Magie et Héritage ( trilogie terminée ): Tome 3 : Prophétie sacrée (French Edition)
Chapitre 9
– E t qu’est-ce que c’est censé signifier exactement ? La femme aux cheveux poivre et sel était de nouveau
intervenue.
— Je vous en dirai plus très bientôt. Tous les petits engrenages ne sont
pas encore en place, mais je vous demande juste un peu de patience encore.
J’ai aussi fait appel au petit-fils de Hilde, en qui j’ai toute confiance. Il va
aider à l’installation en réseau d’un poste central informatique sécurisé au
manoir.
— Et en langage commun ? questionna une sorcière entre deux âges.
— Nous allons nous équiper d’un système d’écrans. Toutes les
sorcières, même les solitaires ou celles en territoire reculé, pourront y avoir
accès dans la mesure de leur connexion à l’Internet. Toutes auront ainsi
accès à l’information, mais aussi à moi-même.
— Elles pourront vous parler en direct ? s’étonna Mirabella.
Lou hocha la tête pour confirmer.
— Quiconque aura la possibilité de porter à ma connaissance sa
requête individuelle. Bien sûr, pas n’importe quand et c’est pour cela que
Neila gérera cette partie importante de mon emploi du temps. Je ne prends
pas ma charge de Grande Vénérable à la légère, mesdames. Je vous le
promets.
— Et qui va payer pour tout cela ? s’offusqua une sorcière. Nous allons
encore…
— Tous les frais seront à la charge des Lacroix. Sans exception, se
crut-elle obligée de préciser quand elle vit une sorcière du fond prête à
intervenir.
Elle soupira sans retenue. Ce n’était pas très poli pour ses sœurs, mais
cela avait pour mérite de montrer sa lassitude. Il y avait encore tellement de combats à mener, là dehors…
— Écoutez… Je sais qu’il est dur de me faire confiance. J’ai tout l’air
d’une réformatrice sans cervelle qui agit selon son bon vouloir. Mais j’y ai
longuement réfléchi. Il y a malheureusement peu de solutions viables pour
faire fléchir les Conti et leurs acolytes. Il faut les prendre par surprise.
Comment pourraient-ils imaginer que notre Communauté, peu encline aux
changements depuis des millénaires, réforme en quelques mois tout son
fonctionnement ? Croyez-moi, mes sœurs, cette situation est éprouvante,
mais nécessaire. Ce que je peux vous promettre et je le redirai devant
toutes, c’est que ces dispositions d’aujourd’hui seront de nouveau discutées
à la fin de l’état de guerre.
— Nous voulons plus qu’une promesse, Grande Vénérable. Nous
voulons l’assurance écrite que cela sera le cas.
— Vous l’aurez, déclara Lou, vibrante de persuasion.
Ces trois mots parurent les convaincre, car, finalement, toutes
hochèrent la tête.
— Merci.
Si certaines parurent surprises de son remerciement, d’autres la
jaugèrent du regard sans rien laisser paraître de leurs pensées. Elles se
méfiaient. Lou ne pouvait absolument pas leur en vouloir. Elle venait à son
échelle de balayer toutes leurs règles d’un revers de main.
— Je vous laisse repartir chez vous, quand vous le jugerez opportun.
Nous verrons avec nos techniciens quand la prochaine visio-conférence
sécurisée pourra avoir lieu. Il faut absolument que tout ceci reste
confidentiel pour éviter que les hackers ne percent nos défenses et nos
secrets. Pour celles qui le souhaitent et qui n’ont pas d’impératif, vous
pouvez tout aussi bien rester ici. Ma maison est votre maison. Nous
poursuivrons les réunions ici dans le sanctuaire ou dans le bureau de… dans
mon bureau en fonction de notre nombre. Il nous reste un dernier point très
important à aborder. Les protecteurs…
Des onomatopées excédées, voire furieuses, se firent entendre.
— Ah ! Parce que vous voulez que nous fassions toutes comme vous ?
Prendre une femme n’est pas une solution ! Elles ne sont pas assez fortes !
