Mystères à Lacetown Tome 2 - Des suspects à la pelle

Chapitre 15

 

Café à la main, Michael se tenait devant la porte arrière qui menait à l’appartement de Jazz. Ils n’en étaient pas encore à s’échanger leurs clés et Jazz ne lui avait pas donné le code de l’immeuble, donc Michael n’avait aucun moyen d’entrer. Il effleura du pouce le bouton de l’interphone, sans appuyer dessus, juste pour voir s’il pouvait sentir la présence de Jazz. Il ressentait un besoin pressant de le voir, même s’ils ne parlaient pas, juste pour le serrer dans ses bras, le réconforter et s’assurer qu’il allait bien.

Mais maintenant qu’il était devant la porte, il se sentait nerveux.

C’était peut-être pour ça qu’il avait retardé sa venue en allant chercher du café.

Il avait pratiquement volé à travers les rues quand il avait cru que c’était le corps de Jazz qu’ils avaient retrouvé. Il s’était comporté de façon irrationnelle, mais toutes ces morts lui étaient montées au cerveau.

Sauf que Jazz allait bien.

Enfin, physiquement.

Émotionnellement, c’était une autre histoire.

Tout se passait tellement bien entre eux, et tout avait commencé à partir en eau de boudin. D’abord le retour de Norbert, puis les papiers du divorce en provenance de la prison, suivi par deux meurtres, qui en plus avaient l’air d’être des messages qui leur étaient adressés à tous les deux.

Et au milieu de tout ça, Michael avait initié un changement énorme dans leur relation, en pleine action. Et si Jazz avait accepté de se passer de préservatif parce que les sensations étaient plus agréables, et qu’il ne voyait pas ça comme une forme d’engagement ? Est-ce que Michael lui avait mis la pression pour que leur relation soit exclusive ?

Son estomac se serra.

Jazz avait vraiment été distant quand il était parti la nuit précédente. Il n’avait pas dit à Michael que Russell l’avait appelé. Il n’arrêtait pas de dire qu’il allait bien, mais est-ce que c’était vraiment le cas ? Et quelques minutes plus tôt, il n’avait même pas informé Michael qu’il quittait le salon.

Est-ce qu’il était fâché contre lui ?

Tu relis les livres de Russell et tu ne lui en as même pas parlé, lui chuchota une voix.

Le cerveau de Michael se mit à tourbillonner comme une toupie.

Jazz était resté calme quand il avait trouvé le livre, mais est-ce qu’il voyait ça comme une trahison ?

La vérité, c’était que Michael s’était senti sentimental et avait voulu dire au revoir à son personnage préféré. Mais il avait aussi vraiment l’intention de faire tout ce qui était en son pouvoir pour aider à mettre Russell derrière les barreaux pour qu’il ne fasse plus jamais de mal à Jazz. Ce n’était pas de l’égoïsme. Il voulait protéger son homme. Il faisait ça pour Jazz.

La fessée, c’est à toi que ça faisait plaisir, souffla la traîtresse.

Mais Jazz avait apprécié, non ?

À moins qu’il ait dit ça pour ne pas te blesser…

La porte s’ouvrit.

— Michael ?

Il sursauta en poussant un cri perçant, et réussit à ne pas renverser de café.

— Qu’est-ce que tu fais là, mon cœur ? Pourquoi tu n’as pas sonné ?

Michael secoua la tête.

— Mais j’ai sonné.

Non ?

— Non, mon cœur, assura Jazz avec un sourire endormi. Misty m’a envoyé un texto pour me prévenir que tu arrivais. Je t’attendais, mais j’ai trouvé que tu mettais un peu trop de temps, alors j’ai regardé par la fenêtre et je t’ai vu là, figé comme une biche prise dans les phares d’une voiture. Tout va bien ? À part pour ce qui est de ce bon vieux Norbie qui s’est vidé de son sang à deux pas d’ici.

— Je rêvassais, j’imagine.

Jazz se décala sur le côté.

— Eh bien, tu peux venir rêvasser chez moi.

Michael se réprimanda dans sa tête. Il se préoccupait de ses pensées stupides, et il ne savait même pas pourquoi. Tout allait bien entre Jazz et lui, mais avec tout ce qui se passait autour d’eux, Michael devrait y aller mollo. Les déclarations attendraient que les choses se tassent. Avouer à Jazz qu’il l’aimait lui rajouterait encore plus de pression, en plus du choc qu’il venait de subir. Michael ne voulait pas qu’il soit encore plus bouleversé à cause de lui.

