Magie et Héritage ( trilogie terminée ): Tome 3 : Prophétie sacrée (French Edition)
Chapitre 26
L a première à se présenter devant eux fut Elisabeth. Derrière elle se forma une ligne de tous les traîtres qui s’étaient retournés contre leur
clan. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les rebelles étaient
nombreux. Sorcières et magiciens, mais aussi protecteurs. Au bas mot,
quatre cents à un bœuf près.
Une jeune femme brune se tenait à côté de la traîtresse en chef, mais
Lou n’aperçut pas les cheveux blonds du petit-fils d’Elisabeth.
Ce détail fit tiquer la Grande Vénérable.
Où était Salomon ? Peut-être que Lily avait déjà atteint sa cible ?
Lou déglutit face aux forces en présence. Elle repéra quelques têtes
connues des sorcières qui avaient trahi leur propre Communauté, et
notamment celle qu’Isla soupçonnait d’être à l’origine de
l’empoisonnement de Lucia et des autres. Quand l’Écossaise lui avait donné
son nom, la coupable avait déjà fui très loin.
Elle se retourna vers ses sœurs et s’horrifia intérieurement quand une
dizaine d’entre elles quittèrent les rangs pour partir vers ceux ennemis.
Elle affichait un visage de marbre, mais un regard de braise envers
celles qui l’avaient plus trahie que toutes autres, puisqu’elles l’avaient
dupée en jouant les agents doubles.
La dernière à franchir le no man’s land fut Rowena.
Quand Lou l’interpella, elle ne laissa aucune chance à la sorcière qui
s’était retournée avec un air suffisant. Grâce à sa télékinésie, elle lui vrilla
les cervicales. La vieille sorcière s’effondra, morte sur le coup.
Les rangs des deux côtés s’agitèrent et des réactions se manifestèrent
par des cris.
Elisabeth la jaugea du regard avant de sourire.
— Merci du service. Je ne l’aimais pas non plus, s’exclama-t-elle assez
fort pour que tous l’entendent.
Lou l’ignora. La sorcière s’avança et esquiva la main de Samuel qui
voulait la maintenir derrière la ligne. Elle s’éclaircit la gorge pour faire une
déclaration. La sorcière espérait encore que tout ne se finisse pas dans un
bain de sang, même si elle venait de le faire couler à l’instant. Enfin,
techniquement pas une tâche d’hémoglobine ne tachait le sol, mais c’était
bien entendu jouer sur les mots…
— Vous avez lancé la première attaque ? Il me semble que c’est à notre
tour de répliquer, maintenant ! Voyons ce que vous avez dans le ventre dans
un combat face à face. Vos derniers petits coups bas étaient presque
indignes ! déclara Elisabeth avec une suffisance excessive.
Les traîtres magiciens chargèrent au quart de tour et attaquèrent ceux
contre lesquels ils s’étaient rebellés.
Bien que Lou ne comprît pas tout au discours clamé par la vieille
vipère, elle devait reporter sa vigilance ailleurs.
En effet, beaucoup de sorcières et de protecteurs hésitèrent une seconde
avant de se ruer tous en bloc vers elle. Ils devaient avoir reçu l’ordre de la
faire tomber pour mater le reste des survivants.
Il devait en être de même pour Samuel, mais la jeune femme ne voulait
pas se laisser déconcentrer en regardant vers lui. Il était capable de se
défendre, et même certainement bien mieux qu’elle.
Voir ceux de son clan se laisser convaincre et se bercer d’illusions à ce
point la faisait rager.
Elle laissa d’ailleurs cette émotion prendre le dessus, mêlée au besoin
de protection de tous ceux sous sa responsabilité, et imprégner son corps et
son esprit.
Pour ce qu’elle allait devoir faire, elle devait se blinder intégralement.
Puis tout s’accéléra.
Tous convergèrent vers elle. Des jets de potions qu’elle retourna pour
certaines à l’envoyeur la visèrent, mais ils étaient trop nombreux.
Quand elle fut plaquée au sol par une pression tout sauf naturelle, la
sorcière comprit que la première vague d’attaquants était là pour cacher et
laisser le temps à l’un des magiciens de s’acharner sur elle.
Cinq de ses sœurs vinrent à sa rescousse.
Le magicien dut être éliminé car Lou ne sentait plus l’entrave qui
l’empêchait de bouger.
— Lève-toi, Lou.
Une main tendue. Puis Isla apparut dans son champ de vision.
Sa protectrice la releva avant de se lancer dans la bataille.
Lou était essoufflée. Elle observa Samuel qui venait de poser une main
au sol pour mettre plusieurs adversaires K.O.
Elisabeth et le vieux Conti observaient la scène d’un air narquois, bien
au chaud derrière leur ligne de défense.
La Grande Vénérable s’employa à les rejoindre, mais elle rencontra vite
des obstacles sur son chemin.
La jeune femme jeta une potion sur l’un des protecteurs avant de se
défendre contre la sorcière derrière lui. Elle lui arracha la potion des mains,
avant d’utiliser sa télékinésie pour l’attraper à la gorge et la ramener vers le
sol sans aucune douceur.
Elle lança ensuite un flacon de verre sur elle. Le hurlement qui
s’ensuivit lui aurait collé des frissons en temps normal, mais pas
aujourd’hui !
— Lou !
Le cri de Neila l’alerta. Elle courut rejoindre sa seconde, qui était aux
prises avec trois attaquants. Un coup de feu retentit et l’un d’eux tomba.
— Barrez-vous avant que je m’énerve ! Personne n’a le droit de
toucher à ma femme.
Wolfgang semblait hors de lui. Lou ne l’avait jamais vu dans cet état.
Elle envoya valser les deux potions envoyées simultanément sur
l’Allemande.