Et que feraient nos hommes ?
— Je suis désolée que dans notre société féminine, vous ne vous
considériez pas comme telles et que vous nous pensiez faibles !
— Je parlais des femmes sans pouvoir !
— Si je pars de votre principe, vous n’avez plus que le pouvoir des
potions, je suis donc une surfemme ? De même que Hilde et Lucia ?
La colère la saisissait sans qu’elle parvienne à se contrôler. Un pot
éclata sur la longue table qui servait à la préparation des potions, contre le
mur du sanctuaire.
Oups, Lou ne l’avait sensiblement pas fait exprès, mais cela eut le
mérite de donner du poids à ses paroles.
— Isla est une protectrice hors pair. Elle a toute ma confiance. Et peu
de personnes peuvent s’en targuer !
Le ton était intransigeant. Lou eut l’étrange impression qu’à travers
elle, c’était Jeanne qui avait parlé. L’expérience était pour le moins…
perturbante.
— Pour ce qui est de nos hommes comme vous dites, il est temps de
leur redonner la place qu’ils méritent ! C’est-à-dire au sein de nos foyers,
dans nos maisons. L’interdiction de nous toucher doit être abolie.
— Je suppose que cette motion, non plus, ne sera pas mise au vote.
Lou soupira.
— Détrompez-vous. Elle le sera. Néanmoins, j’ai décidé que dès
maintenant, au sein de ma maison, ces règles ne sont plus viables. Les
protecteurs qui le désireront auront une chambre attribuée. S’ils étaient
amenés à toucher une sorcière, en respectant bien sûr son intégrité et sa
personne, ils ne seraient pas sujets à des représailles. Je pense proposer un
tout nouveau mode de fonctionnement les concernant. Je vous en reparlerai
cependant plus tard, quand nous serons toutes réunies via écrans interposés.
Sur ce, bonne journée, Mesdames. Je reste à votre écoute si besoin.
Lou remonta du sanctuaire sans un regard en arrière et alla se réfugier
dans la cuisine d’Isabelle.
— Madeleine ? proposa celle qui visait juste, une fois de plus.
Lou la regarda avec des yeux emplis de reconnaissance.
— Oh, oui.
— Que se passe-t-il, Lou ? Est-ce que ce sont ces sorcières ? murmura-
t-elle pour que les deux aides-cuisinières présentes dans la pièce ne
l’entendent pas.
— Isabelle, nous sommes toutes des sorcières, sourit Lou, amusée.
— Oui, mais il y en a qui s’apparentent à la harpie des marais.
— La harpie des marais ? s’étonna Lou, en se demandant où
l’intendante avait pu chercher un nom pareil.
La vieille femme s’essuya les mains rêveusement sur son tablier, après
avoir déposé une assiette de madeleines devant la sorcière rousse.
— C’est une ancienne légende. Un jour, Baba Yaga, lasse d’une
sorcière particulièrement méchante, la changea en harpie et la condamna à
être enfermée dans une chaumière près d’un marais. Si tu t’aventures là-bas,
elle te croquera et te fera mijoter dans son chaudron. Il paraît que c’est le
meilleur ragoût que personne ne pourra jamais goûter…
— Quelle horreur ! se révolta Lou, qui espéra secrètement qu’on ne
raconte jamais ce type d’histoire à son enfant. Mais pas certaine que le
procédé de Baba Yaga m’étonne beaucoup…
Lou avait soufflé ces derniers mots pour elle-même. Isabelle, l’esprit à
ses souvenirs, ne l’entendit pas.
— Alors, tu ne m’as pas répondu ?
— Je dois passer un appel que je redoute, soupira la nouvelle Grande
Vénérable.
— Eh bien, prends ton téléphone et fais-le tout de suite. Plus on attend
pour faire une tâche, plus on la sacralise. Souvent, le pire n’est pas l’acte en
lui-même, mais l’idée qu’on s’en fait.
— Ah, ma chère Isabelle, tu es la voix de ma sagesse.
Cette dernière éclata de rire en enfournant une grosse cocotte dans son
fourneau.