Pour l’instant, le plus important, c’était qu’il s’assure que son petit ami allait bien.

— Je t’ai apporté un café, indiqua-t-il en levant le gobelet.

— Je t’adore, déclara Jazz avec un grand sourire avant de prendre la boisson à deux mains, puis de se pencher pour un petit baiser. Suis-moi, on monte dans mon appart’.

La seule proximité de Jazz avait un effet apaisant sur son esprit. Michael monta jusqu’au premier derrière lui, se délectant de chaque flexion de son postérieur.

— Tu me mates le cul, là ? demanda Jazz sans se tourner.

— Oui. Désolé, s’excusa Michael en rougissant.

— Pas de souci. J’espérais que tu étais en train de le faire.

Il lui adressa un sourire par-dessus son épaule en atteignant le premier étage. Le cœur de Michael se mit à battre la chamade comme la première fois. La porte de son appart’ était ouverte, et il le précéda à l’intérieur. Michael referma derrière lui et verrouilla avant de rejoindre Jazz sur un des canapés en velours violet qui correspondait à la perfection au style sans chichis de Jazz.

— Comment ça va ? demanda Michael.

Son petit ami haussa les épaules.

— Pas trop mal, bizarrement. Encore un peu sous le choc. C’est une façon horrible de quitter ce monde, et ce n’était pas franchement agréable de le trouver non plus.

— Ça doit faire remonter plein de souvenirs. Vu qu’il s’agit de Norbert, et tout ça.

— Oui, tu imagines : Norbert qui me rappelle une mauvaise période de ma vie.

Il soupira et secoua la tête.

— C’est terrible à dire, mais je ne vais pas prétendre qu’il va me manquer. Est-ce que ça fait de moi quelqu’un de mauvais ?

Michael lui toucha l’avant-bras.

— Pas du tout. Les choses étaient… compliquées entre Norbert et toi.

— C’est le moins qu’on puisse dire, marmonna Jazz avant de garder le silence un moment.

Il changea de position et posa ses pieds sur les coussins, face à Michael, le dos contre l’accoudoir. Il prit une gorgée de café.

— Mmmh, mocha menthe poivrée. Mon nouveau préféré.

Le sourire de Jazz réchauffa Michael de l’intérieur comme si le café chaud circulait dans tous ses membres.

— Je prends note.

— Tu sais, reprit Jazz, soudain sérieux, avec tout ce qui s’est passé ces deux derniers jours, je n’arrive pas à m’ôter de l’esprit que l’homme que tu as trouvé dans ton garage, et maintenant Norbert assis dans mon fauteuil au salon, c’est une sorte de message.

— Je me suis dit la même chose, renchérit Michael. Mais un message de qui ?

Les pieds nus de Jazz étaient à quelques centimètres, alors Michael se rapprocha pour les poser sur ses cuisses.

Jazz arqua un sourcil quand il commença à lui masser la voûte plantaire.

— À ton avis, qui on devrait mettre tout en haut de la liste ?

Michael fronça les sourcils et appuya son pouce plus fort en plein milieu de son pied, puis se délecta du soupir de bien-être qu’il tira de Jazz.

— J’admets que j’ai d’abord pensé à Russell. Mais il est en prison dans l’attente de son procès.

— Et tu crois que personne n’a jamais réussi à embaucher un tueur à gages en étant derrière les barreaux ? ironisa Jazz avant de pousser un grognement. Bon sang ce que ça fait du bien.

Son ton était tellement sensuel et décadent qu’une vague de désir déferla sur Michael, malgré le sujet de leur discussion.

— Mal aux pieds ?

— Je suis restée dix heures debout derrière mon fauteuil hier, répondit-il en fermant les yeux pour profiter pleinement des petits soins de Michael.

Puis il poussa un soupir fatigué et regarda Michael.

— Je sais que tu vas avoir l’impression que je paraphrase un des livres de Russell, mais je trouve que ces meurtres nous touchent d’un peu trop près. Non ?

Il ressentit une pointe de culpabilité à évoquer le fait qu’il avait relu ces romans, mais il se concentra sur le pied de Jazz.

