Magie et Héritage ( trilogie terminée ): Tome 3 : Prophétie sacrée (French Edition)

Chapitre 13

 

 

S errer Garance dans ses bras avait profondément perturbé Lou. Elle s’en voulait car, pendant cette étreinte, elle avait ressenti un apaisement

comme elle n’en avait pas connu depuis longtemps. Une sensation d’être

à la bonne place…

Elle avait ensuite raccompagné Lily et sa mère jusqu’au taxi où Alicia

les attendait à l’avant. Les deux femmes avaient échangé un regard fermé.

Lou lui avait fait un signe de tête auquel la guerrière de l’Élite avait

répondu en détournant la tête. Charmant !

Quand la voiture s’éloigna dans l’allée, Lou poussa un soupir de

soulagement.

Les pensées s’agitaient dans sa tête pendant qu’elle rentrait dans le

manoir et qu’elle se dirigeait vers son bureau.

L’esprit ailleurs, elle crut faire une crise cardiaque quand elle découvrit

Wolfgang sur son ordinateur derrière son bureau.

— Désolée, Gr… Lou, s’excusa-t-il en retirant le casque qu’il portait

sur les oreilles. C’est le seul endroit calme que j’ai trouvé sans que

personne vienne me déranger.

Lou expira en le regardant plus en détail. Elle ne pouvait nier que la

maison était plus vivante et bruyante qu’elle ne l’avait jamais connue.

Wolfgang et ses oreilles rougissantes n’avaient pas changé en quelques

mois.

— Repos, soldat. Je comprends parfaitement. Cette pièce est mon

refuge.

— Ah… Je suis vraiment désolé. Je m’en vais tout de suite.

Lou ricana en secouant la tête.

— Mais non, bêta ! Je voulais juste te dire que je saisis pourquoi tu es

venu ici en particulier. Tu peux rester travailler avec moi.

Wolfgang la remercia silencieusement. Il se leva et fit le tour pour lui

laisser sa place. Il installa son ordinateur dans un coin. Ils travaillèrent un

moment en silence. Puis un souvenir vint à l’esprit de Lou.

— Au fait, tu voulais me parler, il me semble ?

Wolfgang leva la tête de son écran et mit quelques secondes avant de

réaliser où la sorcière voulait en venir.

Il hocha la tête tout en pianotant sur son clavier.

— Il y a quelques mois, si tu te souviens bien, tu m’as appelé pour me

demander d’enquêter sur les groupuscules hostiles au régime de la

Communauté.

Lou confirma seulement de la tête pour ne pas le couper dans sa lancée.

— J’ai trouvé deux réponses, dont une à laquelle je ne m’attendais pas.

— C’est-à-dire ? fit Lou perplexe.

— Deux types de rebelles coexistent. Certaines complotent

vraisemblablement avec les Conti et sont très difficiles à détecter. On voit

grâce à leurs techniques et leur discrétion qu’elles sont clairement aidées.

— Aidées par les Conti, donc ? demanda la Grande Vénérable,

paumée.

— Yes.

— Qui sont les autres, alors ? Ne me dis pas qu’un groupe de plus se

soulève et que nous allons devoir nous battre sur deux fronts différents ?

Nous avons déjà réussi à calmer les choses du côté des magiciens et à en

faire nos alliés, mais là…

Le découragement vint saisir la jeune femme qui ne se sentait pas

capable d’être sur plus de problématiques qu’elle ne l’était déjà.

— Ils ne peuvent pas faire la queue et attendre leur tour… marmonna-

t-elle en français.

Elle crut voir Wolfgang sourire, mais elle n’en était pas sûre. De plus,

le protecteur ne parlait pas le français, si ?

— Donc ? reprit-elle.

— Le second groupe n’est pas aussi belliqueux que les Conti et

acolytes, mais…

— Mais ?

— Disons que le nom de certaines personnes qui en font partie va

t’étonner… marmonna-t-il, le regard fuyant et l’air… coupable ?

Bon sang de bonsoir…

Il y avait donc des traîtres dans ses connaissances proches.

Lou n’était pas au bout de ses surprises…

 

— Nous sommes toutes enfin réunies ici à Paris, mais aussi avec vous

toutes mes sœurs à travers le monde. Je remercie Wolfgang, présent avec

nous pour la partie technique afin de s’assurer que toute cette technologie

fonctionne correctement. Merci d’avoir répondu présent et d’avoir accepté

ma sollicitation aux appels afin que le plus grand nombre puisse participer.

