Mystères à Lacetown Tome 2 - Des suspects à la pelle
Chapitre 7
Avoir laissé un corps dans le corbillard de Michael ressemblait à un avertissement. Mais de quoi ?
Pendant leur examen de la scène de crime, les adjoints de Musgrave avaient fait le tour de l’extérieur et découvert de la terre piétinée et des pétunias abîmés sous la fenêtre. C’était le point d’entrée le plus probable, mais ils n’avaient trouvé aucune empreinte – pas même celles de Steve ou de Michael – ce qui signifiait que tout avait été nettoyé. Mais comment le meurtrier avait-il fait entrer un corps à l’intérieur ? Est-ce qu’il l’avait traîné ? Est-ce qu’il disposait d’un complice ? Ou la victime l’avait-elle suivie de son plein gré ?
Sans surprise, Musgrave s’était montré autoritaire avec Michael et son équipe, leur répétant à tous que « Tout le monde est suspect jusqu’à ce que le shérif Musgrave en décide autrement ». Ils avaient tous coopéré – même si Kitty s’était fendue de quelques mots bien choisis à l’égard de son beau-frère – et au bout du compte, Michael devait convenir qu’il s’agissait du comportement habituel du shérif du comté. Mais il ne pensait pas que Musgrave les soupçonnait d’être impliqués.
En tout cas, il espérait que ce n’était pas le cas.
Naturellement, Norbert était un suspect tout désigné jusqu’à ce qu’ils obtiennent plus d’informations sur la victime et sur sa vie. Certaines personnes avaient une fascination morbide pour la mort et tout ce qu’il l’entourait, et à première vue Norbert correspondait au profil de quelqu’un qui avait un fétiche pour la mort. Est-ce qu’il avait attiré son ancien amant ici, pour faire l’amour avec lui dans le corbillard, avant de le tuer ? Est-ce que c’était un rendez-vous galant illicite qui avait mal tourné ?
Ils n’avaient que des spéculations, pour l’instant.
Michael secoua la tête, essayant de se concentrer sur sa tâche. Trois corps l’attendaient. Grace Murray était déjà dans la chambre froide, et Ruth Blankenship arriverait bientôt. Par chance, son établissement était assez grand pour accueillir cet afflux soudain de travail. La majorité des funérariums faisaient l’impasse sur l’embaumement, mais Michael procédait toujours à l’ancienne. Une « formule tout-en-un » comme disait son grand-père. Au sous-sol, il disposait d’une grande zone de stockage avec des cercueils traditionnels – certaines personnes aimaient en commander un personnalisé, mais la plupart se contentaient d’un modèle classique – d’une pièce de préparation pour l’embaumement, et d’une zone spéciale pour les autopsies, séparée du reste. Pour garder la chaîne des preuves intacte et pour isoler des fonctions quotidiennes les affaires criminelles ou les morts suspectes qui nécessitaient une autopsie, les deux espaces de travail étaient séparés par une porte verrouillée.
L’homme du corbillard était allongé sur une civière dans cette zone sécurisée, enfermé dans un sac mortuaire. Pendant qu’il se lavait les mains, Michael jeta un coup d’œil au sac noir par-dessus son épaule. La veille, cet homme était encore vivant et profitait d’un dîner avec ces deux femmes. Il était membre d’un groupe et gardait rancune de son ancienne relation avec Norbert.
Norbert Farthington se débrouillait toujours pour être un emmerdeur de première. Jazz avait insisté sur le fait qu’il allait bien, mais Michael savait que revoir Norbert l’avait secoué.
Bon sang, ça avait secoué Michael aussi.
Même après son épiphanie sur le fait qu’il était amoureux de Jazz, ses rêves n’avaient été qu’un tourbillon de sang, de coups de feu, du rire insouciant de Russell à la séance d’autographe, et du pauvre M. Cornichon entre les mains de ce voyou.
Michael devrait peut-être arrêter de lire les romans de Brock Hammer avant de dormir. Écouter Affaire Glacées et tweeter des conseils professionnels au présentateur ne faisaient rien pour calmer son imagination débordante non plus. Mais il aimait vraiment écouter ces histoires de familles en deuil qui finissaient par trouver une sorte de paix.
