Mystères à Lacetown Tome 2 - Des suspects à la pelle

Chapitre 25

 

Herschel était grand, mais il était rapide pour un homme de sa taille.

Alors que Jazz était sur le point de sortir son téléphone pour appeler Misty, Herschel se jeta sur lui. La vue de ce type costaud en train de lui foncer dessus était tellement effrayante que Jazz se retrouva incapable de réagir. Avant qu’il ait le temps de prendre son portable ou de lever son arme, Herschel le percuta de plein fouet.

Les poumons de Jazz se vidèrent quand il heurta le sol. Ses fesses encaissèrent le plus gros de l’impact, et un éclair de douleur explosa dans son coccyx. Ses dents s’entrechoquèrent, et il rata de peu de se mordre la langue.

Par chance, il arriva à garder son arme dans ses mains, ainsi qu’un peu de sang-froid. Il enleva la sécurité avec son pouce.

Herschel bougea rapidement ; il se releva et contourna Jazz, avant de soulever ce dernier par les épaules. Juste quand il commençait à se demander si tout ça n’était pas qu’un énorme malentendu et si Herschel essayait de l’aider à se relever, quelque chose s’enroula autour de son cou. Le lien se resserra, coupant sa respiration, et s’enfonçant dans sa peau. Une vague de panique se déclencha et envahit tout son corps.

Il essaie de m’étrangler comme…

C’était Herschel le tueur. Il avait assassiné Bill Denton et Norbert.

Et Jazz serait le suivant.

Mais pourquoi ?

Jazz leva la main et essaya de diriger son arme sur Herschel. Il appuya sur la détente, une, deux, trois fois. Son agresseur sursauta, mais il ne lâcha pas prise.

Couché sur le côté, avec Herschel presque sur lui, Jazz se débattit et essaya de glisser ses doigts entre le lien et sa gorge, mais c’était trop serré. Il tapa des pieds par terre et griffa les avant-bras d’Herschel alors qu’il cherchait désespérément de l’oxygène. Il se débattit furieusement avec un seul bras parce qu’il refusait de lâcher son arme, même la main qui la tenait était coincée sous lui. Il tira à nouveau, mais le coup partit n’importe où.

Seigneur, faites que quelqu’un ait entendu les coups de feu…

Une silhouette sombre faisait les cent pas dans le salon, et Jazz se dit brièvement que ça devait être Michael qui était venu pour le sauver. Mais ensuite l’ombre passa dans la lueur d’un lampadaire extérieur.

Oslo ! Le garçon s’agrippait les cheveux à pleines mains, son visage crispé d’angoisse.

— Arrête ! cria-t-il. C’est mal !

— Silence, gamin ! Voilà ce qu’il faut faire pour se purifier de ses péchés ! aboya Herschel en tirant plus fort sur Jazz, lui tirant un gargouillis. Je t’ai ramené dans cet endroit où j’ai purifié la Terre pour t’aider à voir que les péchés n’ont pas leur place ici-bas !

— Non, arrête ! Il faut que ça s’arrête !

— Jamais, fils. Pas avant que le travail du Seigneur soit accompli !

La poigne d’Herschel se relâcha un tout petit peu pendant qu’il sermonnait Oslo.

Mais ce fut suffisant pour Jazz. Il se tortilla, roulant partiellement sur le dos. Il sentit la corde autour de son cou déchirer sa peau et brûler sa chair. Herschel perdit encore plus de prise à chaque mouvement de Jazz, et ce dernier parvint à prendre une brève inspiration. Ça l’aida, mais ce n’était pas assez. Il réussit à libérer son bras, à orienter son arme derrière, et à l’enfoncer dans le ventre d’Herschel.

Il appuya sur la gâchette sans la moindre hésitation.

Le recul de l’arme fut brutal dans sa main, la détonation sourde avalant le cri de surprise et de détresse d’Herschel.

Le poids qui clouait Jazz au sol disparut et la corde se relâcha, avant de se draper sur ses épaules.

Hoquetant pour faire entrer de l’oxygène dans ses poumons, Jazz rampa loin de l’homme, avec une toux sifflante, cherchant désespérément de l’air. Sa tête tournait, et il cligna des yeux pour faire disparaître les points lumineux de son champ de vision. Ses oreilles bourdonnaient alors qu’il essayait de reprendre ses esprits.

