Miroir

Alick · Chapitre 11 sur 39

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Miroir

Chapitre 10

 

Jassandre 2/5

 

Ce soir, j’avais rendez-vous avec un client pour une prestation en soirée. Dîner inclus, nous avions ensuite convenu de finir dans mon appartement pour un moment sexy. Il me fallait donc être en forme et après deux heures d’aérobic, je me sentais parfaitement d’attaque. Je m’étais, bien sûr, étirée et j’avais pris un long bain relaxant. Soigneusement maquillée, parfumée et coiffée, je quittais mon domicile à destination de notre lieu de rendez-vous.

En arrivant, je reconnus mon client grâce au signe convenu. Il portait une rose blanche à la boutonnière. Élégant, distingué et plutôt bel homme, il semblait approcher la quarantaine. Le teint hâlé, les tempes légèrement grisonnantes, ses lunettes à monture carrée lui conféraient des airs de PDG.

À première vue, et par habitude, je le situais dans le milieu de la bourse et des finances, mais sa profession réelle m’importait peu.

Lorsqu’il me vit approcher dans sa direction d’un pas ferme et décidé, il m’adressa un large sourire que je lui rendis.

— Bonsoir. Vous êtes très ponctuelle, me dit-il en consultant sa montre.

— C’est une nécessité et un respect envers ceux qui attendent. Bonsoir, monsieur.

— Appelez-moi Flavio, ce sera plus correct étant donné que je vous appellerai Jassandre. Pouvons-nous y aller ?

— D’abord mes honoraires, sans vouloir vous offenser.

Fouillant vivement dans le revers de sa veste, il prit un air désolé.

— Pardon, vous avez absolument raison. Un contrat est un contrat et d’ailleurs, voici vos appointements.

— Merci, dis-je en mettant l’enveloppe qu’il me tendait dans mon sac.

— Vous ne comptez pas ? me demanda-t-il surpris.

— Devrais-je le faire ?

— Bien sûr que non, ma chère.

— Alors nous pouvons y aller, lui dis-je d’une voix complice et sensuelle.

Me tendant le bras, il m’emmena alors fièrement vers sa voiture, une F360 Modena dont il fit grand éloge. Ce petit bijou devait très certainement impressionner ses nombreuses conquêtes d’un soir, mais le coupé argenté me laissa parfaitement indifférente.

Lorsqu’il le remarqua, et bien qu’il ne le montra pas, il en fut très affecté. S’attendant probablement à la pléthore habituelle de gémissements admiratifs, il dût fortement être surpris par mon absence de réaction face au cheval cabré. S’il est vrai que j’aimais le luxe et l’argent, les voitures trop tape-à-l’œil ne m’intéressaient guère. J’appréciais davantage le confort, l’équipement, la discrétion et surtout la sobriété des berlines allemandes.

Mais comment aurait-il pu le savoir ?

Sa réaction m’amusa. Macho et pareil à une majorité d’hommes, Flavio voyait sa voiture comme un atout majeur de séduction, mais ce fantasme déplorable, né d’une fausse image de la femme, était ancré dans le gène masculin et assimilé à une extension considérable de leur pénis.

Il mit donc son ego de côté et se montra courtois, d’intéressante conversation même. Il me prépara au dîner qui allait suivre en me parlant de ses collaborateurs étrangers, de leurs longues discussions d’affaires en perspective et de son secteur d’activité.

Je ne m’étais que légèrement fourvoyée à son sujet. Moi qui le pensais dans la finance, il était en réalité gemmologue diamantaire et possédait une bijouterie de luxe place Vendôme. Ayant récemment fait l’acquisition de pierres de lunes, pièces rares et dénotant avec sa collection de diamants, il me parla de leur histoire, des légendes du bijou et de bien d’autres choses.

Très vite, je sus qu’il avait trois passions dans la vie : les diamants, les femmes et les voitures hors de prix. En fait, c’était un papillon de nuit attiré par les paillettes et les lumières artificielles du luxe, mais malgré tout, Flavio était encore un petit garçon. Il était volage, dur, froid et terriblement séduisant, un bourreau des cœurs pour celle qui chercherait avec lui une histoire sérieuse.

