Mystères à Lacetown Tome 2 - Des suspects à la pelle
Chapitre 13
Après une nuit de sommeil intermittent, Jazz réussit de justesse à descendre et à entrer dans le salon par la porte de derrière à temps. Il était le premier à arriver, comme d’habitude le samedi, et il traversa le petit couloir qui menait à la salle de repos pour préparer du café. Le soleil était levé depuis une heure, à peu près, et la clarté du jour illuminait son chemin, lui évitant d’allumer les plafonniers. Une fois le café en train de couler, Jazz étira les doigts de sa main droite, toujours un peu douloureux à cause du coup de poing, mais c’était mieux que la veille. Pendant qu’il attendait de pouvoir se servir une tasse, il passa quelques minutes à faire l’inventaire des produits de coloration dans son placard, rédigeant une note sur son téléphone pour pouvoir passer commande de ce qui lui manquait.
Pendant qu’il fouillait dans les boîtes, il remarqua une odeur persistante, que même l’arôme du café ne masquait pas. C’était bizarre et dérangeant, et il se demandait si un rongeur n’était pas mort à l’intérieur d’une cloison. Ou alors quelqu’un avait jeté de la nourriture dans la poubelle.
Il jeta un œil dans la poubelle, mais découvrit un sac neuf et vide. Misty avait dû le changer la veille avant de partir pour le festival.
Penser à ça lui rappela Norbert. Il serra les dents et ferma le poing, grimaçant à cause de la douleur. Mais ensuite il se remémora comment Michael s’était occupé de lui, lui avait donné de la glace pour ses doigts et avait été aux petits soins. Avant de s’ouvrir à lui encore plus en lui faisant une démonstration de son côté dominant, dans l’une des parties de jambes en l’air les plus torrides de sa vie. Son doux croque-mort cachait son lot de surprises, avec une tonne d’énergie sexuelle refoulée qui ne demandait qu’à être relâchée.
Dommage que Jazz ait attiré trop de menaces étranges dans la vie de Michael. Il avait peur de se demander ce qui pourrait arriver de pire, parce qu’il avait peur de le découvrir.
La cafetière gargouilla une dernière fois et Jazz se servit une tasse. Il ajouta du sucre et le sirota en sortant de la salle de repos pour entrer dans le salon.
La mauvaise odeur était encore pire ici.
Il s’arrêta, renifla et fit la grimace. C’est quoi ce truc ?
Quelque chose d’autre n’allait pas, et Jazz resta planté sur place, avant de regarder autour de lui. Son fauteuil de coiffage était tourné dos à lui, et de l’endroit où il se trouvait, il voyait l’arrière de la tête de quelqu’un.
Quelqu’un était assis dans son fauteuil !
Ce dernier faisait face au salon, alors Jazz ne voyait qu’une silhouette sombre. Un frisson glacial le transperça.
— Qui est là ? appela-t-il.
Puis il se sermonna pour agir comme un personnage débile dans un film d’horreur à deux balles.
Il bomba le torse et posa son café sur un comptoir à côté de lui. Il avança ensuite en direction de son poste de travail en sortant son téléphone de sa poche arrière. De toute évidence, Misty avait oublié de verrouiller la porte, et Kevin était entré tout seul.
— Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu étais là, Kevin ? demanda Jazz.
Au lieu de rester assis tout seul dans le noir comme un tordu.
Occupé à rédiger un texto à Misty pour lui dire pour la porte non fermée, Jazz contourna son fauteuil pour faire face à son client, et se retrouva dos à la vitrine. La main avec laquelle il tenait le téléphone s’abaissa, et il s’arrêta net quand il reconnut l’intrus.
Il lâcha un reniflement de dégoût.
— Norbert ? Mais qu’est-ce que… ?
Le reste de sa phrase resta coincé dans sa gorge.
— Oh…, souffla-t-il, choqué, parce qu’il venait enfin de comprendre.
Norbert portait les mêmes vêtements que la veille, ses mains posées sur les accoudoirs, les jambes écartées. Sa tête était penchée en arrière alors qu’il contemplait le plafond sans le voir, la bouche grande ouverte et sa peau livide faisant ressortir les marques des coups qu’il s’était pris le jour précédent.
Un filet de sang avait séché sur son cou à cause d’une longue et horrible entaille.
— Oh, putain. Eh bah… putain.
Il recula et sursauta quand il effleura le fauteuil de Misty. Il se laissa tomber dessus, les yeux rivés sur le cadavre de Norbert.
Quelqu’un avait tué Norbert.
Quelqu’un avait tué Norbert et l’avait laissé dans le fauteuil de coiffeur de Jazz.
C’est quoi ce bordel ?
Du bruit à la porte d’entrée le força à se relever. Son cœur battait la chamade, et son cerveau tournait en boucle, ressassant les mêmes questions sans y apporter une seule réponse.
