Mystères à Lacetown Tome 2 - Des suspects à la pelle

Chapitre 27

 

La passion, la terreur et l’amour qui avaient palpité dans le corps de Michael quand il avait vu que Jazz était blessé avaient été les émotions les plus intenses qu’il avait jamais ressenties de sa vie.

Du moins, jusqu’à ce que Jazz lui dise qu’il l’aimait.

Voilà une chose qui valait le coup qu’on se batte pour elle.

Deux jours avaient passé depuis que Jazz était sorti de l’hôpital. Michael pouvait toujours ressentir les picotements délicieux du baiser qu’ils avaient échangé après leur déclaration d’amour passionnée sous les feux d’artifice, tout ça après un presque autre meurtre. Michael avait insisté pour que Jazz rentre à la maison avec lui, même si ça avait peut-être été présomptueux de dire « à la maison » en parlant de chez lui. Jazz avait accepté, et Michael s’occupait de lui depuis.

Misty avait fermé le salon jusqu’au mardi suivant, et personne ne semblait vraiment perturbé. Dorothy et les deux enfants logeaient chez Misty, et Musgrave avait appelé les services sociaux pour remettre les ados sur les rails.

Après plusieurs interrogatoires, Musgrave avait conclu que Béatrice et Dorothy n’avaient pas été au courant des activités meurtrières d’Herschel. Ce dernier avait fait faire un double des clés du salon de Misty en douce, avait parlé à son beau-fils de sa mission vertueuse de purification et était en train de l’enrôler quand Jazz les avait surpris. Apparemment, ça faisait des années qu’Herschel forçait Oslo à tresser ses cordes d’archet cassées, et il les avait utilisées pour étrangler les pécheurs, à l’insu de ce pauvre Oslo. Ensuite, comme tout bon tueur en série qui se respectait, Herschel avait gardé tous ces souvenirs de meurtres en les attachant ensemble pour se faire une longue corde qu’il utilisait comme marque-page. L’ADN trouvé dessus le reliait à six meurtres non résolus, pour l’instant. Les résidus et les fibres que Trevino avait trouvés dans la blessure de Norbert étaient de la colophane et du crin de cheval, et la javel sous les ongles des victimes correspondait aux composants des lingettes désinfectantes avec lesquelles Herschel forçait sa famille à se nettoyer les mains, comme dans une sorte de rituel dérangé.

Jazz avait décrété qu’il n’était qu’un connard dément.

L’autre psychopathe de leur vie était censé donner une interview télévisée le dimanche suivant, et ils avaient tous les deux décidé de ne pas regarder. Russell n’avait peut-être envoyé personne pour les tuer, mais sa présence affectait leur relation, et ils avaient décrété qu’ils limiteraient son influence autant que possible. En conséquence, Michael ne relirait plus ses romans, même pour chercher des indices.

Aider le procureur n’était pas aussi important que leur relation.

Même si les rêves de Michael le harcelaient de visions d’un Jazz blessé – dont beaucoup incluaient Russell – l’avoir à la maison permettait à Michael de se sentir un peu mieux. Il espérait qu’avec le temps, ils pourraient avancer et arrêter de revivre ce cauchemar.

— Et voilà, déclara Michael en entrant dans le salon avec un plateau contenant une tasse de thé, le médicament de Jazz, et une pâtisserie de chez Robichaux.

— Oh, mon cœur, j’aurais pu aller chercher tout ça tout seul.

Jazz posa la télécommande et leva la tête vers lui, ses yeux couleur cognac grands ouverts et sérieux.

— C’est saoulant d’être à chaque fois blessé et que tu sois obligé de t’occuper de moi, mais… est-ce que ça fait de moi quelqu’un d’égoïste si je dis que j’adore quand tu t’occupes de moi ?

Quand la voix de Jazz se brisa, Michael murmura :

— J’adore prendre soin de toi.