Il me plaisait pourtant énormément et j’avais hâte que le dîner s’achève. Pour une fois, le sexe l’emportait face à l’argent et j’étais très excitée en songeant à la fin de notre soirée. Mon désir fut attisé par son parfum aux senteurs poivrées et ses bonnes manières. Son allure calme, ses gestes lents et sa galanterie, même trop beaux pour être vrais, faisait son charme.

Très à l’aise avec ses collaborateurs, il s’exprimait aussi bien en français qu’en anglais et restait jovial en toutes circonstances. Il devait être Sagittaire pour avoir autant d’éloquence. Son sourire était déroutant et j’aimais la manière qu’il avait de boire. Il était si raffiné, si doux, qu’en d’autres circonstances, j’aurais certainement été amoureuse de lui. Mais la réalité était toute autre. Ce n’était qu’un client comme les autres et il m’était délicat de m’éprendre de quelqu’un dans ma situation.

Pour ce dîner, j’étais officiellement son "amie". La nuance ambiguë et le choix du terme laissaient planer un doute interprétable à la manière de chacun. Il était vraiment très doué pour jouer avec les mots. Faisant la part belle à mon imaginaire, je fus donc son "amie" et la soirée se passa divinement bien.

Il était beau, riche, menait une vie de rêve, voyageait souvent, recevait des clients, ou des collaborateurs, dans les restaurants les plus chics de Paris et devait avoir une file impressionnante de prétendantes dans ses carnets. Comment se pouvait-il qu’un tel homme n’ait pas encore trouvé chaussure à son pied ? Désirait-il ainsi mener son existence jusqu’à se retrouver seul pour ses vieux jours ? C’est sur cette interrogation que nous quittâmes le restaurant après avoir salué nos compagnons de table.

Le moment que j’avais tant attendu arrivait enfin. Nous avions mangé et nous roulions maintenant en direction des Champs-Élysées. Je me demandais comment il allait me faire l’amour. J’étais impatiente d’être dans ses bras, de le sentir contre moi, puis finalement, en moi.

À l’idée de cet instant de tendresse, ma vulve palpita de plaisir et un tressaillement me parcourut l’entrejambe. Je le désirais ardemment, plus que n’importe quel autre client. Je trépignais d’impatience.

— Alors, Jassandre, ce dîner vous a-t-il plût ?

— C’était parfait merci.

— J’ai apprécié votre compagnie et surtout votre discrétion. J’aimerais beaucoup vous revoir. Qu’en pensez-vous ?

J’eus la furieuse envie de hurler : « Oui, ne me quittez pas, Flavio ! » Et là, je me jetterais sur lui telle une furie en rut et nous ferions sauvagement l’amour dans sa voiture. Après un long baiser, j’ajouterais : « Un seul mot de vous et j’arrête l’escort. »

Mais je répondis simplement.

— Cela dépendra de mon planning, je n’ai rien contre. Appelez-moi ou envoyez-moi un mail pour que je puisse m’arranger.

— Très bien, je n’y manquerai pas.

Ne dérogeant pas à sa galanterie naturelle, il m’ouvrit la portière de la voiture, puis s’assura ensuite de mon confort et de ma bonne protection contre le froid. Me tenant délicatement dans ses bras, il m’accompagna ainsi jusqu’à l’entrée de mon immeuble. Nous avions l’air d’un vrai couple.

Arrivés dans le hall, il me sourit et me laissa le précéder d’un geste de la main. Il était vraiment très prévenant.

D’humeur joyeuse, je sentais encore les bulles de champagne pétiller dans ma tête. Ce dîner exceptionnel était gravé dans ma mémoire. Si tous mes clients pouvaient autant m’apporter, je serais certainement l’une des femmes les plus heureuses. Flavio me dévisageait d’un air malicieux et il m’adressa un sourire lubrique.

