Magie et Héritage ( trilogie terminée ): Tome 3 : Prophétie sacrée (French Edition)
Chapitre 10
Q uand Lou vit le beau roux qui patientait au bas des marches, un sourire aux lèvres, elle s’élança vers lui, et se jeta à son cou avant de
l’embrasser éperdument.
— T’aurais-je manqué ? demanda Samuel, les bras passés autour de sa
taille.
Pour toute réponse, elle colla à nouveau ses lèvres aux siennes.
— Désolé, je ne pouvais pas entrer sans invitation.
— Techniquement, tu es déjà sur notre territoire, donc entré sans
invitation.
Lou le taquinait, mais il n’en restait pas moins que c’était une réalité.
— Rentre, fit-elle en le tirant par la main.
— Non, je ne peux pas. Je suis censé repartir tout de suite. Ma mission
était d’accompagner les deux femmes Astings et de faire en sorte qu’elles
arrivent saines et sauves ici.
Lou haussa les épaules.
— Mission accomplie. Maintenant, tu entres avant de vexer le nouveau
pouvoir en place pour avoir refusé une invitation officielle.
Samuel haussa les sourcils, ironique.
— J’aurais peut-être dû laisser Alicia les escorter, comme c’était
initialement prévu…
Lou ouvrit des yeux horrifiés.
— Oh, mon dieu, merci de nous avoir évité cette épreuve ! Ta surprise
est tellement plus divertissante !
— Divertissante ? s’étonna Sam.
— Tu sais ce qu’on dit des femmes dans leur second trimestre ? lui
murmura-t-elle au creux de l’oreille pour éviter toute indiscrétion.
— Non, je t’avoue qu’avant aujourd’hui, je ne m’étais jamais vraiment
intéressé à tout ça…
— Alors pour que je te l’explique, il te faudra rester et attendre ce soir.
La lueur qui se refléta dans son regard démontrait qu’il commençait à
percuter et surtout à se laisser tenter par l’idée.
Autant dire que lorsqu’ils pénétrèrent tous les deux dans le manoir, des
sorcières, qui étaient attroupées là, furent à deux doigts de tourner de l’œil.
— Nous nous voyons tout à l’heure, mesdames.
Elle tira Samuel dans les escaliers. Celui-ci faillit tomber car il
observait chaque détail du manoir à sa portée, le nez levé.
— Tu auras le temps de visiter pendant notre réunion de cet après-
midi.
— Tu veux parler de la réhabilitation de Garance et Lily au sein de la
Communauté ? demanda Samuel, soudain aux aguets.
Lou hocha la tête en ouvrant la porte de sa chambre.
— Comment as-tu réussi cet exploit ?
— Mon talent de persuasion, crâna-t-elle avec un haussement
d’épaules.
Ils rirent tous les deux.
Que c’était bon de le revoir après ces trois mois loin l’un de l’autre.
Enfin à deux, sans personne pour les espionner, Samuel s’approcha
d’elle avant de s’agenouiller.
— Comment va le bébé ? Comment allez-vous tous les deux ?
murmura-t-il, prudent.
Il avait raison. Avec toutes ces personnes présentes, on ne savait jamais
si des oreilles indiscrètes traînaient par-ci ou par-là.
— Nous allons bien, le rassura Lou sur le même ton. Je suis quand
même très fatiguée et j’ai dû mal à manger. Ce qui, comme tu le vois, me
donne un avantage non négligeable pour continuer de dissimuler ma
grossesse.
Samuel fronça le regard en la fixant un long moment sans parler. Puis,
toujours à terre, l’homme qu’elle aimait enfouit son visage dans son ventre
encore plat. Elle passa les mains dans ses cheveux ébouriffés.
— Tu m’as tellement manqué, Sam.
Samuel se recula avant d’éclater d’un rire ironique.
— Quoi ?
Perplexe, Lou s’étonna de sa réaction.
— Si tu savais à quel point j’ai dû négocier pour venir à la place d’un
membre de l’Élite…
Il secoua la tête avec ironie. Lou posa ses deux mains sur les joues de
Sam et s’approcha de sa bouche.
— J’espère que tu n’as pas eu à faire trop de concessions, mais je suis
heureuse que tu les aies faites.
— Je me fiche de tout ce qui n’est pas nous.
Lou caressa la peau râpeuse d’une barbe de quelques jours sous ses
doigts.
— Je t’aime, reprit l’homme avant de combler la distance entre eux.
Lou répondit à son baiser en se laissant peu à peu aller contre lui.
Bientôt, allongée par terre sur la moquette moelleuse, elle soupira,
apaisée.
