Mystères à Lacetown Tome 2 - Des suspects à la pelle
Chapitre 22
Michael se réveilla en sursaut et avec un torticolis.
— Aïe !
Désorienté, il plissa les yeux pour se protéger du soleil matinal qui filtrait par la fenêtre du salon.
Où est-ce que je… ?
Il sourit quand il se rappela s’être endormi sur le canapé avec Jazz.
— Jazz ? appela-t-il avant de s’asseoir. Jazz ?
Sa vision embrouillée repéra une note posée sur la table basse. Il enfila ses lunettes et la lut.
Mon cœur.
Je suis parti tôt et je ne voulais pas te réveiller vu que tu as une journée chargée qui t’attend. J’ai nourri M. Fesses Poilues et je t’ai préparé le petit-déj. Tu n’as plus qu’à le passer au micro-ondes. Je te laisse une clé de l’appartement. Le code de l’entrée, c’est 1776, parce que mon propriétaire est un véritable patriote. Je pars au yoga avec Misty. Je t’appelle quand je reprends la route.
— Jazz.
L’abondance de X, de O et de petits cœurs qui remplissaient presque toute la feuille rendit Michael tout mou à l’intérieur. Mais la clé ?
De la domesticité pure et simple.
Mais plutôt que d’en avoir simplement envie, Michael était enfin en plein dedans.
Il fit rouler la clé entre ses doigts et parcourut la note encore une fois. Il sourit et retraça un de cœurs que Jazz avait dessinés. Même avec tout ce qui se passait, Jazz restait attentionné et s’inquiétait de ses besoins.
Je l’aime tellement.
Un livre relié était posé sur la table basse, qui contait l’histoire du phare de Lacetown. Il coinça avec révérence la note à l’intérieur pour la garder. Frottant ses mains sur ses cuisses, il détailla la pièce ; sur le mur, l’horloge indiquait six heures trente.
À quelle heure s’était réveillé Jazz ? Est-ce qu’il avait encore eu du mal à dormir ? Pas étonnant, vu tout ce qu’ils avaient déjà enduré, et la journée qui l’attendait. Michael ne voulait pas interrompre sa séance de yoga, mais il avait envie de laisser un texto à Jazz pour que son homme sache que Michael pensait à lui.
Malheureusement, quand il trouva son portable dans la cuisine, il constata qu’il n’avait plus de batterie. Il le brancha rapidement au chargeur et le posa sur le comptoir. Il glissa la clé de Jazz sur son trousseau, incapable d’arrêter de sourire.
M. Cornichon ne se jeta pas sur lui pour qu’il lui donne à manger, mais il le suivit quand il monta prendre une douche. Une fois habillé, il se dirigea vers la cuisine pour voir ce que son amant lui avait laissé comme petit-déjeuner.
Mon amant. Jamais je n’aurais pensé appeler quelqu’un comme ça.
Jazz avait préparé des œufs brouillés au fromage, qui étaient bien meilleurs que quand c’était lui qui essayait de les faire. C’était quoi, son secret ?
— C’est qu’il est parfait, déclara-t-il à son chat avec un sourire. Je l’aime, tu sais ça ?
M. Cornichon regarda Michael enfourner une autre bouchée, sa queue fouettant l’air. Michael ne pouvait pas arrêter de sourire.
Quand il quitta la maison, M. Cornichon miaula de protestation d’être laissé tout seul, mais il serait trop occupé pour l’emmener avec lui. Michael ferma la porte de derrière, puis traversa le jardin et le parking pour ouvrir le salon ; il était le premier, comme d’habitude. Une fois qu’il eut allumé toutes les lumières, il brancha son portable sur le chargeur dans son bureau. Il avait assez de batterie à présent pour qu’il puisse envoyer un message à Jazz.
Michael : Merci pour le petit-déjeuner et pour t’être occupé de M. C. Si tu as besoin de moi, tu n’as qu’à appeler. Tu peux le faire.
Il ajouta quelques cœurs, puis fronça les sourcils, et appuya sur « Envoyer ».