— Puis-je vous offrir un verre ?

— Volontiers ! me répondit-il.

— Que désirez-vous boire ?

— Un scotch, sans glace, si vous avez.

Afin de satisfaire une grande majorité de goûts, j’avais étoffé mon minibar d’une large gamme, bien que je ne boive pas moi-même. Au fil du temps, je m’étais rendu compte que certains clients préféraient commencer par une boisson alcoolisée. M’adaptant à tous types de clientèle, j’étais aujourd’hui en mesure de proposer un apéritif au plus grand nombre.

— Cela devrait être possible, mais je vous en prie, mettez-vous à l’aise, dis-je en désignant le portemanteau.

Et tandis qu’il ôtait son pardessus, je me mis en quête de la boisson demandée.

— C’est joli ici. J’aime beaucoup la décoration. C’est vous qui l’avez faite ?

— Oui. Tenez, voici votre verre.

— Merci.

Lentement, alors qu’il buvait, j’enlevai mon manteau à mon tour. Je vis son regard brûlant de désir plonger dans mon décolleté puis s’attarder davantage qu’il ne l’avait fait au restaurant sur mes courbes. Fiévreusement, il semblait m’observer d’un œil avisé de connaisseur.

Terminant son verre d’une traite, il se leva et avança vers moi. Il me prit alors brusquement dans ses bras et me serra contre son corps. La violence de ce contact me surprit avant de me faire sourire. Après la tendresse, il me montrait une autre facette de son personnage, le mâle qui réclamait sa femelle.

D’une étonnante délicatesse, il me caressa le corps et laissa glisser ses mains afin de m’ôter ma robe. Émoustillée, je l’entraînai alors dans ma chambre où il me projeta sur le lit avant de se jeter sur moi. Anticipant sa réaction, je fis obstruction à l’aide de mes pieds. Sous mes orteils, je devinais la dureté de ses pectoraux forgés par une pratique sportive intense.

Notre position me fit alors penser à une simulation de combat dans laquelle je m’apprêtais à faire une planchette japonaise. Comme je souriais, il me regarda d’un air joueur et j’écartais ensuite les cuisses.

Alors que je n’étais vêtue que de mes dessous, il avait encore son costume. J’entrepris donc de lui ôter sa veste et il se laissa faire. Ensuite, il déboutonna sa chemise avec empressement et tout se passa alors très vite. Il sortit deux paires de menottes qu’il fixa à mes poignets et aux barreaux du lit.

— Que faites-vous, Flavio ? demandai-je inquiète.

— Ce n’est qu’un jeu, rien de plus, détendez-vous, ma chère.

— Oui, peut-être, mais je n’aime pas du tout ça, alors détachez-moi ! Ce n’est pas ce qui était convenu.

Ignorant mes protestations, il poursuivit sa sordide mise en scène. Son expression était complètement différente à présent. L’homme admirable, généreux, tendre et galant avait laissé place à un porc immonde et grossier.

Après avoir mis un préservatif, il s’approcha lentement comme un fauve devant une proie blessée, et s’allongea sur moi. Je n’avais plus aucune envie de lui faire l’amour à présent. Je pouvais même dire qu’il me dégoûtait.

— Arrêtez, Flavio. Tout ceci devient ridicule. Je préfère que l’on en reste là et je vous rends votre argent.

— Ne crois pas t’en tirer à si bon compte ! Un contrat est un contrat, tu t’en souviens ? Je t’ai payée, alors tu es à moi maintenant !

— Je ne vous appartiens pas et je vous défends de…

— Ta gueule, salope ! dit-il en me giflant. Tu es à moi, esclave !

La main posée sur ma bouche, il m’empêchait de parler. Et tandis qu’il me chevauchait, je sentais son souffle tiède, rauque et alcoolisé sur mon cou. L’incessant et brutal va-et-vient de son membre m’insupportait.

Impuissante et à sa merci, je n’avais aucun moyen d’arrêter ce supplice. Je contractais les muscles de ma paroi vaginale, je me débattais, je secouais les jambes de manière désordonnée, mais rien n’y faisait.