L’amour de sa vie était près d’elle, ni mal de tête ni nausée ne venait
perturber le moment.
— J’ai envie de toi, marmonna Samuel dans son cou.
— Ça tombe bien, c’est exactement ce que je sous-entendais avec le
second trimestre de la grossesse, rit Lou.
Samuel, ses cheveux roux en bataille, lui adressa un sourire
diaboliquement sexy avant de fondre sur elle.
Lou se réveilla en sursaut. Elle râla quand elle entendit des coups
frappés à sa porte.
— La rançon de la gloire, ronchonna une voix à côté d’elle.
Elle sourit paresseusement.
— Oui, mais j’aimerais qu’ils m’oublient juste une journée.
— Pour profiter de moi, la taquina Samuel.
— Non, s’exclama Lou. Pour dormir !
Ils éclatèrent de rire comme les deux jeunes gens qu’ils étaient malgré
les circonstances. Les coups se firent à nouveau entendre. La sorcière les
avait presque oubliés.
— Mince, fit-elle en se levant précipitamment. J’arrive !
Lou se leva de son lit dans lequel ils s’étaient réfugiés une heure plus
tôt, transis de froid.
Elle avait attrapé le drap pour entourer son corps dévêtu.
— Eh ! s’offusqua la magicien, nu comme un ver.
Lou lui envoya un baiser du bout des doigts avant d’ouvrir la porte.
Et là, devant elle, se dévoila à ses yeux une scène tellement étrange
qu’elle ne savait que penser.
Lily Astings la fixait de haut en bas. Celle-ci leva délicatement un
sourcil qui notait l’incongruité de la situation.
Se faire surprendre au lit avec son amant par sa… mère biologique dont
on venait d’apprendre l’existence… Voilà une situation d’une nature assez
absurde !
— Oui ?
Son ton était clairement à la limite de l’insolence. Sa carapace venait de
se remettre en place d’un coup. Elle n’avait qu’une seule mère et il
s’agissait de Marion Lacroix.
— Des personnes du groupe de Hilde viennent d’arriver. Il y a son
petit-fils dans le lot si j’ai bien compris, expliqua Lily.
— Son neveu, pas son petit-fils, la corrigea Lou.
— Ah… mon allemand est un peu rouillé, désolée…
Lou tenta un sourire aimable sans plus grand succès qu’une grimace
peu convaincante.
— Très bien, j’arrive. Autre chose ? insista la sorcière rousse, comme
la femme en face d’elle restait plantée là.
— J’aimerais te parler avant que nous repartions, lui demanda-t-elle
d’une voix de velours.
Lily Astings était une femme douce avec l’allure d’une reine. Elle
devait avoir éveillé le désir de bien des hommes sur son passage.
— Nous ferons au mieux, mais malheureusement, j’ai peu de temps à
ma disposition.
Lily laissa son regard errer dans la pièce avant de revenir sur Lou. Cette
dernière resserra les pans de son drap dans son poing. Elle refusait de se
sentir gênée d’avoir accordé du temps à Sam et pas à elle. Elle avait des
priorités bien définies dans sa tête. De plus, si elle voulait être réellement
franche avec elle-même, la Grande Vénérable devait s’avouer qu’elle
redoutait cette confrontation plus que tout.
Elle aurait certainement préféré se retrouver à nouveau la tête au-dessus
des toilettes à cause de cette potion que sa grand-mère lui avait fait
ingurgiter quand elle avait débuté sa formation ici plutôt que de vivre ce
face-à-face.
Jeanne…
Pourquoi n’était-elle pas restée pour l’épauler dans ce nouveau rôle qui
lui semblait bien trop grand pour elle ?
Pourquoi…
— Je descends dans deux minutes.
Sur ce, elle claqua la porte au nez de Lily. L’émotion la submergeait.
Elle refusait que la personne à l’origine d’une partie de son mal-être en soit
témoin.
— Lou, soupira Samuel en la rejoignant, tu devrais faire…
— Faire quoi ? l’agressa Lou. Un effort ? C’est ce que tu allais me
dire ? J’ai perdu ma mère pour apprendre quelques minutes plus tard qu’elle
ne l’était pas et qu’il s’agissait en réalité d’un don d’enfants entre cousines !
Je passe trois mois à faire mon deuil pour qu’à mon retour ma grand-mère
qui, après m’avoir presque dit qu’elle m’aimait, me plante là avec une
guerre et tout un clan à diriger ! Et tu voudrais me dire ce que je dois faire,
Sam ? Pour ça, il faudrait que tu te mettes un instant à ma place et que tu
saches ! Et je ne te parle même pas de ces fichues hormones qui me grillent
les neurones et les nerfs. Le tout dans le plus grand des secrets, ricana-t-
elle, désespérée.