Mais qu’est-ce que… Qu’est-ce qui vient de se passer, au juste ?

Il prit une autre inspiration tremblante, tandis que le sifflement dans ses oreilles se taisait. Il reprit brusquement conscience de son environnement, le son de ses halètements, la douleur sur son cou.

Non, ce n’était pas un rêve.

Je suis au salon… Herschel a essayé de me tuer…

Merde ! Herschel !

Paniqué, Jazz lança la fine corde loin de lui. Avec de grandes goulées d’air, il se servit de ses pieds pour glisser à reculons sur le sol. Il fallait qu’il s’éloigne. Des images de Russell nu et trempé en train de le suivre en rampant jaillirent dans le cerveau de Jazz.

À côté, quelqu’un gémit de douleur.

Et quelqu’un d’autre poussait des sanglots déchirants.

Mais où était Michael ? Est-ce qu’il n’aurait pas dû être là ?

Jazz crapahuta encore un peu plus loin, et personne ne se lança à sa poursuite. Hors d’haleine, il se retourna quand il atteignit le mur. Il s’adossa contre. Sa gorge le brûlait et il avait mal à la poitrine, mais son esprit était plus clair à présent.

Herschel était allongé à sa gauche, plié en deux de douleur contre le mur du fond, tandis qu’une flaque de sang s’élargissait par terre. Les types du stand de tir auraient été fiers de sa précision.

Il laissa échapper un éclat de rire rauque et inapproprié.

Bon, mon esprit n’est peut-être pas si clair que ça, finalement.

Mais Herschel était hors d’état de nuire, et il ne cherchait pas à attaquer Jazz, alors ce dernier prit une minute pour examiner la situation et son état de santé. Il se tâta le cou, qui le faisait souffrir, mais il ne trouva pas de sang. Et il pouvait respirer et réfléchir à nouveau.

C’était Herschel le tueur.

Le meurtre de Norbert n’avait pas été une menace envoyée par Russell depuis sa prison. C’était une punition infligée par le mari psychopathe de la cousine de Misty.

À droite de Jazz, Oslo était agenouillé, en train de pleurer, la tête basse et les mains sur le visage.

Mais qu’est-ce que j’ai interrompu, bon Dieu ?

La porte de derrière s’ouvrit, et trois personnes débarquèrent, manquant de marcher sur Herschel. Jazz leva la main pour braquer son arme sur les nouveaux entrants, avant de se rendre compte qu’il ne la tenait plus. Où est-ce qu’il l’avait fait tomber ?

— Jazz !

Le son de la voix de Michael lui fit l’effet d’un courant d’air frais pendant une chaude nuit d’été, et Jazz plissa les yeux quand quelqu’un alluma la lumière.

Il parvint à afficher un petit sourire.

— Mich…

Il fut interrompu par une quinte de toux, mais ensuite Michael était là, agenouillé à côté de lui, ses mains sur son visage. Rien que son odeur et sa voix suffisaient pour que ce dernier se sente en sécurité.

— Seigneur, tu es blessé ! s’exclama Michael. Laisse-moi voir. Ça risque de faire un peu mal.

Jazz grimaça quand Michael lui fit doucement relever le menton.

— Alors, c’est mauvais, doc ?

Sa voix était rauque, et l’entendre le fit glousser, malgré tout ce qui venait de se passer. Il avait envie de dire à Michael qu’il parlait comme Brenda

Vaccaro9, mais l’effort lui semblait insurmontable. Et il ne pensait pas que Michael savait qui c’était de toute façon.

— La peau est meurtrie. Entaillée par endroits. Mais je n’ai pas l’impression qu’il y a de dégâts profonds sur l’épiderme ou les muscles.

Il fit bouger doucement sa tête, puis sourit quand leurs regards se croisèrent.

Jazz réussit à le lui rendre.

— Est-ce que je suis ton premier patient encore en vie ?

Les yeux de Michael se remplirent de larmes, et il posa une paume chaude contre la joue de Jazz.

— Le premier, le dernier, le seul qui compte.

