Mystères à Lacetown Tome 2 - Des suspects à la pelle
Chapitre 19
Le dimanche se leva, chaud et étouffant. Ce serait une des journées le plus chargées que Michael et son équipe avaient eu à gérer depuis longtemps. Comme si le planning n’était déjà pas assez blindé, ils avaient reçu un appel inattendu de la maison de retraite. Adina Rosenstadt était décédée dans son sommeil, apparemment, et Steve et Ezra venaient de la ramener.
Dans son bureau, Michael était en train de remplir les dernières factures avant le début des deux veillées.
Quand Jazz avait terminé de s’occuper de deux femmes la veille, il avait rejoint Michael chez lui. Ce dernier l’attendait avec des steaks grillés et une salade. Ils avaient parlé de tout et de rien, les deux bien trop fatigués pour échanger leurs théories sur les meurtres, mais pas au point de ne pas pouvoir partager une douche et une séance de masturbation savonneuse mutuelle, avant de s’installer dans le lit pour regarder Jane the Virgin.
Jazz s’était endormi au milieu du deuxième épisode, alors Michael avait éteint la télé et s’était lové contre lui. Malgré tout, ils avaient passé une nuit agitée et aucun d’eux ne s’était bien reposé. Le cerveau de Michael tournait en boucle, passant sans cesse des meurtres au travail et à son inquiétude concernant les projets de Jazz pour le lundi. Ce dernier, quant à lui, avait sans doute revu encore et encore le corps de Norbert dans son fauteuil, et avait ruminé sa visite à Russell.
Ils s’étaient levés en même temps que le soleil, et Jazz lui avait donné un tendre baiser d’au revoir avant même que la cafetière ait fini de couler. Il avait promis à Misty de passer chez elle avant qu’il fasse trop chaud pour nettoyer le jardin. Michael l’avait regardé partir avec un doux pincement au cœur, avant d’aller se préparer et de donner à manger à M. Cornichon. Ensuite, il s’était habillé, et avait rejoint le salon funéraire avant que le reste de l’équipe arrive. Avec son chat, évidemment.
Il fallait vraiment qu’il termine ces factures pour Kitty.
Même si la journée du lendemain serait tout aussi surchargée, avec deux services funèbres prévus, Michael espérait que Jazz passerait encore la soirée avec lui. Ils avaient besoin de passer autant de temps que possible tous les deux pour se soutenir l’un l’autre avant que Jazz doive affronter Russell.
Michael ne savait toujours pas ce qu’il en pensait, mais il essaya plutôt de se concentrer sur les papiers devant lui. Sauf que son esprit refusait de se calmer assez pour qu’il se concentre.
On frappa à sa porte, et quand il leva la tête, il découvrit Steve, qui le dévisageait depuis le seuil.
— Tout va bien ?
— Aucun souci, cap’taine. J’ai terminé de préparer la Salle Sérénité et la Salle Harmonie pour les veillées, l’informa-t-il en avançant dans la pièce. Et la famille de madame Rosenstadt vient d’arriver. Kitty est en train de les installer dans la salle de repos. J’ai déjà appelé le rabbin.
— Merci. J’arrive tout de suite.
Les Falaises abritaient un grand nombre de résidents de confession juive, ainsi que quelques juifs orthodoxes, qui choisissaient tous Fleishman’s pour les accompagner dans leur dernière demeure. Comme beaucoup d’entre eux, madame Rosenstadt avait déjà tout prévu, et serait inhumée à la première heure le lendemain matin. Avec les deux autres clients dans les salles d’exposition – des anciennes résidentes de la maison de retraite aussi – la majorité des personnes qui viendraient rendre hommage aux deux défuntes voudraient voir madame Rosenstadt aussi.
L’expression « d’une pierre, deux coups » vint à l’esprit de Michael de façon assez morbide, et il la repoussa.
Il avait beaucoup fait ça, ces derniers temps. Comme ses inquiétudes au sujet du voyage de Jazz pour aller voir Russell. Même s’il comprenait pourquoi il en avait besoin, il se demandait si c’était vraiment une bonne idée.
— Vous tenez le coup ? demanda Steve.
Michael parvint à lui sourire.
— Ce n’est pas la première fois qu’on a plusieurs enterrements à gérer en même temps.
— Je parlais des meurtres, précisa Steve d’une voix douce. Ça fait quand même beaucoup de choses à gérer, cap’taine. Je ne dis pas que vous n’êtes pas de taille, mais je préfère m’assurer que ça va.
— Mais oui. Les meurtres, c’est encore autre chose.
Il avait encore tellement de choses à faire ce week-end, et pendant ce temps, un tueur se promenait à Lacetown, au milieu de la foule venue assister au festival. Michael croisait les doigts pour que personne d’autre ne finisse sur sa table d’examen. Imaginer que ça pourrait être quelqu’un de leur connaissance, à Jazz et à lui, l’avait empêché de dormir correctement.
