Magie et Héritage ( trilogie terminée ): Tome 3 : Prophétie sacrée (French Edition)
Chapitre 14
C ’était comme si les fondations mêmes du manoir avaient tremblé jusque dans les entrailles de la Terre.
Une alarme, dont Lou ne connaissait même pas l’existence, retentit.
— Nous sommes attaquées, Grande Vénérable.
Le brouhaha avait repris de plus belle.
— Wolfgang, coupe toutes les communications. Maintenant ! Protège
nos données. Je crains que ce soit une diversion pour hacker nos
connexions.
— Je suis dessus.
— Mets ton équipe sur le coup. Hilde et Lucia, restez auprès de lui.
Personne ne doit l’atteindre.
Si certaines furent choquées qu’un protecteur devienne le protégé,
aucune n’en dit rien.
— Neila, viens avec moi. Il est hors de question que ces chiens de
Satan restent une minute de plus sur la terre de mes ancêtres.
Lou ressentait une fureur dévorante l’envahir.
Néanmoins, elle n’avait pas encore atteint les lourdes portes de bois du
sanctuaire que celles-ci furent soufflées par une déflagration.
La jeune femme et sa seconde se retrouvèrent brutalement projetées au
sol.
Mirabella se précipita sur elle pour la protéger d’un jet de potions. La
sorcière hurla de douleur. La préparation s’étalait dans son dos, causant une
importante brûlure.
— Ça va ? Mirabella, réponds-moi !
La sorcière gémit en hochant la tête.
— Merci. Reste-là, je m’occupe d’eux.
Neila aida Lou à se relever, alors qu’une sorcière entre deux âges
courut à la rescousse de celle qui avait aidé la Grande Vénérable.
Lou repartit en direction des escaliers. Tous les agresseurs semblaient
être remontés après l’explosion des portes et l’attaque ciblée contre la
sorcière rousse.
Cette dernière remonta les marches au pas de course avant de
subitement se stopper, tendant le bras pour éviter à Neila de monter. Ce
faisant, elle faillit se couper avec la lame que celle-ci tenait à la main.
— Quoi ? s’étonna-t-elle.
— C’est ce qu’ils attendent… Je suis sûre qu’ils patientent pour nous
neutraliser à la porte sculptée. Ils utilisent la technique du terrier enfumé
pour faire sortir les animaux.
— Du coup, je suppose que tu nous compares à des lapins ?
La question de sa seconde la décontenança. Sacrée Neila… même dans
ce type de moment, elle avait toujours la pensée désopilante, mais
néanmoins pertinente.
— Faisons en sorte d’être plutôt des renards, sourit-elle avec un clin
d’œil. Ne leur laissons pas le temps de réagir ni de réfléchir.
Neila sortit trois couteaux supplémentaires de ses poches.
— Grand sage a dit : soit toujours prévoyant alors la surprise ne te
rattrapera jamais, puisque c’est toi qui la créeras, déclara-t-elle comme un
mantra en réponse à l’étonnement de Lou qu’elle soit autant armée.
— On est d’accord que tu viens de l’inventer ? lança la Française par-
dessus son épaule en reprenant l’ascension des marches deux par deux.
— Évidemment !
Elles s’élancèrent comme deux folles au-devant du danger, bientôt
suivies par les sorcières pouvant se battre.
Lou utilisa l’air de sa télékinésie pour repousser et surprendre ceux qui
les attendaient. Un couteau vola juste au-dessus de sa tête dans un ballet
presque hypnotisant. Quand il atteignit sa destination, un cri se fit entendre.
Lou évalua la situation. Le hall d’entrée était dévasté. C’était ici que
l’explosion avait retenti, au vu des murs noircis. Seule la console, excentrée
sur la gauche, tenait encore debout. Les combats faisaient rage dans l’entrée
entre les protecteurs et les assaillants.
Lou laissa Neila gérer la situation pour se précipiter dans la cuisine où
elle découvrit Isabelle, étalée dans une flaque de sang. Elle vérifia son pouls et fut soulagée d’en sentir un sous son index et son majeur. La cuisinière
était assommée et salement amochée.
— Je reviens, Isabelle. Je te le promets.
Lou se précipita dans la réserve d’urgence du manoir. Des potions
étaient préparées et renouvelées au besoin pour la sécurité de la propriété.
Lou savait qu’elle pouvait compter sur l’intendante pour maintenir les
stocks à jour.