Jazz sentit ses larmes monter à leur tour. Il venait de vivre un truc horrible, mais il ne pensait pas que Michael parlait encore de lui en tant que patient. Son cœur se mit à cogner dans sa poitrine, et une vague de chaleur se répandit en lui. Avant qu’il n’ait le temps de répondre, une femme prit la parole à proximité.

— Euh, les gars ? Ce type a reçu une balle. Il saigne pas mal, quand même.

— Appelez les secours, répondit calmement Michael, sans quitter Jazz. Dites-leur qu’on a une blessure par balle et une victime de tentative de strangulation.

Par-dessus l’épaule de Michael, Jazz vit Ally Roberts s’agenouiller près d’Herschel. Il regarda Michael à nouveau et demanda :

— Ally ?

— C’est elle qui nous a laissés entrer, répondit Michael avec un sourire faible.

Jazz se redressa un peu plus, aidé par Michael.

— Comment ça, elle vous a laissés entrer ?

— J’étais en haut dans ton appartement, en train de discuter avec Joe…

— Joe ?

Jazz ne comprenait rien du tout. Il avait peut-être perdu quelques cellules grises à cause de l’étranglement.

Le visage serein et patient, Michael repoussa quelques mèches de cheveux de son front, son toucher incroyablement tendre et apaisé malgré les gémissements de douleur et les sanglots d’Oslo.

Pendant une fraction de seconde, un battement de cœur, Jazz n’eut d’yeux que pour Michael.

— Tu te souviens de Joe ? Le type qui loue l’appartement à côté du tien ? indiqua Michael en pointant du doigt un mec familier dans une autre chemise hawaïenne voyante.

Jazz hocha la tête.

— Qu’est-ce que vous faites là ?

— Eh bien, reprit Michael, Joe est à Lacetown pour enquêter. C’est lui Blake Hanson, celui qui présente mon podcast préféré, Affaires glacées.

— Vous aussi, vous aimez bien ? demanda Ally, son visage illuminé d’une excitation franchement déplacée après que Jazz avait failli se faire assassiner.

Un grand sourire aux lèvres, Michael la regarda par-dessus son épaule.

— C’est ma dernière obsession en date.

Mais on s’en fout, là !

Jazz fit taire leurs voix et se mit à quatre pattes, cherchant frénétiquement sur le sol.

— Laissez tomber. Où est mon revolver ? Aide-moi à le trouver, Michael !

— Ton revolver ?

Michael se mit accroupi et fouilla les environs des yeux.

— Je ne le vois pas.

— Oh, merde, marmonna Joe.

Jazz grimaça et reporta son attention sur le gars qui logeait dans l’appartement de son voisin – Blake, ou Joe, qui faisait un podcast, apparemment.

Celui-ci avait sorti son portable, mais son regard était braqué derrière eux, les yeux écarquillés. Il leva une main comme pour calmer quelqu’un.

— Tranquille, mec, dit-il d’une voix chevrotante.

Jazz tourna lentement la tête.

Oslo s’était relevé. Il ne pleurait plus, et arborait une expression furieuse. Il tenait le pistolet de Jazz à deux mains, pointé sur eux.

— Ne bougez pas, les avertit-il, plus psychopathe qu’en colère à présent.

Michael se releva sur ses genoux et leva les mains en l’air, comme par réflexe.

— Oslo, commença-t-il, hésitant. Nous ne sommes pas l’ennemi. S’il vous plaît, posez cette arme.

Jazz cligna des yeux plusieurs fois, et se tourna jusqu’à pouvoir observer toute la scène. Il comprit alors ce qui se passait. Il posa une main sur le bras levé de Michael et indiqua du menton l’endroit où se trouvait Herschel.

— Je crois que ça va aller, mon cœur, dit-il d’une voix rauque.

Michael détourna brièvement les yeux d’Oslo, avant de lâcher « Oh ! » tout bas quand il vit ce que Jazz avait repéré.

Les mains tremblantes, Oslo pointait le pistolet sur Herschel, qui s’était rapproché d’eux en rampant. Le prêcheur tenait une paire de ciseaux dans une main, ses yeux brillant de haine rivés sur Jazz et Michael.

Mais comment avait-il bien pu récupérer ces ciseaux sans que personne ne le remarque ?

— Plus de meurtres ! s’écria Oslo, le visage tordu dans une expression d’angoisse et de fureur.

