Magie et Héritage ( trilogie terminée ): Tome 3 : Prophétie sacrée (French Edition)
Chapitre 2
S amuel marchait de long en large dans son bureau. Ou plutôt l’ancien bureau de feu son père. Il fulminait, exactement comme aurait pu le faire
Ewan.
— Bon sang, mais calme-toi, mon frère. Je suis sûre que Lou va bien.
La main dans les cheveux, Sam suspendit son geste, les sourcils
froncés.
— Je ne suis pas énervé à cause de ça. Les recherches pour retrouver
ces traîtres d’Elisabeth et de Salomon ne donnent absolument rien. J’ai
promis à Lou, Isla. Et je n’ai rien.
Le ton désespéré avec lequel il avait prononcé ces mots démontrait son
impuissance.
— Il n’y a pas que ça et tu le sais parfaitement ! l’attaqua la superbe
rousse en face de lui.
— Ne dis pas n’importe quoi ! s’exaspéra le magicien.
— Bien sûr que si, frérot. Tu m’en veux d’avoir laissé ta dulcinée seule
chez les druidesses sans aucune protection pour elle et pour votre enfant.
— Tu n’aurais pas dû partir !
Sam ne pouvait s’empêcher d’éprouver de la colère en pensant à cette
foutue situation.
— Bon sang, c’est Brocéliande, Sam ! La forêt est protégée par Merlin
lui-même, sans parler de Mère Nature ! Elle ne risque rien, là-bas. C’est un
endroit sacré inviolable. Lou ne pouvait pas être plus en sécurité !
— Tu ne veux pas un mégaphone, histoire d’aller le crier un peu plus
fort encore ? Après tout, on ne sait jamais, si un traître flâne dans les
parages et court prévenir cette meute de chiens puants de Conti et
compagnie.
— Chiens puants ? Tu n’avais pas d’autres adjectifs plus intelligents ?
Rah ! Qu’Isla pouvait se montrer exaspérante parfois ! Parfois ? Hum !
Tout le temps. Sam ignorait comment Lou parvenait à supporter sa petite
sœur.
— Parce qu’elle est comme une sœur pour moi et que je donnerais ma
vie pour elle.
Ah… Apparemment, il avait parlé à voix haute…
Le magicien ne pouvait néanmoins pas ignorer la conviction avec
laquelle Isla avait déclamé son plaidoyer.
— Je suis sa protectrice, mais aussi son amie. Je ne l’aime certes pas
comme toi, mais crois-moi, je l’aime tout autant. Mon travail est plus
important que presque tout au monde. Mais c’est elle qui m’a ordonné de
revenir ici ! Que voulais-tu que je fasse ? Que je reste ad vitam æternam à
la lisière de Brocéliande pour patrouiller au risque d’attirer l’attention ?
— Aye ! cria Sam, d’un ton plus dur qu’il ne l’aurait voulu.
Isla détailla les traits du visage de son frère.
— Je l’ai fait pendant quatre jours et trois nuits.
Cette information n’avait pas été portée à l’attention de Samuel qui
pensait qu’elle était rentrée au manoir avant de débarquer au château
familial.
— Et pourquoi as-tu quitté ton poste ? lui demanda-t-il plus
doucement.
— Parce que Lou Lacroix est venue botter salement mon petit derrière.
Sam fit une moue contrariée.
— Peut-être devrais-je te le botter plus fort pour te faire repartir ?
Isla leva les yeux au ciel, dépitée.
— Je suis hilare, chef Craig.
— Je ne rigolais pas ! assena-t-il avant de tourner les talons, la main
autour de son omamori. Il chuchota avant de tendre l’oreille pour récolter le
fruit du sort lancé.
Seuls le bruit de chute, puis le cri d’Isla amenèrent un mince sourire sur
ses lèvres.
— 1 Bawbag ! cria-t-elle si fort, que tous durent l’entendre des toits du
château au sous-sol. Ou plutôt à la batcave, comme Lou l’appelait.
Lou…
Une sensation d’oppression lui comprima la poitrine. Il détestait tant les
savoir seuls, elle et le bébé…
Bébé… Il ne parvenait toujours pas à intégrer cet état de fait.
Un soupir sonore surgit des profondeurs de sa poitrine. Comment
assumer sa paternité dans de telles circonstances ?
Il aurait tant aimé que Lou soit ici à Dean Castle avec lui, pour
l’épauler et la soutenir autant pendant son deuil que dans son début de
grossesse.
Malheureusement, à cause des réalités de leur monde, tout cela était
strictement impossible. Sam avait consenti au choix de Lou de ne parler de
leur enfant à personne. Depuis, il avait pu en discuter avec sa sœur, mais
aussi avec sa mère. Il était persuadé que Lou aurait été d’accord qu’il avoue
ce secret à Erin.
Il sortit son téléphone et pianota un message à l’intention de Lou,
comme il avait pris l’habitude de le faire. Il savait pourtant pertinemment
que le sien était fermé, car le réseau était inexistant au fin fond de la forêt
de Brocéliande, sur le terrain privé des druidesses.
— Craig ?
Il jura dans sa barbe d’avoir été surpris en plein moment de
relâchement.
— Des nouvelles, Magnus ?
— Négatif. Les cibles ont réussi à semer nos gars. L’affaire va être plus
compliquée que prévu.
Sam retint un rire hautement ironique.
— Ce vaste bordel est un vrai foutoir. Comment espérais-tu qu’il en
soit autrement ?
L’Écossais blond le jaugea sans rien dire. Samuel détestait quand il
l’analysait ainsi, mystérieux et ne laissant rien filtrer.
— Des nouvelles du clan Lacroix ?
Sam fit signe que non.
— Et de la sorcière ?
Les mâchoires du rouquin se tendirent nettement. Parler de Lou avec
Magnus était une fâcheuse idée que pourtant ce dernier n’abandonnait
jamais.
— Toujours pas, non plus. Mais je te rassure, elle n’est pas libre pour
autant.
Le message était, une bonne fois pour toutes, passé.
Son compagnon afficha un sourire amusé que Sam lui aurait bien fait
ravaler avec un plaisir tout particulier s’il avait pu. Rien que pour se
défouler… L’envie le démangea de plus belle.
Magnus tourna les talons en direction de la bibliothèque dans l’aile des
visiteurs.
Une inquiétude majeure persistait.
Depuis la révélation de la filiation de Lou, beaucoup de choses avaient
changé. La nouvelle avait déclenché énormément de bruits et de rumeurs en
coulisse. Notamment une qui déplaisait et créait une angoisse indescriptible
à Samuel.
On soupçonnait Lou d’être l’enfant de la prophétie, raison pour laquelle
Lily Astings l’avait envoyée dans le clan qui l’avait bannie, afin que son
bébé reste en vie.
Car vu ce que la fille de Garance et Alastair avait vécu, il était évident
que si Lou était restée avec elle, elle aurait dû faire face à un nombre
important d’attentats.
Mais là résidait bien le problème pour le magicien. Peu importe qu’elle
soit adulte et qu’elle soit ou non le sujet principal de la prophétie, Lou
courait un danger de chaque instant, Conti mis à part. Dans son propre clan,
certains chercheraient à la supprimer, peu importe les circonstances…
Il avait néanmoins un mince espoir que la guerre résonnerait chez la
plupart, et donc qu’ils s’abstiendraient au moins pendant un certain temps.
Un petit tintement annonça l’arrivée d’un message texte sur son
téléphone.
Samuel le lut brièvement.
De rage, il tapa du plat de la main sur le mur de pierre, avant de partir à
grandes enjambées.
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