Les dieux du campus Tome 3 - Dante
42 - Blake
42
Blake
Allongée sur mon canapé, Dante caressant mes jambes tandis que nous sommes en train de mater une série, je me sens bien. Ces dernières semaines ont été chaotiques, certes, mais bizarrement, je ne les échangerais pour rien au monde. Ou presque. Évidemment, j’aurais préféré que Dante n’ait pas à traverser cette épreuve douloureuse. J’aurais aimé ne jamais être témoin de son regard hanté, de son impuissance et de son désespoir. Mais durant cette période sombre, nous avons tout de même réussi à trouver une étincelle de lumière. Je me sens plus proche de lui que je ne l’ai jamais été de personne avant, même de Valentin.
— Pourquoi est-ce que tu souris ? demande soudain Dante, qui m’observe avec curiosité.
Je bois une gorgée de mon verre de vin blanc avant de le poser sur la table basse.
— Je pensais à un ami à moi. J’aimerais beaucoup que tu le rencontres, un jour.
— Un ami, hein ? interroge-t-il avec une grimace.
— Ouais. Et ne fais pas cette tête. Tu peux remballer ta jalousie mal placée. Premièrement, avec Val, on se connaît depuis qu’on est gamins, c’est presque un frère pour moi. Deuxièmement, on ne se voit généralement qu’une fois par an parce qu’il est Français…
Il affiche une nouvelle grimace.
— Quoi ?
— Tout le monde sait que l’accent français est irrésistible.
— C’est vrai, gloussé-je.
Et il m’assène une petite tape sur le mollet.
— Troisièmement, il est gay.
— Enfin une info rassurante, s’esclaffe Dante. D’ailleurs, en parlant d’homosexualité, est-ce qu’un jour j’aurai le droit aux détails croustillants concernant certaines de tes conquêtes ? s’enquiert-il avec un clin d’œil.
Je lui jette un regard noir, faussement agacée.
— Chaque femme doit avoir son jardin secret.
Je sais que c’est quelque chose qui l’intrigue. Ou plutôt, qui le fait fantasmer. Et j’adore jouer avec ses nerfs à ce sujet.
Dante sourit, ôte mes mollets de ses genoux puis se déplace pour recouvrir mon corps du sien. Sa bouche se pose sur la mienne dans un baiser empli de tendresse tandis que sa main s’égare sous mon débardeur. J’agrippe ses cheveux et approfondis notre étreinte, passant mes jambes autour de sa taille. Depuis l’autre soir, notre faim de l’autre semble dévorante et insatiable. Chacune de ses caresses m’embrase, chacun de ses coups de reins m’enflamme.
Dante s’est fait un devoir de tester chaque pièce de l’appartement, et j’ai accepté de bon cœur. Pas uniquement parce que coucher avec lui est toujours aussi intense, mais également parce que je crois que ça l’aide à guérir. Pendant qu’il pense à nous faire du bien, il oublie le reste. Il oublie son manque, moins oppressant à chaque jour qui passe. Il oublie la douleur de sa dispute avec Sander. Il oublie combien il peut finir en vrac après ses séances au sein des AA. Dans ces moments-là, plus rien n’existe que nous, nos corps fusionnant.
Et alors que je l’aide à se battre, à guérir, à chaque soirée que nous passons tous les deux, mes sentiments deviennent plus forts. Étrangement, je ne suis plus aussi terrifiée qu’avant par ce constat. Moi qui tenais tant à ma solitude, à mon espace, je me rends compte que c’est carrément agréable de le partager avec Dante. Cohabiter avec quelqu’un au quotidien n’est pas évident, surtout lorsqu’on aime férocement son indépendance, pourtant, depuis qu’il est venu s’installer provisoirement chez moi, j’ai eu envie qu’il se sente tout autant chez lui que moi. Et je suis ravie de remarquer que c’est le cas.
Ses lèvres contre mon ventre, sa main qui s’insinue sous mon short m’incite à me cambrer contre lui. J’enfonce mes ongles dans son dos puissant, impatiente qu’il me touche. Mais comme souvent, il prend son temps, me torturant délicieusement. Parfois, je déteste vraiment Dante Campbell.
Le bruit de l’interphone nous fait tous les deux sursauter. Il redresse la tête, et son regard surpris croise le mien.
— Tu attends quelqu’un ?
Je lui fais signe que non.
— On s’en fout. Continue, intimé-je en enfonçant son visage contre mon ventre.
Son gloussement vibre sur ma peau, provoquant des chatouillements. Mais l’interphone vient de nouveau gâcher ce moment. Je pousse un soupir et me lève pour aller décrocher.
— Mademoiselle Blake ? Un certain Sander est ici. Je peux le faire monter ?
Je cesse de respirer en entendant ce prénom. Merde. Je n’ose pas me tourner vers Dante, encore moins lui annoncer que son frère est là. Prenant une profonde inspiration, je réponds :
— Oui, allez-y. Merci, Peter.
Je raccroche et reste devant la porte, le dos tourné à Dante. Évidemment, ne pas le regarder ne l’empêche pas de m’interroger.
— C’est qui ?
Je me pince les lèvres puis consens à me retourner.
— Ton frère.