Quand elle ressortit, elle en distribua quelques-unes avant de repartir au
cœur de la bataille.
Pour qui se prenaient-ils pour oser l’attaquer dans sa propre maison ?
Son regard se porta sur un magicien qu’elle pensa reconnaître. Elle était
certaine de l’avoir déjà vu. Oban ou Rome ? Telle était la question…
Elle plongea soudainement derrière la console du hall quand une des
gouttes de cristal du magnifique lustre, qu’elle-même avait détruit une fois,
explosa. D’un geste de la main, elle protégea toutes les personnes exposées
aux éclats.
Elle se releva et repartit vers l’homme reconnu. Imprudente, elle ne vit
pas qu’une attaque arrivait sur sa gauche.
Pour sa défense, tout ce champ de bataille n’était qu’un chaos complet
avec les sorcières et les protecteurs qui défendaient le manoir de leurs
assaillants.
Elle n’eut le temps de voir qu’un éclair blond reconnaissable entre
mille.
— Lily ! s’exclama-t-elle.
Et le moins qu’elle pouvait dire, c’est que sa génitrice savait se battre.
Elle stoppa en vol celui qui voulait poignarder Lou, en lui donnant un coup
dans la glotte avant de l’amener au sol. À l’aide de sa télékinésie, elle lui
désarticula brusquement le cou.
Lou grimaça. Cela avait le mérite d’être… définitif…
— Qu’est-ce que vous faites là ? lui hurla-t-elle.
— Je te protège.
Ce fut la seule explication à laquelle elle eut droit avant que tous leurs
ennemis se dirigent en même temps vers elle.
Leur mission était donc claire. La supprimer.
Elle se mit dos à Lily Astings. Elles se protégèrent alors mutuellement
de toutes les attaques qui arrivaient de chaques angles possibles et imaginables.
— Bon sang, mais combien sont-ils ?
— Autant que nécessaire pour t’atteindre et tuer la nouvelle Grande
Vénérable.
Lily venait donc de confirmer sa conclusion de la situation.
Elles continuèrent à repousser les attaques et les jets de fiole à un
rythme soutenu. Sans leurs alliés, elles auraient certainement été dépassées.
Un magicien, grâce à un sort qu’elle n’avait pas vu venir, la fit atterrir
sur le dos.
Le souffle coupé par la douleur, Lou ne parvenait plus à respirer. Lily
se rua vers elle en se rendant compte de sa situation, lui évitant un état bien
pire.
Elle créa alors un halo protecteur, comme Jeanne l’avait fait une fois,
au tout début de son initiation.
— Il faut en capturer un.
Ce faisant, la Grande Vénérable se redressa, s’aida de son pouvoir pour
venir plaquer au sol un des agresseurs qui se trouvait à quelques mètres
d’elle. Toujours avec sa télékinésie, elle lui ramena les bras dans le dos et le
traîna jusqu’à leur bulle protectrice, que Lily leva un instant.
— Qu’est-ce que vous faites là ? Comment avez-vous réussi à percer
nos défenses ? Pourquoi attaquer précisément maintenant ?
Le détenu, la face à moitié écrasée par terre, la regardait avec des yeux
remplis de haine. Lou savait pertinemment qu’elle n’obtiendrait pas de
réponse maintenant.
Elle se rassura en se disant qu’elle lui extorquerait les informations
préalablement demandées d’une manière ou d’une autre.
Les protecteurs, aidés des sorcières, commencèrent à prendre
l’ascendant sur ces traîtres infiltrés.
Lou n’en était pas sûre, mais il lui semblait qu’à l’extérieur également
le combat faisait rage.
Elle crut être victime d’hallucinations quand elle vit Neila entrer en
action avec ses couteaux. Sa seconde lançait ses lames avec une telle
précision que chacune d’entre elles touchait sa cible dans une sorte de strike
morbide.
L’Allemande était formée au combat et à la défense de haut niveau, cela
ne faisait pas le moindre doute.
— Lou !
L’alerte de Lily ramena la jeune femme à l’instant présent et au fait
qu’elle avait relâché sa vigilance sur son prisonnier. Celui-ci en avait profité
pour ingurgiter quelque chose, sûrement un poison, puisque sa bouche
écumait une bave mousseuse absolument immonde.
— Putain !
La rage gagna la jeune dirigeante. Elle se leva complètement et eut
juste le temps de souffler à Lily.
