Mon père
Chapitre 15.
15.
À CHAQUE fois que j’y pensais, j’étais envahie par le doute. Pourquoi m’avait-il appelée Héléna ? N’était-ce pas une suprême preuve d’amour envers cette femme ? Mais combien devait-il souffrir à chaque fois qu’il entendait et prononçait ce nom ? Pourquoi donc vivre dans cette douleur ? Pourquoi m’avoir donné le nom d’Héléna ?
Comment accepter de faire une telle mystification à son enfant, une dissimulation qui devait lui sauter aux yeux, ou plutôt lui résonner dans l’oreille, tout en étant secrète, un mensonge familier, un mensonge familial ? Et moi, qui portais le nom de celle qu’il avait aimée, alors que je ne le savais pas, quel rôle avais-je joué dans cette histoire ? Je croyais être sa fille, et j’étais l’autre pour lui. Je croyais être son fils, mais il avait un fils. Toute ma vie n’était-elle qu’un mensonge de mon père ? Ou bien avait-il oublié cette femme, n’ayant pas voulu d’elle, n’ayant même pas retenu le fils, au point de pouvoir donner son nom à sa fille ?
Nous avions beau tourner le problème dans tous les sens, nous n’arrivions pas à comprendre pourquoi mon père n’avait jamais rien dit à personne de cet enfant dont il connaissait l’existence, ni de sa relation avec Héléna.
Le seul vestige, le seul fragment de cette histoire apocryphe, que nous devions déchiffrer, tel un manuscrit sibyllin, c’était Madeleine S. Nous avons essayé de la joindre une autre fois, mais elle semblait absente. Alors Paul M. a décidé de prolonger son séjour. Je lui ai proposé de rester chez moi. Il a accepté. Personne ne l’attendait.
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