— Tu peux le faire ? répéta-t-il tout haut. On dira une pub pour des baskets, bon sang, pas ce qu’on disait à son petit ami sur le point d’aller affronter son mari en prison. Quelle andouille.
— Michael ? l’appela Kitty.
Il ne l’avait pas entendue entrer.
— Il y a quelqu’un avec vous ?
Un peu embarrassé d’avoir été surpris en train de parler tout seul – encore une fois – il se racla la gorge.
— Non, je suis dans mon bureau !
Il posa son téléphone et sortit de la pièce.
Une très longue journée les attendait.
L’enterrement de madame Rosenstadt eut lieu très tôt ce matin-là, à huit heures, dans la concession à côté de celle de son mari, au cimetière de Shady Willows, à l’est du comté d’Harbor. Par respect pour ses clients et leurs familles, Michael laissa son téléphone charger dans son bureau pendant que Steve et lui emmenaient madame Rosenstadt vers sa dernière demeure, dans un corbillard qu’il avait loué à un concessionnaire Cadillac, à Grand Rapids. Musgrave avait promis que le sien lui serait rendu dans les meilleurs délais.
Une fois que la famille Rosenstadt en eut terminé au cimetière, et que Michael les eut laissés entre les mains compétentes de l’équipe de Shady Willows, ils rentrèrent au salon pour découvrir que sous l’œil scrupuleux de Kitty, Ezra et elle avaient tout nettoyé et installé pour les deux autres services funéraires qui auraient lieu plus tard dans l’après-midi. Le premier à treize heures, l’autre à dix-sept. Les affaires se calmèrent un peu avant midi et Michael en profita pour se glisser dans son bureau pour voir si Jazz lui avait répondu.
Il referma la porte derrière lui et constata que la lumière de son portable clignotait. Il se hâta de déverrouiller l’écran, son cœur s’effondrant à ses pieds quand il vit qu’il avait sept appels en absence de Jazz, qui dataient d’à peine une heure.
Sept !
Et à deux minutes d’intervalle, plus ou moins.
Il vérifia sa boîte vocale, mais ne trouva pas de nouveau message.
Il jeta un coup d’œil à l’horloge. Il fallait environ deux heures pour rejoindre la prison au centre de l’État, ce qui signifiait que Jazz avait dû appeler de la prison, juste avant d’entrer. Que s’était-il passé ? Est-ce qu’on lui avait refusé l’accès ? Est-ce que c’était pire que ce qu’ils avaient soupçonné ? Ou alors Jazz avait été nerveux, et avait eu besoin de réconfort ?
Et Michael n’avait pas été là alors qu’il avait eu besoin de lui.
Les mains tremblantes et les tripes nouées d’inquiétude, Michael consulta ses textos.
Il y en avait deux. Le premier pour lui dire qu’il prenait la route, et l’autre qui disait « Je rentre à l’intérieur, là ».
Impossible de deviner son état d’esprit en si peu de mots, et il bouillonna d’anxiété.
Je n’aurais jamais dû le laisser y aller tout seul !
Même si Jazz avait déclaré qu’il voulait que ça se passe comme ça, et qu’il était un grand garçon, capable de prendre ses propres décisions, peut-être que Michael aurait dû insister pour aller avec lui.
Et s’il l’avait fait ?
Son insistance aurait peut-être créé une tension entre eux. Il ne voulait surtout pas imposer sa présence quand on ne voulait pas de lui.
Mais pourquoi Jazz n’avait pas voulu qu’il l’accompagne ?
Michael n’arrivait toujours pas à comprendre. Il avait respecté ses souhaits, mais maintenant, Jazz devait affronter ça tout seul. Et il stressait comme un fou, si on en croyait les sept appels.
Il tenta de le rappeler, mais comme il s’y attendait, il tomba directement sur la messagerie.
— Bon sang !