Herschel jeta un regard noir à Michael qui avança vers lui, l’attention de ce dernier partagée entre les deux suspects. Les mâchoires du prêcheur étaient contractées et il se laissa faire quand Michael lui prit les ciseaux. À côté, Ally se rapprocha d’Oslo et tendit lentement la main jusqu’à la poser sur le pistolet.

— Je vais prendre ça, d’accord ? demanda-t-elle.

— C’est fini ? murmura Oslo. Il va s’en aller ?

— Il va s’en aller très loin, oui, confirma Joe. Et pour un bout de temps.

L’air brisé et épuisé, Oslo laissa Ally lui prendre l’arme. Puis il se laissa tomber dans un des fauteuils du salon et éclata en sanglots.

Michael concentra son attention sur le jeune homme, l’air inquiet.

— Ally, appela Jazz d’une voix ferme, l’air plus confiant qu’il ne se sentait, tout en lui tendant la main. Rendez-moi mon revolver.

Et le dévisagea, et le cœur de Jazz rata un battement.

Merde. Est-ce qu’elle… ?

Avant que sa pensée n’ait le temps de passer d’un côté de son cerveau à l’autre, Ally retourna l’arme de sa main et présenta la crosse à Jazz.

— Des pécheurs, tous autant que vous êtes !

Tout le monde grimaça en entendant le cri d’Herschel, sa colère noyée dans une quinte de toux grasse.

— Quoi ? demandèrent Michael et Ally en même temps.

— Le Seigneur m’a donné la chance de souffrir du même destin que Son fils, continua Herschel, la voix tremblante de souffrance tandis qu’il fusillait Jazz et Michael du regard. Les pécheurs n’ont pas leur place sur cette Terre. Je dois remodeler cet endroit selon Sa vision.

Après avoir vérifié qu’il avait toujours des munitions et qu’une balle était prête à partir, Jazz braqua son arme sur Herschel.

— Pour commencer, espèce de taré, Jésus n’a jamais dit un seul mot sur l’homosexualité. Ensuite, tu as assassiné des gens, putain. Aux dernières nouvelles, tu as enfreint un des Dix Commandements. Bizarrement, les tablettes de pierre ne parlaient pas du fait d’être gay.

— Il a tué beaucoup de monde, ajouta Joe.

— Tellement, souffla Oslo.

— Quelqu’un a appelé la police ? demanda Michael.

— Oh, merde, pardon, s’excusa Joe avant de composer le numéro avec un sourire aux lèvres. Je vais être célèbre. Bordel, tellement célèbre ! Allez vous faire foutre, madame Ernsthausen !

Puis il adressa un doigt d’honneur au plafond.

— C’est qui ? l’interrogea Ally.

— Mon professeur d’informatique en CM2. Elle m’a donné un D et a dit que je ne ferais jamais rien de ma vie. Elle n’y connaissait rien à rien. Je vais passer chez Ellen et dans Good Morning America. Ça lui fera les pieds, à cette vieille tronche ridée.

— Hé, c’est la Bible du type.

Ally ramassa le livre.

— Ne touchez pas à ça ! brailla Herschel.

Un chœur de « La ferme ! » s’éleva dans le salon.

Ally examina l’ouvrage.

— Il a peut-être écrit une liste de noms ou des trucs dans la marge. Dylan pensait que ça ferait une super preuve dans un thriller.

Elle afficha un air triste à la mention de son cousin, et le cœur de Jazz se serra pour elle. Ally secoua la tête comme pour enfouir son chagrin, puis ouvrit la Bible qu’Herschel avait fait tomber en se jetant sur Jazz. Elle la feuilleta, vérifiant les pages, puis déclara, déçue :

— Pas de liste. Rien d’écrit à la main non plus.

— Attendez une minute, intervint Michael avant de se mettre debout. Ne touchez plus d’autres pages. Laissez-moi regarder.

Il se tourna vers Jazz.

— Il y a des gants quelque part ?

Jazz désigna la station de travail de Misty.

— Tiroir du haut.

Il l’ouvrit et en sortit deux gants en latex, puis récupéra la Bible. Jazz se retourna pour surveiller Herschel, son arme toujours pointée sur lui.

