre 38 sur 47

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Les dieux du campus Tome 3 - Dante

38 - Blake

38

 

 

Blake

 

Nos lèvres soudées, je me perds dans ce baiser avec Dante, dans ses bras qui m’emprisonnent avec force. Je passe ma main dans ses cheveux et approfondis notre étreinte. Mon cœur bat vite, trop vite, poussé par ce besoin que j’ai de lui. Ce besoin de le voir aller mieux.

Je finis par me détacher de lui, observe ses yeux rougis, la tristesse abyssale qui en émane, et mon estomac se serre.

— C’est ma faute, murmuré-je.

Lorsque j’ai trouvé les deux frères dans cette chambre en train de se blesser mutuellement par la dureté de leurs paroles, mon premier réflexe a été de m’enfuir. De refuser de faire face à cette responsabilité. Parce que je me suis rendu compte que tout ça est arrivé à cause de moi.

— Qu’est-ce que tu racontes ? demande-t-il d’une voix surprise, calant une mèche de mes cheveux derrière mon oreille.

— C’est moi qui t’ai poussé à te soigner. Putain, Dante, je t’ai même filé des médocs.

La culpabilité m’étreint avec tellement de force que j’ai du mal à respirer. Je me détache de lui, m’apprête à reculer, mais il m’attire pour plaquer une nouvelle fois sa bouche contre la sienne.

— Tu ne pouvais pas savoir, Blake. Le seul à blâmer, c’est moi.

J’ai conscience qu’il n’a pas tout à fait tort. Je ne pouvais pas deviner son passé. Malgré tout, je n’arrête pas de songer à mon insistance, à la manière dont je l’ai poussé pour qu’il prenne ces foutus médocs. J’ai précipité sa chute. Lorsqu’il a refusé, j’ai cru qu’il voulait simplement minimiser sa douleur, alors qu’il craignait de replonger.

— Pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? demandé-je d’une petite voix.

Il pose son front contre le mien.

— Parce que j’avais honte. J’avais peur, aussi. J’ai toujours honte. J’ai toujours peur. Putain, Blake, je suis terrifié.

Je comprends ce besoin de se protéger, de taire ses démons plutôt que de me les dévoiler. Mais j’aurais aimé qu’il le fasse. Peut-être que si ça avait été le cas, nous n’en serions pas là. Peut-être qu’il aurait résisté.

— Je ne veux pas redevenir un junkie, murmure-t-il d’une voix brisée.

Ses mots me font si mal que je tressaille, avec l’impression d’avoir reçu un uppercut en pleine mâchoire. Aucun des coups qui m’ont été assénés n’a jamais été aussi douloureux que ça.

Je serre Dante fort contre moi pour lui montrer que je suis là, que je ne le lâcherai pas.

— Ça n’arrivera pas, c’est promis. J’y veillerai personnellement.

C’est sûrement un vœu pieux, mais je veux qu’il comprenne que je suis sérieuse, je me tiendrai à ses côtés pour l’aider à combattre sa dépendance. Je ne le laisserai pas seul dans cette galère.

— Je suis déjà en train de regretter d’avoir tout balancé, souffle-t-il. Tu sais à quoi je pense, là, tout de suite ?

Oui. Je m’en doute. Mais je crois qu’il doit le dire à haute voix, pour se rendre compte que c’est la dernière chose à faire.

— À quoi ?

— Appeler ce putain de médecin pour qu’il me file une nouvelle ordonnance. Et pouvoir me procurer du Percocet. Pas seulement pour combattre ma douleur, mais pour retrouver les sensations de bien-être que j’éprouve quand j’en prends. Pour oublier ce que je ressens, pour ne plus penser aux paroles de mon frère, à son regard dégoûté, à…

Il s’étrangle presque et renifle.

— On va gérer, Dante. Tous les deux. Tous ensemble, même. Je suis certain qu’aucun de tes potes ne te laissera tomber.

— C’est pourtant déjà le cas du type que j’aime le plus au monde. Je suis un déchet, Blake. Comment peux-tu rester ici avec moi ? Comment est-ce que tu peux supporter ça ?

Je lève la tête pour ancrer mon regard au sien. Je veux être certaine qu’il se concentre sur ce que je vais lui dire.

— Parce que je tiens à toi. Je tiens à toi comme je ne pensais plus jamais tenir à quelqu’un. Parce qu’il est hors de question que je te tienne rigueur de tes erreurs. Des erreurs, tout le monde en fait. C’est comme ça qu’on apprend.

Je pense chacun de ces mots. Dante est entré dans ma vie un beau jour d’été et il n’en est jamais ressorti. À présent, ça me tuerait s’il décidait de ne plus en faire partie.

— Mais moi, je n’ai pas appris. La preuve.

J’emprisonne son visage entre mes mains.

— Regarde-moi, Dante. Regarde-moi bien. Tu t’es laissé entraîner par ta crainte de ne plus pouvoir exercer un sport que tu aimes. Et je comprends. Dans la même situation, j’aurais sûrement agi pareil. Tu veux t’en sortir ? Je suis là. Je ne te lâche pas. Je ne dis pas que ça sera facile, je ne dis pas que ça se fera en un claquement de doigts, mais peu importe, tu peux compter sur moi. Tu peux compter sur nous tous. Sander le premier.