Il réfléchit à ce qu’il pouvait lui envoyer comme message, et écrivit :
Michael : Appelle-moi dès que tu as fini. Je garde mon téléphone sur moi. Je suis désolé d’avoir raté tes appels. Je t’aime.
Il se dépêcha d’effacer la dernière phrase.
On frappa à sa porte au moment où il appuyait sur « Envoyer ».
Il mit son portable en vibreur et le rangea dans sa poche arrière.
— Entrez !
Ezra pénétra dans la pièce et ferma la porte derrière lui.
— Oui ? demanda Michael, l’esprit toujours préoccupé par Jazz.
— La famille Blankenship est arrivée. Ils sont dans la Salle Sérénité.
— Bien, merci.
Michael s’assit sur le bord de son bureau, son cerveau trop préoccupé pour penser au travail.
— J’ai fait du café, et vu le nombre de personnes qui vont assister aux deux services, est-ce que vous voulez…
Ezra hésita, sa phrase en suspens tirant Michael de ses pensées angoissées.
Il leva la tête vers son apprenti, attendant qu’il termine sa question.
— Oui ?
Ezra fronça les sourcils.
— Monsieur ? Tout va bien ?
— Oui, oui, prétendit-il. J’étais perdu dans mes pensées, rien de plus.
Il s’approcha d’un pas.
— Vous êtes sûr ? Vous avez l’air préoccupé. Est-ce que ça a un rapport avec Jazz ?
Michael laissa échapper un reniflement surpris devant la perspicacité du jeune homme.
— En fait, oui.
Mon pauvre Jazz, dans cette horrible prison, à affronter ce meurtrier de bas étage tout seul. J’aurais dû insister…
Une main douce se posa sur le bras de Michael, et il leva les yeux vers ceux d’Ezra, brillants de sympathie derrière ses lunettes.
— Je me suis fait la réflexion en arrivant qu’il n’y avait ni sa voiture, ni son scooter ce matin. Vous avez dû passer la nuit chacun de votre côté. Je ne savais pas.
Michael ferma les yeux et prit quelques inspirations profondes, essayant de se concentrer sur son travail et de comprendre ce qu’Ezra venait d’insinuer. Mais toutes ses pensées se trouvaient à des centaines de kilomètres de là, de même que son cœur. Et il ne pouvait rien faire pour stopper la vague d’inquiétude qui déferlait encore et encore en lui.
Il se sentait tellement inutile !
— Michael ?
Le murmure incita Michael à rouvrir les yeux, et il observa Ezra.
Leurs regards se verrouillèrent quelques secondes, et Michael se rendit compte qu’Ezra lui touchait l’épaule à présent. Comme dans un rêve, il vit le jeune homme lever l’autre main pour la poser sur sa joue, ses doigts frais sur sa peau. Michael eut un mouvement de recul et le fixa. Sans détourner les yeux, Ezra fit pression sur son cou pour le rapprocher.
Leurs lèvres se touchèrent.
Une fraction de seconde plus tard, la réalité frappa Michael de plein fouet.
— Non !
Il repoussa Ezra et se remit debout. Son cerveau se noyait sous la panique. Il avait l’impression qu’une longue lame glacée avait été enfoncée dans sa poitrine, jusqu’au bas de son ventre, ne laissant que du vide derrière elle.
Vu l’expression d’Ezra, on aurait dit que Michael l’avait frappé.
— Je croyais…
— Non ! Non, je n’ai jamais voulu ça ! Pourquoi tu as fait ça ?
Sans rien ajouter, Ezra sortit précipitamment du bureau, laissant la porte ouverte.
— Ezra, attends ! l’appela Michael, mais il avait déjà disparu.
Puis il entendit sa voix, plus forte et plus agréable que d’ordinaire, alors qu’il s’adressait à la famille de Ruth Blankenship.
Michael enfouit son visage dans ses mains et poussa un grognement. Mais qu’est-ce qui venait de se passer, bon sang ? Ezra l’avait embrassé ! Mais pourquoi ?
— Oh, mon Dieu…, gémit Michael.
Qu’allait penser Jazz ?
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