À moins que le tueur n’ait prévu de s’en prendre à l’un d’eux.
Steve se tourna pour partir, et faillit bousculer Parker Trevino.
— Faites attention, un peu ! s’exclama ce dernier.
— Désolé, monsieur… Oh !
Steve avait l’air tellement choqué que Michael se leva de la chaise pour se rapprocher de la porte. Quand il vit Trevino, il se figea et souffla :
— Oh, bon sang.
Trevino avait deux fois plus d’urticaire sur le visage. Il avait même une plaque sur le bout du nez, rouge et brillant comme un néon.
On dirait bien que Satan a perdu son petit renne au nez rouge à Lacetown.
Trevino se renfrogna encore plus.
— Votre pharmacie manque honteusement des médicaments les plus basiques, dans ce bled. Comme tu peux t’en douter en constatant à quel point mes symptômes ont empiré.
— Parker, commença Michael. Je suis vraiment désolé. Ça doit être très douloureux. Tu devrais aller voir un médecin. Les réactions allergiques peuvent s’aggraver très rapidement.
Trevino serra les dents.
— Ta sympathie me va droit au cœur, mais je ne suis pas venu pour ça. J’ai deux ou trois choses à terminer en bas, et j’ai perdu mon pull.
Il se gratta les bras, puis sa main dévia vers son visage avant qu’il la laisse retomber.
— Un pull ? répéta Michael.
— Oui, mon pull en laine. Le fond de l’air est frais aussi près du lac. Je le porte tous les matins. Je ne l’ai pas trouvé en faisant mes valises, alors je me suis dit que j’avais dû le laisser ici.
Michael jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, là où M. Cornichon était couché en haut de son arbre à chat.
Oh, bon sang.
Il reporta son attention sur Trevino et désigna la porte de derrière.
— J’ai trouvé un pull dans une des salles. Je l’ai accroché près de la porte.
— Parfait. Merci. Je vais aller le chercher et descendre pour terminer ce qui doit être fait avant que je parte.
— Certainement, mais…
Trevino fit volte-face, son expression trahissant son impatience.
— Oui ?
— Mon chat était couché dessus, avoua Michael. Tu ne serais pas allergique aux poils de chat ?
— Pas que je sache, répondit Trevino avant de se rembrunir. Et ce pull est en cachemire. Si ton matou l’a abîmé, compte sur moi pour t’envoyer la facture.
Michael regarda Trevino s’éloigner, sa nuque couverte d’urticaire purulent.
Il retourna ensuite à son bureau et resta debout à côté de l’arbre à chat pendant quelques secondes. M. Cornichon leva la tête et le toisa, les yeux plissés.
— Est-ce que tu l’as fait exprès ? murmura-t-il en lui gratouillant la tête. Tu savais qu’il était allergique, alors tu t’es vautré sur son pull, hein ?
M. Cornichon cligna plusieurs fois des yeux puis se leva pour changer de position, avant de se rallonger en présentant son postérieur à Michael.
Steve ricana.
— Le karma ne rigole pas.
— C’est certain.
Michael se rassit sur son fauteuil, mais son amusement s’envola quand son cerveau rembobina sur les meurtres et toutes les questions qui restaient en suspens.
Si seulement c’était lui qui s’occupait de l’enquête.
— C’est vraiment frustrant de ne pas être le médecin légiste pour ces deux affaires, soupira-t-il. C’est peut-être mon côté maniaque du contrôle qui ressort, mais je me sens complètement mis de côté.
— C’est le but, non ?
— Oui, je comprends tout à fait la raison pour laquelle je dois m’écarter en tant que légiste, mais j’ai peur que Trevino rate quelque chose parce qu’il ne sait pas quoi chercher. Je ne sais pas si je suis clair.
— Vous parlez du fait que vous avez un passé avec Norbert et que vous étiez tous impliqués dans la même affaire de meurtre. Donc vous pensez être plus qualifié pour procéder aux autopsies, c’est ça ?
— Voilà. Il n’a pas le même historique que moi avec tout ça.
— Mais c’est justement là que le bât blesse, non ? Votre passé avec Norbert. Peut-être qu’un regard neuf repérera quelque chose qui vous aurait échappé parce que vous auriez été trop concentré sur ce que vous pensez trouver.
— C’est très perspicace, comme réflexion.
Steve haussa les épaules.
— Un écureuil aveugle arrive à trouver un gland de temps en temps, cap’taine. Je dois être dans un bon jour, en même temps, parce qu’en temps normal il me faut plusieurs bières pour parvenir à ce niveau de sagesse.
— Je crois que vous pourrez remettre la bière à plus tard. Vous avez été assez pertinent pour aujourd’hui.
Ils ricanèrent de concert.
Le téléphone de Michael vibra sur le bureau à côté de lui, et il toucha l’écran. Comme à chaque fois qu’il recevait un texto de Jazz, une vague de chaleur se répandit dans tout son corps.