J’étais toujours sa prisonnière et il répétait :

— C’est ça, c’est bien, continue de te débattre, ça m’excite !

J’avais envie de pleurer.

C’était la première fois qu’une telle situation se produisait et tout ce à quoi j’avais voulu échapper me rattrapait aujourd’hui. Je me sentais sale, souillée par un sinistre individu qui n’avait pour seule finalité que son petit plaisir ridicule.

Il me traitait comme une prostituée, pire, comme le jouet de ses envies primaires refoulées. Malgré la forte somme qu’il m’avait remise, la présente situation s’apparentait selon moi à un viol. Ce goujat me pénétrait par effraction et sans mon consentement.

Lorsqu’il se retira enfin, je pensais qu’il en avait terminé, mais ce n’était que le début de mon cauchemar. Il me bâillonna pour éviter mes cris et mes suppliques. Me détachant avec prudence, il me bloqua contre lui. Plus fort que moi, il parvint à me maîtriser sans difficulté et me retourna avec vigueur sur le lit.

Mes poignets me faisaient mal à cause des menottes. Je me débattais et tentais de lui mettre un coup de pied dans les testicules, mais je n’y parvenais pas. Bien au contraire, chacune de mes tentatives infructueuses ne faisait qu’augmenter son désir pervers.

Il m’attrapa ensuite les reins et me cambra contre ma volonté.

J’avais beau lui résister, il parvint à me prendre en levrette et je sentis son membre recommencer son mouvement de va-et-vient. Me tenant les jambes avec fermeté, et bénéficiant d’une bonne assise, chaque tentative d’esquive me provoquait une douleur sans nom.

Très vite, je renonçai donc à lui échapper et restais là à attendre qu’il mette fin à mon supplice.

Et, dans une horreur inqualifiable, au moment où il se retira – instant fatidique où je crus ma torture achevée – il prit mon auguste séant d’assaut avec violence, malgré la puissance de mes gémissements.

L’écartement de ma paroi anale fut trop soudain et non préparé. Pourtant, malgré la souffrance, je ressentis la réminiscence d’un léger plaisir malsain, vite réprimé par mon esprit en détresse et marqué à vie.

Par moment, il s’amusait même à me fesser, m’assénant de petites claques fermes et légères sur chaque fesse. Ma passivité l’agaçait et il me provoquait afin de contrer mes réactions. Son plaisir se trouvait autant dans l’acte que dans ce rapport de force avec sa victime, en l’occurrence, moi.

— On dirait que tu aimes ça, hein petite cochonne ?

Mes larmes coulaient en flot continu et je le haïssais de toutes mes forces, de toute mon âme. Je ne lui trouvais plus aucun charme. J’avais envie de le tuer. Non content d’abuser de moi comme d’une esclave sexuelle, il me demandait maintenant de prononcer son nom en m’adressant des insanités et des jurons. Une rage sourde et impuissante brûlait en moi telle la lave d’un volcan se préparant à éructer.

Sa grossièreté contrastait avec l’image de l’élégant personnage qu’il m’avait montrée en début de soirée. Flavio n’était qu’un porc en rut, un primate.

Lorsqu’il me lâcha les jambes pour m’attraper par les cheveux, j’en profitai pour lui administrer un coup de pied dans le bas-ventre. Dissipant ainsi son envie, il se retira. La sensation fut si violente et désagréable que j’en vins à me demander si je ne le préférais pas à l’intérieur.

Appuyé sur ma hanche, il se contenta d’un plaisir solitaire, se tendit et explosa dans une jouissance extatique presque animale, puis s’allongea à mes côtés en me traitant de sale pute. Soulagée de le voir mettre fin à mon supplice, je sentais sa semence encore chaude couler sur moi et lui répondis d’une simple provocation. Sa réaction ne se fit pas attendre et je ne vis pas arriver son crochet du droit avant de m’évanouir.

 

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