— Je vois où tu veux en venir. Mais si Russell est vraiment impliqué, pourquoi il a tué Bill avant de le laisser dans mon corbillard ? Quel genre de message il essaierait de faire passer ? On ne le connaissait même pas.

— C’est pas facile de comprendre ce qui se passe dans la tête d’un psychopathe. Personne ne sait pourquoi il a coupé les mains de Dylan non plus, lui rappela Jazz avec un regard en coin. Sauf si tu as découvert un nouvel élément en relisant les bouquins.

Le ton faussement nonchalant de Jazz lui fit l’effet d’un coup de couteau en plein cœur.

— Le fait est que je pense avoir trouvé la raison, reconnut Michael.

Il est en colère parce que je les ai relus !

— Ah ?

— Dans chaque livre, il y a un élément prémonitoire pour le tome d’après. Dans son dernier tome, Mer du déplaisir, des mules transportent de l’héroïne dans des préservatifs qu’ils se sont fait enfoncer dans le rectum. Et dans le livre de Dylan, celui que Russell a fait passer pour le sien, la dernière victime avait les mains coupées, sans raison apparente. Peut-être que Russell a fait ça à Dylan en hommage. Ou alors c’est un indice pour le livre suivant. On ne le saura sans doute jamais.

— Eh ben dis donc, marmonna Jazz. Finalement, ça doit être une bonne chose que tu les relises, hein ?

Michael redoubla d’attention pour le pied de son petit ami.

— Est-ce que ça t’embête que je ne t’en aie pas parlé ?

Il haussa les épaules.

— Franchement ? Oui, mais je comprends aussi pourquoi tu le fais. J’aurais sûrement essayé de t’en dissuader, mais ça permet de trouver des indices, alors tu as eu raison, et ça ne sert à rien de t’en faire pour ça maintenant. Dommage que Russell n’ait pas écrit d’autres livres, comme ça on aurait eu des indices pour résoudre ces meurtres-là.

En entendant la réponse nonchalante, mais criante d’honnêteté de Jazz, la spirale de panique qui tourmentait Michael jusque-là commença à se calmer.

— Musgrave m’a dit que Norbert et Bill Denton s’étaient retrouvés au PP.

— Hein ?

— Oui, via une « application de rencontres gays ».

Michael mima les guillemets avant de reprendre son massage.

— Je n’en avais jamais entendu parler avant. Grain d’air, qu’il a appelé ça. Et quand je lui ai donné la bonne prononciation, il a dit qu’il ne comprenait pas pourquoi nous, les gays, on utilisait une appli qui s’appelait Grind Her et pas Grind Him.

Jazz le fixa d’un regard vide pendant quelques secondes, avant d’exploser de rire.

— Tu te fous de moi ? Musgrave a dit tout ça ?

Ravi d’avoir réussi à ramener un peu de lumière dans les yeux de Jazz, Michael hocha la tête.

— Absolument. Le fait que Norbert se soit envoyé en l’air avec Bill faisait de lui le suspect principal. De toute évidence, ce n’est plus le cas.

Jazz se calma instantanément.

— Les crimes sont tellement similaires que c’est forcément le même meurtrier, non ?

— Ou alors un imitateur, songea Michael. Mais ça n’aura pas beaucoup de sens, parce qu’ils se connaissaient et qu’on se connaît aussi. Il y a forcément un lien.

— Russell.

Tout revient toujours à lui, hein ?

Michael se concentra sur le pied de Jazz et sur l’affaire en cours, et récapitula ce qu’ils savaient de l’attention toute particulière que Russell portait aux détails.

— Au moins, avec le meurtre de Norbert, on a un lien personnel avec Russell, et avec nous, réfléchit-il tout haut.

Puis une pensée lui traversa l’esprit, et il s’immobilisa pour regarder droit devant lui.

— À moins…

— Oh, oh, dit Jazz avec un petit sourire encore plus fatigué que celui qu’il arborait en ouvrant la porte en bas. Je connais cette expression. Michael Fleishman, croque-mort et détective, a reniflé quelque chose. À moins que quoi ?

— Revenons un peu en arrière. Russell est en prison, et même si c’est possible qu’il ait fomenté un meurtre derrière les barreaux, ça pourrait être quelqu’un d’autre, qui serait aussi connecté aux deux victimes.