— Il n’y a qu’une chose qui illumine le visage d’un homme de cette façon, déclara Steve. J’imagine que c’est un message de Jazz ?
— Bien vu, dit Michael en relisant les mots de son petit ami.
Jazz : Je n’arrête pas de repenser à la douche torride d’hier soir. J’ai hâte de te revoir à la fête de Misty.
Il avait ajouté deux emojis d’aubergine, une baignoire, des cœurs, et deux hommes qui se tenaient par la main.
Un grand sourire aux lèvres, Michael rédigea sa réponse.
Michael : J’ai hâte aussi. J’ai l’impression que ça fait une éternité que je ne t’ai pas vu.
— Vous allez au barbecue de Misty avec lui, reprit Steve, sans vraiment poser la question.
— C’est ce qui est prévu.
— Bien. Ça vous fera du bien de le voir aujourd’hui.
— Oui, je suis bien d’accord, soupira Michael.
Il se demandait quand même si c’était raisonnable de quitter le boulot pour s’amuser alors qu’il y avait tant à faire.
— Ça dépendra du nombre de visiteurs, par contre.
— Vous irez, affirma Steve en croisant les bras, l’air autoritaire et très séduisant dans son costume gris.
Michael enviait à Steve sa masculinité décontractée ainsi que sa coordination. En prévision de son rencard avec Jazz, Michael avait sorti une chemise hawaïenne bien plus colorée que ce qu’il avait l’habitude de porter, un short, et une paire de sandales qu’il n’avait pas portées depuis plusieurs années. Ça faisait un bail qu’il n’avait pas été invité à un barbecue.
— Ça promet d’être un des jours les plus chargés qu’on ait eus depuis un bon moment, protesta Michael en se triturant nerveusement les doigts sur son bureau. Je pense qu’il vaudrait mieux que je sois là.
— Kitty, Ezra et moi, on peut tout à fait nettoyer les salles après les veillées, et tout préparer pour les services funèbres de demain. Ce ne serait pas la première fois.
— Oui, je sais, mais ces deux dames sont décédées coup sur coup, et maintenant on a aussi madame Rosenstadt en bas… j’ai l’impression que c’est trop vous demander.
— On n’a rien à faire sur madame Rosenstadt avant demain. Et le rabbin va venir la voir aujourd’hui, non ?
Michael hocha la tête, se sentant déjà mieux à l’idée de partir pour son rendez-vous.
— Oui, c’est vrai.
— Donc on pourra s’occuper des visiteurs tous les trois. Et je suis sûr que votre papy ne passera pas à côté de l’opportunité de venir saluer toutes les veuves qui passeront aux veillées. Alors il sera là aussi.
— Des funérailles, vous parlez d’un événement social, dit Michael en secouant la tête. Vous croyez qu’on sera comme ça, un jour ?
— J’en suis presque sûr, confirma Steve. Si jamais on a besoin de vous, on sait où vous trouver. Vous ne serez pas loin.
— Oui, mais…
— Vous y allez, intervint Kitty en déboulant dans son bureau. Vous méritez d’avoir une vie en dehors de ce funérarium.
— Je vous l’avais bien dit, cap’taine, renchérit Steve avec un grand sourire.
Michael secoua la tête à l’attention de ses employés… à moins qu’ils ne soient devenus des amis ?
Le sourire aux lèvres, il repensa à vendredi soir, quand tout le monde l’avait défendu au festival. Il avait toujours considéré Kitty et Steve comme de simples employés. Et pourtant, ils semblaient tous les deux s’inquiéter pour lui, à cause des derniers événements. Et ils avaient toujours des choses gentilles à lui dire pour soutenir sa relation avec Jazz. Ils étaient vraiment soucieux de son bien-être… comme de vrais amis.
Cette prise de conscience s’installa comme une bouffée de chaleur dans son cœur.
Depuis quand avait-il autant de chance ?
***
— Mikey !
Michael se retourna vers son papy, en train de gravir la rampe en béton qui reliait le parking de derrière à l’entrée latérale du funérarium. Il portait un de ces fameux costumes en crépon, à rayures couleur pêche, celui-là. Il n’y avait que lui pour mettre ce genre de choses. Mona marchait à côté de lui, un bras sous celui de papy, avec un sac de la taille d’une valise pendu à l’autre, et qui contenait sans doute une autre bouteille de manhattan.
— Salut, papy, lança Michael. Mona, vous êtes ravissante.
Cette dernière sourit et repoussa ses grosses lunettes noires sur son nez.
— Eh bien, merci beaucoup, Michael.
— Et moi alors ?
Papy s’arrêta devant lui et écarta les bras.
— Est-ce que je ne suis pas ravissant ?
— Tu es l’incarnation même de l’élégance.
— Un peu, ouais, confirma papy avant de se pencher vers lui et de baisser le volume de sa voix. Tu as déjà installé le punch et la limonade ? Le café ? L’eau chaude pour le thé ?
