Magie et Héritage ( trilogie terminée ): Tome 3 : Prophétie sacrée (French Edition)
Epilogue
15 ans plus tard
T ous s’étaient réunis dans le hall d’entrée de Dean Castle, avant le départ de Lou et de son fils pour la France.
Samuel la serrait dans ses bras et l’embrassait tendrement.
— Rah, mais bon sang ! Vous ne pouvez pas faire ça ailleurs ? Sérieux,
c’est dégoûtant…
— Ewan, est-ce que tu veux que je t’explique comment on fait les
bébés ?
Le fils regarda son père comme s’il avait perdu la tête.
— Euh non… non… c’est bon…
— C’est bien ce que je pensais, murmura un Samuel satisfait.
— Sam, sourit Lou en secouant la tête.
— Il faut bien qu’il comprenne d’où il vient à l’origine. Il a de la
chance d’avoir des parents qui s’aiment encore plus aujourd’hui qu’au jour
de sa naissance.
— Techniquement, ce n’est pas parce que vous vous aimez que nous
sommes nés. Un bébé peut être conçu sans amour, intervint leur fille.
— Marion, tu sais quoi ? Tu me déprimes ! conclut Ewan, dépité.
Lou ne put s’empêcher de rire sous cape. Ces chamailleries pouvaient
être aussi fatigantes que divertissantes, mais la sorcière ne pouvait
s’empêcher de couver avec fierté son mari et ses enfants.
— Pourquoi je n’ai pas eu de petit frère, hein ? J’aurais au moins eu
quelqu’un avec qui avoir une discussion normale.
Samuel eut un sourire ironique en scrutant sa femme, comme s’il
s’agissait d’un débat récurrent.
— Parce qu’avoir deux enfants issus d’une prophétie nous a largement
suffi ! répliqua Lou, fatiguée rien que d’y penser.
— Sans compter toutes les nuits blanches que vous nous avez fait
endurer. Et ça, crois-moi, c’était loin d’être une partie de plaisir !
Le magicien en parlait comme si c’était hier.
D’un air de ne pas y toucher, Marion haussa une de ses fines épaules.
La jeune femme avait en elle une délicatesse qui lui venait de Lou et Lily.
Elle ressemblait d’ailleurs beaucoup à cette dernière.
— Mamie m’a dit qu’elle vous avait beaucoup aidés à cette période-là,
alors tu en as eu moins que tu le dis, papa.
— C’est vrai, heureusement qu’elle a été là, soupira Lou.
C’était à cette période qu’ils avaient décidé de quitter leur havre de paix
réduit à néant par des cris incessants de nouveau-nés pour s’installer à Dean
Castle. Si Erin et Garance les avaient soutenus, ce n’était rien en
comparaison de Lily qui les avait incroyablement épaulés.
Sa mère biologique s’était impliquée comme elle n’avait jamais pu le
faire pour sa propre fille.
Lou ne savait toujours pas comment elle s’y était prise, mais elle était
parvenue à s’occuper autant de la jeune mère épuisée qu’elle était alors, que
des deux bébés qui faisaient leurs dents.
Ces moments les avaient énormément rapprochées. Lily avait
également créé un lien unique avec ses deux petits-enfants, ce qui
attendrissait toujours autant la mère.
Elle faisait encore et toujours preuve d’une patience et d’une douceur
absolument extraordinaires avec eux.
Lily s’était d’autant plus raccrochée à ses petits-enfants comme à une
bouée de sauvetage quand Garance les avait quittés, il y avait environ dix
ans de cela. Le chagrin était trop grand, la peine si dure à vivre chaque jour
sans son époux…
Une furie rousse débarqua sans prévenir.
— Ewan, Alastair, Claude Craig !
— Pour toi, Ewan suffira, ma petite tata d’amour. Et c’est Lacroix
Craig pour être précis. Je suis un sorcier, pas un magicien.
Isla, hors d’elle, se tourna vers Samuel et Lou, un doigt accusateur
pointé droit sur eux.
— C’est votre faute ! C’est vous qui avez mis au monde un tel
monstre !
La femme regarda son mari dans les yeux et se mordit la lèvre pour ne
pas rire.
Elle fit mine d’être excédée pour le bien de sa relation avec sa belle-
sœur.
— Qu’a-t-il fait, cette fois ?