Qui était là ? Un client ? Le client de Jazz ? Minute… c’était qui son premier client, déjà ? Pourquoi il n’arrivait pas à se souvenir du nom ?
Sa logique se remit un peu en état de marche, et il se rendit compte que personne ne devait voir le corps de Norbert, mais il ignorait quoi faire. Le recouvrir ? Le bouger ?
Non, il faut que j’appelle la police.
Il plissa les yeux en direction de la silhouette devant la porte. Correction : des deux silhouettes devant la porte. La première était petite avec des cheveux remontés au-dessus de la tête, donc sûrement Misty, mais l’autre était grande avec des épaules larges. Qui ça pouvait bien être ?
Jazz entendit un gloussement haut perché et reconnut le rire coquin de Misty du genre « Oh, arrête ».
— Oh, cette serrure, je te jure, dit-elle avant de ricaner à nouveau.
— Attends, laisse-moi essayer, répondit son compagnon, d’une voix rauque et sensuelle.
Elle était bizarrement familière, cette voix.
La partie logique du cerveau de Jazz et son système nerveux central avaient dû fermer boutique, alors il se contenta de tourner le dos à la porte et de fixer Norbert, le téléphone à la main, le bras le long du corps. Il n’avait rien d’autre à faire. Et même si ça avait été le cas, il ne pensait pas avoir l’énergie nécessaire.
Brusquement, il était très, très fatigué.
La porte s’ouvrit enfin, et du coin de l’œil, Jazz vit Misty entrer dans le salon. Sa tête était tournée tandis qu’elle souriait à l’homme qui la suivait de près.
Les nouveaux arrivants repérèrent Jazz et sursautèrent en chœur.
— Dilworth ? C’est quoi ce bordel ? s’exclama l’homme.
Jazz comprit pourquoi la voix lui avait semblé aussi familière, mais aussi pourquoi il ne l’avait pas reconnue.
Le compagnon de Misty était le shérif Hilton Musgrave. Et Jazz l’avait toujours entendu parler sur un ton bourru, impatient ou moqueur, jamais gentil et séducteur.
— Jazz ? demanda Misty. Qu’est-ce que… Oh, mon Dieu ! Dieu tout puissant…
Ses clés cliquetèrent en tombant sur le sol.
— Bordel. C’est Norbert Farthington ? Il est mort ? Mais putain, qu’est-ce que vous avez fait, Dilworth ?
Musgrave était juste à côté de lui. Il lui agrippa le bras et le secoua.
Ça le sortit de son état hébété.
Il récupéra son bras d’un coup sec et se tourna vers le shérif.
— Ce n’est pas moi qui ai fait ça ! Je l’ai juste trouvé comme ça.
Il leva son téléphone et le pointa sur Musgrave.
— J’allais vous appeler quand pouf ! Vous voilà comme par magie.
Jazz regarda Misty, qui fixait le corps de Norbert, les yeux exorbités, avant de se tourner vers Musgrave.
— Qu’est-ce que vous faites là aussi tôt ?
— J’allais lui couper les cheveux, intervint Misty d’une voix plate et sans inflexion. On en a parlé hier soir au festival, lui et moi.
Le shérif agita la main vers le corps de Norbert.
— On vient de vous trouver sur une scène de crime. Concentrez-vous sur ce qui est important.
— J-je…
Jazz ne trouvait pas les mots pour protester.
— Et vous avez menacé de le tuer, hier soir, grinça Musgrave. Toute la ville vous a entendu.
Il posa les mains sur ses hanches et fronça les sourcils quand il ne trouva ni pistolet ni menottes. Il fit un pas en avant.
— Pourquoi vous avez fait une connerie pareil, Dilworth ?
Jazz ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois, à court de mots pour se défendre à nouveau. Ce n’est pas moi semblait vide de sens et tellement cliché !
— Oh, Hilton, tu sais que Jazz ne faisait que défendre Michael quand il a dit tout ça, dit Misty avec dédain. Il n’a pas… fait ça.
— Je ne sais rien du tout, lança Musgrave.
Jazz n’avait même pas de trait d’esprit à rétorquer.
Misty approcha et se plaça entre eux, face à Jazz, et posa une main sur sa joue.
— Jazz, mon chou, murmura-t-elle. Regarde-moi.
Jazz quitta des yeux l’expression furieuse de Musgrave pour contempler Misty, visiblement inquiète.
— Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-elle.
— Je suis arrivé et je l’ai trouvé comme ça. Ça ne fait que quelques minutes que je suis là.
— Vous ne l’avez pas vu quand vous êtes entré ? souleva Musgrave, la voix dure et dégoulinante de doute.
— Pas depuis la porte de derrière, répliqua Jazz. Ensuite je suis allée dans la salle de repos pour faire du café. J’ai senti quelque chose…
Son estomac se souleva et toute sa bravade le quitta.
— Hilton, tu devrais peut-être faire quelque chose pour…
Elle indiqua le corps d’un geste de la main.
