Mystères à Lacetown Tome 2 - Des suspects à la pelle
Chapitre 2
Michael gara sa Toyota sur un emplacement derrière Holland Harbor Lofts où vivait Jazz, au-dessus du salon de coiffure de Misty. Il jeta un œil au premier étage du vieux bâtiment en brique et repéra des rideaux blancs qui volaient par une fenêtre ouverte, dans l’appartement que Michael connaissait bien, à présent.
Le vieil immeuble qui vendait autrefois des articles de bateau était inscrit au registre des monuments historiques de Lacetown. La ville était particulièrement fière de son patrimoine en rapport avec la pêche et le commerce portuaire. En plein milieu de Steelhead Avenue, la structure en brique rouge abritait des boutiques au rez-de-chaussée et des lofts au-dessus, qui disposaient tous d’une vue sur le lac Michigan, de l’autre côté de la rue.
— Et voilà, tu es arrivé à bon port, déclara Michael.
— Ouaip, de retour au turbin. Tu vas rentrer chez toi écouter ton podcast pour voir s’ils ont retrouvé la jambe du mari sous les buissons d’azalées ?
— Non, s’esclaffa Michael. La partie trois ne sort que jeudi prochain.
— Il faudra que tu me racontes ce qui s’est passé.
Jazz consulta sa montre.
— Il me reste vingt minutes avant mon prochain client.
Les cheveux blonds comme les blés de Jazz étaient attachés en queue de cheval sur sa nuque et ses yeux brillaient comme du whisky dans une carafe en cristal. Michael aurait pu l’admirer pendant des heures. Parfois, son cœur faisait un bond dans sa poitrine comme la première fois qu’il avait vu Jazz, le prenant par surprise.
Et tu sors avec lui. Tu peux lui faire l’amour…
Le cœur de Michael s’emballa à nouveau, et il sourit à Jazz.
— Vingt minutes entières ?
— Ouaip.
À plusieurs reprises pendant le dîner et sur le trajet du retour, Jazz s’était plaint d’avoir revu Norbert, indiquant qu’il était très préoccupé par l’incident tout en essayant de ne pas l’être.
J’ai exactement ce qu’il faut pour que Jazz ne pense plus à tous ces drames.
Il posa la main sur le genou que Jazz ne cessait d’agiter.
— Tu peux faire plein de choses en vingt minutes.
Jazz afficha un sourire entendu.
— C’est vrai. Tu peux faire cuire une pizza surgelée.
— Tu peux payer tes factures ou faire la vaisselle.
Jazz hocha la tête d’un air sérieux.
— Tu peux même faire de l’exercice, en vingt minutes.
— Et tu sais ce que tu peux faire d’autre ? enchaîna Michael, son pouls battant furieusement alors que son entrejambe se réveillait.
— Quoi donc ? demanda Jazz en se léchant les lèvres.
— Jouer à Action ou Vérité.
— Ah, j’adore ce jeu, se réjouit Jazz.
Pendant leur premier rendez-vous, ce dernier avait suggéré ça comme un moyen d’apprendre à se connaître, et ça avait drôlement bien marché.
Il ignorait à quoi ça tenait – peut-être à la nature ouverte et tolérante de Jazz – mais Michael ne s’était jamais senti aussi à l’aise avec ses anciens amants. En tout cas pas assez pour déclarer :
— Tu choisis Action ?
— Toujours.
— Je te défie de m’inviter à monter chez toi.
Jazz laissa échapper un grondement et se hâta de se débarrasser de sa ceinture de sécurité.
— Défi accepté. Et bon sang, il ne reste plus que dix-neuf minutes.
— On ferait mieux de se dépêcher.
Michael éteignit le moteur et sortit de la voiture. Ses mains tremblaient d’excitation quand il verrouilla la voiture avec un bip-bip avant de mettre les clés dans sa poche.