Après s’être séché les mains, Michael prit une paire de gants et s’approcha solennellement du brancard. Il ouvrit la fermeture éclair et en écarta les bords pour observer le visage de l’homme. Des yeux bleus rendus vitreux par la mort, un nez romain qui avait l’air d’avoir été cassé au moins une fois par le passé, voire deux. Des cheveux blonds parsemés de fils d’argent. Il avait été beau, ce que Michael n’avait pas remarqué pendant le scandale au Gruff’s.
— J’aurais aimé savoir votre nom, dit Michael avant de croiser les bras. C’est vraiment étrange. J’ai l’impression qu’il y a une sorte de connexion entre nous, pourtant je ne sais pas qui vous êtes, et je n’ai aucune idée de comment vous appeler. Dans ces conditions, je vous présente mes excuses si tout ça vous semble impersonnel. Mais j’ai pensé à vous. Enfin, depuis hier soir, en tout cas. Ou plus exactement, depuis qu’on vous a trouvé mort dans mon corbillard, il y a deux heures.
Il fit le tour de la table tout en continuant à parler.
— Il y a de nombreuses raisons possibles pour qu’on vous ait laissé dans mon corbillard. Je ne peux m’empêcher de le prendre personnellement, bien sûr, même ça pourrait être juste pour une question de praticité. Peut-être avez-vous été assassiné à proximité, et que la fenêtre de mon garage offrait une solution facile pour vous cacher à la vue de tous. En même temps, ça pourrait être plus personnel, comme une vendetta si vous préférez, contre moi ou contre mon entreprise. Quoi qu’il en soit, vous avez été trouvé sur ma propriété et même si ça m’embête vraiment de dire ça pour plusieurs raisons, j’ai le sentiment qu’il serait plus approprié que je me récuse de faire votre autopsie.
Après ça, Michael arrêta de faire les cent pas et regarda l’homme.
— Ce n’est pas contre vous, alors ne le prenez pas personnellement. Je préférerais être celui qui découvrira votre identité et celle de celui qui vous a fait ça. Mais au lieu de ça, je vais devoir vous transférer à Parker Trevino, de Bridlestop.
Il leva une main gantée en l’air comme pour empêcher le cadavre de protester.
— Je suis conscient que la rumeur court que Trevino et moi ne sommes pas en bons termes, mais ça ne doit pas vous inquiéter. Il est toujours médecin légiste pour le comté voisin, il vous traitera bien, et travaillera avec les forces de l’ordre pour résoudre votre meurtre.
Michael referma la fermeture du sac et fit rouler le brancard dans l’autre salle, jusqu’à la double chambre froide de stockage, confiant dans sa décision. Avec des mouvements précautionneux, il transféra le corps dans le tiroir en acier inoxydable, le fit coulisser, puis referma la porte.
Après avoir retiré et lavé ses mains, Michael remonta au rez-de-chaussée pour appeler Trevino, appréhendant déjà son ton suffisant.
Parker Trevino était le médecin légiste du comté d’Ottawa. Il tenait aussi un funérarium et un crématorium, et même si Michael faisait appel à lui pour les crémations, il n’appréciait vraiment pas les manières pompeuses de l’homme. Il aurait dû être un collègue avec qui Michael aurait pu échanger des idées, mais Trevino avait détesté Michael dès que ce dernier avait pris le poste de médecin légiste du comté d’Harbor, à la retraite de son grand-père. Celui-ci avait méprisé Trevino également, et après des années à traiter avec cet homme mesquin, Michael ne pouvait qu’abonder dans son sens.
Mais en dehors de sa personnalité – comme il l’avait assuré à l’ancien amant de Norbert – Trevino était doué pour les autopsies.
Tandis que Michael composait le numéro de Trevino depuis le téléphone de son bureau, M. Cornichon sauta sur son bureau, réclamant son attention avec des miaulements curieux.
— La journée a été intense, déclara-t-il. Je sais que ça ne t’a pas plu que le shérif soit là à fanfaronner, pas vrai ?