— … ce pauvre homme. Laisse-moi calmer Jazz un peu.
— Le calmer un peu ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? gronda Musgrave. C’est un suspect !
Misty lui jeta un regard par-dessus son épaule, et Jazz fut surpris de voir Musgrave reculer d’un pas. Ses joues rosirent, et il baissa les yeux.
— D’accord. Va calmer un peu Dilworth et je vais sécuriser la scène, céda-t-il avant de pointer un doigt menaçant vers Jazz. Et vous, ne vous avisez pas de filer.
— Je n’ai rien fait !
Musgrave se rembrunit et pointa son pouce vers sa poitrine.
— Tout le monde est suspect jusqu’à ce que le shérif Musgrave dise que ce n’est pas le cas !
Avant que Misty ou Jazz puisse répliquer, la porte d’entrée s’ouvrit et le client de Jazz entra. En le voyant, son nom revint immédiatement à Jazz. Kevin Raines, voilà !
Kevin les observa en fronçant les sourcils.
— Y a du monde ce matin. Qu’est-ce qui se passe, shérif ? Je croyais que vous…
Kevin tourna la tête et fronça les sourcils en voyant le corps.
— Hé, c’est qui, ça ? Je suis le premier rendez-vous de Jazz.
— Ne vous occupez pas de ça, citoyen, lança Musgrave en écartant les bras pour retenir Kevin et lui bloquer la vue.
— Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi il y a un autre homme dans le fauteuil de Jazz ? s’indigna Kevin. Minute… est-ce que c’est du sang ?
Au lieu de répondre, Musgrave passa en mode shérif et escorta Kevin, qui protesta avec véhémence. Il lui parla d’un ton calme, qu’il n’aurait jamais pris avec Jazz.
— Allons te chercher quelque chose de chaud à boire, l’invita Misty avant de tirer sur son bras et de l’emmener vers l’arrière-boutique.
— Pourquoi ma vie est tellement merdique, putain ? se plaignit Jazz sans s’attendre à une réponse.
— Apparemment, quelqu’un t’en veut pour je ne sais quelle raison. Viens, je vais te faire du thé.
— J’ai fait du café, protesta Jazz.
— Et je t’en remercie. Mais je pense qu’une bonne tasse de thé aux plantes, c’est exactement ce qu’il te faut, là.
Misty emmena Jazz vers une des chaises rembourrées bon marché qui entouraient la petite table de cuisine, avant d’aller s’activer devant l’évier. Elle prit maladroitement une tasse, qui alla se briser sur le sol. Jazz sursauta et son cœur se mit à battre tellement fort qu’il n’entendait plus que le sang qui rugissait dans ses oreilles.
— Nom d’un petit démon en poncho tricoté, c’était mon mug préféré.
Misty lâcha un petit rire tremblotant et jeta un coup d’œil à Jazz par-dessus son épaule.
— Trouver un cadavre dans mon salon m’a un peu perturbée. Je crois qu’on a tous les deux besoin d’une tasse de thé aux plantes.
Musgrave apparut sur le seuil de la salle de repos, l’expression soucieuse.
— Tout va bien ? Qu’est-ce que vous avez cassé ?
Il les dévisagea tour à tour avant de se concentrer sur Misty.
— Ça va ?
— Oh, oui. J’ai juste laissé tomber une tasse, c’est tout.
Misty poussa les morceaux avec son pied.
— Tu as donné un autre rendez-vous à Kevin ?
— Hein ?
Musgrave fronça les sourcils, jetant un regard vers Jazz avant de revenir à Misty.
— Bah non. Je lui ai dit que le salon serait fermé au moins aujourd’hui, et qu’il devrait appeler pour reprendre rendez-vous. Je ne… je ne savais pas comment lui en donner un autre.
Misty se tourna pour lui faire face, les fesses appuyées contre le comptoir. Elle posa une main sur sa poitrine, pencha la tête en arrière, et éclata d’un rire haut perché.
— Oh, mais je suis bête. Évidemment que tu ne sais pas. Tu ne travailles pas ici. Je suis désolée, Hilton. Je crois que je suis plus secouée par tout ça que je le croyais.
Jazz se leva et prit ses mains dans les siennes. Elles étaient froides et tremblaient un peu. Il la conduisit gentiment vers la chaise qu’il venait de quitter.
— Misty, chérie, assieds-toi et laisse-moi ramasser les morceaux de tasse. Ensuite, je ferai le thé, OK ?
— Tu es sûr ?
— Certain. Déjà, on n’a pas beaucoup de mugs, alors autant ne pas en casser davantage.
Jazz fut récompensé par un petit sourire de Misty, et une grimace renfrognée de Musgrave. Il l’ignora et continua de parler tout en sortant deux sachets de thé et deux nouvelles tasses.
— En plus, m’occuper, ça m’aide à me calmer. Alors c’est bon pour moi.