Samuel resta silencieux. Il la scruta sans ajouter un mot.
Lou, les bras ballants, finit par se laisser tomber au sol, le dos courbé et
les larmes dévalant ses joues.
Son compagnon s’assit derrière elle et la ramena dans ses bras. Elle se
laissa aller contre lui, pleurant de tout son saoul.
Lou mit finalement plus que quelques minutes avant de descendre les
escaliers du hall. Elle s’était habillée et était passée par la salle de bains
pour effacer sa mine ravagée par la tristesse.
Elle s’approcha des deux personnes qui patientaient près de la porte,
entourées de protecteurs.
— Bonjour, Wolfgang. Bonjour, Neila.
La sorcière aux cheveux violets la regardait étrangement. Lou, un peu
gênée par l’examen visuel qu’elle subissait, s’éclaircit la gorge avant de poursuivre.
— Merci à vous d’être venus. Je vous en suis très reconnaissante.
— Es-tu réellement reconnaissante que nous soyons venus, ou attends-
tu plutôt de l’aide de notre part ?
Neila, incisive et perspicace, revenait en force dans toute sa singularité.
— Pour être honnête, les deux. Je vous ai choisis parce que je vous fais
confiance.
— Mais te faisons-nous confiance ? Là est peut-être la question…
Wolfgang rougissait de plus en plus au fur et à mesure que les mots
s’échappaient des lèvres de sa voisine.
— Neila, arrête s’il te plaît ! Laisse la Grande Vénérable nous parler.
La sorcière d’origine indienne regarda celui qu’elle aimait avant de
hausser les épaules.
— Justement, il serait intéressant de savoir comment Lou, qui ne
désirait pas plus que ça ce poste, a conspiré pour l’avoir…
Lou inspira puis expira avant de répliquer à l’attaque dirigée contre
elle.
— Tu as l’air d’être fâchée, Neila. J’ignore pourquoi, mais si,
toutefois, il te venait l’envie d’en parler, n’hésite pas. Je ne peux pas te
cacher que j’ai d’autres chats à fouetter que de trouver les réponses à des
devinettes hors de ma portée.
Bon, pour le calme, on repassera… Foutues hormones !
— Wolfgang, je pense que Hilde t’a un minimum briefé. Il faudrait que
tu poses l’installation le plus rapidement possible. Une connexion sécurisée
et d’une discrétion absolue relève, à ce niveau, de la nécessité. J’ai
également besoin que tu envoies tous tes copains hackers sur le terrain.
Toutes les sorcières doivent en être munies.
Le protecteur grimaça.
— Je suis désolé, Grande Vénérable, mais...
— Wolfgang ? Arrête avec tes « Grande Vénérable » où je te fais
fouetter en place publique.
L’Allemand, les yeux exorbités, hocha la tête. Neila continuait de la
scruter sans dire un mot.
— Désolée, soupira Lou. C’était une blague de mauvais goût… Cette
pression constante me fait dire n’importe quoi. Appelle-moi simplement
Lou, s’il te plaît… Tu disais ?
— Donc… hum… tous mes amis hackers ne sont pas issus du monde
magique. Ils n’en savent rien, en fait.
— Comment as-tu fait lors de mon séjour en Allemagne pour dénicher
tes infos ? s’étonna Lou.
— Eh bien, je leur donnais des directives très strictes, comme des
recherches de téléphones, etc., rien qui puisse nous mettre en cause.
La Grande Vénérable sourit. Elle le savait ingénieux, et Wolfgang le lui
confirmait sans aucun doute.
— Très bien, débrouille-toi pour en faire de même cette fois-ci. Nos
sœurs seront informées de cette possibilité et devront dissimuler tout ce qui
pourrait être compromettant quand ils viendront. Nous avons juste besoin
que tu nous assures de leur discrétion.
— D’accord, confirma l’homme en face d’elle.
Lou prit une respiration et formula un mantra d’encouragement pour
elle-même, avant de se tourner vers Neila.
— Je t’ai désignée comme mon second. Je ne peux malheureusement
pas te laisser le loisir de refuser.
— Il s’agit donc d’un ordre arbitraire.
— Tout à fait, assuma Lou. J’ai besoin de toi pour gérer la
coordination de tout cela.
— Pourquoi moi ?
— Car je te fais confiance et parce que je suis persuadée que tu ne me
laisseras jamais rien faire qui ne soit pas dans l’intérêt de la Communauté.
L’Allemande aux cheveux violets hocha la tête, visiblement convaincue
par son plaidoyer.
— D’accord, Grande Vénérable. Je suis ta seconde.
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