Le prêcheur se tenait le ventre, qui saignait toujours, et couvait Jazz d’un regard haineux.

Si ce dernier n’avait pas eu la gorge aussi irritée, il se serait fendu d’un « Allez vous faire foutre ». Il reporta ensuite son attention sur Michael, qui déchiffrait la Bible.

— Qu’est-ce que tu as trouvé, mon cœur ?

— Le marque-page a disparu…, déclara Michael.

Sa voix avait un ton songeur qui fit sourire Jazz. Son croque-mort sexy avait flairé quelque chose.

Ce dernier se tourna vers lui.

— Avec quoi il t’a attaqué ?

Jazz toucha sa gorge avec précaution.

— Je ne sais pas. Un genre de cordelette toute fine.

— Il faut la retrouver, commanda Michael, prenant les choses en main et désignant le salon. Tout le monde cherche un bout de corde. Mais ne touchez à rien.

— Aucun de vous ne peut arrêter la purification qui va se produire.

— On vous a pas dit de la fermer, vous ? se fâcha Jazz en agitant le pistolet à son attention.

Herschel lui jeta un regard mauvais, avant de tousser du sang et de se tenir l’estomac.

Joe était en train de parler au standardiste de la police, demandant une patrouille et une ambulance, mais Ally pointa un endroit près de la porte de la salle de repos.

— Là ! C’est ça ou pas ?

Michael se hâta d’aller ramasser le cordon par un bout.

— Je crois. Oui, c’est celui que j’ai vu quand ils étaient sur scène. Et comme je le soupçonnais, ce n’est pas un cordon, mais plein de petites cordes. Elles sont très fines et tressées ensemble…

Il s’interrompit et leva la tête vers Oslo, avant de se tourner à nouveau vers Jazz, les yeux écarquillés.

— Les cordes.

— Les cordes ? répéta Jazz, avant de comprendre ce que Michael avait voulu dire.

Ses yeux s’arrondirent à leur tour.

— Les cordes de l’archet d’Oslo ! On l’a vu les ramasser après leur concert ! Et il les tressait quand on les a vus ensemble chez Misty !

— Exactement, confirma Michael, les yeux brillants de l’excitation de la découverte.

Oslo sanglota encore plus fort, mais il réussit quand même à parler.

— Il m’a obligé à tresser les cordes que j’avais cassées et à les lui donner. Il m’a avoué ce soir qu’il s’en servait pour tuer des gens, et que je devais apprendre à le faire aussi. Il a pris toutes mes tresses et il a fabriqué son marque-page ! Je ne savais pas qu’il s’en servait pour commettre des meurtres. Je ne savais pas !

Michael avait l’air à la fois confus et dégoûté.

— Vous avez étranglé des gens avec les tresses de cordes d’archet qu’Oslo a fabriquées, et après vous les avez attachées ensemble pour en faire un marque-page pour votre Bible ? demanda-t-il à Herschel.

Derrière eux, Joe parlait toujours aux secours.

— Je viens de mettre la main sur le Tueur au Banjo !

Puis il baissa le téléphone et observa Jazz et Michael.

— Pas mal, comme nom, hein ?

— J’avoue que c’est pas mal, reconnut Jazz.

— Il faut envoyer le shérif au salon de coiffure, reprit Joe dans le téléphone. On les tient en joue… euh… Bien ? L’un d’eux a été touché par balle… Oui, vous devriez sûrement envoyer une ambulance aussi.

— Donnez-moi ce téléphone, déclara Michael en le lui prenant des mains. Ici Michael Fleishman, le médecin légiste du comté d’Harbor. Apparemment, il y a eu effraction au salon de coiffure de Misty. Oui, une arme a été déchargée.

Michael répondait aux questions de manière méthodique, tandis qu’Herschel grognait et s’agitait.

— D’accord, merci. Je vous mets sur haut-parleur et je pose le téléphone.

Il appuya sur un bouton et posa le portable sur un comptoir.

— Ils seront là d’ici quelques minutes, mais il faut laisser la ligne ouverte.

Il balaya la pièce du regard en posant les cordes tressées et la Bible à proximité.

— Vous allez payer pour ça, bande d’homosexuels, cracha Herschel, les dents serrées.

