Miroir

Alick · Chapitre 31 sur 39

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Miroir

Chapitre 30

 

 

Chestier 2/2

 

— Chestier, transfert !

— Où allons-nous ?

— Ta gueule ! Avance.

L’aimable gardien était venu me chercher. Je savais que c’était le signe choisi par Dieu. Ouvrant la porte de ma cellule, je fus accueilli par un corps d’hommes armés et casqués. Que de précautions inutiles. Ces hommes ne devaient pas me craindre. Je repensais alors à l’arrestation du Christ.

Suis-je donc un bandit pour que vous veniez avec des bâtons et des épées ? Marc 14 : 48.

Mais en vérité je vous le dis, Justice devait être faite. Tout cela n’avait que trop duré et l’Éternel avait choisi ce jour pour me guider. La veille, j’avais vu le visage du pêché en songes. Le vice, œuvre du diable, avait de nombreux visages et malgré la beauté de celui-ci, son abomination devait être châtiée.

Menottes aux poignets, je fus conduit dans un sas de sécurité. Enfin, je quittais le gris administratif des établissements pénitentiaires. Sur mon passage, les détenus hurlaient ou juraient. Leurs débordements furent contenus par des rappels de matraque plutôt vigoureux.

Dans la cour se trouvaient trois véhicules et deux motos. Le transfert avait lieu dans une fourgonnette de police munie, à l’arrière, d’une cellule blindée en plexiglas avec une banquette en plastique lisse sur laquelle il n’était pas possible de se maintenir assis dans les virages. Nous étions six et les préposés à mon escorte semblaient en alerte. À l’avant, au volant, un policier en tenue était secondé par un homme armé.

Ouvrant et fermant notre cortège, deux utilitaires comptant cinq hommes armés chacun forçaient le passage à travers la circulation. Les motards, eux, annonçaient notre arrivée bien en amont, obligeant les voitures à nous céder le passage.

Menotté et enchaîné, je déplorais l’usage de telles pratiques dans notre société. Ces hommes n’avaient pas encore compris que leurs chaînes et leurs prisons ne pouvaient contenir la Volonté de Dieu.

Ils ne faisaient que leur travail et je ne pouvais leur en tenir rigueur.

L’ignorance de notre parcours, et du lieu de mon affectation, ne m’enlevait pas cette foi inébranlable. Le Seigneur guidait mes pas et je me mis en prière. Mains jointes, les yeux fermés, je rendais grâce en Le remerciant une fois de plus de m’avoir choisi pour cette mission de confiance et d’honneur.

— Oh ! Qu’est-ce que tu fous Chestier ?

— Permettez que je fasse au moins ma prière d’Action de grâce.

— C’est ça, là où tu vas t’en auras besoin ! Laisse bien tes mains en évidence surtout ! On t’a à l’œil, ne l’oublie pas.

Non, je ne l’oubliais pas. Mes cinq gardiens étaient à cran. L’arme vissée à l’épaule, ils ne semblaient attendre qu’un faux pas de ma part pour m’abattre. Mais nul ne pouvait contrarier l’Autorité Divine. Alors je priai. Après le traditionnel Notre Père d’ouverture, mon cœur chanta Hosanna.

Veille sur mon coeur,

La porte de mes lèvres,

Si mon coeur est pur

Ma bouche sans fin bénira.

Resserre les liens qui m'unissent à Toi.

Que mes motifs soient tes motifs,

Mes désirs Tes désirs,

Mes paroles Tes paroles,

Mes pensées Tes pensées.

Viens, Esprit de Sainteté,

Viens, Esprit de lumière,

Viens, Esprit de feu,

Viens nous embraser.

Je remerciais le Créateur pour Ses bienfaits, pour Sa gloire et pour Sa très grande miséricorde, Lui le Dieu d’Amour et de Pardon. Il rappelait à Lui Ses brebis égarées afin de les conduire sur les verts pâturages de Sa bonté.