Un grand sourire aux lèvres, Jazz tapa le code de la cage d’escalier qui menait à son loft branché. Ils grimpèrent les marches deux par deux et vu qu’ils étaient seuls dans le couloir, Michael se colla contre le dos de Jazz pendant que ce dernier déverrouillait sa porte.
Jazz soupira et se laissa aller contre Michael, frottant ses fesses contre l’érection de ce dernier. Michael enroula ses bras autour de la taille ferme de son petit ami et inspira l’odeur florale des cheveux sublimes de ce dernier.
Chacun de ses fantasmes se focalisait sur ses cheveux, à présent. Il croisait les doigts pour que Jazz ne les coupe jamais.
La chaleur de son corps traversa leurs vêtements et fit bouillir le sang de Michael. Toute pensée de coupe de cheveux déserta son esprit alors que la flamme de la passion saturait tous les sens de Michael.
— Alors, qu’avez-vous en tête, monsieur Fleishman ? ronronna Jazz en poussant sa porte, mais sans s’éloigner de l’étreinte de Michael.
Ce dernier lui mordilla l’oreille, sa fierté gonflant à l’instar de son membre quand il frissonna. C’était un des endroits les plus sensibles de Jazz. L’autre, c’était… Michael appuya ses deux mains à l’avant du bassin de Jazz, puis sur la chair tendre, au-dessus de l’endroit où la hanche, la cuisse et le sexe se touchaient.
Jazz poussa un grognement.
— Qu’est-ce que tu veux ?
Michael chatouilla la peau sous son oreille avec ses lèvres.
Jazz avança et Michael le suivit sans le lâcher. Avec son pied, il ferma la porte derrière eux.
À la seconde où la serrure cliqueta, Michael empoigna les bourses de Jazz d’une main et glissa l’autre sous son T-shirt, caressant sa peau chaude jusqu’à atteindre un de ses tétons. Il le pressa et le pinça tout en embrassant et en mordillant la nuque de Jazz. Se frottant légèrement contre lui, il se délecta de la façon dont il se laissa aller contre lui, sa tête renversée contre l’épaule de Michael, exposant ainsi davantage de peau à explorer.
— C’est un bon début, marmonna Jazz, la voix rauque et haletante.
Il appuya ses fesses plus fort contre lui.
— Mince, je veux te sentir en moi, là.
— Pas le temps.
Michael prit les choses en main et fit pivoter Jazz dans ses bras pour prendre possession de ses lèvres dans un baiser enflammé. Il prit l’arrière de sa tête en coupe et tira sur l’élastique de sa queue de cheval.
— Détache tes cheveux pendant que je m’occupe de toi.
Les mains de Jazz parcouraient toute la surface de son dos, puis lui saisirent les fesses.
— Oui, monsieur.
— Monsieur ? répéta-t-il avec un sourire arrogant. Ça me plaît. Maintenant, détache tes cheveux. On n’a pas le temps pour que tu joues les faux effarouchés.
Quand Jazz gloussa, Michael fit claquer sa langue tout en défaisant la ceinture de son amant.
— Sois un bon garçon et fais ce que je te dis. Les bons garçons qui obéissent ont droit à des récompenses.
Le sourire jusqu’aux oreilles, Jazz passa les mains derrière sa tête et enleva son élastique. Il secoua ses cheveux pour qu’ils retombent et les fit bouffer avec ses mains, les yeux brillant de malice.
— Est-ce que j’ai été un bon garçon ?
Michael refit claquer sa langue.
— Tu as été un très, très vilain garçon.
— Est-ce qu’il va falloir me punir, monsieur ?
Michael baissa le pantalon de Jazz, et une fraction de seconde plus tard, il tenait enfin son sexe dur et chaud dans sa main.
— Oui, très sévèrement.