Michael caressa le dos de son chat en attendant qu’on lui réponde au téléphone, les sonneries lui portant sur les nerfs pendant que les ronronnements de satisfaction de M. Cornichon apaisaient son agacement. Il amenait toujours son compagnon au travail. Naturellement méfiant, comme la plupart des chats – à l’exception des humains qu’il préférait – M. Cornichon était essentiel pour son business, et les clients trouvaient sa présence réconfortante. Il semblait toujours savoir vers qui aller pendant les entretiens ou les veillées, et Michael l’adorait.
— Funérarium Trevino, que puis-je faire pour vous ?
Michael leva les yeux au ciel. Même la femme qui répondait au téléphone était pédante.
— Bonjour, c’est Michael Fleishman à l’appareil, le médecin légiste du comté d’Harbor. J’ai besoin de parler à Parker Trevino, je vous prie.
Peut-être sa voix trahissait-elle son agacement, parce qu’en l’entendant, M. Cornichon sauta du bord de son bureau et regagna son arbre à chat. Une fois perché, il miaula et agita sa queue depuis son perchoir, ses grands yeux verts fixant son propriétaire.
— Il est avec un client pour l’instant, monsieur Fleishman…, commença la femme, avant de s’interrompre. Ah, attendez, je l’entends arriver dans le couloir. Pouvez-vous patienter ?
Sans attendre la réponse, elle le mit en attente. De la musique classique apaisante résonna, gâchée par quelques parasites d’électricité statique, qui mirent Michael de plus en plus sur les nerfs. Quand Trevino finit par prendre l’appel, il était à deux doigts de craquer.
— Michael Fleishman. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?
La voix de Trevino était grave et douce, comme lissée par des années à gérer des gens endeuillés. Pour Michael, elle lui faisait penser à des vendeurs de voitures d’occasion et des agents d’assurance. Il espérait ne jamais finir comme ça. Si c’était le cas, Jazz le remettrait sûrement à sa place.
Et voilà que j’en reviens à penser à une sorte de future vie de famille.
— Tu es tombé sur un cas trop complexe pour ton vieil équipement ? demanda Trevino.
— Non, répliqua Michael, incapable de cacher le ton compétitif dans sa voix.
Il détestait que Trevino sache exactement comment l’énerver. Enfoiré.
— Je suis tombé sur une affaire de meurtre, et je dois me récuser de l’autopsie.
— Tu es suspecté de meurtre ?
Il termina sa phrase sur une note suraiguë, et Michael se maudit de ne pas avoir tourné sa phrase autrement.
— Absolument pas, merci beaucoup, lâcha-t-il avec un reniflement dédaigneux. Mais un corps a été retrouvé sur la propriété de mon funérarium, et je pense que la chose la plus appropriée à faire est de laisser quelqu’un d’autre prendre les choses en main.
— Eh bien, eh bien, dit Trevino. Je suis sûr que ça doit t’ulcérer de devoir me le demander, n’est-ce pas ?
— Parker, je ne sais pas pourquoi tu persistes à penser qu’il y a un genre de compétition entre nous, soupira Michael. Je respecte ton travail, et j’ai été dévasté d’apprendre l’incendie récent dans ton crématorium.
Trevino fulmina, et Michael se retint de sourire.
L’incendie avait été la conséquence d’une boulette de la part de Trevino. Michael n’avait peut-être pas son propre crématorium, mais il n’aurait jamais mis un type de deux cent cinquante kilos dans un four sans une circulation d’air suffisante.
— Oui, merci de ta sollicitude, lâcha Trevino d’un ton cassant, sa façade calme se craquelant brièvement.
Michael tournoya dans son fauteuil, appréciant énormément les sons agités à l’autre bout de la ligne. Taquiner ce type était presque amusant. Il agita ses sourcils à l’attention de M. Cornichon, mais son chat se contenta de se lécher le bout des pattes, clairement peu intéressé par les ragots de salons funéraires. Leur secteur d’activité était une petite communauté, et l’histoire avait fait le tour des popotes, sans compter que Trevino avait été le sujet d’une moquerie ou deux. Ou dix.
— On a presque fini de reconstruire, reprit finalement Trevino une fois qu’il eut retrouvé un semblant de contrôle. À cause des dégâts de la fumée, on va devoir rénover nos salles d’exposition aussi. On proposera bientôt l’établissement le plus élégant pour les familles qui veulent célébrer la vie de leurs chers disparus.