— À terre.
Et de nouveau, elle exulta en lâchant la bride à son pouvoir dans un
souffle qui renversa amis comme ennemis. Un sentiment libérateur l’emplit
pleinement. Elle fut désolée pour ceux de son camp, mais ses ennemis
devaient comprendre qu’ils ne pouvaient pas entrer en toute impunité sur
son domaine et se croire en territoire conquis.
— Capturez-en le plus possible, ordonna-t-elle.
Malheureusement, les protecteurs étaient plus sonnés encore que les
sorcières, qui peinaient pourtant, elles aussi, à se relever.
Leurs ennemis profitèrent du chaos environnant pour battre en retraite
et s’enfuir.
Lou décida de les poursuivre, malgré la sensation de fatigue qui la
rattrapait.
Quand elle arriva sur les premières marches du perron, elle dut lever un
bras au-dessus de ses yeux pour se protéger du soleil. Les couards fuyaient
par les bois et non par le chemin menant à la sortie du domaine.
Elle ne parviendrait pas à les rejoindre pour les arrêter. Surtout qu’elle
voyait certains de ses hommes partir sur leurs traces. Elle espérait que l’un
d’eux parviendrait à en appréhender au moins un.
Lou, toujours en proie à une colère froide, rentra pour évaluer les
dégâts.
Le hall n’était plus que l’ombre de ce qu’il avait été auparavant. Cela
lui donnait envie de pleurer. La sensation de ne pas être à la hauteur par
rapport à Jeanne s’infiltra insidieusement en elle, comme le venin d’un
serpent hautement mortel.
Elle refusa néanmoins de se laisser abattre devant ses sœurs et les
protecteurs. Sa Communauté comptait sur elle. Ce n’était pas le moment de
baisser les bras.
— Que tous les protecteurs valides fouillent deux à trois fois chaque
pièce du manoir. Assurez-vous qu’aucun intrus ne se trouve encore dans le
château. Qu’une ou deux de mes sœurs aillent s’occuper d’Isabelle. Elle a
besoin de soins dans la cuisine. Et que quelqu’un aille me chercher
Wolfgang ! Je veux un rapport dans une heure de chaque situation.
Exécution !
Lily se rapprocha d’elle alors que l’entrée et le manoir reprenaient vie
sur les ordres de Lou.
La jeune femme interrompit néanmoins la fille Astings d’une main
impérieuse.
— Nous ne pouvons pas parler en toute sécurité. Qui sait ce qu’ils ont
implanté ici pour nous nuire.
Elle décida finalement de descendre elle-même dans le sanctuaire, non
sans avoir pris la précaution de remettre des sentinelles en faction devant
l’entrée du manoir, accompagnées de deux sorcières armées jusqu’au cou de
potions défensives.
Avant de fermer la porte couverte d’arabesques, elle tonna une dernière
mise en garde :
— Nous passons en état d’urgence ! Il ne sera levé que quand tout
risque imminent pour le manoir aura été écarté.
— Wolfgang, vérifie chaque pièce de ce manoir, pour t’assurer qu’il
n’y a aucun dispositif de surveillance ou d’écoute qui a été mis en place. Je
suis certaine que ces salopards de traîtres ont prévu une solution de repli, au
cas où ils ne pourraient pas m’atteindre.
— Très bien, Lou.
Wolfgang était livide. Il gardait le nez plongé dans son ordinateur et
pianotait à toute allure.
Lou avait fait quitter la pièce à Hilde et Lucia pour se retrouver seule
avec le geek et Lily.
— Comment cela a-t-il pu arriver ? se désespéra-t-elle.
— Je ne sais pas…
Le neveu d’Hilde était très tendu. La situation le déstabilisait, même
s’il tentait de le cacher.
— Il faut que tu trouves la faille système qui a permis un tel désastre
aujourd’hui, Wolf. Cela ne peut pas se reproduire. Or, tant qu’on ne sait pas
le pourquoi du comment, ils pourront recommencer potentiellement
indéfiniment. Et si ce n’est pas ici, ce sera ailleurs…
Le protecteur hocha la tête, muet.
— Tu réfléchis mal, Lou.
La jeune femme haussa les sourcils en se retournant vers la troisième
personne présente dans la pièce.
— C’est-à-dire ?
— Je ne suis pas sûre que la défaillance technique soit justement
technique. Je pense qu’il s’agit d’une défaillance humaine plutôt.
