Miroir

Alick · Chapitre 24 sur 39

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Miroir

Chapitre 23

 

 

Sébastiandre 3/4

 

Bonjour, c’est encore moi, Sébastiandre, en direct du placard tout noir. Je crois que je vais mourir. Chut, c’est un secret. Il ne faut pas le dire. Maman le sait, mais elle fait semblant de ne pas savoir.

Aujourd’hui à l’école, j’ai eu très mal à la tête. La maîtresse a demandé qu’est-ce que j’avais et j’ai dit que c’était rien. J’ai menti pour protéger mon secret. Elle ne doit pas savoir pour mes pouvoirs. Mais j’avais encore mal et j’ai saigné du nez. Alors elle a appelé Bernard. C’est le surveillant. Il est super gentil. Il m’a accompagné à l’infirmerie et m’a donné un mouchoir.

L’infirmière, elle a fait n’importe quoi. Elle a touché mon front, elle a mis de la lumière dans mes yeux et m’a demandé si j’avais des lunettes. Des lunettes ! Vraiment n’importe quoi. Après elle m’a donné un sucre à croquer et elle a passé du temps au téléphone. C’était long. Et puis c’était chiant aussi. Je suis resté longtemps avec elle dans son bureau.

Elle me regardait bizarrement. On dirait que je lui faisais peur. Comme je la regardais moi aussi, elle a souri et je lui ai demandé si je pouvais retourner en classe. Elle m’a dit non parce que je devais voir un docteur. Quand j’ai demandé pourquoi, elle a pas voulu répondre. Mais j’avais deviné. C’est parce qu’elle n’y connaissait rien aux pouvoirs, alors elle me croyait malade. Elle est trop nulle comme infirmière.

Et puis les pompiers sont arrivés. Waouh ! Trop bien le camion des pompiers. Ils m’ont pris avec eux et m’ont emmené vite à l’hôpital. Ils ont mis le pin-pon pour passer devant tout le monde. C’était génial. L’hôpital par contre, c’est nul. Ça sent bizarre et c’est immense. Y a plein de docteurs habillés en blanc et personne ne rigole. Tous les autres sont malades.

J’aime pas l’hôpital.

Un docteur est venu voir les pompiers et ils m’ont laissé avec lui. Heureusement, Bernard était resté avec moi, sinon j’aurais eu peur. Ils nous ont emmenés dans une grande chambre avec des vitres partout et une drôle de machine au milieu. Ils avaient installé un lit dans un tube blanc et le docteur a dit qu’il allait me faire un scanner.

Bernard m’a expliqué que c’était comme une photo de l’intérieur de ma tête. Je lui ai demandé si le scanner pouvait montrer un secret et il m’a demandé quel genre. J’ai hésité et puis j’ai rien dit. Je me suis déshabillé dans la cabine, j’ai mis le pyjama et je me suis couché sur le lit qui allait dans le tube.

Tout à coup la lumière s’est allumée et ça a fait plein de bruit. J’ai sursauté et le docteur m’a dit que c’était normal. Les scanners aussi c’est nul. Quand je suis sorti du tube, un autre docteur est venu regarder mon corps. Il m’a demandé si mon père me tapait et j’ai dit oui, des fois. Après il m’a posé plein de questions et a tout noté sur un petit carnet.

Ensuite ils nous ont proposé à manger. C’était bon dans leur cantine. Et puis tant mieux, parce que j’avais faim moi ! Maman est arrivée juste après. Elle m’a serré très fort dans ses bras et elle a pleuré. Elle n’a pas voulu me dire pourquoi. Elle a récupéré une grande enveloppe chez les deux docteurs et je suis resté avec Bernard. Je les voyais discuter, mais je n’entendais rien à cause de la porte fermée. Elle semblait triste ma mère.

Quand elle est sortie, je lui ai demandé si je pouvais voir les photos. Elle m’a dit oui et me les a montrées. C’était en noir et blanc et ça ressemblait à une photo de vieille noix pourrie. À droite, il y avait une grande tache blanche avec des petits triangles de couleur autour. C’était moche. Quand je lui ai dit qu’elle avait dû se tromper de photo, elle a rigolé.