Une pensée traversa alors l’esprit de Michael, et il se redressa dans son fauteuil. Est-ce que Trevino avait intentionnellement fourré le pauvre monsieur Jones dans le fourneau en espérant rénover tout son funérarium démodé avec l’argent de l’assurance ?
Quelle honte !
— Et drôlement pratique, marmonna Michael.
Ses salles d’exposition dataient de 1995. Mais quand même… tout ça en traitant un corps avec autant d’irrespect ? Impensable !
— Qu’est-ce que tu as dit, Fleishman ?
— Rien. Alors, tu penses pouvoir venir et faire l’autopsie, ou je fais appel à l’université du Michigan ?
— Non, non, cracha-t-il. N’appelle pas l’université. Je peux venir plus tard dans la journée. Dix-neuf heures, c’est bon ?
— Oui, ça ira, confirma Michael.
Il repoussa son irritation et s’exprima d’une voix sérieuse :
— Je dois collaborer à l’enquête dans la mesure de mes capacités, alors j’apprécie ton aide pour que tout soit fait dans les règles.
— Un merci aurait suffi, répliqua Trevino, avec son arrogance habituelle. Mais je serai là. Aucun souci à te faire. Mon travail est sans égal.
Michael ne s’était fait aucun « souci », mais il se retint de protester. Ce qui ne fut pas une mince affaire.
— Je vais m’assurer que le shérif Musgrave soit là pour te donner les éléments dont on dispose pour le moment.
Après un au revoir expéditif, Michael raccrocha. Quel con. Jazz aurait sûrement trouvé un surnom beaucoup plus drôle et approprié, mais idiot, con et enfoiré étaient le summum de l’originalité pour Michael, là.
Il faut que je parle à Jazz.
Michael avait sorti son portable et ouvert ses messages avant même d’y réfléchir. Jazz était au travail. Il ne devrait pas le déranger. C’était une discussion qu’ils devraient avoir en personne. Si Jazz n’avait pas déjà entendu les rumeurs.
Avec des mouvements lents, il fit défiler leurs derniers échanges de textos, le sourire aux lèvres en se rappelant ces moments.
Plus tôt dans la semaine, Jazz avait envoyé : « Comment va mon croque-mort sur un toit brûlant aujourd’8 ? ».
Et plus tard le même jour : « Ai des pensées très inappropriées à propos de toi pdt que je coiffe mes clients. J’espère que tu ne fais pas pareil ! ».
Rien que relire ces messages et les emojis que Jazz avait ajoutés apaisa les inquiétudes qui polluaient les pensées de Michael.
Non, il raconterait tout à Jazz ce soir.
Pressé de se mettre au travail sur cette affaire, Michael alluma son ordinateur. Il ne pouvait peut-être pas faire l’autopsie, mais il n’avait pas les mains liées.
Trouver l’identité de la victime serait un très bon début. Il se rendit sur le site Web de la ville de Lacetown et dénicha une liste des festivals sur la page des événements et activités de la ville. Michael parcourut la liste des groupes inscrits au festival, espérant que quelque chose lui saute aux yeux pour qu’ils puissent comprendre qui aurait pu vouloir la mort de cet homme et pourquoi.
Et plus important encore, pourquoi le coupable aurait laissé le corps dans son Caddie.
Merde, Musgrave va devoir saisir mon corbillard !
Alors qu’il faisait défiler les groupes, un nom lui sauta aux yeux, au milieu de la programmation du week-end. Les Baladins Dégingandés !
— C’est ça ! s’exclama-t-il avec une poussée d’excitation.
Il cliqua sur le lien du groupe et tomba sur leur page Facebook. Il consulta leur bio.
Les Baladins Dégingandés est un groupe de folk-punk originaire de Chicago…
Michael continua à lire en parcourant les photos et les posts.
Bill Denton, voilà le nom de leur victime.
Avec un sourire triste, il cliqua sur sa photo.
— Pourquoi on vous a laissé dans mon corbillard ? demanda-t-il à l’image.
Denton était sur scène avec une guitare, et le photographe l’avait capturé avec un grand sourire qui le rendait vraiment beau. De toute évidence, il adorait jouer de la musique. Dommage qu’il n’aura plus jamais l’occasion de le faire.