— Ne dis pas de bêtises. Va dans le bureau de… dans ton bureau. Je
t’apporterai du thé. Et n’oublie pas d’emmener des madeleines.
Attendrie, Lou lui obéit avant de se lever et de quitter la pièce. Elle
sprinta vers son refuge pour éviter d’être alpaguée.
Maintenant qu’elle était décidée, la sorcière voulait expédier sa mission
au plus vite.
Elle s’assit presque religieusement sur la chaise derrière la table de
bois. La jeune femme avait cette impression persistante que Jeanne allait
débarquer d’un instant à l’autre et la bouter hors de sa pièce de travail. Lou
sourit à cette idée en embrassant du regard la pièce et l’espace de travail qui
avaient été parfaitement rangés. Sa grand-mère avait dû passer ses deux
derniers jours avant son propre coup d’État à mettre ses affaires en ordre.
D’une main tremblante, elle saisit son téléphone satellite resté dans un
tiroir suite à sa dernière conversation avec Samuel. Son compagnon lui
manquait tant…
— Allô ? fit une voix d’homme à l’autre bout du fil.
— Bonjour, Alastair, c’est Lou… Lou Lacroix.
Il y eut un temps de flottement avant que le Grand Maître de l’Ordre
des magiciens se reprenne.
— Lou, quelle surprise ! Je ne m’attendais pas à avoir de tes nouvelles
dans l’immédiat.
— C’est une tâche que j’ai repoussée depuis hier, mais il me semble
important que vous soyez au courant. Je vous appelle en qualité de nouvelle
Grande Vénérable de la Communauté des sorcières.
La stupeur d’Alastair Astings pouvait se percevoir depuis l’Angleterre.
— Jeanne n’est plus cheffe de clan ? laissa-t-il échapper, choqué.
— Non. J’aimerais parler à Garance, si elle est disponible.
— Je ne pensais pas vivre assez longtemps pour voir une nouvelle
personne à son poste…
Le vieil homme parlait comme s’il était seul et qu’il émettait des
autoréflexions.
— Alastair, s’il vous plaît ?
— Oui, oui, je l’ai fait appeler, se reprit-il, finalement.
— Merci.
Le ton de Lou était poli, mais distant. Elle ne parvenait pas à faire plus
pour le moment. C’était au-dessus de ses forces.
— Comment vas-tu, Lou ? Nous n’avons pas eu l’occasion de discuter
depuis…
Elle louait la tentative de celui qui était son grand-père biologique
d’ouvrir le dialogue, mais elle ne pouvait… ne voulait pas. C’était trop
tôt…
— Alastair, je suis désolée… Je vous appelle aujourd’hui uniquement
dans le cadre de ma fonction. Rien de plus.
— Très bien, Lou. Je comprends… Garance vient d’arriver. Ne quitte
pas.
Lou n’avait pas l’impression qu’il eût fait quoi que ce soit pour
prévenir sa femme, mais de toute évidence, cela avait dû être le cas.
Sûrement par tablette ou ordinateur.
— Lou ?
Le ton était si plein d’espoir et d’attente, que la jeune femme repoussa
le déchirement qu’elle sentait poindre dans sa poitrine.
— Bonjour, Garance. Cet appel concerne la Communauté. Jeanne s’est
destituée et m’a nommée Grande Vénérable. Je vous informe donc que vous
êtes attendues, vous et votre fille, pour une révision de votre sentence de
bannissement. Le plus vite sera le mieux.
Le blanc qui s’ensuivit commença à inquiéter Lou.
— Garance ?
— At… attends une seconde, je… je dois m’asseoir un instant.
La jeune femme se morigéna. Elle lui avait fait une telle annonce sans
aucun tact.
— Je suis désolée de cette déclaration si soudaine, mais je ne suis pas
sûre qu’il y ait une bonne façon de procéder…
— Cela fait juste beaucoup d’informations en une seule fois, murmura
la femme du Grand Maître. J’avais imaginé… enfin, je pensais que tu me
téléphonais pour une autre raison.