— Tu penses à Ally.

— Oui, confirma Michael. Ça ne fait pas longtemps qu’elle a rejoint Denton et Sonya Metcalf dans le groupe. Et on est au courant pour leur lien avec Norbert. Ce serait quand même une coïncidence incroyable qu’elle débarque à Lacetown avec les anciens amis de Norbert, en même temps que lui.

— C’est vrai, reconnut Jazz. Elle était vraiment furieuse contre lui, hier soir. Et ça se comprend. C’est vrai, j’ai vraiment l’impression qu’elle était très proche de Dylan.

Il écarquilla alors les yeux.

— Oh, mon Dieu ! J’ai carrément oublié de te dire. Je l’ai vue hier soir derrière le salon !

— Quoi ? Quand ?

— Quand je suis parti de chez toi. Ally rôdait vers la porte, et la lumière qui se déclenche avec le détecteur de mouvements lui a fait peur ou quelque chose d’autre, parce qu’elle s’est sauvée en courant. J’ai vérifié la porte, mais elle était bien verrouillée.

— C’est drôlement suspect, reconnut Michael. Et ça pousse encore plus à croire que c’est Ally la tueuse.

— Mais pourquoi elle aurait tué Bill ? Elle s’est crue dans un film de Tarantino ?

Michael afficha un sourire en coin.

— Un peu macabre, ton sens de l’humour. Mais si ça se trouve, elle suivait Norbert, et elle l’a vu avec Denton. Alors peut-être qu’elle s’est mise en colère parce qu’il avait remis le couvert avec lui ? Elle a peut-être vécu ça comme un acte de trahison de la part de Bill ?

— Possible, admit Jazz avec un haussement d’épaules las. Mais pourquoi Ally s’en prendrait-elle à nous ?

— En ce qui me concerne, elle considère peut-être que je suis coupable à cause de l’enquête. Parce que je n’ai pas trouvé le tueur de Dylan assez vite et qu’elle a failli perdre son père. Et hier soir tu as mentionné Dylan, au moment où tu as menacé Norbert en disant que ce que Russell lui a fait ne serait rien en comparaison de ce que tu lui ferais à lui. Sans oublier le fait que tu es marié avec lui.

Jazz balaya son dernier commentaire d’un revers de la main.

— Je défendais l’honneur de mon petit ami, je ne voulais pas minimiser ce qui était arrivé à Dylan.

— Et j’apprécie.

Michael fut récompensé par un sourire franc, même s’il disparut rapidement.

— C’est quand tu veux, mon cœur. Mais si ce que tu dis est exact à propos de son mobile, pourquoi ne pas cibler Musgrave aussi ? Sauf si ça a quelque chose à voir avec Rae.

Il poussa un soupir.

— Mais si on regarde bien, je suis aussi suspect. Si tu avais entendu Tanner m’interroger. On aurait vraiment dit un flic.

Michael grimaça.

— Et je ne peux même pas être ton alibi. Si ça peut te consoler, je ne crois pas que Musgrave pense que tu es coupable. Pas vraiment.

— Mais pas innocent non plus. Musgrave m’a dans le collimateur depuis le début. Tout le monde le sait. C’est pour ça que je suis convaincu que tout a été organisé par Russell. Il essaie de me faire porter le chapeau pour le meurtre de Norbert.

— Et pour celui de Denton ?

— C’était peut-être une erreur ?

Le regard de Jazz était perdu à l’autre bout de la pièce, comme s’il réfléchissait à haute voix.

— Et si la personne que Russell a engagée pour tuer Norbert l’avait suivi jusqu’au PP et les avait vus s’envoyer en l’air ? Il les a peut-être confondus, ou alors Bill l’a repéré ou quelque chose comme ça, et il a dû tuer Bill en premier ? Russell lui a sûrement parlé de ton funérarium alors il a décidé de mettre dans ton corbillard pour embrouiller les pistes ? Russell paierait clairement un supplément pour savoir qu’on est tous les deux dans le viseur de la police.

— Ça fait beaucoup de choses à envisager. J’ai repéré aussi un grand type qui agissait bizarrement devant le salon quand je suis allé chercher ton café. Il a suivi les adjoints dans le coffee shop, et s’est attardé assez longtemps pour espionner leur conversation. Si tout ça est orchestré par Russell, c’est peut-être lui, le tueur à gages.