Michael hocha patiemment la tête.
— Oui, comme d’habitude.
— Et les cookies de la boulangerie Robichaux ? murmura Mona en s’approchant à son tour.
— Les cookies aussi, lui assura-t-il avant de s’incliner encore plus près d’elle et de souffler : Trois sortes différentes.
Papy eut l’air impressionné, puis Mona et lui se dévisagèrent.
— Ça c’est mon gars, lança-t-il. Il met le tiqué dans sophistiqué.
Mona et lui gloussèrent, et Michael se demanda si c’était une blague entre eux.
— Pourquoi vous n’allez pas présenter vos respects ? proposa Michael, espérant que ça les inciterait à faire preuve d’un peu de solennité.
C’était quand même une double veillée.
Ils se calmèrent tous les deux, et papy hocha la tête d’un air sévère.
— On se voit à l’intérieur, Mikey.
— Oui, je vous rejoins bientôt.
Alors qu’ils se remettaient en route, Michael arrêta son grand-père en lui prenant le coude.
— S’il te plaît, dis-moi que Mona ne cache pas des manhattan dans son sac.
Papy fit semblant d’être surpris.
— Mikey ! Mais enfin, pour qui tu nous prends ! C’est un jour très sérieux. On est venus pour rendre un dernier hommage à nos amies qui sont passées derrière le voile.
— Mmh mmh, marmonna Michael en leur jetant un regard dubitatif. N’en fais pas trop quand même.
Papy hocha la tête et lui fit un clin d’œil en touchant le bord de son chapeau.
— On va rester discrets. Tu as ma parole. D’ailleurs, c’est bien vu d’avoir organisé les veillées en même temps et les enterrements en décalé, demain.
Michael les regarda partir bras dessus, bras dessous, une vague d’affection balayant son agacement. Il adorait son grand-père et était ravi qu’il ait trouvé une petite amie stable pour passer du temps avec elle. Tout le monde avait besoin d’avoir quelqu’un de spécial dans sa vie, quel que soit son âge, son ethnie ou son orientation sexuelle.
Il sourit alors que ses pensées se tournaient irrémédiablement vers Jazz. Il pourrait retrouver son coiffeur sexy dans quelques heures. Depuis qu’ils avaient décidé de faire l’impasse sur les préservatifs, Michael mourait d’envie de remettre ça. La nuit précédente, ils avaient à peine eu assez d’énergie pour se caresser l’un l’autre sous la douche. Il était tout excité à l’idée d’essayer d’autres positions, de sentir Jazz prendre son plaisir en lui, d’être à son tour le réceptacle de cette toute nouvelle sorte d’intimité. Un tremblement s’installa dans son bas-ventre à l’idée d’être avec Jazz de cette façon.
Un grand van de transport s’arrêta en bas de la rampe d’accès, ramenant l’attention de Michael sur ce qui devait être fait. Le nom des Falaises de Lake View était peint sur le côté, et Michael aperçut plusieurs têtes de vieilles dames assises à l’arrière. Il abaissa la rampe de la camionnette et les aida à descendre, leur souriant aimablement, en les accueillant toutes par leur nom.
Une seule refusa son aide. Elle sortit du van toute seule, avec un regard noir.
— Je n’ai pas besoin de votre aide, merci beaucoup, lâcha-t-elle d’un ton cassant. Vous gagnez votre vie au détriment des résidents des Falaises. Je ne veux pas que vous me touchiez.
Michael hocha la tête et laissa retomber sa main.
— Je suis ravi de voir que vous êtes toujours aussi fringante, madame Clarence. Des rafraîchissements sont à votre disposition quand vous aurez présenté vos respects.
Le groupe de femmes lui sourit et hocha la tête. Certaines se prirent par la main ou le bras pour gravir la rampe jusqu’à la porte. Michael les regarda partir, les ronchonnements de madame Clarence s’éloignant quand elle entra à son tour.
Quand il se retourna, un visage familier lui souriait.
— Rabbin Daniel, le salua-t-il avec une poignée de main. Quelle tristesse de vous revoir en de telles circonstances.
— Oui, je ne pensais pas te revoir avant ta visite annuelle à la synagogue pour le Yom Kippour.
Il ressentit le même pincement de culpabilité que quand sa mère le manipulait à coups de chantage affectif quand il était petit. Bon, mère n’avait pas hésité à se sauver en Californie pour vivre une nouvelle vie excitante, mais ça ne l’avait pas empêchée de se conformer aux stéréotypes de la mère juive. Apparemment, le rabbin avait baigné là-dedans, lui aussi.
Michael repoussa son embarras et lui tint la porte.
— Entrez, je vous en prie.
Le rabbin Daniel lui offrit un sourire triste.
— Cette visite ne sera pas aussi agréable que de te croiser au temple.
— Malheureusement, quand le devoir m’appelle, je dois y répondre. La mort ne prévient pas. Alors je ne peux pas prévoir beaucoup de choses à l’avance.