Lou botta en touche pour ne pas avoir à répondre de ce point.
— Je vous avais dit que je ferais tout ce qui est possible pour changer
les choses et c’est ce que je m’évertue à faire.
Son cœur battait fort dans sa poitrine sans qu’elle sache réellement
pourquoi.
— Je vois…
Ces deux mots contenaient bien plus de choses que ce qu’ils
signifiaient au premier abord pour Lou. En effet, elle avait l’impression que
Garance avec ce « je vois » lui parlait intimement. Je te vois toi… je vois
tes efforts… je vois ta quête pour mener à bien tes objectifs… pour
correspondre à tes idéaux… pour améliorer les choses…
Elle eût bien du mal à ne pas laisser échapper ses larmes.
— Je vous attends donc toutes les deux dès demain à la Malassise.
Quelqu’un va se charger de vos billets et de passer vous chercher à
l’aéroport.
— Ne t’inquiète pas de tout ça, Lou. Je m’en occupe.
— Très bien.
Lou ne savait pas quoi ajouter pour clore la conversation.
— À…
— Je suis ravie de te revoir dans des conditions plus propices.
Garance cherchait visiblement à nouer un lien entre elle, mais Lou
n’était vraiment pas prête pour tout ça. Il restait tant à faire. Elle s’en
préoccuperait plus tard.
— Je charge Isabelle d’une fournée de madeleines supplémentaires.
Ce minuscule pas vers elle était tout ce dont la sorcière était capable.
— À demain, conclut doucement la sœur de sa grand-mère.
Lou poussa un soupir retentissant en se jetant en arrière sur son siège.
Que cet appel avait été éprouvant ! Et certainement pas que pour elle…
Il n’en restait pas moins que la jeune femme enceinte se sentait vidée et
exténuée.
Elle décida d’aller se reposer une heure ou deux. La journée du
lendemain s’annonçait autrement épuisante…
Cette nuit-là, Lou dormit excessivement mal. Elle se tourna et se
retourna. La jeune femme se rongeait les sangs pour Samuel, Isla et Rosita,
mais aussi pour sa rencontre à venir. Sa mère vint la hanter. Et elle eut mille
peines à faire refluer la tristesse qui menaçait de l’engloutir à nouveau dans
les ténèbres de la nuit.
Le matin, elle se leva presque aussi fatiguée et angoissée que la veille.
Peut-être même plus…
Elle descendit néanmoins saluer Isabelle dans la cuisine avant d’aller se
réfugier dans le bureau qui était devenu, par la force des choses, le sien.
Contre toute attente, un certain nombre de sorcières avait décidé de rester
encore quelques jours, comme le lui apprit l’intendante du manoir. Même si
cette perpétuelle agitation dans la maison était harassante, Lou devait
avouer que c’était la raison même de cette bâtisse. Elle était censée être le
repaire d’un clan. L’endroit de réunion où tous devaient se sentir chez eux.
Lou soupçonnait néanmoins certaines de prolonger leur séjour afin de
la surveiller. Les sorcières étaient inquiètes de ce que la nouvelle Grande
Vénérable pourrait décider de réformer de plus.
Lou sourit à cette pensée. Elles n’étaient décidément pas au bout de
leurs peines.
La sorcière sursauta quand on toqua à la porte. Elle jeta un œil à
l’horloge de son ordinateur. Elle travaillait sur des rapports envoyés des
quatre coins du monde, par leurs espionnes. Elle était si concentrée qu’elle
n’avait pas vu les heures passer.
— Oui ? s’exclama-t-elle.
Un protecteur pénétra partiellement dans le bureau pour la prévenir.
— Vos invitées sont arrivées, Grande Vénérable.
— Merci, Alexander.
L’homme se figea d’étonnement. Sûrement stupéfait que Lou sache son
prénom. Cette dernière fit mine de rien et se dirigea vers le hall. Elle lutta
contre une brusque bouffée d’angoisse. Elle poussa une grosse expiration
pour se donner du courage avant de quitter son antre protecteur.