Comme Job, j’acceptais avec joie les épreuves qu’il m’envoyait, car le salut de mon âme s’y trouvait. Né pêcheur, ma rédemption ne se trouvait que dans l’accomplissement d’actes de foi faits dans l’amour de Dieu.

Je lui avais consacré ma vie entière. Un dévouement et une foi sans faille que le Seigneur Tout Puissant avait béni. Ma gratitude était incommensurable. Pardonnez cette expression un peu cavalière, mais j’étais aux anges. Malgré le caractère cabotin de mes propos, mon âme chantait Alléluia et mon cœur était plein d’allégresse.

Certains me croyaient fou. D’autres encore me traitèrent d’assassin, de meurtrier et même de monstre. Le monde ne semblait pas encore préparé à recevoir la Vérité de Dieu. Mais cela ne m’étonnait pas. Vivre dans l’illumination divine était si inconcevable, pour la plupart des croyants, qu’ils disaient de moi que j’étais possédé par le Malin.

Selon leurs croyances, seul le Démon pouvait m’impacter de la sorte, car jamais Dieu ne demanderait une telle chose. Leur cécité et leur manque de foi avaient fait de la mort un châtiment odieux, et non la promesse d’un renouvellement, de la vie éternelle, de l’existence perpétuelle devrai-je dire.

Car en effet, la vie était telle une vague et la mort son ressac. Un mouvement continu qui rythmait l’existence depuis la nuit des temps. Il était même possible de comparer l’existence à un mouvement respiratoire dans lequel la mort serait l’inspiration, et la vie, l’expiration. Lequel d’entre vous n’a-t-il jamais entendu parler de Souffle de vie ? Comment ces gens pouvaient-ils réciter leur credo en continuant à considérer la mort comme la pire des punitions ?

Ils m’accusaient de tromperie, niaient le don offert ainsi que mes dialogues avec l’Éternel. Mais pouvais-je leur en vouloir ? N’aurais-je pas agi de même si j’étais à leur place ? Peut-être même aurais-je davantage condamné celui qui aurait affirmé de telles choses. Le pardon étant la plus grande forme d’amour, je continuais à les aimer, excusant leurs accusations.

Comment leur faire comprendre que la Parole de Dieu n’était pas composée que de mots ? L’Éternel se manifestait sous bien des formes, à travers des films, des chansons, des rêves, des inspirations, des signes, des émotions, des rencontres. Dieu était partout, mais plus particulièrement là où nous ne l’attendions pas.

Il vivait avec chacun d’entre nous dans notre quotidien et se laissait approcher par qui voulait le recevoir. Il ne nous demandait qu’une chose, L’accepter tel qu’Il était et non tel que nous voulions qu’Il soit. Ayant compris cela, j’étais en paix et en harmonie avec mon âme.

Me voir ainsi heureux et serein inquiétait bien des personnes.

Elles n’étaient pas mal intentionnées, non, juste embarrassées par des préjugés antédiluviens qui bridaient et obscurcissaient leur jugement. Pour éviter la guerre, elles la faisaient, se disant ainsi qu’il n’y aurait plus de guerre.

Mais dans quelle logique d’amour un tel programme s’inscrivait-il ?

Aucun bien sûr, mais les peuples croyaient tant devoir être victimes, qu’ils se martyrisaient afin de se conforter dans leur idée. Qu’ils soient politiques ou religieux, tous les moyens étaient bons pour se torturer. Le monde s’enlisait dans un conformisme malsain où il était mal vu d’être bon.

La gentillesse était perçue comme un défaut, parfois comme une tare. L’amour était la cible de maintes accusations et ceux qui le recherchaient se voyaient traités de dépravés. Le mal-être général de notre société était le syndrome avéré du malaise collectif de la Création.

S’il est vrai que Dieu nous avait offert le libre arbitre, en parent aimant et soucieux de sa progéniture, il intervenait parfois afin de nous rappeler les règles de bonne conduite. Et ces rappels n’étaient en rien inutiles au vu des erreurs commises.

Ainsi, j’avais aujourd’hui reçu un nouveau signe et je m’apprêtais, une fois de plus, à être l’instrument de Dieu.

 

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