Jazz fut soulagé quand Musgrave retourna dans le salon. Rien de pire qu’un membre des forces de l’ordre de la taille d’un ours en train de vous observer depuis la porte quand il vous suspectait de meurtre. Jazz prit le balai dans le coin et commença à nettoyer le bazar. Il pensa à la cousine de Misty, Dorothy, et à sa phobie des balais. Un gloussement lui échappa.
Le son les fit sursauter tous les deux, et leurs regards se croisèrent.
— Désolé, marmonna-t-il. Je pensais juste à un truc.
— Qu’est-ce qui lui est arrivé ? demanda Misty. Sa gorge était…
Elle se passa un doigt sur sa propre gorge et grimaça.
— Il a été égorgé ? Tu crois qu’il s’est rendu compte de ce qui se passait ? Et pourquoi il est là, dans le salon ? Comment il est entré ? Et qui était avec lui ?
Jazz jeta les morceaux de céramique dans la poubelle et remplit la bouilloire électrique avant de la mettre en route. Il fallait vraiment qu’il s’en achète une. Il se demanda si Michael aimait le thé aux plantes, et se désola de ne jamais lui avoir posé la question.
Oh, minute. Misty lui en avait posé une, non ?
Concentre-toi un peu !
Pendant qu’ils attendaient que l’eau chauffe, Jazz s’appuya contre le bord du comptoir et fit face à Misty. Il croisa les bras et essaya de repousser l’image de Norbert dans un coin de son esprit. Mais elle resta là, devant ses yeux, en haute définition. Il pouvait toujours sentir le sang…
Il se racla la gorge.
— Ce sont toutes de très bonnes questions, et j’aimerais pouvoir te répondre. Si on avait des caméras de surveillance, on pourrait comprendre tout de suite ce qui s’est passé.
Misty hocha la tête et baissa les yeux sur ses mains serrées, posées sur la table.
— Je sais. Mais qu’est-ce qu’il est venu faire au salon ? Ou encore mieux, qui l’a amené ? Norbert ne t’aimait pas beaucoup, alors je ne crois pas qu’il serait venu traîner ici de son plein gré.
Son choix de mots lui fit repenser à quelque chose, et Jazz hoqueta avant de s’éloigner du comptoir.
— Qu’est-ce qu’il y a ? s’exclama Misty en se relevant. Tu sais quelque chose ?
— J’ai vu quelqu’un dehors, derrière le salon, hier soir, quand je suis rentré. J’ai trouvé ça bizarre sur le coup, mais sans plus. J’ai vérifié que la porte était bien fermée et je suis monté dans mon appartement. Oh, mon Dieu, et si c’était elle qui l’avait tué ? Et si elle avait assassiné Norbert et l’avait laissé là pour mener Musgrave sur une fausse piste ?
— Elle ? C’était une femme ? Qui ça ?
L’eau se mit à bouillir et la bouilloire s’éteignit. Jazz fixa Misty, les yeux écarquillés.
— La petite amie de Rae, Ally, souffla-t-il. Elle traînait derrière le salon hier soir. Et c’est la cousine de Dylan Roberts. Son père, c’est le type que Russell essayait de tuer quand Michael et moi on l’a surpris.
Les yeux de Misty s’arrondirent comme des soucoupes.
— C’est un sacré bon mobile, ça. Oh, non, pauvre Amanda Rae.
Musgrave entra alors dans la salle de repos, l’air encore plus sombre qu’avant.
— J’ai entendu le nom de ma fille ?
Avant qu’ils ne puissent répondre, Michael apparut juste derrière le shérif, le regard parcourant la petite pièce pour se poser sur Jazz. Il portait un polo, qui sortait de son jean, contrairement à d’habitude, et des mocassins sans chaussettes. Sa poitrine se soulevait et retombait rapidement, et son front était moite de sueur.
— Qu’est-ce qui s’est passé ?
Il se faufila devant Musgrave et rejoignit Jazz. Il commença à tendre les bras vers lui, mais il jeta un coup d’œil vers le shérif et Misty par-dessus son épaule, et les laissa retomber le long de ses flancs.
— Tu vas bien ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Comment tu as fait pour venir aussi vite ? s’étonna Musgrave. Tanner vient juste de t’appeler.
Michael ne quitta pas Jazz des yeux.
— J’ai couru.
— Oh, souffla Jazz. Tu as fait tout ce chemin en courant ?
Michael hocha la tête, les cheveux légèrement décoiffés.
— Tanner a dit qu’on devait venir chercher un corps au salon. Il n’a pas dit qui c’était, ni ce qui s’était passé. Personne n’était encore arrivé, et je ne voulais pas perdre de temps à sortir le van, alors j’ai couru et je suis rentré par la porte de derrière.
Michael s’empourpra encore plus pendant qu’il s’expliquait, et voir ces joues délicieusement rosées faillit faire craquer Jazz, qui se retint de sangloter comme un enfant.