— Vous vous foutez moi ? s’exclama Jazz en perdant son calme. C’était pour ça, tout ce bazar ? Un crime haineux ? Vous avez tué deux gays au hasard, avant de les mettre en scène sur nos lieux de travail ? Pourquoi ? Pour nous faire porter le chapeau ?

Herschel plissa les yeux qui brillaient d’une lueur malveillante.

— Dieu ne fait rien au hasard, pécheur.

Même si l’homme était en train de saigner, personne ne s’était approché de lui pour l’aider. Et Jazz n’avait aucune intention de le faire – tu peux te vider de ton sang pour ce que ça m’intéresse, enfoiré – mais sans surprise, ce fut Michael qui ramassa quelques serviettes rangées sous l’évier et approcha du blessé.

— Gardez vos forces et votre confession pour les autorités, commença Michael en lui tendant les serviettes. Tenez, faites pression sur votre…

— Laissez-moi ! s’écria Herschel avec une force surprenante. Ne me touchez pas !

Michael se figea, les lèvres pincées, comme s’il se débattait entre son professionnalisme, sa bonté pour la race humaine et sa répulsion pour l’homme en face de lui. Il impressionna énormément Jazz quand il posa les serviettes à portée du blessé et déclara :

— Il faut que vous appliquiez une pression forte sur l’orifice d’entrée en attendant que l’ambulance arrive.

Herschel lui jeta un regard hautain, toussa du sang, puis prit les serviettes pour les plaquer contre son flanc.

— Vous pouvez faire semblant d’être gentil et compatissant, mais je sais ce que vous êtes réellement.

— Je ne fais pas semblant, répliqua Michael en se redressant pour toiser l’homme avec pitié.

Il rejoignit Jazz et s’agenouilla à ses côtés. Leurs regards se croisèrent, et Jazz lâcha un soupir de soulagement.

— Ça va toujours ? demanda-t-il en ignorant Herschel.

— Oui, ça va, mon cœur, le rassura Jazz.

Il leva le bras et passa la main sur le front de Michael.

— Tu es vraiment un homme bien.

Herschel fut secoué d’une autre quinte de toux.

— Je refuse que mon fils devienne un d’entre vous. Il ne sera pas souillé par votre conspiration !

— Roh zut alors, la conspiration gay, dit Jazz en levant les yeux au ciel.

Derrière Michael, Ally pouffa de rire.

— Jazz, je vais aller ouvrir la porte pour les forces de l’ordre, déclara Michael avant de pointer Ally du doigt. Gardez un œil sur Herschel.

Il rejoignit l’avant du salon et Jazz le suivit des yeux avec un grand sourire. Michael avait pris la situation en main, et Jazz se sentait tellement reconnaissant d’avoir rencontré l’homme de sa vie.

— Je vois les lumières rouges et bleues, annonça Michael. Ils arrivent.

Ally se rapprocha de lui.

— Qu’est-ce que vous disiez à propos des cordes ?

Michael retourna près du comptoir et ramassa la longue tresse de cordes.

— Voilà ce qu’il a utilisé pour attaquer Jazz.

L’air inquiet, il se retourna vers ce dernier, avant de se racler la gorge. Il reprit contenance et montra les fibres noires tissées dedans.

— Je ne crois pas qu’Herschel avait prévu de tuer qui que ce soit ce soir, alors il n’avait pas de tresse avec lui. Tout ce qu’il avait sous la main quand Jazz les a surpris, c’était ce marque-page. Dieu merci, il est plus épais et n’entaille pas la peau comme ça a été le cas pour ses pr-précedentes victimes.

Sa voix flancha avant qu’il ne reprenne.

— Ces points noirs sont sans doute des taches de sang, un peu comme des souvenirs. Et ça va surtout être une mine d’ADN qui va le relier à tous les meurtres sur lesquels Joe a enquêté.

— Quels autres meurtres ? demanda Jazz.

Ses fesses commençaient à être engourdies, et il essaya de se remettre debout. Michael se hâta de venir l’aider, et le guida vers un des fauteuils vides.

— Doucement, mon chéri, insista Michael. Ne va pas te faire mal.

— Ça va.

Enfin, ça irait. Jazz laissa son arme pointée sur Herschel en s’asseyant.

— Le Tueur au Banjo, je n’arrive pas à le croire, dit Joe avant de tâter ses poches.