Michael surfa sur la page et trouva les autres membres du groupe.
Sonya Metcalf et Ally Roberts. Leur profil était privé, et les images dont elles s’étaient servies pour leur photo de profil et de couverture ne donnaient pas beaucoup d’informations. Apparemment, Ally avait rejoint le groupe récemment. Les Baladins Dégingandés avaient vu un sacré défilé de guitaristes ces derniers temps, en fait.
Michael ne trouvait pas ça particulièrement suspect.
Combien de musiciens auraient vraiment envie de rester dans un groupe de folk-punk ?
Il cliqua sur le lien de la chanson que Denton avait mentionnée la veille, Norbie le radin et ses chaussures qui courent vite.
Quelle façon ridicule de régler ses comptes avec un ex.
Le riff de guitare électrique interrompit le solo d’harmonica tandis qu’un banjo marquait le tempo. Michael grimaça quand une voix de crooner bluegrass commença à chanter.
« Tu as joué les rockeurs, tu m’as brisé le cœur… tout ça avec tes chaussures qui courent vite… Je n’étais qu’un gamin, tu m’as servi ton baratin… tout ça avec tes chaussures qui courent vite… »
— Par le fantôme de Glen Campbell, qu’est-ce que vous écoutez ?
Michael leva la tête pour trouver Kitty sur le seuil de son bureau, le visage grimaçant comme si quelqu’un avait traîné de la crotte de chien sur le tapis.
Il baissa le son.
— Juste quelques recherches.
— Sur quoi ? demanda-t-elle d’un ton sérieux. Les techniques de torture de péquenauds ?
Il éclata de rire.
— Non, mais j’ai trouvé le nom de notre victime.
Il nota rapidement le nom des trois membres du groupe pour Musgrave, ainsi que le lien vers leur page Facebook.
— Vous tenez le coup ?
Michael leva la tête vers elle, remarquant ses lèvres parfaitement maquillées de rouge et ses cheveux blonds impeccables. Elle était l’incarnation de la beauté et de la sollicitude.
— Je vais bien, la rassura-t-il.
Elle arqua un sourcil, comme une mère qui n’était pas née de la dernière pluie et dont le fils prétendait ne pas avoir mangé le dernier cookie.
Il gloussa et leva les mains en l’air.
— D’accord, je suis toujours sous le choc, mais maintenant je suis surtout curieux de comprendre pourquoi on a laissé un corps dans mon corbillard.
— Ça me fiche la trouille, à moi aussi, admit-elle. Ces stands au festival ont intérêt à servir les bières pression plus vite que leur ombre.
— En effet.
— Est-ce que vous y allez avec Jazz, ce soir ? Malgré tout ça ? précisa-t-elle en faisant un geste vague en direction du garage.
— C’est prévu.
— Bien. Vous allez bien ensemble, tous les deux, assena-t-elle, comme si c’était elle qui les avait réunis. Il vous a décoincé un peu.
Ce fut au tour de Michael de hausser les sourcils.
— Ah, parce que j’étais coincé avant ?
Kitty lâcha un reniflement sarcastique, pas très élégant, puis ouvrit la porte qui reliait leurs bureaux avant de s’approcher du sien.
— Vous ne devriez pas être en train de vous préparer pour votre autopsie ?
L’amusement de Michael s’envola quand il se rendit compte qu’il allait devoir informer Kitty pour Trevino. Elle n’allait pas être contente qu’on envahisse son espace. Trevino avait vraiment un don pour irriter les gens.
Michael se remit debout, le papier avec le nom de la victime et des membres du groupe serré dans son poing. Il se dirigea vers la porte en lançant par-dessus son épaule :
— C’est Trevino qui fait l’autopsie. Il arrive à dix-neuf heures ce soir.
— Quoi ?!
Michael se hâta de rejoindre l’entrée arrière, conscient qu’il se sauvait comme un voleur, mais il n’avait aucune envie de subir une des tirades sans fin de Kitty à propos de Trevino.
Il franchit la porte, se sentant un tout petit peu coupable, mais pas trop d’avoir balancé cette bombe sur Kitty.
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