— Alors, je te laisse faire. Après tout, qu’est-ce que je ne ferais pas pour te rendre heureux ?

Jazz éteignit la télé quand Michael posa le plateau et s’assit à côté de lui sur le canapé.

Ils se prirent en même temps dans les bras l’un l’autre et serrèrent fort.

— Mince, chuchota Michael.

Il frissonna en pensant à ce qu’il aurait pu perdre cette nuit-là.

— Je suis tellement soulagé que tu ailles bien et que cet enfoiré ne t’ait pas blessé plus gravement.

Jazz agrippa Michael plus fort, presque au point de lui faire mal.

— Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.

Ces mots étaient un véritable baume pour l’âme de Michael et il s’écarta pour repousser tendrement les mèches de Jazz de son visage, les coinçant derrière une oreille, puis l’autre. Il l’embrassa sur le front.

— Allez, c’est l’heure de tes antibiotiques.

Jazz agita brièvement ses sourcils parfaits, mais laissa Michael ouvrir le flacon et lui donner une pilule. Jazz aurait pu faire une plaisanterie sur le fait que Michael subvenait à tous ses besoins, mais il avait l’air de comprendre pourquoi Michael avait désespérément besoin de le faire.

Une fois qu’il eut obligeamment pris son médicament, Jazz reprit :

— Comment se fait-il que tu arrives toujours à faire chauffer l’eau à la bonne température ? Ni trop chaud ni trop froid ?

— C’est un secret.

Jazz reposa la tasse de thé sur le plateau. Michael l’embrassa sur la joue et repoussa une mèche imaginaire de cheveux de son front. Ils échangèrent un tendre regard puis Jazz posa la main sur la cuisse de Michael. Ce dernier sourit et la serra. Jazz se servit de sa main libre pour prendre le croissant et mordre dedans. Les cachets lui faisaient mal à l’estomac et les féculents lui faisaient du bien.

— Des nouvelles de Misty aujourd’hui ? s’enquit Michael.

Jazz afficha un grand sourire.

— Oh, oui. Apparemment le shérif préféré de tout le monde est venu chez elle pour parler à Dorothy et aux enfants une dernière fois… et il a invité Misty à dîner.

— Oh, bon sang, souffla Michael avec un sourire en coin. Quel scandale !

Jazz secoua doucement la tête.

— Je crois que je comprends pourquoi ils sont attirés l’un par l’autre, et en même temps, non. Enfin, surtout « non », en fait, mais c’est parce que Musgrave a toujours été un enfoiré avec nous.

— Peut-être que Misty va réussir à dompter la bête.

— Serait-ce un jeu de mots salace, monsieur Fleishman ? demanda Jazz.

— Je te laisse décider.

— À ton tour. Des nouvelles de Joe ou Ally ?

— J’ai reçu un texto de Joe hier soir après que tu es allé te coucher. Ally l’aide pour ses recherches pour relier d’autres meurtres non résolus à la purification meurtrière d’Herschel. Ils le soupçonnent d’avoir tué le mari de Dorothy aussi.

Jazz effleura la marque sur sa gorge.

— C’est affreux.

Michael se pencha et déposa un baiser léger sur sa plaie. Les médecins avaient dit que ça guérirait, mais qu’il pourrait rester une cicatrice autour de son cou. Jazz avait juste haussé les épaules et déclaré « J’ai toujours voulu avoir l’air d’un dur à cuire ». Mais dans des moments calmes comme celui-là, Jazz baissait assez sa garde pour que Michael voie à quel point l’attaque l’avait perturbé.

Sans doute attiré par l’odeur de la nourriture, M. Cornichon se joignit à eux, sautant sur le dossier du canapé. Il cligna des yeux effrontément avant de poser la patte sur l’épaule de Jazz et de miauler bizarrement.

Jazz leva la tête vers le chat avec un sourire radieux.