J’aime bien quand elle rigole. Elle est belle ma mère. Je lui ai fait un câlin et j’ai dit que je voulais rentrer. Quand on est arrivé, papa était furieux. Maman m’a dit d’aller dans ma chambre et ils se sont encore disputés. Papa a demandé où j’étais et qu’est-ce qui s’était passé. Maman a crié. Elle lui a dit que j’avais une tumeur et qu’il fallait m’opérer d’urgence. Ils se sont calmés et ont parlé moins fort.

La tumeur c’est du cancer, ça je le sais. Bernard n’avait rien dit, mais il savait que les scanners révélaient les secrets du cerveau. J’étais déçu. Je pensais avoir des super pouvoirs et j’avais du cancer dans la tête. En plus le cancer ça tue. J’avais vu une pub à la télé qui le disait. Il fallait donner de l’argent pour payer les médecins. Mais c’était il y a longtemps déjà. J’espère juste qu’ils en avaient eu assez et qu’il leur reste encore des sous pour payer mes docteurs à moi.

Je réfléchissais tranquillement dans ma chambre quand papa est arrivé. Il m’a traité de petite merde et m’a frappé. Maman lui demandait d’arrêter, mais il tapait plus fort. Il disait que si j’avais fermé ma gueule, il n’aurait pas eu d’emmerdes. À cause de moi, il risquait la prison.

Bien fait pour toi.

Et après, il m’a remis dans le placard, comme d’habitude.

Et voilà, vous savez tout.

Je crois que je vais mourir. Mon père ira peut-être en prison et ma mère trouvera un nouveau mari plus gentil. Enfin j’espère. Mais là, j’ai trop mal. Papa a tapé plus fort que d’habitude. J’ai du sang qui coule et ça va attirer les rats. J’ai peur des rats.

Quelque chose bouge sous la porte.

Les rats !

Je vois un papier qui avance. Et puis j’entends la voix de ma sœur qui dit :

— Tiens, je t’ai apporté des mouchoirs.

— Merci, mais fais attention. Ne reste pas là !

— Attends, j’ai aussi des gâteaux pour toi. C’est des Pépitos, ils sont plats, ça passe sous la porte.

J’adore ma petite sœur. Elle est trop sympa. C’est la meilleure petite sœur du monde. À chaque fois qu’on lui donne quelque chose à manger, elle en garde la moitié pour moi. Quand je sors du placard, elle a des bonbons cachés pour moi.

Elle pense toujours à moi.

Je m’essuie vite avant l’arrivée des rats et je mange les biscuits de ma sœur. La pauvre, elle ne sait pas que je vais mourir et je ne veux pas lui faire de la peine. Je sors le papier de ma poche. À l’hôpital, j’ai eu le temps de noter le nom de ma maladie. Au début, je croyais que c’était un mot magique, mais j’ai compris maintenant.

Grâce à la lumière, je vois les lettres, mais je ne sais pas comment on dit. C’est trop compliqué comme nom. Mon cancer s’appelle : o-l-i-g-o-d-e-n-d-r-o-g-l-i-o-m-e-s. Et à côté, c’était écrit en rouge « état critique ».

Je crois que peut-être c’est grave.

Je ne veux pas mourir tout de suite. Si je meurs, qui s’occupera de ma sœur et de ma mère ? Avant d’être mort et d’aller au ciel, je veux être sûr qu’elles sont heureuses toutes les deux. Je veux que papa aille en prison et qu’il regrette.

— Sébastiandre ?

C’est ma sœur, elle est toujours derrière la porte.

C’est dangereux.

— Quoi ? Va-t-en ! Si papa te trouve là, ça va chauffer. Qu’est-ce que tu veux ?

— T’en veux encore pour tout à l’heure ? Je t’ai apporté d’autres gâteaux.

— C’est gentil je veux bien, mais fais vite.

— D’accord !

Elle me glissait les gâteaux sous la porte quand papa est arrivé. Il a crié très fort et s’en est pris à ma sœur. Il a écrasé les gâteaux par terre pour m’empêcher de les manger.

Méchant !

Je l’ai entendu la gifler et la traîner dans l’escalier. Avant de partir, il a tapé la porte et il a dit :

— Je m’occuperai de toi plus tard, sale petit merdeux !

 

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