— Eh bien, figure-toi que cet idiot a coupé ce matin ma réunion en
pleine visio, pour passer les pires photos de moi enfant que ma chère mère
lui a montrées cette semaine. Tous les hommes ont ri ! Et je ne te parle
même pas de ce triple idiot de Magnus.
— Tata, tu parles de ton mari, je te signale, intervint Marion avec un
flegme hérité d’Alastair.
— Peu importe, quand il s’agit de l’Ordre, il n’y a plus de mari et de
femme !
— Isla, tu devrais te calmer un peu, tu es en…
La Grande Maîtresse de l’Ordre s’avança vers Lou, les cheveux
quasiment dressés sur sa tête.
— Si tu parles de la circonférence de mon abdomen qui atteint la taille
de trois baleineaux adolescents, je ne te parle plus jamais de ma vie !
— Tu es à huit mois de grossesse, sœurette. Tu devrais ralentir un peu
le rythme, intervint son frère, en se voulant apaisant.
— Tais-toi, l’incita Isla, à voix basse, en regardant derrière elle comme
si elle craignait que quelqu’un ne les écoute. Si Magnus t’entend, je suis
fichue ! Il veut m’envoyer faire des siestes, tu te rends compte ?
— Ah aye, ça à l’air affreux, tu as raison. Quel mari indigne !
Samuel se moquait sans vergogne de sa sœur comme il n’avait cessé de
le faire toutes ces années.
— Ce ne sera mon mari que quand il aura posé un genou à terre pour
faire sa demande.
Samuel se passa une main sur le visage, l’air proprement exténué.
— Isla, vous vous êtes unis devant la Mère druidesse et Mère Nature, il
y a plus de sept ans.
— Un détail ! s’exclama-t-elle en balayant l’information d’un revers
de main.
Lou attrapa celle-ci au vol et prit, de l’autre, la joue de la future mère
en coupe.
— Respire, Isl’. Je ne pars que quelques jours et je serai de retour bien
avant que ton enfant ne pointe le bout de son nez. En cas d’urgence, j’ai
prévenu Ava de se tenir prête. Elle viendra elle-même mettre au monde
cette petite merveille.
Les larmes envahirent les yeux d’Isla alors qu’elle tentait de se calmer
en respirant.
Si les deux femmes étaient proches quand l’Écossaise était la
protectrice de Lou, le passé n’était rien en comparaison de leur présent. En
vivant sous le même toit, elles avaient passé énormément de temps toutes
les deux. Enfin autant que des enfants et un poste à la tête de l’Ordre le leur
permettaient.
— Ne t’inquiète pas, tata, moi je reste ici, lui rappela Marion d’une
voix rassurante.
C’était l’une de ses plus belles qualités, car la fille de Lou et de Samuel
faisait toujours preuve d’une grande gentillesse et ce avec tout le monde.
— C’est bien vrai, ma filleule d’amour, minauda Isla en attirant sa
nièce, joue contre joue.
— Eh ! mais moi aussi, je suis ton filleul, fit mine de se vexer Ewan.
— Aye, mais elle, c’est ma préférée !
Ils rirent tous de l’indignation sur le visage plein de taches de rousseur
de l’adolescent. Erin avait montré des photos à Lou, évènement à l’origine
de la mauvaise blague de son fils soit dit en passant, et Ewan était le portrait
craché de son père au même âge. De Lou, il ne tenait que le vert de ses
yeux, sans parler du don de télékinésie qu’il n’avait pas encore développé.
Sa mère en ressentait un certain soulagement. Quand il atteindrait ses dix-
huit ans, cela deviendrait alors une tout autre paire de manches. Lou en était
presque douloureusement consciente.
— Allez, mon fils. Prends ton sac et en route.
Samuel jeta le bagage dans les bras du jeune sorcier pour tester ses
réflexes comme il avait l’habitude de le faire. Il entraînait son fils et sa fille
tout comme son père l’avait fait pour Isla et lui, bien que moins durement.
Lou s’en était assurée.
Celle-ci s’appuya un instant contre Sam et le fixa pour intégrer chaque
détail de son visage. Si des petites rides étaient apparues au coin de ses yeux et de sa bouche, son mari était toujours aussi beau que lors de leur
rencontre. Elle-même avait remarqué les effets du temps sur son front et ses
yeux, mais le roux de ses cheveux restait toujours aussi vif. Le couple
effectuait ce petit rituel comme toutes les fois où ils étaient obligés de se
séparer quand ils étaient en mission pour leur clan respectif.