Allez, Lou, tu vas y arriver…
Sa préparation mentale n’y fit rien. Quand Lou vit Garance et Lily
Astings, debout, dans le hall du manoir, son souffle se coupa. L’émotion
vint lui serrer la gorge. Le problème qu’elle repoussait depuis des mois se
trouvait personnifié juste devant elle.
Les deux femmes la regardèrent venir vers elles. Garance avait l’air
prête à pleurer. Quand elle fut à sa portée, la vieille femme lui attrapa la
main et la serra très fort.
— Merci, déclara-t-elle, émue. Jamais je n’aurais cru pouvoir revenir
un jour.
— Votre place est ici, la rassura Lou en retirant toutefois sa main. Peu
importe ce que certaines ont à en dire.
Lou avait parlé d’une voix forte, car un petit attroupement s’était formé
au niveau de l’escalier et à la sortie du boudoir. Les messes basses allaient
déjà bon train.
— La révision de votre procès aura lieu cet après-midi. Nous nous
réunirons dans le sanctuaire après le repas. En attendant, vous êtes en
sécurité dans cette maison qui accueille et protège toutes les sorcières.
Le message énoncé clairement était passé.
Lou, malgré toute sa volonté, lança un regard vers Lily.
La superbe femme aux cheveux blond vénitien la mangeait des yeux.
On aurait dit qu’elle tentait de capter et décrypter chaque petit geste et
réaction de Lou.
La Grande Vénérable était plus que mal à l’aise. Sans compter que
toutes les trois n’étaient pas seules, loin de là. Si elle devait inclure les
sorcières, plus les protecteurs, il ne devait pas y avoir loin d’une vingtaine
de personnes présentes. Pour la première fois, Lou eut l’impression que le
hall d’entrée était exigu.
Plus aucun son ne se faisait entendre jusqu’à ce que la porte de la
cuisine claque.
— Garance ?
Isabelle, arrivant avec un plateau, comme à son habitude, lâcha l’objet
pour porter ses mains à sa bouche. Réactive, Garance le maintint dans les
airs avec douceur avant que la théière ne touche le sol.
— Bonjour, Isabelle. Tu m’as tant manqué, chère amie.
Lou ne put s’empêcher d’être émue et de sourire devant le tableau de
ces retrouvailles.
Isabelle vint prendre la femme dans ses bras sans plus de cérémonie.
Elle pleurait. C’était comme si elle venait de retrouver une parente aimée
qu’elle n’aurait pas vue depuis bien des années.
Isabelle se détacha de Garance pour venir serrer Lou contre elle.
— Merci, Lou. Merci.
Lou rit en refermant ses bras sur elle.
— Si la personne la plus importante de ce manoir est heureuse, alors je
le suis aussi.
Le magnifique sourire trempé que lui adressa la cuisinière était
rayonnant.
— Je suppose que la fournée supplémentaire de madeleines que je t’ai
demandée est prête ? se hasarda la jeune femme.
— C’était donc pour ça ? s’exclama Isabelle, ravie.
— Je me souviens du bonheur de Garance à en manger une. Je me suis
dit que ce serait un beau cadeau de bienvenue.
Garance hocha la tête avec élégance.
— Oh oui, à n’en pas douter.
L’intendante tournait la tête vers Garance puis vers Lou, sans savoir sur
qui se fixer, mais avec sur les lèvres l’image même de sa joie.
— Tu amènes nos invitées dans la cuisine pour se restaurer ? proposa
Lou.
— Bien… bien… bien… acquiesça Isabelle.
Devant la porte, Garance se baissa doucement pour récupérer le plateau
qu’elle avait posé au sol, en sécurité.
— Lou ?
La nommée retint instinctivement sa respiration. Elle avait espéré que
Lily n’entame pas la conversation. Et surtout pas devant autrui…
Elle prit sur elle de se tourner vers la femme qui ressemblait tant à
Garance par son allure.
— Oui ? dit-elle de façon neutre.
— Quelqu’un t’attend dehors, sourit Lily Astings, malicieusement.
OceanofPDF.com