Michael marqua une pause, puis changea de pied, enfonçant ses pouces dans la voûte plantaire de Jazz.

— Même si porter des chemises bariolées ne risque pas de l’aider à se fondre dans la masse.

— Bordel, ce que ça fait du bien, grogna Jazz en se délectant des sensations.

Il ferma les yeux et demanda :

— Tu vas parler de tes théories à notre shérif préféré à tous ?

— Je vais peut-être lui en toucher deux mots.

— Peut-être, hein ?

— Sûrement. Qu’est-ce qu’il va faire, à part m’injurier et lever les yeux au ciel ? s’amusa Michael.

Jazz lui sourit en retour.

— Voilà où vont nos impôts.

Il sirota son café, et baissa les yeux sur le couvercle.

— Quelque chose d’autre te tracasse ? s’enquit Michael avec une pointe d’inquiétude.

— Oui, je l’avoue.

Il prit une grande inspiration et la laissa sortir dans un soupir.

— Je ne sais pas trop comment dire ça, par contre.

La pointe d’inquiétude se transforma en gros pieu bien large.

— Ah oui ?

— Il faut que je te parle de quelque chose, déclara Jazz, l’air très sérieux. Ça ne va pas te plaire, mais…

Les mots d’Ezra firent écho dans sa tête. Oh, il est parti sans dire au revoir ? Et juste derrière, toutes ses autres peurs déboulèrent en même temps.

La panique alluma un véritable incendie en lui. C’était presque physique, et ça s’étendait rapidement, envahissant ses poumons, l’empêchant de reprendre son souffle. Pendant que l’angoisse prenait possession de lui, elle poussa ses mots hors de sa bouche avant même qu’il ne puisse y réfléchir à deux fois.

— Est-ce que tu es fâché après moi ? bredouilla-t-il.

— Quoi ? s’exclama Jazz avec un petit sursaut. Mais non ! Qu’est-ce qui te fait penser ça ?

— J-je…

Que pouvait-il bien répondre à ça ? Sa panique se calma un peu, mais il ne put que hausser les épaules et fixer le pied de Jazz, dans sa main.

— Je ne sais pas.

Du coin de l’œil, il vit Jazz pencher la tête.

— Qu’est-ce qui te fait croire que je pourrais être en colère contre toi ?

Les paumes de Michael devinrent moites. Il se hâta de les essuyer sur son pantalon et reporta son attention sur le pied de Jazz. Il était tellement nul pour tous ces trucs de relation. Il se concentra sur le massage de la plante de pied et des orteils, et pas sur le tourbillon dans son esprit.

Jazz t’a posé une question.

Les joues écarlates, Michael conserva le visage baissé, incapable de soutenir le regard de son homme.

— La nuit dernière, quand j’ai…

Sa gorge se resserra, et il parvint à peine à articuler.

— Je me demande si je ne t’ai pas mis la pression pour qu’on laisse tomber le préservatif. Peut-être que tu n’as pas envie de ce genre d’engagement avec moi ? Et après je… je t’ai mis la fessée. Fort. Est-ce que je suis allé trop loin, ou…

En entendant le rire grondant de Jazz, son ventre se contracta et sa gorge se réduisit à un chas d’aiguille.

Mortifié, Michael cherche le courage de lever la tête vers Jazz.

Son sourire n’était ni moqueur ni critique.

— C’est ça qui t’inquiète à ce point, mon cœur ? Ce n’est vraiment pas la peine. C’était incroyable ! J’en ai aimé chaque seconde. C’était tellement torride de savoir que tu étais en moi sans rien qui nous séparait, que quand tu t’es retiré, tu as laissé une partie de toi en moi. Et la fessée m’a carrément excité. Je tiens à ce qu’on le refasse bientôt, affirma-t-il en agitant les sourcils. Et même plus fort, en fait.

Michael le fixa d’un air stupide, la bouche entrouverte.

— Tu as vraiment aimé ?

— Carrément. C’était super chaud, lui assura Jazz. Exactement ce dont j’avais besoin.

Il n’arrivait pas à croire ce qu’il entendait.

— Tu en es vraiment sûr ?

— Est-ce que tu t’inquiètes à propos de ça depuis que je suis parti ?

Michael hocha à peine la tête.