Il passa la main dans les longs cheveux de Jazz puis se laissa tomber à genoux pour le prendre dans sa bouche. L’odeur de son corps – la transpiration de la journée et son musc naturel – inonda les sens de Michael, et il gémit. Jazz frissonna et saisit les épaules de Michael, pendant que ce dernier le prenait tout entier dans sa bouche. Il avait mémorisé chaque centimètre de cette verge, chaque contour, chaque relief et chaque veine. De la texture veloutée à la pointe à la ligne de muscles durs à la base de sa longueur. Michael se servit de son poing comme d’un fourreau pendant qu’il suçait le bout, sans prendre son temps, mais au contraire en aspirant le plaisir hors du corps de Jazz aussi vite qu’il le pouvait.
— Oh, bordel… ta bouche, gémit celui-ci au-dessus de lui.
Rien ne lui apportait plus de plaisir que le rendre heureux, de quelque façon que ce soit. Il comprit que le paroxysme n’était pas loin quand Jazz commença à ruer du bassin, ses mains écrasant les muscles de ses épaules. Ils étaient pressés par le temps, alors aucun d’eux ne se retint. Ce n’était ni le moment de faire dans la dentelle, ni dans le romantisme. Il n’y avait que le besoin brut de prendre leur pied tous les deux. Michael prit les testicules de Jazz dans sa paume pour les serrer et les masser doucement. Jazz était ultrasensible à cet endroit.
Jazz siffla entre ses dents.
— Je suis près… très près… juste là…
Michael sentit une palpitation avant que son sperme épais se déverse dans sa bouche. Alors qu’il continuait à le sucer et à le caresser pour accompagner son orgasme, un filet de liquide préséminal coula de son sexe. Il aurait suffi qu’il lâche Jazz et qu’il se touche une seule fois pour jouir lui aussi. Mais il resta concentré sur Jazz jusqu’au bout, lui soutirant tout le plaisir que ce dernier avait à donner.
— Putain, pantela-t-il.
Michael suçota son gland encore un peu, parce qu’il aimait sa texture une fois que Jazz avait éjaculé – plus doux, plus délicat, et toujours aussi brûlant. Il leva les yeux pour le regarder à travers ses verres embués : le torse de Jazz et son ventre se soulevaient frénétiquement pendant qu’il reprenait son souffle, ses cheveux magnifiques retombant autour de son visage empourpré. Michael se retira à contrecœur et embrassa doucement son membre avant de se relever.
Le sourire aux lèvres, Jazz lui prit la main pour l’aider à se remettre debout.
— Si c’est comme ça que tu punis les vilains garçons, je ne serai plus jamais gentil, ça c’est certain.
Michael s’esclaffa et pencha la tête pour embrasser Jazz lentement, mais profondément. Il enfouit ses doigts dans ses cheveux, leurs langues dansant l’une avec l’autre.
Jazz se recula avec un sourire endormi et satisfait qui fit gonfler le cœur de Michael d’une telle quantité de tendresse et d’amour qu’il en eut le souffle coupé.
Je l’aime, comprit-il brusquement.
— J’aime sentir mon goût dans ta bouche, murmura Jazz.
Le cœur de Michael continua à cogner jusqu’à ce que la seconde partie de la déclaration de Jazz s’enregistre dans son esprit après sa grande révélation.
J’aime Jazz…
Bien sûr, il ne le dit pas à haute voix. C’était trop tôt. N’est-ce pas ?
Perdu dans ses yeux caramel, Michael caressa le visage de Jazz avec son pouce. Son cœur tambourinait contre ses côtes, et un mélange de chaleur, de joie et de peur le parcourut, depuis le haut de son crâne, puis dans son cou, et sur son torse, comme des gouttes d’encre qui couleraient sur du papier. Il embrassa Jazz encore une fois plutôt que de dire quelque chose de stupide. Le baiser fut plus fervent cette fois, plus désespéré de… de quoi ? Michael l’ignorait. Il savait seulement que son cœur et son sexe voulaient l’homme qui était dans ses bras.