— Des traîtres ?
— Oui, et plus exactement des traîtresses, précisa Lily. Que faisiez-
vous avant d’être attaqués ?
— Une réunion avec toutes les personnes reliées au réseau que
Wolfgang et ses amis ont mis en place à travers le monde, en un temps
record.
— Donc toutes les sorcières étaient au courant de cette réunion ?
— Oui.
— Voilà votre faille. Attaquer pendant un moment d’inattention et de
vulnérabilité.
Lou ferma les poings, ses ongles rentrant dans ses paumes à les faire
saigner.
Pourquoi ses sœurs voulaient-elles saboter le navire ?
Après cette attaque, elle n’était pas sûre que tous les changements
qu’elle essayait d’apporter parviendraient à modifier le cours des choses…
— Wolfgang, peux-tu remonter pour vérifier les pièces ? Le sanctuaire
est la seule pièce dont je ne doute pas de l’intégrité.
L’homme obtempéra sans demander son reste.
Il devait ressentir la même culpabilité que Lou à cet instant, bien qu’ils
n’aient pas les mêmes responsabilités tous les deux.
— Que faites-vous là ? demanda durement la Grande Vénérable, en se
tournant vers Lily.
— Je te protège, se contenta de répéter la concernée.
Lou chercha quoi répondre à ça, sans succès. Elle lui aurait bien
répliqué qu’elle n’avait pas besoin d’elle, mais la situation venait
exactement de lui prouver le contraire.
— Je veux dire, pourquoi n’êtes-vous pas à Londres ?
Mutine, Lily l’observa sans faire mine d’ajouter quoi que ce soit.
Lou soupira en se détournant d’elle. Elle réfléchissait déjà aux
conséquences de cette attaque, quand la réponse la surprit :
— J’avais le pressentiment que les Conti allaient manœuvrer contre
toi. Cela fait plus de trois mois maintenant qu’ils n’ont pas tenté quoi que ce
soit. Je savais que ta nomination et tous les changements que tu apportes les
feraient réagir. Sans compter les traîtresses dans nos rangs.
La sorcière fut étonnée. C’était la première fois que la fille de Garance
parlait autant.
— Tu sais qui elles sont ?
Lily secoua la tête en baissant les yeux vers le sol.
— Non, leurs coups sont parfaitement montés. Il est difficile de les
débusquer. Même pour moi. Et pourtant, je suis une chasseuse.
— Comme une chasseuse de prime ? lui demanda d’expliciter Lou.
Lily se contenta de confirmer d’un clignement des yeux.
Alastair avait beau avoir l’aspect d’un gentil et sage vieux monsieur,
quel père était-il pour envoyer sa propre fille faire ce type de mission ?
— Je sais ce que tu te dis, mais la réalité n’est pas si simple ni comme
on la voudrait. Mes parents ont fait ce qu’ils ont pu. Ils ont souvent dû
m’éloigner pour me protéger. J’ai vécu une vie de cavale infernale depuis
mon enfance. Et puis le temps de la rébellion est venu. J’ai alors décidé de
passer de proie à chasseur, pour ne plus jamais subir.
— Tu fais endurer ce que toi tu as toi-même vécu…
Lou, dans ses pensées, n’avait pas réalisé qu’elle était passée au
tutoiement depuis un petit moment.
Lily lui lança un regard en coin que la jeune femme ne sut interpréter.
— Oui, mais la différence, c’est que ceux que je cible ne sont pas
innocents.
— L’es-tu encore toi-même ?
La question aurait pu paraître insolente, mais elle relevait d’une vraie
interrogation sur la morale.
— Tu as raison. La vie nous transforme parfois en notre pire
cauchemar. Et pourtant, je sais très bien que si je n’étais pas devenue qui je
suis aujourd’hui, je ne serais clairement plus là pour t’en parler.
Lou hocha la tête. Rien n’était décidément blanc ou noir. Plutôt dans
d’infinies nuances de gris.
— Qu’est-ce que tu comptes faire ?
Lily la regarda de son doux sourire habituel. Lou parvenait
difficilement à la voir, elle et ses traits angéliques, comme une tueuse. Tout
respirait l’élégance et la délicatesse chez cette femme de haute stature.
— Un arbre peut dissimuler une forêt. Je vais donc rester dans le coin.