Il a couru jusqu’ici pour moi…
Qu’avait fait Jazz pour mériter quelqu’un de si bon, gentil et attentionné, quand tout ce qu’il avait jamais eu dans la vie n’était qu’obscurité et trahison ? Et maintenant, tout ça s’immisçait dans la vie de Michael, et Jazz ignorait comment faire en sorte que ça s’arrête. Cette seule pensée lui brisait le cœur.
— Eh bien, ce n’est pas moi, tu vois.
Jazz sourit et serra doucement le bras de son amant. Rien que le fait de le toucher l’aida à repousser la panique qui menaçait de le submerger. Il plongea dans les iris marron de Michael et repoussa ses cheveux collés à son front pour les remettre en place.
— Mais c’est quelqu’un qu’on connaît.
Michael fronça les sourcils et tourna vers Misty et Musgrave avant de revenir à lui. Il posa la main sur celle de Jazz, toujours sur son bras.
— Qui ? Un client ?
— C’est Norbert, murmura Jazz.
Michael en resta bouche bée. Il recula, lâchant la main de Jazz. Ce dernier essaya de ne pas se dire qu’il s’écartait parce qu’il avait peur de lui, mais il avait du mal à repousser cette idée.
— Norbert ?
Michael les regarda tous les trois chacun leur tour, et Jazz pouvait presque entendre les engrenages et les roues tourner dans sa tête. Michael cligna plusieurs fois des yeux puis se rapprocha et prit la main de Jazz.
— Tu vas bien ?
Jazz lui serra les doigts et lui offrit un sourire qui lui sembla faiblard.
— Ça va.
— C’est toi qui l’as trouvé ?
— Oui. Je n’ai même pas eu le temps de prendre une seule gorgée de café avant.
Il soupira, puis se souvint qu’il n’avait pas fini de préparer le thé.
— Et je n’ai pas eu mon thé non plus, maintenant. Tu aimes le thé, Michael ?
— Euh…
Jazz n’était pas aussi confus pour ne pas remarquer le regard préoccupé que Michael adressa à Misty. Il secoua la tête.
— Je ne sais même pas pourquoi je te demande ça. Je vais bien, promis.
— OK. Je vais aller examiner la scène de crime, déclara Michael.
Il se pencha pour donner un baiser léger et tendre à Jazz. Ce dernier entendit Misty soupirer, et Musgrave grommeler dans sa barbe.
— Je reviens vite, lui assura Michael, les sourcils froncés. Tu es sûr que ça ira ?
— Sûr et certain.
— Allez, Fleishman, intervint le shérif. On a déjà des péquenauds devant la vitrine.
Jazz adressa un sourire qui se voulait rassurant à Michael.
— Et avant que vous ne disiez quoi que ce soit, shérif, non, je ne vais nulle part avant d’avoir donné ma déposition.
— Ravi de l’entendre, marmonna ce dernier avant de sortir de la salle de pause.
Michael le suivit, après avoir jeté un dernier coup d’œil par-dessus son épaule.
Une fois Michael hors de vue, Jazz prit une bonne inspiration, la retint quelques secondes, puis souffla.
— On se le fait, ce thé ?
— Tu as vraiment vu Ally vers la porte de derrière hier soir ? chuchota Misty.
— Oui.
Il se retourna pour préparer les tasses.
— Je l’ai juste aperçue, mais je l’ai reconnue. Tu sais comme la lumière est forte, derrière. Et ses cheveux ! Dur de ne pas les remarquer.
Pendant que le thé infusait, il pivota à nouveau vers Misty, qui secouait lentement la tête.
— Oh, bon sang.
— Je sais.
— Il faut que tu le dises à Hilton.
— Hilton, pas le shérif Musgrave ?
Jazz plissa les yeux et croisa les bras, avide de distraction pour ne plus ruminer les pensées qui tournaient en boucle dans sa tête, essayant d’apparaître aussi calme que Michael quand la situation tournait en eau de boudin.
— Tu as l’air très amicale avec ce bon vieux shérif. Qu’est-ce qui se passe ?
— Quoi ?
Elle baissa la tête et joua avec ses cheveux.
— Oh, eh bien, je… y a pas grand-chose à en dire. Sans compter que c’est loin d’être important, avec ce corps dans le salon.
Jazz hocha la tête et ne poursuivit pas son interrogatoire, mais il savait que quelque chose se tramait entre Misty et Musgrave. Et il ne savait pas trop quoi en penser. Pour l’instant, il avait l’impression de ne pas avoir assez de place dans son cerveau pour y réfléchir. Il n’arrêtait pas de revenir à l’image de Norbert, comme un genre de film qui revenait toujours au début.
Il frissonna, mais essaya de trier les faits dans sa tête.
Russell avait tué Dylan, et se trouvait en prison.