À bout de souffle, Jazz recula et repoussa Michael, ses deux mains pressées contre son torse. Celui-ci cligna des yeux plusieurs fois, désorienté, quand Jazz le lâcha.
Ce dernier sourit, avant de sautiller sur place en remettant son caleçon et son jean.
— Je crois bien que c’est mon tour. Je ne voudrais pas être trop puni pour ne pas avoir fait ce qu’on attendait de moi.
Il se força à offrir un sourire de prédateur à Jazz, à revenir dans le jeu qu’il avait lui-même initié, même si son esprit bouillonnait encore à cause de cette prise de conscience.
J’aime Jazz. Voilà. J’aime enfin quelqu’un.
Mais ce n’était pas le moment, alors il hocha la tête.
— Oui. Tu ferais mieux d’être sage. Allez, au boulot.
— Au boulot, répéta Jazz en riant, ses genoux produisant un bruit de craquement quand il s’accroupit et entreprit de défaire la ceinture de Michael.
Il enfouit son visage dans l’entrejambe de ce dernier, inspirant si profondément que le sexe et les testicules de Michael se refroidirent. Jazz caressa son ventre, puis ses hanches, et ses cuisses.
— Mince, qu’est-ce que j’aime ton corps, murmura-t-il, la tête toujours entre ses jambes. Trop sexy.
Michael baissa la tête pour admirer Jazz, ses lunettes glissant jusqu’au bout de son nez à cause de la sueur. Il enfonça ses doigts dans ses cheveux et prit l’arrière de sa tête en coupe. Il y avait une telle perfection à voir Jazz à genoux devant lui, et dans la façon dont il semblait le savourer et vénérer son corps. Personne n’avait jamais désiré Michael comme ça, avec autant de passion et de faim. Il ignorait ce qu’il avait fait pour mériter ça, ni ce qu’il devrait faire pour le garder, mais ce qu’il savait, c’était que Jazz représentait tout pour lui.
Ça aurait dû le terrifier, mais ce n’était pas le cas. C’était comme une évidence.
Jazz baissa le pantalon de Michael et sortit son sexe. Le cœur de ce dernier cogna, et son souffle était tellement erratique qu’il savait que ça ne durerait pas longtemps.
Jazz prit son érection dans sa main. Il la caressa et la contempla tandis que Michael lui tenait le crâne, attendant sans respirer.
— Tellement parfait, putain, marmonna Jazz.
Avec un gémissement affamé, il le prit en bouche. Michael faillit s’affaisser, haletant devant la ferveur de l’homme à genoux devant lui qui le dévorait férocement.
Il serra ses cheveux dans ses poings et s’abandonna au plaisir. Son amant pouvait le prendre en entier, et Michael n’hésita pas à aller à la rencontre de sa bouche, à grands coups de bassin. Jazz gémit d’approbation, et la vibration le fit basculer.
— Oh, Jazz ! s’écria-t-il, pris dans les affres de l’orgasme.
Il se vida dans sa gorge accueillante, tout son corps secoué de tremblements tandis que le plaisir se répandait dans tous ses membres.
Toujours perdu dans l’extase, Michael resta parfaitement immobile, accroché à Jazz, et remarqua à peine quand ce dernier rangea son sexe fatigué, remonta son pantalon, et le reboutonna.
Puis il se leva et l’embrassa.
Mince, Michael aimait aussi sentir son goût dans la bouche de Jazz.
— C’était incroyable.
Jazz embrassa la joue de Michael puis regarda sa montre.
— Il me reste trois minutes. Juste assez pour me brosser les dents et me recoiffer.
Michael s’esclaffa.
— Tu ferais mieux de te dépêcher.
Jazz agita la main puis se dirigea vers la salle de bains.
— Mes clients du soir s’attendent à ce que j’aie du retard, à cette heure. Ça ira.
Il enfila son T-shirt dans son jean et attacha sa ceinture quand il entra dans la pièce d’eau.