Neila se chargea des deux sorcières avec un jet de couteaux de son cru.
Lorsqu’elles s’effondrèrent, Lou préféra ne pas regarder dans cette
direction, car cette dernière ne doutait pas que la guerrière aux cheveux
violets avait tiré dans le mille.
Elle courut ramasser ses lames et les deux femmes se rejoignirent.
— Lou, ils sont trop nombreux. On est en train de se faire exterminer !
La Grande Vénérable qui continuait à repousser à intervalles réguliers
un agresseur essaya d’embrasser la scène d’une vue d’ensemble.
Neila avait malheureusement raison.
Chaque personne de son camp se battait en moyenne contre deux voire
trois personnes de l’autre. Des coups de feu résonnaient d’un peu partout.
Les magiciens prenaient du temps à formuler leur sort, ce qui les
rendait atrocement vulnérables. Ils étaient nombreux à tomber. L’Élite,
constituée de quatre combattantes, n’était pas assez nombreuse pour tous les
protéger.
Lou fut projetée par terre. Son manque d’attention venait de lui coûter
cher. Elle cracha le sang rouge vif qui avait envahi sa bouche.
La sorcière devait faire quelque chose pour mettre fin le plus vite
possible aux combats.
Ce fut alors qu’elle vit deux petits yeux vicieux pleins de cupidité et
d’avidité posés sur elle.
Le vieux Conti…
Lou se releva et partit vers Sam. Celui-ci ne ménageait clairement pas
sa peine. Comme lors de la bataille d’Oban, il imposait sa présence de façon
indéniable. Lou avait l’impression de ne voir que lui au milieu du champ de
bataille. Elle repoussa une attaque qui allait le toucher dans le dos.
— Sam ? Sam !
Elle dut hurler pour se faire entendre tant il régnait un brouhaha
épouvantable.
La jeune femme se sentit poussée par-derrière et n’eut que le réflexe de
protéger son ventre de ses mains. Aussi, elle fut durement touchée au visage
qui s’érafla dans l’herbe.
La peur pour ses bébés la fit rester en position fœtale jusqu’à ce que
quelqu’un la retourne.
Mirabella se trouvait juste au-dessus d’elle. Ainsi donc, la sorcière était
revenue parmi ses sœurs…
— Lou !
Le cri tonitruant de Samuel lui fit reprendre pied.
— Es-tu blessée ? eut-elle la présence d’esprit de demander à celle qui
venait de la sauver.
Celle-ci secoua la tête.
— Merci, souffla Lou avant de se relever.
Elle reprit sa course puis se colla à Sam. Elle ne sût pas comment elle
s’y prit, mais elle parvint à atteindre son objectif, à savoir créer un dôme autour d’eux. Elle avait imaginé une bulle de vent sans cesse en mouvement
et ça avait marché par elle ne savait quel miracle.
— Ça va ? lui demanda son mari, essoufflé.
— Sam, il faut qu’on attaque Conti et Elisabeth maintenant. Nous
sommes sur le point de nous faire décimer.
Samuel qui était en train de formuler un autre sort, finit avant de
reprendre la parole.
— Tu as raison. À situation désespérée… Occupe-toi de l’Américaine.
Je m’occupe du vieux traître.
Heureusement que Lou mit quelques instants avant d’enlever le
bouclier transparent, car celui-ci fit ricocher un sort si puissant que Lou se
plia en deux.
Alicia apparut devant leurs yeux et dans une impressionnante figure
d’arts martiaux, elle sauta sur sa cible qui se retrouva la tête entre ses
cuisses. Elle l’emmena ensuite dans un geste fluide, mais sans pitié vers le
sol. Elle dut mettre son adversaire K.O. puisque ce dernier ne se releva pas.
— Samuel, il faudrait que nous nous repliions. Nous avons perdu
presque la moitié de nos effectifs.
Lou se redressa et cracha :
— Il en est hors de question !
Et sans attendre, elle s’élança vers la plus grande vermine de leur
temps.
La sorcière écartait d’un geste tous ceux qui étaient en travers de son
chemin. Elle était tellement furieuse qu’elle avait l’impression de percevoir
son pouvoir tout autour d’elle comme s’il émanait par ondes.
Quand elle fut à quelques mètres à peine de sa cible, elle s’arrêta.
Elisabeth la scrutait avec des yeux de faucon guettant sa proie. Un
sourire mauvais vint cueillir le coin de ses lèvres retroussées.
— Comme j’avais hâte de te retrouver pour en finir, sale petite
morveuse.
— Où est Salomon? la contra Lou.
Cette question la taraudait depuis que ses ennemis étaient apparus
devant elle.
Un rire aigu secoua la poitrine de l’ancienne Vénérable, comme si Lou
avait raconté une plaisanterie irrésistible.
— Je suis là.
L’attaque alla si vite qu’à peine un battement de paupières plus tard, la
jeune femme se retrouva sur le côté, les deux mains ligotées des doigts
jusqu’aux poignets pour ne pas utiliser sa magie, de même que ses
chevilles.
Elle tenta aussitôt de s’extirper et se débattit, en vain.
La sorcière avait l’impression de tenir quelque chose entre ses doigts
collés mains, mais un son attira son attention.
Elisabeth était rentrée en transe.
Son instinct parla avant que son cerveau ne réagisse.
Elle se démena de plus belle et se tortilla dans l’herbe.
Elle entrevit le protecteur blond par la même occasion. Il avait les yeux
posés sur elle. Lou remarqua que son regard semblait grandement indécis,
avant de tomber dans un état second.
C’est alors qu’elle comprit. La sensation absolument indescriptible et à
nulle autre pareille d’être plus vivante que jamais lui fit réaliser qu’elle
avait été projetée dans le monde des morts.
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