Norbert avait été l’attaché de presse de Russell bien avant que Jazz n’entre dans sa vie. Est-ce que Russell connaissait Bill Denton, l’homme tué la veille et retrouvé dans le corbillard de Michael ? Et maintenant, c’était Norbert qui avait été assassiné, et retrouvé au travail de Jazz. Qu’est-ce que ça signifiait pour ce dernier ? Et pour Michael ?
Est-ce que Russell avait tout planifié depuis sa cellule ?
Mais il y avait Ally Roberts.
Russell avait tué son cousin, et essayé de faire pareil à son père. Vu sa réaction quand elle avait vu Norbert au festival, elle le blâmait aussi. Ça ne pouvait pas être un hasard si elle était en ville et qu’il l’avait vue traîner près de la scène de crime, si ?
Mais pourquoi aurait-elle mis Norbert dans le fauteuil de Jazz ? Pour une blague tordue ? Parce qu’il était intervenu pour défendre Norbert la veille ? Ça n’avait aucun sens !
Les meurtres étaient trop similaires pour que ce soit une coïncidence, mais pourquoi Ally aurait-elle tué un des membres de son groupe, avant de le laisser dans le corbillard de Michael ?
Est-ce que quelqu’un en avait après eux ? Voulait les tourmenter ? Est-ce que ces cadavres laissés sur leurs lieux de travail étaient une sorte d’avertissement que l’un d’eux serait le prochain ?
C’est tellement évident, mon cher Jasper ! Le rire désinvolte de Russell fit écho dans son esprit.
Russell… tout ramène toujours à Russell. Mais qu’est-ce que…
— Hé, tu m’écoutes ?
La voix de Misty le sortit du tourbillon chaotique de ses pensées. Jazz se frotta le visage des deux mains, avant de lui adresser un petit sourire qu’il espérait être plus convaincant.
— Désolée, ma chère. J’étais en train de rêvasser, comme dit Michael. Qu’est-ce que tu as dit ?
— J’ai dit que tu devrais rentrer chez toi et te détendre un peu.
Une image du lit confortable de Michael s’afficha dans son esprit.
— Je ne crois pas que je puisse partir…
— Un peu, que vous n’avez pas le droit de partir ! s’exclama Musgrave en déboulant dans la salle de repos.
Misty se tourna vers lui, les mains sur les hanches, ses yeux brillant d’une lueur féroce surprenante.
— Hilton Musgrave, change de ton vite fait, tu m’entends ? Jazz a subi un choc terrible et il a besoin de temps pour digérer.
Les paupières écarquillées, Jazz se tourna vers le shérif et observa avec intérêt les émotions qui se battaient pour avoir le dessus sur son visage. Il eut d’abord l’air furieux – son expression par défaut – puis choqué, avant d’afficher une sorte d’attirance obscène.
Oh bon sang, c’était vrai ! Si ce n’était pas déjà le cas, le shérif Musgrave et Misty allaient bientôt faire la bête à deux dos.
À présent, Jazz regrettait vraiment de ne pas pouvoir remonter dans son appartement et s’envoyer un ou deux verres de whisky pour effacer les images qui sautillaient partout dans sa tête déjà trop remplie.
Musgrave mit quelques secondes à lâcher Misty des yeux, même si pour Jazz ça dura plutôt des années alors qu’il restait là, baignant dans leurs phéromones. Quand le shérif reporta enfin son attention sur lui, il s’était un peu radouci.
— Dilworth, allez donner votre déposition à l’adjoint Tanner, tout de suite, et après vous pourrez y aller. Mais…
— … ne quittez pas la ville, le coupa Jazz d’un ton blasé. Je connais le topo.
Musgrave poussa un grognement. Il jeta un dernier regard langoureux à Misty avant de partir. Jazz n’eut pas le temps de trouver quoi dire à ce propos que Tanner franchissait le seuil de la porte, flanqué de son air de beau gosse américain classique, avec sa chemise d’uniforme à manches courtes et son pantalon bien ajusté. Il semblait un peu nerveux.
— Le shérif a dit que vous étiez prêt à parler ?
— Je suis prêt à vous donner ma déposition, oui.
— Oui. Voilà.
Tanner sortit un carnet de la poche de sa chemise puis un moignon de crayon de papier auquel il manquait la gomme.
— Vous ne vous trompez jamais ? demanda Jazz.
— Pardon ?
— Votre crayon n’a pas de gomme. Ça veut dire que vous ne faites jamais d’erreur ?
Tanner gloussa et se détendit visiblement.
— Nan. Je l’ai mâchouillée. Ça doit être un tic nerveux.
— C’est plein de fibres, les gommes de crayon de papier ?
— J’en sais rien. C’est sans doute bourré de produits chimiques et de colle.
— OK, vous voulez faire ça où ?
Jazz vit Tanner virer à l’aubergine, et se demanda ce qui leur prenait, à tous. À moins que ce soit juste lui ?
— Pourquoi pas dans mon bureau ? proposa Misty. Tiens, voilà ton thé. Maintenant, conduis ce brave adjoint dans mon bureau, et installez-vous tranquillement.
