Miroir

Alick · Chapitre 1 sur 39

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Miroir

I - Prologue :

I

 

PROLOGUE :

 

MIROIR

 

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L’effet papillon…

 

Désignation d’une théorie scientifique ou divagations orientées d’un auteur en manque de sensations ? En dépit d’un goût certain pour l’ésotérisme et les sciences divinatoires, il n’avait jamais cédé à l’irrésistible appel du côté fantastique de cette notion.

Pourtant, force était de constater cet indiscutable résultat.

Vingt-quatre heures après son dernier article, cette chance insolente s’offrait à lui comme un dû, un remboursement divin récompensant le dur et long chemin parcouru jusque-là.

Posée sur son bureau en désordre, l’enveloppe brune contenait LE scoop de ce printemps 2006.

― Pourquoi tu fais cette tête ?

Le sortant de sa torpeur, la voix de Judith s’éleva dans la pièce. Alors, le brouhaha l’envahit à nouveau. Les ordres hurlés au-dessus des demandes anarchiques, les allées et venues incessantes entre les box et le bureau de la rédaction, les fax crachant leurs dernières minutes, les téléphones sonnants tous azimuts, le bruit des claviers martelés, les portes qui claquaient, bref, la vie normale d’un local de presse.

― Va nous chercher deux cafés et je te raconte tout.

Son air était si intense, si pénétré de gravité qu’elle ne chercha pas à en savoir davantage. Ils travaillaient ensemble depuis plus de trois ans. Elle savait qu’elle pouvait lui faire confiance.

Ce n’était pas dans ses habitudes de faire du mystère au rabais.

Le contenu de cette enveloppe était important ; elle en voulait pour témoignage son état extatique et médusé.

Bien plus que de simples collègues, ils partageaient quelques aventures charnelles n’ayant jamais véritablement conduit à un statut de couple. La situation leur convenait à tous deux et ils ne trouvaient, ni l’un ni l’autre, à y redire ; bien qu’à plusieurs reprises, la jolie brune ait tenté de lui glisser l’idée d’une liaison officielle et stable.

De retour avec les boissons chaudes, Judith ferma la porte avant de le rejoindre.

― Court, deux sucres. Comme tu l’aimes.

― Merci, papillon, dit-il en se levant.

Alors, il la prit dans ses bras et l’embrassa tendrement, se délectant de ses lèvres charnues en coulant sa main dans sa longue chevelure.

― Que se passe-t-il ? Tu commences à m’inquiéter sérieusement ! dit-elle d’un ton plus élevé qu’elle ne l’avait voulu.

― Rien, je voulais juste célébrer notre promotion avec un peu d’avance.

En obliquant un regard vers le bureau, Judith fit le lien entre l’enveloppe et le sourire qui se dessinait sur le visage de son amant tandis qu’il la fixait.

Elle lui rendit son sourire et ajouta.

― Wascator est au courant ?

― Non, je t’en fais l’exclusivité et nous réfléchirons ensemble à la manière de lui présenter la chose.

Jan Wascator était le directeur de la rédaction.

D’un dynamisme insoupçonné en dépit d’une corpulence trapue, ce quinquagénaire à l’instinct infaillible régnait d’une main de fer sur le milieu de la presse. Rien ne lui échappait et il avait un droit de regard sur tout et sur tous.

Diplômé de HEC et de la fondation Journaliste demain, il avait débuté à la radio en 1959 sur Europe 1 avant de devenir assistant-réalisateur, expérience qui lui permit de faire son service militaire au service cinématographique des armées.

En 1965, il s’orienta vers le journalisme en participant à la création de Pariscoop, en tant que secrétaire de rédaction, puis critique d'art et enfin rédacteur en chef. De 1972 à 1974, il fut journaliste sur la première chaîne de l’ORTF et à Antenne2.

Comptant parmi ses distinctions le titre d’Officier des Arts et Lettres, Jan Wascator fut décoré Chevalier de l’ordre national du Mérite en 2001. Également conseiller technique à la commission des nouvelles technologies de la Fédération nationale de la presse française (FNPF), il reçut le Prix

SCAM{1} pour l’ensemble de son œuvre.

Il avait formé les plus grands. De tous les nommés au prix Albert

Londres{2}, un sur deux avait appris le métier à ses côtés. Dans le milieu, son nom était synonyme de Dieu. Bien que sa position lui confère le pouvoir absolu, il n’en avait jamais abusé et ses subalternes lui en étaient reconnaissants.

Véritable patriarche, mais négociateur implacable et homme de terrain averti, il faisait partie de l’ancienne génération ayant évolué avec l’arrivée de l’ère multimédia et des jeunes loups diplômés, lesquels ne juraient que par le prestige de leurs grandes écoles.

Pétri de qualités, il n’en demeurait pas moins un patron sévère et contraignant, gage selon lui de la valeur requise pour la noblesse de la profession. Et pour ce faire, il exigeait d’être immédiatement avisé de tout indice, de toute information embryonnaire pouvant se muer en bon article.