Il jeta un coup d’œil autour de lui avant de rejoindre Michael.

— Est-ce que je peux récupérer mon téléphone ?

— La ligne est toujours ouverte pour le standard des urgences, dit Michael en désignant l’endroit où il l’avait posé. Une fois que les autorités seront là, vous pourrez raccrocher et le récupérer.

— Ce sera mon podcast le plus téléchargé ! affirma Joe en traversant la pièce pour prendre son portable. Je crois que je ne vais pas dormir pendant une semaine. Je suis trop excité.

— J’ai hâte de l’écouter, dit Michael.

— Moi aussi ! ajouta Ally.

Joe se retourna, le visage illuminé.

— Il faut que vous soyez mes invités spéciaux !

Michael et Ally échangèrent des regards excités avant de pivoter à nouveau vers Joe et de s’écrier en même temps :

— OK !

— Sérieusement ? dit Jazz en fronçant les sourcils à l’attention de son petit ami et d’Ally. On pourrait arrêter de jouer les fans hystériques deux minutes ?

Ils affichèrent tous les deux un air honteux de circonstance, alors Jazz s’adressa à Joe :

— Vous avez suivi Herschel ? Pourquoi ? Il a déjà tué d’autres personnes avant ?

— Oh que oui, confirma Joe avec un hochement de tête frénétique. Je suis les indices depuis plus d’un an. Une fois que j’ai eu commencé à rassembler les éléments, je me suis vraiment pris de passion pour cette affaire. Il est assez malin, mais j’ai remarqué des similitudes. Que des étranglements, les mains des victimes lavées à la javel, et mis en scène dans des endroits improbables. Il a laissé beaucoup de cadavres dans son sillage. Vraiment beaucoup.

— Bon, dans ce cas, je ne me sens pas mal d’avoir tiré sur un vieux, soupira Jazz.

Il se sentait étrangement calme malgré tout ce qui s’était passé, et il se demanda d’où ça provenait.

Puis il percuta brusquement.

C’était terminé.

Il lança un grand sourire à Michael.

— Tu sais ce que ça signifie, mon cœur ? Russell n’avait rien à voir dans tout ça. C’était juste un vieux taré religieux. C’est pas génial ?

Michael lui rendit son sourire.

— Oui, c’est bien.

Puis il fronça les sourcils.

— Mais c’est quand même un peu perturbant. Tu devrais peut-être attendre que Musgrave arrive avant de ranger ton arme.

— Je vais attendre, acquiesça Jazz avant de jeter un regard noir à Herschel. Je n’ai aucune confiance en lui.

Deux voitures de patrouille du shérif s’arrêtèrent devant le salon dans un concert de crissements de pneus quand elles pilèrent au milieu de la route. Michael serra brièvement l’épaule de Jazz, puis se hâta de rejoindre les adjoints à la porte.

Musgrave déboula dans le salon, arme au poing, Tanner sur ses talons.

— Shérif ! Personne ne bouge !

Michael dégagea du chemin et leva les mains en l’air.

— Ne tirez pas ! Tout est fini !

Les petits yeux noirs de Musgrave détaillèrent la scène, puis se posèrent sur Jazz. Ils se plissèrent en repérant le pistolet.

— Dilworth, baissez votre arme ! Enlevez votre doigt de la gâchette et posez-la par terre ! À genoux. Mains derrière la tête, que je puisse les voir !

Jazz passa son pouce dans le pontet, les doigts bien étalés, les bras écartés de chaque côté de son corps. Il descendit du fauteuil et s’agenouilla par terre, baissant lentement la main qui tenait l’arme. Il posa soigneusement cette dernière par terre, avant de croiser les doigts derrière sa tête.

Michael vint se poster à côté du shérif, hors de lui.

— C’est Jazz, la victime ! Et tu le traites comme le dernier des criminels !

— Ne t’inquiète pas, mon cœur, lança Jazz, étonnamment détendu vu la situation. C’est la procédure standard quand c’est toi qui as tiré.

— Du calme, Fleishman, grogna Musgrave. Bon, maintenant quelqu’un veut bien m’expliquer ce que c’est que ce foutoir ?

 

9 Actrice américaine (1939) de cinéma et de télévision.

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