— Oh, mon cœur. Depuis quand je ne dis pas ce que je pense ? Si tu fais quelque chose au pieu qui ne me plaît pas, je te le dirai tout de suite. D’accord ?

Il acquiesça à nouveau.

— Et pour info, continua Jazz avec un sourire. Ce n’est encore jamais arrivé, et je ne pense pas que ça se produise tout court. Je veux que tu réalises tous tes fantasmes avec moi.

La sincérité de sa voix apaisa tous ses doutes. Il n’y avait qu’avec Jazz qu’il s’était jamais senti assez à l’aise pour baisser la garde et être lui-même. Savoir que Jazz voulait connaître un côté de Michael qu’il n’avait jamais montré à personne le remplit de bonheur. Mais il se calma, sachant que ce n’était pas le moment de se lancer dans une grande déclaration d’amour.

— Tu es très important pour moi, Jazz. Je n’ai jamais été aussi investi dans une relation, et parfois, ça me rend nerveux. Je perds toute confiance en moi en ce qui te concerne.

— Toi, tu perds ta confiance en toi ? répéta Jazz d’un air incrédule. Avec la façon dont tu as sauvé M. Cornichon de criminels armés, ou même là, à l’instant, quand tu as couru tout le long du chemin pour venir me retrouver ? Comment tu peux dire ça ? Je t’ai déjà vu avoir toute confiance en toi. En fait, j’en ai même profité au lit.

Il pointa le doigt vers la cuisine.

— Là-bas, l’autre jour. Dans la douche. Sur mon canapé. Et dans ta voiture.

Les joues de Michael rougirent de plaisir, mais il secoua la tête.

— Peut-être. Mais c’est parce que tu sais me mettre assez à l’aise pour que je sois moi-même, surtout quand on fait l’amour.

Il murmura les deux derniers mots.

— Je n’ai jamais ressenti ça avec personne. Littéralement. Personne.

— Oh, mon cœur, roucoula Jazz en lui effleurant la joue. Tu peux toujours être toi-même avec moi. Même quand tu te sens gêné ou nerveux.

— Merci et je te crois. Vraiment. C’est juste que ma tête est bourrée d’insécurités. J’y travaille.

Jazz lui donna un baiser bref, mais tendre.

— On va y travailler tous les deux, mon cœur. Et à l’avenir, je ne veux plus que tu t’inquiètes pour notre vie sexuelle. Elle est parfaite. Tu es ce que j’ai de mieux dans ma vie ces derniers temps.

Michael releva brusquement la tête.

— Ah bon ?

Jazz hocha la tête d’un air sérieux.

— Absolument. Pour qui d’autre j’aurais accepté de ne pas mettre la viande dans le plastique ? Tu es tout ce que je veux.

La pointe d’inquiétude qui s’était changée en pieu se transforma d’un seul coup en cascade de joie et d’excitation.

— C’est vrai ?

Jazz sourit, même si ses yeux ne brillèrent pas comme d’habitude.

— Oui, même si pour être honnête, je ne sais pas comment tu fais pour supporter tous les drames que je ramène dans ta vie.

— Tu n’as rien fait du tout, le rassura Michael, son esprit toujours en train de virevolter à cause de la tendresse des mots de Jazz.

Tu es ce que j’ai de mieux dans ma vie ces derniers temps.

— Mais tu m’aimes bien alors ? Genre, vraiment, vraiment bien !

On aurait dit l’actrice Sally Fields aux Oscars.

— Je n’ai rien fait du tout ? Tu es sûr ? protesta Jazz.

— Tu n’es pas responsable des actions des autres.

— Ça c’est toi qui le dis, marmonna Jazz avec un sourire fatigué. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas de nous que je voulais discuter. Enfin, un peu quand même, vu qu’il s’agit de moi, et que je fais partie de nous, par définition.

Il hésita et se rassit.

Michael retint son souffle. Il était là, avec cet homme magnifique, doux et sexy, et apparemment, il voulait parler de quelque chose d’important pour lui. Michael devait bien écouter et être prêt à le soutenir quoi qu’il ait à lui dire, et surtout pas laisser son imagination, ou ses insécurités ou la remarque désinvolte d’Ezra inventer des problèmes dans leur relation.

Jazz poussa un soupir las.

— Il faut que j’aille voir Russell.

 

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