Les dieux du campus Tome 3 - Dante

F.V. Estyer · Chapitre 13 sur 47

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Les dieux du campus Tome 3 - Dante

13 - Dante

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Dante

 

Assis sur le siège passager de la voiture de Blake, je la guide dans Saint-Louis. Elle suit mes instructions à la lettre, même si je vois très bien les coups d’œil suspicieux qu’elle me jette, pas aussi discrètement qu’elle le pense.

— Tu ne m’emmènes pas dans une allée sombre pour me zigouiller, quand même ? Ça serait un comble.

Je me tourne vers elle quand elle s’arrête à un feu.

— Je te signale que tu as réussi à m’étaler sans effort il y a quelques jours. Je crois que tu n’as pas grand-chose à craindre de moi.

Elle ricane face à ma logique imparable.— Et sinon, qu’est-ce qui serait un comble ? la questionné-je.

— Que je me sois trompée sur toi à ce point.

Un sourire étire mes lèvres, du genre impossible à cacher.

— Tu m’aimes bien, en fait.

— Je te supporte, Dante. Ne t’emballe pas trop non plus.

— La prochaine à gauche, ordonné-je.

Elle s’exécute, et je la laisse rouler un instant avant d’ajouter :

— Si tu ne m’appréciais pas ne serait-ce qu’un petit peu, tu ne m’aurais jamais invité ce soir et tu n’aurais jamais accepté de boire un verre avec moi.

— J’avais soif, s’entête-t-elle en haussant les épaules.

Je frémis en voyant un nouvel hématome s’étaler jusqu’à son omoplate.

— Ce n’est pas trop douloureux ? demandé-je en me retenant de passer mes doigts sur sa chair meurtrie.

Elle me dévisage une seconde puis suit la direction de mon regard.

— Ça dépend. Ce soir, ce n’est rien du tout, j’ai déjà été beaucoup plus amochée que ça. Je me fais toujours masser le lendemain.

— Et sur le moment ? Il n’y a rien à faire ?

Ce n’est pas que je sois complètement ignorant en matière d’impact du sport sur le corps. Au contraire, le cheerleading est une discipline où les blessures sont fréquentes et peuvent s’avérer dramatiques. Mais ce soir, à chaque coup porté par son adversaire, j’ai frémi pour Blake. Dans ma pratique, si je me blesse, c’est souvent ma faute. Une mauvaise réception, un mauvais appui, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Pour Blake, ses hématomes et ses bleus résultent de la violence des coups qu’elle a reçus pendant ce combat. Je n’avais jamais rien vu de pareil. Du moins, pas en direct. Et j’ai adoré chaque seconde.

— Comment tu es venu, au fait ? me questionne-t-elle après un long silence.

— En Uber.

— Tu as une voiture, non ?

— Je l’ai prêtée à mon frère.

— Pourtant, Sander en a une aussi. Ça, j’en suis sûre, je l’ai déjà vue sur le parking de l’association.

— Il était invité à une soirée dans une fraternité. Et il n’emmène jamais sa caisse là où quelqu’un pourrait vomir dessus, la rayer ou même ne serait-ce que la toucher.

— Je vois. J’imagine qu’il ne te la prête pas non plus.

— Jamais. Mais je m’en fous. Elle est trop m’as-tu-vu pour moi.

Je lui indique de tourner encore une fois à droite. Nous ne sommes plus très loin.

— Et tu n’étais pas invité, toi, à cette soirée ?

— Si.

Elle se tait, se rendant sans doute compte que j’ai préféré répondre à sa convocation mystérieuse plutôt que de me rendre à une fête où je connais tout le monde, en compagnie de mes potes. Je les vois suffisamment comme ça, mais heureusement que son grand secret n’était pas de faire partie d’un club de crochet. Ou de scrabble.

— Voilà, c’est là. Tu peux te garer par ici s’il y a de la place.

Elle continue sur quelques dizaines de mètres et finit par trouver un emplacement.

Une fois sa manœuvre faite, elle regarde autour d’elle, tourne la tête à droite et à gauche. Je souris intérieurement, sachant très bien ce qu’elle est en train de se dire. Dans la rue, il n’y a que quelques banques, des immeubles de bureaux et un cordonnier. Blake vient de le remarquer et fronce les sourcils en essayant encore de deviner où je peux bien l’emmener.

— Dante, je ne veux pas jouer les rabat-joie, mais je pense que l’endroit où tu voulais aller n’existe plus.

Je descends de la voiture, et elle m’imite avant de me rejoindre sur le trottoir.

— Tu me fais confiance ? la questionné-je en lui tendant la main.