Car tant l’un que l’autre avait respecté sa parole. Ils s’étaient mis au
service de la Communauté et de l’Ordre lorsqu’ils avaient eu besoin d’eux.
Et cela faisait encore beaucoup rire le couple, car leurs deux clans
avaient choisi pour eux un seul et même rôle : celui de médiateur inter et
extraclanique.
— Tu crois que je pourrais devenir Grand Vénérable, maman ?
demanda soudain Ewan, alors que lui et Lou sortaient sur le perron.
— Tu sais bien que non, Ewan. Neila a aboli ce titre depuis plus de
quinze ans. En revanche, tu pourras tenter de siéger au conseil de la
Communauté.
— Comme toi ?
— Comme moi, confirma Lou.
Ewan soupira avec un air renfrogné.
— Ouais, mais ça a l’air chiant.
— Ewan ! Ton langage ! Et parle-moi en français dès maintenant. Ton
accent est encore un peu trop prononcé sur certains mots, on ne comprend
pas tout.
— Oui, mais cette langue est trop compliquée, même si les filles sont
plutôt impressionnées. Ça, c’est le bon côté ! Mais je ne vois quand même
pas à quoi ça sert. Et puis ces réunions qui ont l’air interminables me filent
déjà des boutons. Oui, oui, je sais que c’est pour la paix et que par le passé,
blablabla…
— Ewan, t’es vraiment un idiot ! expira sa sœur, la main sur le front.
— Ewan, t’es vraiment un idiot ! répéta le concerné en singeant sa
sœur.
— On doit te raconter l’histoire combien de fois avant que tu la
comprennes ?
— Ah, mais je n’ai jamais prétendu être aussi intelligent que toi, ma
chère intello de sœur.
Lou soupira à son tour.
— Écoutez, si vous devez vous disputer, faites-le au moins en français,
histoire de vous entraîner. Tous les deux, ajouta-t-elle en appuyant son
regard sur sa fille.
Marion souffla.
— Mamie Lily est en train de m’apprendre l’italien.
— À quoi ça sert ? ronchonna Ewan.
— Tu râles toujours, de toute façon. Papa dit que tu tiens ça de ton côté
mangeur de grenouilles, rétorqua la jeune fille aux cheveux blond vénitien.
Ewan n’eut pas le temps de répliquer. Lou s’en chargea pour lui.
— Ah, ton père dit ça…
Samuel était soudainement fortement intéressé par l’une des pierres de
la porte d’entrée qu’il frictionnait de la main.
— On réglera ça à mon retour, Samuel Craig !
Le regard entendu que le concerné lui renvoya montrait non seulement
combien il ne redoutait pas ce moment, mais l’attendait plutôt avec
impatience.
— Ah ! Lou, Ewan, vous êtes encore là. Nous avons craint de vous
rater de peu.
Erin et Lily venaient d’arriver bras dessus, bras dessous. Elles passaient
elles aussi beaucoup de temps ensemble, à se tenir compagnie.
— Sois prudente, ma fille.
Lou avait fini par concevoir, aussi étrange que cela puisse paraître,
d’avoir deux mères. Et puis grâce au prénom de sa fille, Marion n’était
jamais loin de ses pensées…
Elle hocha la tête vers la femme qui lui souriait tendrement et qu’elle
avait appris à aimer de tout son cœur.
— Comme toujours, maman.
Les deux femmes serrèrent Lou dans leurs bras à tour de rôle, avant
d’aller embrasser Ewan. Isla se joignit à elles. En effet, le jumeau serait
absent pendant un moment. Après leur voyage en France, le sorcier devait
directement rejoindre Beltane afin de débuter son apprentissage avec les
druidesses. Il deviendrait le premier homme à fouler l’île et son dispensaire
sans être un patient. Lou et Ava réalisaient enfin un souhait évoqué lors de
leur retraite commune à Brocéliande, qui avait beaucoup d’importance pour
elles.
Lou et Sam se tenaient côte à côte. Ils regardaient leur famille, qui, sous
leurs yeux, se chamaillait, se tenait dans les bras et s’aimait tout
simplement.
— Si tu en avais l’occasion, tu remonterais le temps pour faire les
choses différemment ? lui demanda sérieusement son mari, les yeux fixés
sur leurs êtres chers.
Une conviction intense et flamboyante serra le cœur de Lou. Ils ne
voyaient Claude qu’une fois l’an, et Jeanne et Marion lui manquaient bien
sûr, mais…
— Jamais !
Fin
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