Dante ricane et secoue la tête.

— Il ne me pardonnera pas. Pas cette fois. Pas après tout ce que je lui ai balancé.

— Tu te trompes, assuré-je.

Parce que j’en suis persuadée : oui, leurs mots ont été durs, blessants, mais pas irréversibles. La peur peut nous faire dire des choses que l’on regrette, et je suis certaine que Sander regrette déjà.

Dante serre la mâchoire puis se détache doucement de moi.

— Je dois faire mes valises, déclare-t-il, se dirigeant déjà hors de la salle de bains.

Je le suis jusque dans sa chambre, l’observe prendre un sac dans son placard.

— Tu es sûr ? Je suis certaine que Sander ne pensait pas ce qu’il disait, qu’il…

— Oh si ! Il en pensait chaque mot. Chaque putain de mot qui est sorti de sa bouche était le parfait reflet de ce qu’il ressentait.

— Il est en colère, Dante, et il flippe pour toi.

— Tu le défends ? crache-t-il.

— Je ne défends personne. Je crois juste que les choses ont dégénéré.

Il ricane et embrasse sa chambre du regard. On a l’impression qu’un ouragan est passé par là. La chaise est pétée, il y a un trou dans la cloison, le bureau est retourné, des papiers épars jonchent le sol, des débris provenant d’une tasse blanche sont éparpillés sur le parquet.

— Ouais, sacré euphémisme, ricane Dante avant de commencer à empiler des fringues au hasard dans son sac.

Je me dirige vers lui, récupère le tee-shirt qu’il tient dans ses mains, son poing refermé sur le tissu désormais froissé, puis l’attire à ma suite pour l’obliger à s’asseoir sur le lit. Il pousse un soupir à fendre l’âme. Pour l’apaiser, je pose ma paume sur sa joue et la caresse doucement. Des larmes brillent toujours dans ses yeux. Je voudrais pouvoir retourner des semaines en arrière. Lors de cette soirée où je l’ai incité à avaler ces cachets, provoquant ce foutu effet papillon qui nous a menés ici. À observer deux frères se déchirer.

— Pourquoi tu n’essaies pas d’arranger les choses ? le questionné-je.

— Parce que c’est impossible quand il est dans cet état. Et vu ce que je lui ai balancé dans la tronche, pas certain qu’il se calme avant un moment.

Tu m’étonnes. Les mots ont été durs, vraiment. Et les observer s’engueuler comme ils l’ont fait, c’était… douloureux. Même Jeremiah semblait sur le point de craquer.

— Ça me tue de lui avoir déclenché une nouvelle crise alors qu’il allait tellement mieux, putain !

Il se redresse d’un coup, tirant sur ses cheveux avec force. Il paraît totalement désemparé, et je ne sais plus quoi faire pour le calmer.

Soudain, un léger coup se fait entendre sur la porte, et Dante me jette un regard paniqué. Je me lève pour aller ouvrir puis découvre Chase, Leander et Knox sur le seuil. Ce dernier se dirige directement vers son ami, lui agrippe les épaules et le plaque contre le mur.

— Écoute-moi bien, tu vas arrêter tes conneries. Tu vas te sevrer et tu vas arrêter de jouer au con, c’est clair ? rugit-il.

Toute la pièce devient silencieuse. Chase et Leander se jettent des coups d’œil, surpris. Même Dante a l’air décontenancé.

— Bah merde, souffle Leander.

— On dirait Bruce Banner quand il se transforme en Hulk, ajoute Chase.

— T’es obligé de me secouer comme un prunier pour me dire ça ? gronde Dante.

— Oui. Putain, oui ! Je veux être certain que ça rentre dans ta petite tête d’abruti !

Les mecs ricanent sous cape, et moi, je reste là, à observer Knox raisonner Dante, d’une manière peu conventionnelle, certes, mais qu’importe.

Dante cherche à se dégager, mais Knox le tient fermement et ne fait pas mine de le relâcher.

— Alors ? insiste-t-il.

— Alors quoi ?

— Est-ce que je peux compter sur toi pour arrêter tes conneries ?

— Je… je ne sais pas.

— Si. Tu sais. Tu sais, putain ! Alors, reprends-toi ! T’es pas tout seul, mon pote. On est tous là. On est là pour toi. Et t’as pas intérêt à l’oublier.

— Il a raison, confirme Leander en s’approchant à son tour. On ne te laissera pas te bousiller.

— On sera toujours dispo pour te botter le cul si jamais tu déconnes, ajoute Chase.

Moi, je les contemple, bouche bée. Je regarde ces trois types qui veulent faire front ensemble, mettre en place tout ce qui est en leur pouvoir pour aider leur ami. Un sourire naît sur mes lèvres, et lorsqu’ils s’enlacent dans un câlin collectif qui me laisse abasourdie, mon cœur gonfle de fierté. D’envie, aussi. Mais surtout, d’espoir. Avec un entourage aussi soudé que celui-ci, je suis certaine que Dante arrivera à se sortir de cette spirale avant qu’elle n’ait une chance de l’avaler.

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