C’était un mensonge avec quelques éléments de vérité, et Michael se sentit coupable à nouveau.
L’homme de foi le détailla de la tête aux pieds.
— Comment vas-tu, Michael ? Pour de vrai ?
Tout le monde lui posait la même question. Il avait si mauvaise mine que ça ?
Pendant une seconde, Michael envisagea de raconter au rabbin ce qui se passait dans sa vie, mais l’envie lui passa rapidement. Jamais de la vie il n’irait dire à un rabbin qu’il était tout excité par la nouvelle étape qu’il venait de franchir avec Jazz, à savoir le sexe sans protection. Ou qu’il n’arrivait pas à dormir parce qu’il avait peur et qu’il s’inquiétait à cause de la visite que Jazz avait prévu de rendre à son époux meurtrier en prison sans lui. Il n’avait aucune information sur les meurtres ni sur la raison pour laquelle Jazz et lui semblaient être pris pour cible non plus. Alors qu’était-il censé répondre au rabbin ? Que ça lui avait vraiment plu de donner la fessée à son petit ami, et qu’il avait hâte de recommencer ?
Autant lui parler de sa collection de sex toys !
— Je vais bien, rabbin, prétendit-il. Merci de vous en inquiéter. Ezra a installé madame Rosenstadt dans la salle de repos, pour que vous puissiez
être son shomer7.
Depuis le moment de la mort jusqu’à l’enterrement, le corps d’un juif orthodoxe ne devait jamais être laissé seul. Si un rabbin ou un membre de la famille n’était pas disponible, quelqu’un du personnel, y compris Michael, parfois, prenait le rôle du shomer, du gardien, auprès du défunt.
— Très bien. Je connais le chemin.
Il marqua une pause et inclina la tête à l’attention de Michael.
— Je suis bien content de voir que tu respectes les traditions, même si tu ne viens pas à la synagogue aussi souvent que tu le devrais.
Et allez ! Encore un petit coup de culpabilité !
— C’est normal.
Les Falaises comptaient beaucoup de juifs très religieux, et Michael s’assurait toujours de respecter les coutumes à la lettre.
Une fois le rabbin parti, Michael accueillit plusieurs autres visiteurs avant que la chaleur accablante ne le contraigne à suivre un trio de personnes âgées à l’intérieur.
Et Trevino qui raconte qu’il fait froid près du lac. N’importe quoi.
— Tu crois que Joel est là ? demanda un des hommes.
— Ça vaudrait mieux pour lui, répondit un deuxième. J’ai un rendez-vous tout à l’heure.
— J’espère bien décrocher un rencard avec une des pouliches qui sont là-dedans, renchérit un troisième. Tu crois qu’il peut me filer un coup de main ?
Michael se demanda brièvement pourquoi ces hommes parlaient de son grand-père comme s’il était une sorte de gourou de la drague, avant de se rappeler le nombre de veuves avec lesquelles papy était sorti avant de rencontrer Mona. Il contourna le petit groupe et vérifia que tout était en ordre dans les deux salles : que les boîtes de mouchoirs étaient pleines, que les visiteurs étaient à leur aise, et que la vidéo que Kitty avait montée pour une des familles était toujours en train de tourner. L’odeur prégnante des roses, des œillets et des lys saturait l’air grâce aux coûteux arrangements floraux disposés pour les deux défuntes. Michael essaya de ne pas froncer les sourcils quand il entendit les bip bip d’un jeu électronique auquel s’adonnait un enfant sur un des canapés. Ça ne faisait pas tant de bruit que ça au milieu des conversations, et au moins ça empêchait que le petit garçon se fasse marcher dessus.
Il finit par la cuisine, où il remarqua que les cookies avaient été bien attaqués par les séniors. Il les mit tous sur un seul plateau, puis récupéra celui qui était vide pour aller le remplir dans la salle de pause des employés.
Il trouva Ezra en train d’étirer le bras pour essayer d’atteindre l’étagère du haut, où se trouvaient les boîtes de cookies. Les grands esprits se rencontrent.
Ravi de constater le sérieux de son équipe, Michael entra dans la pièce.
— Laisse-moi t’attraper ça, Ezra.
Il leva le bras au-dessus du jeune homme plus petit et descendit deux boîtes de l’étagère.
— Merci, monsieur.
— Le rabbin est bien installé ?
Michael ouvrit une des boîtes, libérant une délicieuse odeur et des gâteaux colorés à l’air savoureux. Robichaux faisait vraiment les meilleurs cookies du coin.
— Oui, et madame Feldstein est en train de discuter avec lui, déclara Ezra avec un regard malicieux. J’espère qu’elle n’est pas allée le voir pour se plaindre comme elle l’a fait avec moi.
Michael fronça les sourcils. Tova Feldstein s’occupait souvent du rituel de rechitzah et de taharah pour ses clientes orthodoxes – le processus qui consistait à laver et purifier le corps avant la mise en bière.