Au cas où… La prudence est non seulement de mise, mais surtout mère de
sûreté.
Les jours suivants passèrent. Le calme revint à la Malassise. Wolfgang
travaillait d’arrache-pied pour renforcer la sécurité au manoir, mais aussi
celle de l’informatique. Il tentait également, avec son équipe, de dénicher
des indices sur les potentielles traîtresses, sans grande réussite pour
l’instant…
Les sorcières étaient quasiment toutes retournées chez elles, après les
derniers évènements, laissant pour la première fois le silence retomber dans
la maisonnée.
Lou passait son temps dans son refuge. Parfois, Wolfgang travaillait
avec elle dans son bureau, mais la plupart du temps, elle s’y retrouvait
seule, au calme.
La Grande Vénérable peinait à canaliser toutes ses émotions. Sa colère
pouvait se transformer en rage si elle n’y prenait pas garde, et sa solitude en
sentiment d’abandon. Il fallait donc qu’elle redouble de vigilance et de
contrôle. L’isolement l’y aidait la plupart du temps, bien que l’inquiétude et
l’angoisse la rattrapaient souvent.
À part l’Allemand, Neila, Hilde et Lucia étaient les seules à être
restées.
Sa seconde ne lui avait pas reparlé du fait qu’elle ait découvert sa semi-
trahison. Lou attendait que le premier pas vienne d’elle. De son côté, elle n’avait pas grand-chose à ajouter.
— Neila, peux-tu t’occuper de la diffusion du contrat de destitution en
cas de non-tenue des termes à toute la Communauté ? Je viens de le relire et
le signer.
— Si deux et deux font bien quatre, je pense que je peux le faire.
Lou se retint de justesse de lever les yeux au ciel. Travailler avec Neila
présentait bien des défis par certains côtés. Elle pouvait se montrer aussi
drôle et sérieuse que déconcertante et crispante. Mais Lou l’avait choisie
exactement pour ces raisons-là.
— Lou, un protecteur de l’entrée nous informe qu’une voiture
autorisée a pénétré dans la propriété, la prévint Wolfgang, lui aussi présent
dans la pièce avec les deux jeunes femmes.
— Ah, euh… très bien. On en sait plus ? Je ne savais pas que nous
attendions quelqu’un… s’étonna-t-elle.
— Ce n’est pas le cas, confirma la sorcière d’origine indienne.
Lou soupira et s’avança vers la porte pour laisser les deux amoureux
ensemble. Et peut-être également s’éloigner de Neila.
— Ah ! Lou, tu m’avais demandé de te prévenir de toute information
suspecte ?
La main sur la porte, le corps à moitié à l’extérieur, cette dernière hocha
vaguement la tête.
Lou ne pouvait empêcher son estomac de se tordre quand quelqu’un de
son entourage commençait une conversation comme cela. C’était,
généralement, le début des ennuis.
— Des sorcières nous ont dénoncé la désertion de certaines des leurs.
La Grande Vénérable fronça les sourcils.
— En est-on sûrs ?
Wolfgang haussa vaguement les épaules, l’air désolé.
— Certaines d’entre elles sont parties d’ici, sans rejoindre les sœurs du
même secteur qu’elles et elles ne répondent pas à leurs appels.
— Kidnapping ? Un coup des Conti ?
— Leur carte de crédit est toujours active… Avec, notamment, un
billet pour la Sardaigne, juste à côté de l’Italie, et un retrait important de
liquide…
Lou jura dans ses dents.
— Des noms ?
Neila restait silencieuse pendant leur échange tendu.
— Je ne suis pas sûr que tu les connaisses toutes, mais dans celles qui
venaient de quitter le manoir, il y a Asmodée…
Lou accusa durement le coup. Elle s’était montrée si gentille et
bienveillante.
— Ces traîtresses ne sont pas nos priorités. Poursuis ton travail,
Wolfgang. Et merci à tous les deux pour votre aide. Je n’y arriverais pas
seule.
Et ce n’était que la vérité. Lou ne les laissa pas répondre à ce qu’elle
venait de dire et s’éloigna pour aller à la rencontre de ses visiteurs
imprévus.
Le hall avait été remis en état tant bien que mal. Le manoir garderait
cependant à jamais les stigmates de l’attaque qui s’était déroulée entre ses
murs.
Lou n’eut pas le temps d’atteindre la porte d’entrée que celle-ci
s’ouvrit.
— Rosita ?
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