Lou tentait de dissimuler son malaise du mieux possible. En effet, elle

se trouvait littéralement face à un mur d’écrans. Il n’y en avait que

quelques-uns d’éteints, essentiellement à cause du fait qu’un certain nombre

de sorcières étaient physiquement dans la pièce avec elle, dont Neila juste à

sa droite.

Des sorcières des quatre coins du monde la regardaient, les traits assez

fermés pour la plupart.

— Je ne vous referai pas le speech que j’ai servi à vos représentantes,

elles vous en ont déjà fait part, j’en suis certaine. Vous et moi n’avons pas

de temps à perdre en de vaines répétitions. J’ai pris certaines décisions, dont

j’ai à chaque fois parlé avec les sorcières présentes en expliquant mes

choix, mais il est vrai que je n’ai pas forcément demandé l’accord de la

majorité. J’ai néanmoins pris un engagement. Ma seconde, Neila, a préparé

un contrat écrit, le plus proche de la réalité possible, car vous vous en

doutez, je n’ai pas pu mettre sur les papiers Grande Vénérable de la

Communauté des sorcières.

Sa tentative d’humour fit un flop. Elle ne se découragea pas pour autant

et décida de poursuivre.

— À la place, nous avons opté pour qu’en cas de non-tenue des

promesses faites, je démissionne de ma place de PDG de chez « Witches

Witches, trick or treat 6 ».

Cette fois, certaines ne purent s’empêcher de sourire ou de se racler la

gorge pour cacher leur rire naissant.

Lou se détendit quelque peu.

— Il a été rédigé avec l’aide d’un juriste spécialiste dans le droit des

affaires. Il est donc on ne peut plus valable. Pour renforcer cet engagement,

j’ai réellement créé cette boîte où j’ai injecté les finances personnelles des

Lacroix. Si j’échoue, la Communauté gardera toute la somme que j’y ai

déposée, ainsi que les intérêts perçus, car l’entreprise est d’ores et déjà

cotée en bourse.

Lou fit une pause pour que toutes puissent bien intégrer ce qu’elle

venait de dire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à voir les mines

stupéfaites de ses nombreuses interlocutrices, l’effet d’annonce était bien là.

— Bien, continuons.

Lou venait de parler en français sans s’en rendre compte, ce qui

d’habitude ne lui arrivait jamais.

Pourtant, quand Mirabella attira son attention, c’est dans cette même

langue qu’elle s’exprima :

— Grande Vénérable, avant de poursuivre, pouvez-vous revoir avec

toutes nos sœurs le fait qu’elles pourront faire appel à vous quand elles en

auront la nécessité.

Lou buguait.

— Mais… vous parlez français ?

Et la sorcière n’entendait pas par-là, un savoir de la langue de Molière

approximatif. Non, bien au contraire. C’était une maîtrise parfaite, presque

sans aucune trace d’accent.

— Nous parlons toutes ta langue, Lou, intervint Neila dans un français

également parfait. Même les protecteurs.

— C’est vrai, confirma Wolfgang.

— Mais pourquoi ? s’étonna Lou, incrédule. Pas que je ne trouve pas

ça génial, mais c’est complètement fou.

— Une de nos règles stipule que nous devons l’apprendre dès notre

plus tendre enfance. Nous devons le maîtriser parfaitement. C’est à vous de

donner le ton lors des réunions. Vous pouvez choisir d’ailleurs de parler

n’importe quelle langue des quatre grandes familles. C’est pourquoi nous

sommes pour la très grande majorité au minimum bilingues.

La mère de Neila venait de lui faire ce résumé par écran interposé

depuis l’Allemagne.

— Je vous prie d’excuser mon ignorance sur ce point. J’ai

malheureusement dû avoir une formation accélérée, et bien que je sois

certaine qu’une de mes mentors l’ait mentionné, je n’ai pas dû être attentive

ce jour-là.

Lou faillit rire quand elle vit Lucia hocher frénétiquement la tête.

C’était donc pendant l’un des cours de l’Espagnole qu’elle avait

malencontreusement occulté cette information.

La sorcière rousse s’éclaircit la gorge pour reprendre contenance.

— Nous rediscuterons toutes ensemble de cette règle. Elle présente

certes des avantages, mais peut-être est-elle un peu poussive. Nous la

voterons à la fin de la guerre.

— Voter ?

Lou confirma.

— Nous allons reprendre chaque point.

— Il en est hors de question ! s’exclama une sorcière d’un certain âge.

C’est une pure folie et une hérésie qui mériterait le bûcher.

Après cette intervention, le feu fut mis aux poudres. Toutes parlèrent en

même temps.