— Et de quoi se plaignait-elle ?
Ezra se pencha vers lui, en réussissant à grand-peine à se retenir de rire.
— Elle a dit que la maison de retraite était remplie de nafkas et de shiskas.
Michael lâcha un reniflement sarcastique, parce que son grand-père avait dit la même chose une fois, mais sans doute pas dans ce sens-là.
— Et pourquoi elle a dit une chose pareille ?
Il disposa joliment les cookies au gingembre sur l’assiette.
Ezra jeta un œil vers la porte avant de murmurer précipitamment :
— Apparemment, madame Goldfarb et madame Rosenstadt avaient… euh… vous savez ? Du sperme sur le ventre.
Ezra prononça le mot tellement doucement que Michael n’était pas sûr d’avoir bien entendu. Puis il se figea, les yeux rivés sur le glaçage blanchâtre de son cookie. Vraiment super.
Même si son premier réflexe était de faire un commentaire sarcastique, il n’était pas en train de parler avec Jazz, mais avec son salarié.
— Oy vey, murmura-t-il en reposant le gâteau. Eh bien, les personnes âgées ont des relations sexuelles aussi. Même si on n’a pas envie de penser à ça.
— Évidemment, répondit Ezra avec sérieux.
Michael repensa à son rendez-vous avec Jazz chez le glacier. C’était alors leur troisième tentative d’avoir un rendez-vous du début à la fin, vu que le premier avait été interrompu par le cambriolage du funérarium, et le second par la découverte du doigt de Dylan dans leur guacamole – depuis, Michael ne pouvait plus voir d’avocats en peinture. Au Dairy Clipper, ils avaient plaisanté sur les desserts au Viagra. Michael pouvait encore entendre le rire de Jazz, aussi tiède qu’une caresse.
Mais la façon dont ils riaient ensemble et qu’il en était venu à adorer lui manquait ces derniers temps, et encore plus ce week-end. Michael espérait vraiment que sa visite à Russell aurait l’effet désiré et qu’elle ne leur reviendrait pas en pleine figure. Il n’avait vraiment pas envie que Jazz s’enfonce encore plus dans cette noirceur qui menaçait sa gaieté naturelle.
— Quelque chose ne va pas, monsieur ? demanda Ezra à voix basse.
Est-ce que je suis si transparent que ça ? Peut-être que je ne gère pas tout ce stress aussi bien que je le croyais.
Il se força à sourire.
— Ça va, je crois.
— Vraiment ? Quand Jazz est passé hier pour coiffer les clientes, il m’a semblé distant, lui aussi. Et je n’ai pas vu son scooter ce matin en arrivant.
— Il est parti tôt. Il a plein de trucs à faire ce week-end.
— Oui, je m’en doute, acquiesça Ezra. Est-ce qu’il était proche de l’homme qu’ils ont trouvé au salon ? Est-ce qu’ils avaient… un passé ?
— Pas dans le sens où tu l’entends, non. Norbert était l’attaché de presse de l’ex-mari de Jazz.
Enfin, futur ex.
Michael soupira. Il avait tellement hâte que tout soit terminé avec Russell…
— Oh.
Ezra s’occupa à nouveau de ranger les cookies.
— J’espérais que les choses allaient bien entre vous. Je suis content que ce ne soit pas un problème plus sérieux.
— Non, non, rien de ce genre, bafouilla Michael. Il est…
Stressé ?
— On est tous les deux très occupés et on doit résoudre un tas de problèmes.
— Je suis sûr que c’est difficile pour vous deux.
— Oui, mais ça va s’arranger.
Bien sûr que ça va s’arranger. J’en suis certain.
— Michael.
Kitty passa la tête dans l’entrebâillement de la porte.
— Vous voilà.
Il était ravi d’avoir une distraction, même s’il aurait bien voulu savoir ce qu’Ezra avait sous-entendu par là. Il s’excusa et rejoignit Kitty.
— Comment ça se passe ? lui demanda-t-il en ramenant le plateau.
— Comme d’habitude, répondit Kitty.
Elle sourit et hocha la tête pour saluer plusieurs personnes en entrant dans la pièce.
— Il y a eu quelques discussions à propos de la taille des pièces.
C’était bien ce que Michael avait craint.
— Les salles d’exposition ont presque les mêmes dimensions, chuchota-t-il.
— Presque, exactement. Certaines des dames chuchotent entre elles que c’est madame Blankenship qui aurait dû être dans cette pièce, et madame Murray dans la Salle Sérénité.
Michael dut prendre sur lui pour ne pas lever les yeux au ciel.
— Impossible de voir la différence à l’œil nu.
— Vous et moi, on le sait. Mais je voulais juste que vous soyez au courant de ce qui se raconte.
— Merci.