Ses yeux s’écarquillent, et l’espace d’un instant, je me demande s’il va refuser de le voir. Mais rapidement, je me souviens qu’il n’attend qu’une chose : pouvoir se réconcilier avec ce frère qu’il aime tant. Tout comme je sais que, ce soir, nous devions assister à la fête d’Halloween organisée par les mecs de la coloc et que, même s’il m’en a parlé sur le ton de la rigolade, ça le tuait de ne pas s’y rendre. Ses potes ont insisté, mais la crainte de tomber nez à nez avec son jumeau était plus forte. Eh bien, je suppose qu’il est temps pour Dante d’arrêter de reculer pour mieux sauter.
Sauf que, pour l’instant, il ne saute pas. Au contraire, il reste prostré sur mon canapé, scrutant la porte que je finis par ouvrir. Après quelques secondes, l’ascenseur tinte et laisse apparaître Sander. Il tient un sac de voyage qu’il fait tomber sur le seuil avant de me saluer d’un sourire timide. Je le serre brièvement contre moi, lui murmurant un « merci d’être là » au creux de l’oreille.
Lorsque je le relâche et me pousse pour lui permettre d’entrer, je découvre Dante, debout, les pieds ancrés dans le sol, comme s’il s’attendait à livrer une bagarre. J’espère qu’ils n’en arriveront pas là, qu’ils sauront enfin régler leurs différends et se parler comme deux adultes. Comme deux frères qui s’aiment et qui veulent se retrouver. Mais pour l’instant, ils se contentent de se toiser en silence, s’affrontant du regard. Je me glisse sur le côté, entre eux, prête à intervenir s’ils finissent par s’en prendre l’un à l’autre, ou à mon mobilier.
Je sais que Dante n’espère rien d’autre que de se réconcilier avec son « petit » frère, que Sander lui manque atrocement et qu’il culpabilise. Je crois qu’il est sur le point de le lui dire, mais son jumeau ne lui en laisse pas le temps.
— J’ai merdé, souffle ce dernier.
— Qu… quoi ? bafouille Dante, qui ne s’attendait clairement pas à ça.
— J’ai merdé. J’ai dépassé les bornes en violant ton intimité, en voulant absolument découvrir ce qui n’allait pas chez toi.
Sander se passe une main dans les cheveux et reprend :
— En trouvant ces médocs… j’ai tellement flippé que j’ai pété un plomb. Et je t’en ai voulu, putain. Je t’en ai voulu de m’avoir menti. De ne pas être venu m’en parler… J’aurais pu… J’aurais pu t’aider. Mais tu sais le pire, dans tout ça ?
Dante secoue la tête, déglutissant bruyamment.
— C’est que si je t’ai balancé ces horreurs à la gueule, c’était pour refouler à quel point celui à qui j’en voulais le plus, c’était moi…
À ces mots, Dante avance d’un pas, mais Sander tend le bras devant lui pour l’arrêter. J’imagine qu’il a besoin de vider son sac avant de ne plus en être capable.
Je devrais peut-être partir, les laisser tous les deux, mais je n’ose pas bouger une oreille de peur de rompre la solennité de l’instant.
— Tu as toujours été là. Tu m’as aidé à gérer mon TEI, tu m’as soutenu quand Parker… Tu sais… souffle-t-il, son visage affichant un puits sans fond de douleur. Tu es resté à mon chevet quand j’ai fini à l’hosto à cause de ces connards. Tu as agi comme un frère à chaque étape de ma vie. Parfois, je me dis que si tu n’avais pas été là, peut-être que je ne ferais plus partie de ce monde puis longtemps.
— Sander… souffle Dante tandis que ses yeux brillent, parfait reflet des miens qui se remplissent d’humidité.
Cette confession me tord le bide comme jamais.
— Et moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour te remercier ? Je t’ai renié. Je t’ai sorti de ma vie, parce que je ne supportais pas de te voir dans cet état.
— Ce n’est pas…
— J’aurais dû être là, putain ! le coupe Sander. J’aurais dû te soutenir, rester à tes côtés, au lieu de te rejeter. J’aurais dû te prendre dans mes bras et te promettre que tout irait bien, comme tu l’as fait des milliers de fois pour moi. Je suis tellement, tellement désolé…
— Petit frère… lâche Dante, avançant d’un pas supplémentaire.
— Ce soir… reprend Sander avant de renfiler, ce soir, alors que je suis rentré à la baraque, que j’ai vu les décorations d’Halloween, que je me suis souvenu que tu ne serais pas là pour qu’on passe ensemble notre soirée préférée de l’année…
Sa voix se brise. Il se tait, cligne des yeux, des gouttes perlant le long de ses cils.
— Ça m’a tué. Ça m’a tué, putain. Je suis désolé d’avoir été aussi con, désolé de ne pas être le frère que tu mérites d’avoir, mais je…
Cette fois-ci, ce n’est pas l’émotion qui l’empêche de parler mais le grand corps de Dante qui percute le sien, si brutalement que Sander vacille. Ils se serrent dans les bras de toutes leurs forces pendant un instant qui semble durer une magnifique éternité.
— Je t’aime, petit frère. Et moi aussi, je suis désolé d’avoir merdé, murmure Dante.
— Rentre à la maison, s’il te plaît.
Même si une vague de déception m’envahit en entendant ces mots, en sachant que notre interlude ensemble, à Dante et moi, est terminé, elle ne surpasse en rien la fierté de voir ces deux hommes recouvrer la raison et se donner une nouvelle chance.
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