Jazz accepta la tasse qu’elle lui tendit, puis prit la direction de son bureau, à l’autre bout du couloir. Il prit soin de regarder la porte, et pas Michael, qui était en train d’examiner le corps de Norbert dans le salon. Quand il essaya la poignée, celle-ci refusa de tourner.
— C’est fermé, Misty. Tu as la clé ?
— Oh, crotte de bique, je crois que je l’ai laissé tomber devant la porte quand je suis entrée et que j’ai vu… enfin, quand je suis entrée, quoi.
Elle passa à côté d’eux, et Jazz la suivit des yeux jusqu’à l’avant de la boutique. Les jumeaux Tompkins étaient en train de scotcher du journal sur la vitrine pour empêcher la foule qui s’était attroupée devant d’épier ce qui se passait à l’intérieur. Michael était en train de prendre des photos du corps, et de toute évidence son équipe était arrivée, parce que son apprenti flippant, Ezra, rôdait derrière. Steve était appuyé contre le mur, les bras croisés, l’air sérieux.
Beaucoup de monde avait débarqué en peu de temps et Jazz n’avait rien entendu.
Misty se pencha pour ramasser ses clés. Jazz se dépêcha de se retourner quand il surprit le shérif en train de lui reluquer le postérieur depuis l’autre côté du salon.
Beurk… dégoûtant.
— Sacré samedi matin, hein ? lança Tanner.
— On peut dire ça comme ça, acquiesça Jazz.
— D’abord toute l’excitation au festival hier, et maintenant ça.
Misty les rejoignit, les clés cliquetant dans sa main, puis elle déverrouilla son bureau.
— C’est le bazar, mais au moins vous pourrez vous asseoir et discuter.
Elle adressa un regard sévère à Jazz.
— Vous passez bien tout en revue. Toutes les informations que tu as.
Jazz se renfrogna.
— Je sais très bien comment on donne une déposition, merci. Et je crois que ça vaut pour toi aussi, le fait de parler et de donner toutes les infos que tu as.
Jazz se tourna vers l’endroit où Musgrave se tenait derrière Michael, avant de reporter son attention sur Misty.
— Pas toi ?
Elle rougit et joua avec ses cheveux tout en posant les yeux partout, sauf sur le visage de Jazz.
— Eh bien, je ne sais pas. Tout ce que je voulais dire, c’est que tu devrais te montrer aussi honnête et ouvert que possible avec le gentil adjoint. C’est tout.
— Où vous voulez vous asseoir ? demanda Tanner. Au bureau, ou dans le fauteuil dans le coin ?
— Dans le coin, ce sera bien, soupira Jazz. J’ai l’impression que c’est plutôt approprié, vu la situation.
Tanner prit place derrière le bureau de Misty et prit des notes pendant que Jazz lui racontait tout ce qui s’était passé une fois que Michael et lui avaient quitté le festival. Il était soulagé d’avoir Michael comme alibi pour un bout de la soirée. Si seulement il avait passé la nuit avec lui, il serait au-dessus de tout soupçon à l’heure qu’il était.
— Je suis rentré à pied depuis chez Michael, vers onze heures, onze heures et demie, je crois. Je ne sais plus exactement l’heure qu’il était, désolé.
— Pas de problème. Et vous êtes restés ensemble tout le temps, avant que vous ne partiez ? Vous n’êtes pas repassé à la boutique, et lui n’a pas eu besoin d’aller au funérarium ?
Jazz le regarda droit dans les yeux.
— On est restés ensemble et bien occupés pendant tout ce temps.
Tanner rougit et baissa la tête sur son carnet pour écrire furieusement. Jazz se demandait ce qu’il notait. Ils ont baisé longtemps comme des bêtes jusqu’à ce que le suspect parte entre onze et onze heures trente.
L’adjoint se racla la gorge, en mode professionnel à nouveau.
— Vous avez un permis de port d’arme dissimulée, exact ?
— Absolument, mais je n’en porte pas. Vous voulez voir mon permis ?
Il hocha la tête, et quand Jazz le sortit et le lui tendit, Tanner écrivit encore avant de le lui redonner.
— Vous en portiez une hier soir ?
— C’était un rencard.
Il rangea son portefeuille dans sa poche.
— Ça ne répond pas à ma question, répliqua Tanner en plissant les yeux.
Jazz l’imagina en train d’essayer de copier les techniques d’intimidation du shérif devant le miroir de sa salle de bains. Il avait encore du boulot.
— Non, mon arme est dans son étui dans le placard de ma chambre.
— La victime et vous avez un passif. Et pas un qui soit très joyeux.
— Ce n’est pas un secret. Mais je ne l’ai pas tué.
Il se frotta le visage de ses mains tremblantes, et repoussa ses cheveux en arrière.