Lou joignit ses mains sous son menton avant de soupirer. Elle décida de

déclencher le gong par télékinésie. Aussitôt, le silence s’installa.

— Je suis une Grande Vénérable de changement. Je ne vous l’ai jamais

caché.

— Et personne n’a dit être d’accord avec cela ! cracha la même vieille

dame. On nous l’impose sans nous laisser le choix.

— Je vous conseillerais bien d’aller en discuter avec les Déesses elles-

mêmes pour leur apporter vos doléances quant à leur bénédiction, mais

seule la Grande Vénérable le peut.

La réplique de Mirabella venait de clouer le bec de la sorcière. Lou ne

s’étonna pas du manque de réaction des autres. L’information avait bel et

bien tourné au sein de la Communauté. Toutes savaient qu’elle avait

communiqué avec Baba Yaga et les Zorya.

— Si c’est une si grosse hérésie, reprit Lou, alors expliquez-moi

pourquoi au sein même de notre clan, des rebelles prévoyaient un coup d’État pour remplacer ma grand-mère et ainsi mettre en place de nouvelles

règles chez les sorcières.

La stupeur qui s’ensuivit et les airs médusés auraient presque amusé la

jeune femme. Presque…

— J’ai d’ailleurs la liste de celles qui sont les commanditaires de ce

coup d’État manqué, faute de Grande Vénérable à renverser.

Cette fois, la tension était à son maximum. L’ambiance électrique qui

régnait dans le sanctuaire et les mines fermées que l’on pouvait observer à

travers les écrans étaient sans équivoque.

— Je ne vais pas lire cette liste, déclara Lou.

Un soulagement prudent se fit sentir.

— Mais j’aimerais que les deux personnes à la tête de cette rébellion se

révèlent d’elles-mêmes.

Pendant de longues, très longues minutes, personne ne pipa mot.

Jusqu’à ce qu’une personne parle et se redresse fièrement sur son

assise.

— C’est moi. Mais j’étais seule à agir au…

— Ce n’est pas vrai, Mirabella. Je déteste le mensonge par-dessus tout.

Nous étions deux à la tête de nos réunions clandestines.

— Neila ? s’horrifia sa mère à des heures de Paris.

La seconde de Lou préféra ne rien ajouter de plus pour potentiellement

ne pas aggraver sa situation.

— Pourquoi ne m’as-tu pas laissé porter le chapeau, Neila ? Une seule

de nous bannie aurait été amplement suffisant.

— La liste est une preuve accablante, se justifia l’Allemande d’origine

indienne avec un haussement d’épaules.

Ses cheveux violets, si longs, descendaient jusqu’à sa taille et flottaient

autour de ses bras croisés sous sa poitrine.

— Aucune sorcière ne sera bannie !

Une exclamation se fit entendre des nombreux moniteurs. Les

personnes présentes étaient figées.

— Pourquoi, Grande Vénérable ? Elles reconnaissent elles-mêmes

avoir conspiré contre l’autorité, la questionna sévèrement Georgia.

— Je vais rarement dans son sens, mais je dois avouer ne pas

comprendre non plus.

Asmodée avait parlé d’une voix douce pleine d’interrogation.

— Je compte faire bien mieux qu’un bannissement.

Lou prenait un plaisir un peu sadique à les perdre au fur et à mesure de

ses mots. Elle sentait le regard pesant de sa seconde posé sur elle. La

Française s’évertuait néanmoins à l’ignorer. De même que Mirabella qui ne

la quittait pas des yeux.

— Je vais créer un conseil d’opposition !

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Hilde, pour la première fois.

Lou soupira ostensiblement.

— Cette communauté ne devrait pas être une version moderne de la

dictature. Je pense que chaque sorcière devrait avoir sa voix. Or, s’il est

compliqué dans les faits d’écouter chaque voix une à une, un conseil

d’opposition permettrait de remettre en question certains points afin de les

améliorer. L’idée c’est de permettre à toutes de s’exprimer et de ne laisser

personne de côté. C’est pourquoi je me réunirai une fois par mois avec

Mirabella et Neila afin de faire le tour des points soulevés que vous devrez

leur communiquer à elles deux. Je ne vise pas que le groupe de rebelles,

mais bien vous toutes. À côté de cela, il sera bien sûr toujours possible de

demander une audience avec moi auprès de ma seconde dans les créneaux

qui vont vous être prochainement transmis.

Un mutisme abasourdi semblait les avoir toutes contaminées.

— Est-ce clair pour…

 

BOUM !!!

 

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