Malgré cela, Jérémy avait décidé de lui demander son avis avant celui de Wascator. Ivre de gratitude pour son attention, elle se jeta à son cou et l’embrassa passionnément à son tour.

Leur fougue s’acheva sur le bureau.

Ajoutant, bien que cela semble impossible dans un premier temps, plus de trouble au désordre ambiant, leur élan éparpilla des classeurs, des notes inscrites sur Post-it, des dépêches à rendre et des modèles de mise en page.

Rideaux tirés, ils forniquèrent rapidement, grisés par la possibilité d’être surpris à tout instant par un collaborateur ou le patron en personne. Préliminaire à la découverte du contenu de cette mystérieuse enveloppe, cet accouplement se fit avec fougue et bestialité.

Pantalon à demi-baissé, jupe soulevée, ils s’emboîtèrent dans la lumière feutrée de la pièce dans un mélange de peur et d’excitation.

Lorsqu’il poussa son faible râle, Judith avait connu deux orgasmes. Échevelée et transpirante, elle reconditionna son habituelle prestance et ramassa les feuilles éparpillées tandis qu’il se rhabillait avec fièvre et maladresse.

Leur complicité luisait dans leurs regards humides et rieurs. Sans un mot, ils rangèrent leur bureau et il lui dit :

― Tu ne vas pas en croire tes yeux !

Il souffla sur son café, plus par réflexe que par réelle nécessité, en but une gorgée et ouvrit l’enveloppe.

― Ceci est la preuve que Dieu existe… dit-il en lui remettant la lettre.

Invitée du regard à la lire, Judith s’exécuta. Quelques secondes plus tard, les yeux exorbités, elle le fixa en disant :

― Tu te moques de moi là !?

― J’en ai l’air ?

― Où est cette fameuse vidéo ?

― Ici ! dit-il en brandissant le cédérom. Installe-toi bien, car voici l’affaire du siècle…

Délicatement, il inséra le disc dans le lecteur de son poste multimédia, régla le volume et lança la vidéo lorsque la fenêtre d’options s’afficha à l’écran.

La séquence débuta par des parasites puis ils virent la main d’un homme en gros plan. Sa posture laissait deviner qu’il cherchait à régler l’image dans un cadre précis. Puis l’inconnu recula jusqu’au siège prévu à cet effet et démarra sa confession.

— Bonjour, Monsieur Joubert. Vous ne me connaissez pas. Du moins, pas encore, mais j’ai l’intime conviction qu’après ceci, nous serons plus proches que jamais. Normalement, vous serez seul lorsque vous regarderez ces images, probablement encore dans votre bureau. Mais, si mes calculs sont exacts, vous êtes actuellement avec Judith. Vous venez de lui faire l’amour et, pour vous, il s’agit de l’affaire du siècle. Mais elle ne sait pas tout de votre passé et des choses cachées lui seront révélées.

Les deux amants échangèrent un regard de crainte mêlé d’étonnement. Cette nouvelle source semblait avoir fait des recherches poussées avant de les choisir. Décidément, l’affaire s’annonçait juteuse.

— À vous de décider si elle doit ou non poursuivre avec nous. Vous seul pouvez changer l’histoire que vous avez écrite, et vous seul le devez. Pourquoi ? Parce qu’il est certain que vous en êtes la source, sinon l’élément déclencheur, le père de l’horreur. Et si vous êtes un père, alors Axiandre est indubitablement votre enfant. Votre honteuse engeance qui éclot telle une récolte maléfique.

À l’évocation de ce nom, Jérémy Joubert tressaillit sur son fauteuil. Le visage de havane de son ex-fiancée lui éclata au visage dans un flash, mais il resta concentré sur l’étrange présentation de l’inconnu.

— Bientôt, je serai jugé et condamné pour mes actes, mais je ne crains rien, bien au contraire. J’accepte d’avance toute peine qui sera retenue contre moi. J’accepte de me livrer, de témoigner, et je servirai d’exemple pour qu’à travers moi, d’autres trouvent l’inspiration. Quelque chose qui nous dépasse est à l’œuvre, Monsieur Joubert. Oui, Votre œuvre ! Et en fils reconnaissant, il est normal que je vous expose les fruits de votre travail. Voyez le résultat, voyez la Grandeur… et savourez votre ré-com-pense, cher Père.

Le journaliste nota le soin particulier apporté au détachement de chaque syllabe et un sentiment confus de mal-être l’envahit.

— Mais, entreprendre mon récit par la fin n’aurait aucun sens. Revenons plutôt aux prémices de ce que vous ne tarderez pas à qualifier de DRAME ou de FAIT DIVERS ayant bouleversé mon existence au point de me guider vers vous et cette révélation…

L’homme changea de position et fixa l’objectif d’un regard aussi glacé que profond. Un regard dans lequel transpiraient colère, détermination et aussi ce que le journaliste prit pour une once de folie. Les coudes en appui sur les genoux, il avança son buste vers la caméra, mains jointes en V inversé et, au terme d’un insoutenable suspens, il débuta sa confession.

— Pour commencer, mon nom est Damien Moreau. Et voici ma vérité..

 

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