— Seigneur, quelqu’un l’a tué, lui a tranché la gorge ou étouffé ou je ne sais quoi. Même moi, je ne le détestais pas à ce point.
Le dire à haute voix ne l’aida pas à se débarrasser du sentiment que toute cette matinée était irréelle.
Norbert a été tué et laissé dans mon fauteuil. C’est quoi ce bordel ?
— Mais vous l’avez menacé, lui rappela Tanner. Je vous ai entendu, et vous aviez vraiment l’air de le haïr profondément à ce moment-là.
— Si vous m’avez entendu, alors vous avez aussi entendu ce qu’il a dit à propos de Michael. Ça m’a foutu en rogne, et j’ai réagi. Mal, je vous l’accorde, mais ce qui est fait est fait.
Il pensait vraiment ce qu’il avait dit sur le moment, mais à présent… Jazz frissonna.
Tanner pinça les lèvres, l’air de réfléchir tellement fort que Jazz faillit lui dire de ne pas se faire mal.
— Oui, ce n’était vraiment pas correct de dire ces choses à monsieur Fleishman. C’est un homme bien. Il a juste un boulot un peu inhabituel, vous voyez ?
Jazz fut surpris par la justesse de sa remarque.
— Ouais.
— Donc vous n’avez pas d’alibi après vingt-trois heures trente, et un lourd passé avec la victime. Vous avez menacé de le tuer, et le lendemain, on le retrouve mort. On a un mobile et une opportunité là, monsieur Dilworth.
Jazz lâcha un rire forcé. Depuis quand Tanner agissait comme un vrai flic ?
— Et pourquoi je l’aurais laissé sur mon lieu de travail, si je l’avais tué ? Et deuxièmement, qu’est-ce que vous faites de Bill Denton ? Vous croyez que c’est moi qui l’ai tué aussi ? Et qu’ensuite je suis allé le déposer chez mon petit ami ? Je ne l’ai jamais rencontré. Et de toute évidence, c’est la même personne qui les a assassinés tous les deux.
Ils ne croyaient pas vraiment que c’était lui qui avait fait ça. Si ?
— Exact, reconnut Tanner en hochant la tête lentement. Les meurtres sont trop similaires pour que ce ne soit qu’une coïncidence.
— Voilà.
— Deux meurtres à moins d’un jour d’intervalle.
Tanner termina d’écrire et fronça les sourcils.
— Il s’est passé pas mal de choses dans le même genre cette année.
— On ne sait jamais le genre de personnes que ces festivals vont rameuter. En parlant de ça, quand je suis rentré chez moi hier soir, j’ai vu quelqu’un en train de rôder près de la porte de derrière.
Tanner se redressa.
— Qui ça ?
Jazz hésita avant de se décider.
— La jeune femme qui s’est battue avec Norbert au festival. Ally Roberts.
L’adjoint écarquilla les yeux puis opina du chef.
— La fille avec les cheveux en arrière, et qui se trouve être de la famille de la dernière victime, Dylan Roberts. Oui, je me souviens d’elle. Elle est plutôt costaud.
Il commença à prendre des notes, puis s’arrêta et leva lentement la tête, les yeux ronds.
— Elle sort avec la fille du shérif, non ?
— Ouaip, confirma Jazz.
— Oh, bordel.
— Ouaip.
— Oh, bordel, répéta Tanner. Ça va causer une sacrée scène.
— Je me doute.
Et Jazz ne se sentait qu’un tout petit peu coupable que ce soit Tanner qui doive annoncer ça à Musgrave. Je préfère que ce soit lui plutôt que moi.
— Oh, bordel.
— Vous l’avez déjà dit.
— OK. Oui, vous avez raison. OK, je vais gérer. Autre chose ?
Jazz haussa les épaules.
— Pas vraiment. J’ai bu un verre de vin, puis je suis allé me coucher, et je dormais avant même que ma tête touche l’oreiller. Et quand je suis arrivé au salon ce matin, j’ai trouvé le corps dans mon fauteuil.
Le corps.
Il avait l’impression que le mot résonnait dans son cerveau.
Mais ce n’était pas juste un corps.
C’était le corps de Norbert, quelqu’un qu’il connaissait, et d’accord, qu’il n’aimait pas beaucoup, depuis des années. Ça avait toujours été quelqu’un d’irritant, d’agaçant et d’horrible. Il avait tout fait pour foutre en l’air sa relation avec Russell, et lui avait même proposé de tuer Jazz, Michael et Musgrave, et de couvrir leurs meurtres.
Mais la veille encore, il était en vie, il respirait, il pensait, il parlait. Et maintenant, il était mort. D’accord, il disait des saloperies, mais quand même, il était là, conscient et à présent, il était juste… parti. Et sa fin n’avait pas été des plus agréables, visiblement.
On ne pouvait pas nier que les choses étaient devenues beaucoup plus sombres à Lacetown ces derniers temps, et Jazz ne pouvait s’empêcher de penser que c’était un peu sa faute.
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