Mon père

Eliette Abécassis · Chapitre 16 sur 22

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Mon père

Chapitre 17.

17.

 

JE me souviens de Paul M., à l’aéroport, derrière la rambarde. Sachant, disant que c’était bien, que nous avancions à présent sur le chemin de la vérité. Moi, ayant peur, peur de n’avoir pas tout compris, de n’avoir rien compris en fait, et que ce fût trop tard. Car l’aéroport, cela voulait dire : le départ, la distance, l’éloignement. Peut-être même la fin de notre histoire, l’histoire d’un frère et d’une sœur qui se rencontrent une seule fois, et qui ne se revoient plus, plus jamais.

Je me souviens de Paul M. portant ses bagages, les larmes aux yeux, comme s’il allait tout quitter, et moi, soudain, lui disant de rester, car peut-être, nous n’avions pas terminé notre recherche, car nous n’avions pas compris le silence d’Héléna.

En cet instant – était-ce de l’amour fraternel ? – je ne pensais plus à moi, je ne pensais qu’à lui, à nos yeux qui se croisaient pour se dire au revoir ou plus probablement adieu, lorsque soudain, j’ai entendu la voix de notre père. Oui, c’était notre père qui chantonnait, derrière moi. J’écoutais la voix de notre père qui vibrait, je l’aimais, je la trouvais belle, car je l’entendais. Pourquoi ? Pour la première fois, curieusement, j’ai senti qu’elle ne m’était plus familière. On m’a souvent dit que notre père avait un accent, et jamais je ne l’ai entendu. C’est étrange comme ce qui est le plus familier est le plus lointain.

Paul M. était un homme généreux. En lui je reconnaissais beaucoup des qualités que j’avais trouvées en notre père. C’était comme s’il était le regard que je cherchais depuis sa mort. Lorsque nous étions sortis de chez Madeleine S., il avait les larmes aux yeux, tout comme là, à l’aéroport, derrière la rambarde, les larmes embuaient son regard, alors qu’il partait, et il me rappelait mon père qui pleurait lorsque je le quittais, mon père qui se faisait vieux, et qui voulait s’appuyer sur sa fille pour ses vieux jours. C’est-à-dire, sur sa vie.

Au milieu de la tristesse, je savais, je pensais que nous ne savions pas tout, que l’histoire ne s’arrêtait pas et je voulais croire aussi que, dans cette lutte souterraine entre le frère et la sœur pour l’amour du père, j’avais été victorieuse. Mais je savais aussi que la vérité nous attendait au bout du chemin.

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