Le volume des conversations était plus fort que pour la plupart des veillées, surtout parce qu’une grande partie des convives avaient des problèmes d’audition. Michael surprit une discussion sur les recettes préférées de la défunte, quels bijoux portaient les deux femmes, et des détails sur la vie des autres résidents de la maison de retraite.
— Ça commence à faire beaucoup d’ex de Joel qui passent l’arme à gauche, déclara tout fort l’irascible madame Clarence.
— Tu es juste jalouse qu’il ne t’ait jamais invitée à dîner, répliqua une autre femme en sirotant du punch.
— Ça c’est toi qui le dis, rétorqua la première.
Michael regarda Kitty, les sourcils arqués, mais une tension soudaine fit taire les conversations dans la pièce. Tout le monde se retourna vers Kevin Raines, debout dans le couloir entre les salles d’exposition. Il portait une veste marron par-dessus une chemise blanche et une cravate bleue. Ses cheveux clairsemés étaient plus longs que d’habitude, mais ça lui allait plutôt bien. Kevin était beau garçon, mais les vagues d’exaspération qu’il projetait autour de lui semblaient écraser toutes les autres énergies en présence. Une femme se tenait à côté de lui, ses cheveux bruns attachés en chignon strict à la base de sa nuque. Michael lui trouva l’air familier, mais n’arrivait pas à se rappeler où il l’avait vue auparavant.
Il décida de faire le premier pas et s’approcha, la main tendue.
— Bonjour, monsieur Raines. C’est très gentil de votre part d’être venu.
— Et pourquoi je ne serais pas venu ? Je travaille avec ces gens. Évidemment que je viens leur présenter mes respects.
— Je ne voulais rien dire de mal, se défendit Michael. C’était juste une façon de parler.
Kevin poussa un grognement en serrant la main de Michael. Sa paume était moite, presque graisseuse, et Michael dut résister à l’envie de l’essuyer sur son pantalon après.
— Voici Susan Gunderson, continua Kevin en inclinant la tête en direction de la femme qui l’accompagnait. C’est une des assistantes de l’établissement.
— Ah oui, il me semblait bien que je vous connaissais.
Michael la salua avec un sourire.
— C’est un plaisir de vous rencontrer. Je vous ai déjà vue à l’accueil en venant rendre visite à mon grand-père.
— Plaisir partagé, dit Susan. Votre grand-père est un sacré personnage.
Elle se tourna alors vers Kevin.
— Je vais aller présenter mes respects.
— Oui, bien sûr.
Susan s’éloigna, tournant la tête à gauche et à droite comme si elle cherchait quelqu’un.
— Votre entreprise est florissante, grâce à moi, reprit Kevin, attirant l’attention de Michael à nouveau.
Il dut se rendre compte que sa déclaration prêtait à confusion, parce qu’il pâlit et écarquilla les yeux.
— Je voulais dire… pas que…
Michael agita la main en l’air.
— Pas de besoin de vous expliquer. Je suis fier et honoré de pouvoir organiser le dernier voyage de vos résidents. J’espère juste que tout le monde fait confiance aux Pompes Funèbres Fleishman pour honorer les ultimes souhaits avec dignité et respect, quelles que soient leurs croyances religieuses.
Au même moment, un trio de vieilles dames arriva, passant de la Salle Harmonie à la Salle Sérénité. Quand elles passèrent près d’eux, une d’elles chuchota :
— Ruth a l’air beaucoup mieux là que ces cinq dernières années.
— C’est grâce au nouvel esthéticien de chez Misty, répondit une autre. C’est un magicien de la coiffure et du maquillage.
Le cœur de Michael se gonfla de fierté, et il ne put s’empêcher de sourire.
— Il faut que je passe un coup de fil pour prendre rendez-vous, décida la troisième en passant sa main menue et ridée dans ses cheveux blancs. Autant me faire jolie pour le peu de temps qu’il me reste.
— Parle pour toi, se vanta une des autres. Martin Firestone n’a pas arrêté de me regarder à la belote. Il paraît qu’il en a encore sous le capot. Et je l’ai vu discuter avec Joel Fleishman, alors on sait qu’il est bon pour le service.
Les trois gloussèrent comme des gamines et continuèrent vers la Salle Sérénité.
— Jazz a un vrai ticket avec les résidentes des Falaises, déclara Michael.
Il regretta ses paroles dès qu’il se souvint à qui il était en train de parler.
Kevin plissa les yeux et son visage devint rouge tomate.
— Si ça continue comme ça, je n’arriverai jamais à me faire couper les cheveux.
— Vous savez, Misty emploie plusieurs autres professionnels tout aussi qualifiés, déclara Michael.
Kevin lui répondit avec un sourire qui avait tout de la grimace.
— C’est drôle. Et après vous allez me suggérer d’aller chez Elmer’s Barbershop à Bridlestop ?
Michael se hérissa un peu, mais décida de ne pas relever. Kevin savait sans doute que c’était là-bas qu’il allait pour se faire coiffer. Cet homme ne valait pas le coup qu’il s’énerve et Michael ne voulait surtout pas causer de scène dans le couloir alors que ses deux salles d’exposition étaient blindées.