Michael le suivit en se rhabillant lui aussi.
L’appartement de Jazz était rempli d’antiquités remises à neuf, de plantes, de livres, de tissus colorés et de deux canapés en velours violet. Il était étroit et tout en longueur, flanqué sur deux côtés de baies vitrées exposées est et ouest, ces dernières offrant une vue sur le lac. Le soleil du soir passait à travers et Michael dut plisser les yeux avant d’entrer dans la petite salle de bains avec la baignoire à pattes de lion et le lavabo à l’ancienne.
Jazz étudia son reflet dans le miroir, puis celui de Michael.
— Oh, on a des cheveux LFB dis donc !
Michael vint se placer derrière lui et enroula ses bras autour de sa taille. Il avait besoin de le toucher autant que possible.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Look Fraîchement Baisé, expliqua-t-il en prenant sa brosse à dents.
Il pressa du dentifrice dessus.
— Je ne vais pas coiffer les gens avec une haleine de sperme.
Michael s’esclaffa et regarda Jazz se brosser les dents devant le miroir.
En effet, ils étaient tous les deux empourprés, les cheveux dans tous les sens, et leur sourire entendu laissait peu de doute sur ce qu’ils venaient de faire.
— T’en veux ? demanda Jazz en lui tendant le dentifrice.
Il ne fit pas mine de s’écarter de Michael, comme si être collé à lui était son endroit préféré même pendant qu’il effectuait une tâche aussi banale.
— J’ai envie d’avoir ton goût encore un petit peu, chuchota-t-il en enfouissant son visage dans le cou de Jazz quand il se vit rougir dans le miroir.
Ce dernier pouffa et cracha dans le lavabo.
— Mon croque-mort coquin.
Il balança leurs corps légèrement, juste un peu gêné.
— C’est ta faute.
— Oui, c’est parce que je suis un garçon très, très vilain, le taquina-t-il en frottant ses fesses contre l’entrejambe de Michael.
— Absolument, confirma celui-ci, son corps manifestant son intérêt même s’il venait de prendre son pied.
Il agrippa Jazz par les hanches pour l’immobiliser.
— Et si tu continues à faire ça, tu seras beaucoup plus en retard que prévu.
Jazz renversa la tête en arrière et éclata de rire. Quand il se pencha en avant pour se rincer la bouche directement sous le robinet, Michael le lâcha et s’appuya contre l’encadrement de la porte, bras croisés.
Jazz fredonna en se mouillant le visage. Il laissa les gouttes couler tandis qu’il étudiait attentivement ses deux profils. Satisfait, il se sécha avant d’essuyer les côtés du lavabo qu’il avait éclaboussés. Il suspendit la serviette et prit une brosse à cheveux dans une des quatre panières rangées dans les niches carrées d’un petit meuble coincé entre le lavabo et les toilettes. Michael aimait bien le regarder se coiffer et se demanda si Jazz le laisserait essayer.
Il ignorait comment, mais Jazz arrivait toujours à détacher ses cheveux et à enrouler son élastique autour de son poignet dans le même mouvement. Il fit la même chose dans le sens inverse quand il rattacha ses cheveux, les enroulant en man bun. Son petit ami impertinent détestait ce terme, mais ça décrivait bien le style. Un chignon d’homme. Michael n’avait jamais prêté beaucoup attention aux cheveux des hommes auparavant, mais depuis Jazz, ce n’était qu’une des nombreuses choses qui commençaient à obséder Michael.
Je suis amoureux.
Il n’avait jamais été amoureux auparavant, et il ne savait pas du tout quelles étaient les règles. Est-ce qu’il devait le dire à Jazz ? Est-ce que c’était trop tôt ? C’était quoi, le protocole ? Est-ce qu’il devrait prévoir un moment romantique pour lui dire ? Ou lui annoncer après le sexe ? Et si Jazz ne l’aimait pas, lui ?