Elle réfléchit un moment avant de hocher timidement la tête. Elle pose sa paume dans la mienne, et je dois vraiment me retenir pour ne pas entrelacer mes doigts aux siens. Pour l’instant, elle n’a pas l’air de désirer davantage qu’une relation platonique. Et si je souhaite continuer à la fréquenter, je vais devoir m’en contenter.

Je la guide, et nous traversons la rue. Je dépasse une banque, un building et finis par m’arrêter devant le cordonnier.

— Tu as besoin de faire réparer tes chaussures ? me questionne-t-elle, incrédule.

Je me retourne vers elle et plonge mon regard dans le sien.

— Je t’ai demandé de me faire confiance, non ?

Elle soupire et finit par faire semblant de zipper sa bouche. Le geste me fait sourire alors que je l’entraîne à ma suite.

Je pousse la porte de la petite boutique qui sent le cuir et le cirage et continue d’avancer jusqu’au fond. Un rayon rempli de vieilles chaussures vintage des années vingt se tient devant nous. J’appuie sur un bouton caché sur le côté.

Après quelques secondes d’attente, l’étagère pivote sous le regard ébahi de Blake. Aussitôt, le propriétaire des lieux apparaît devant nous, tout sourire.

— Hé ! Dante, ça faisait longtemps !

— J’ai été absent une grande partie de l’été, Don, c’est pour ça. Voici Blake, une amie.

— Enchanté, mademoiselle. Les amies de Dante sont toujours les bienvenues au Eva’s Club.

Les yeux ronds comme des soucoupes, Blake me suit sans hésitation quand je l’attire derrière moi dans l’étroit escalier qui descend jusqu’au bar clandestin. Le propriétaire des lieux nous guide vers une petite table dans un coin, et je me réjouis de constater qu’un groupe de jazz est déjà sur la scène.

— Comme d’habitude ? me demande Don.

Je hoche la tête, et il se tourne vers Blake, qui grimace.

— Je ne devrais peut-être pas boire ce soir, ce n’est pas recommandé pour récupérer, mais… pour une fois, ça ne va pas me tuer. Je vais prendre un Old fashioned.

— Ajoute une grande carafe d’eau, Don, demandé-je en faisant un clin d’œil à Blake. Comme ça, tu pourras bien t’hydrater.

Elle hoche la tête, son regard naviguant entre tous les détails qui constituent le décor de ce lieu unique.

— Comment tu connais cet endroit ?

— Don a un fils qui fait du cheerleading dans le même club que moi, et à Saint-Charles. On a tout de suite sympathisé, et il m’a donné les indications pour venir. Ici, on ne te demandera jamais ta carte d’identité.

— Ça a l’air si… authentique.

— C’est le cas. Le speakeasy a été ouvert pendant la prohibition et n’a jamais fermé depuis. Il a changé de propriétaire au fil du temps, mais chacun d’eux s’est donné du mal pour conserver l’endroit presque dans son état originel.

Elle ouvre la bouche mais se tait quand Don arrive avec nos verres. Nous le remercions, et je lève ma boisson dans sa direction pour trinquer avec elle. Son sourire est brillant, ses yeux étincellent. Je ne regrette pas d’avoir choisi de venir ici.

Nous parlons de la fac et des cours pendant de longues minutes. La conversation entre nous est fluide, et même si j’aimerais lui poser d’autres questions — des questions plus personnelles —, je ne veux pas non plus paraître trop intrusif, alors je reste sur la retenue.

— Tu as l’air super proche de ton frère, non ? me demande-t-elle soudainement.

Je hoche la tête, ne sachant pas trop où elle souhaite en venir.

— On est jumeaux, ça aide. Mais oui, on a toujours été proches. À certains moments plus qu’à d’autres. Ça n’a pas été évident quand on était ados…

Je m’arrête avant d’en dire plus. Je ne sais pas pourquoi j’ai évoqué ça, même si c’est la réalité.

— Quelle différence entre maintenant et quand vous étiez plus jeunes ?

Je n’ose pas lui expliquer. Sander n’en fait pas vraiment un secret, mais Blake travaille avec lui à la fondation, et je ne suis pas certain qu’il aimerait qu’elle soit dans la confidence. J’opte donc pour une semi-vérité.

— Disons juste que Sander n’a pas créé cette association sans savoir de quoi il parlait.

Elle me scrute comme si elle essayait de comprendre le message caché derrière mes paroles. Et je suis sûr qu’elle y parviendra. Elle est intelligente. Je décide de changer de sujet pour dévier son attention.

— Dimanche dans deux semaines, j’ai une grosse rencontre amicale avec Saint-Louis Athletic Cheer. Tu m’as fait découvrir ta passion ce soir, à mon tour de te prouver que d’être cheerleader, ce n’est pas seulement agiter des pompons.

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