Il adressa un sourire pincé au directeur de la maison de retraite.
— Bon, je ne vous retiens pas plus longtemps. Je suis sûre que vous avez hâte de présenter vos respects aux chères disparues.
Avant que Kevin ait le temps de répondre, Michael se retourna et rejoignit son bureau, au bout du couloir. Il ouvrit la porte et eut un mouvement de recul. Papy et cinq autres hommes se tenaient autour de son bureau. Ils levèrent tous la tête, surpris.
Papy lui adressa un grand sourire.
— Mickey !
— Qu’est-ce que vous faites tous ici ?
Michael entra et détailla la pièce. Tout semblait être à sa place. Il détestait soupçonner son grand-père, mais quelque chose lui semblait très clandestin dans cette petite réunion.
— Oh, je donnais juste quelques conseils de drague aux copains, déclara papy. Pas vrai, les gars ?
Tout le monde se hâta d’acquiescer avant de se dépêcher de sortir de la pièce, laissant Michael seul avec son grand-père.
— C’est bizarre que tu te serves de mon bureau pour ce genre de discours d’encouragement.
— Tu as vu le nombre de jolies veuves au mètre carré, aujourd’hui ? demanda papy avec un geste en direction de la morte. On ne peut même pas avancer sans en bousculer une avec sa canne. Le problème, c’est qu’elles ne sont jamais toutes seules, tu vois ? Elles se déplacent en groupes, comme au lycée, et ça peut être vraiment intimidant de les approcher. Tu te rappelles comment c’était avant que tu rencontres Jazz, non ?
Michael se sentit un peu gêné quand il repensa à ces tentatives désastreuses pour demander à des hommes de sortir avec lui. Ses gaffes et ses bafouillements lui avaient attiré plus de rires et de regards exaspérés que de rencards.
— Oui, d’accord. J’aurais juste aimé que tu me demandes avant de les rattrouper ici.
Papy ricana.
— C’est ça. Tu me vois venir te demander si tu peux me prêter ton bureau pour que je donne des tuyaux à des types pour qu’ils décrochent un rencard ?
— OK, je te l’accorde.
Michael prit papy par le coude et le guida vers la porte.
— Allons rejoindre les autres.
— Oui, oui, j’y vais. Il faut que je retrouve Mona, de toute façon. Je dois m’assurer que Sy ne tente pas un truc avec elle.
Michael resta sur le seuil de son bureau et regarda son grand-père traverser le couloir pour regagner les salles d’exposition. Il adressa une rapide prière de remerciement à l’énergie ou à l’entité qui dirigeait l’univers pour son grand-père qui tenait encore une telle forme à son âge. Puis il souhaita ensuite que Jazz et lui seraient aussi fringants quand ils seraient aussi vieux.
Ce vœu réveilla ces envies de domesticité à nouveau. C’était forcément de l’amour qu’il ressentait pour Jazz, parce qu’il pouvait sans problème les imaginer tous les deux en vieux messieurs, à parler du bon vieux temps et à se taquiner gentiment à propos de leurs petites manies qu’ils en seraient venus à adorer l’un chez l’autre au fil du temps.
Une conversation chuchotée attira son attention, et il s’approcha de la cuisine, surpris d’y trouver Trevino en train de discuter avec Susan, la femme qui bossait avec Kevin aux Falaises.
— Oh, lança Michael. Je croyais que tu avais déjà quitté la ville, Parker.
— J’allais prendre la route quand je me suis rendu compte que j’avais oublié mon chargeur de téléphone, alors je suis descendu pour voir si je l’avais laissé en bas, expliqua Trevino, ses joues rouges visibles même sous les plaques d’urticaire. J’ai, euh, j’ai repéré cette gentille dame, qui… euh… a eu pitié de moi à cause de mon problème de peau, et qui était en train de me donner des remèdes maison pour apaiser les démangeaisons.
Susan sourit et hocha la tête.
— C’est exact. Des remèdes maison.
— Tant mieux, alors, dit Michael en lui rendant son sourire avant de s’adresser à Trevino. Et tu l’as trouvé ?
Trevino fronça les sourcils.
— Quoi donc ?
— Ton chargeur, répondit Michael, qui commençait à perdre patience.
— Ah, ça !
Trevino et Susan éclatèrent de rire en même temps, mais Michael les dévisagea, les sourcils froncés. Après quelques secondes, Trevino se racla la gorge et reprit :
— Oui, je l’ai trouvé, merci.
— Tant mieux, lâcha Michael avec un bref signe de tête. Bonne journée.
Tandis qu’il retournait aux veillées, Michael se demanda comment Trevino arrivait à faire quoi que ce soit correctement dans son funérarium s’il ne pouvait même pas garder un œil sur un simple pull et un chargeur.
7 Dans la religion juive, gardien qui veille les morts.
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