Un peu agité, avec l’impression d’être complètement à côté de ses pompes, Michael garda le silence en regardant son petit ami se préparer.
Petit ami.
Le mot lui sembla rebondir dans son esprit. Après plusieurs échecs, Michael était toujours surpris d’avoir réussi à trouver Jazz et d’être tombé amoureux ici, à Lacetown, en train de faire la queue pour rencontrer un de ses auteurs préférés.
Qui s’était révélé être un meurtrier sociopathe.
Et le futur ex-mari de Jazz.
Comme le monde était petit ! Et bizarre…
Michael fut surpris de voir Jazz prendre un crayon noir dans l’armoire de toilette et commencer à se maquiller les yeux.
— Du maquillage ? demanda-t-il.
Il aimait bien quand Jazz mettait de l’eye-liner.
Il lui adressa un clin d’œil puis ouvrit un tout petit pot et étala quelque chose de brillant et de teinté sur ses lèvres avec son auriculaire.
— Du liner et du gloss pour aller avec mon LFB.
— Ah, je vois.
Jazz le rejoignit, les yeux rivés sur ses cheveux. Sans demander, il leva la main et la recoiffa.
— Voilà, tu es presque présentable.
— Presque ?
Michael le prit dans ses bras, et Jazz posa ses mains sur sa taille.
— Quand est-ce que tu vas me laisser m’occuper de tes cheveux ?
— Eh bien, euh…
Michael s’empourpra. Il était toujours allé voir Elmer Washington à Bridlestop. Est-ce que Jazz n’aimait pas ses cheveux ? Est-ce qu’il n’était pas assez sophistiqué pour son petit ami branché ? Est-ce que Jazz était embarrassé par son look classique ?
— Ne t’inquiète pas, dit Jazz en l’embrassant sur la joue avant de passer devant lui pour sortir de la salle de bains. Je ne vais pas changer ta coupe, à moins que tu me le demandes. Je pense juste que la vue de ce bon vieil Elmer n’est plus ce qu’elle était, et qu’il a un peu raté ton dégradé sur les côtés.
Soulagé que Jazz n’ait pas l’intention de le relooker complètement – il n’est pas gêné d’être vu avec moi – Michael plissa les yeux pour se voir dans le miroir. Le fait était qu’il avait utilisé plus de gel que d’habitude pour arriver à dompter ses cheveux dernièrement.
— En plus, pourquoi tu devrais payer pour te faire couper les cheveux, alors que ton petit ami peut le faire ? ajouta Jazz depuis le salon.
Quand Michael le rejoignit, il était en train de fouiller dans le panier d’écharpes et d’autres accessoires pour apporter les derniers détails à sa tenue. Une fois, quand Michael et M. Cornichon Boule de Poils – son gros chat noir et blanc – étaient venus lui rendre visite, le félin avait fait la sieste dedans. Ça n’avait pas dérangé Jazz. Quand il trouva une cravate à rayures noires avec le nœud toujours attaché, il la fit passer par sa tête puis offrit un sourire à Michael.
— Il faut que je me sauve, mon cœur. Tu pourrais éteindre et fermer pour moi ?
— Bien sûr.
Jazz lui donna un baiser rapide puis disparut par la porte en lançant :
— À plus, mon cœur !
Pendant que Michael s’occupait des interrupteurs, il se sentait tout chaud à l’intérieur. Jazz lui faisait confiance, même s’il avait été affreusement trahi dans sa dernière relation.
Eh bien, Michael n’avait aucune intention de trahir cette confiance, ou de gâcher ses chances avec lui. Russell n’avait été qu’un idiot égoïste. Et si un idiot comme Russell avait eu assez de chance pour épouser Jazz, alors peut-être que Michael pouvait espérer quelque chose de durable et de sincère avec lui. Parce que contrairement à Russell, Michael aimait Jazz, et il ne considérerait jamais leur relation comme acquise.
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