— Je t’ai donné de mauvaises habitudes, hein ? Je crois que papa n’aime pas quand tu réclames.

Michael sourit quand M. Cornichon se frotta contre Jazz comme s’il l’accueillait dans la famille.

Michael avait la même impression. Jazz était sa famille. Il croisait juste les doigts pour que ce fichu baiser d’Ezra ne gâche pas tout.

On aurait dit qu’ils s’étaient implicitement mis d’accord pour ne parler de rien de sérieux depuis l’attaque. Michael n’avait pas trouvé comment aborder le sujet, et il n’avait surtout pas voulu perturber la convalescence de Jazz. En plus, ce dernier n’avait pas non plus parlé de sa visite à Russell, et Michael avait décidé de ne pas lever ce rideau dégoûtant pour l’instant.

Mais ce fichu baiser l’empêchait de dormir sur ses deux oreilles. Il n’avait vraiment pas envie d’en discuter maintenant, mais il avait horreur de cacher des choses à Jazz. Il ne lui avait pas dit non plus quand il s’était mis à relire les romans de Russell, et s’était senti vraiment coupable, encore plus quand il avait vu la déception dans les yeux de Jazz. Il fallait qu’il se montre honnête à ce propos aussi. S’il devait retenir quelque chose de l’incident avec Herschel, c’était que la vie était courte et que rien n’était plus important pour lui que Jazz Dilworth.

Il s’adossa dans le canapé avec un soupir.

Alors qu’il était en train de donner un morceau de croissant à M. Cornichon, Jazz leva la tête, l’air un peu inquiet.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— J’aurais pu te perdre, déclara Michael, la voix et les lèvres tremblantes.

Il ne fut pas surpris que des larmes tièdes roulent sur ses joues, même maintenant.

Jazz vint le serrer immédiatement dans ses bras.

— Mais tu ne m’as pas perdu. Tu m’as sauvé, comme tu as sauvé M. Cornichon quand il a été enlevé.

Jazz plongea ses yeux dans ceux de Michael en suivant sa mâchoire du doigt.

— Tu es notre héros.

Michael enfouit son visage dans le cou de Jazz, et inhala son odeur familière. Il avait été tellement près de le perdre ; c’était trop terrible pour y penser. S’inspirant de Jazz, il lâcha un petit rire forcé et s’essuya les joues.

— Même si ça fait plaisir à entendre, j’aimerais bien laisser ma cape rangée au placard pendant un petit moment.

Jazz soupira et se recula.

— Je sais, et je suis désolé.

Michael pencha la tête, confus.

— De quoi ?

— De tous ces problèmes dont on évite tous les deux de parler. Du fait que je profite de ta générosité parce que je ne supporte pas l’idée d’être seul en ce moment. Je ne sais pas comment tu peux me supporter.

— D’abord, tu ne profites de rien de tout. Je t’ai invité ici dans le but de prendre soin de toi. Et ensuite, te supporter est très facile, lui assura Michael avec un sourire.

Jazz haussa les sourcils.

— Même si je n’arrête pas de nous mettre en danger ?

Michael en eut le souffle coupé.

— Comment tu peux dire ça ? Tu n’es pas responsable des psychopathes dérangés qui sont passés par ici ces derniers temps.

— Ce que tu dis est logique, et une partie de mon cerveau y croit vraiment. Mais l’autre ?

Il secoua la tête et enroula ses bras autour de son torse.

— Tu dois bien admettre que j’ai ramené plein de mauvaises vibrations dans ta vie.

— Absolument pas.

Jazz le dévisagea d’un air intense.

— Tu as oublié le pervers plagiaire préféré de tout le monde avec lequel je suis toujours légalement marié ?

— Marié pour l’instant, le corrigea Michael.

— Ouais, pour l’instant.

Le silence s’installa quelques minutes, et Michael finit par poser la question qui le hantait.

— Alors, comment s’est passée la visite ?

Jazz soupira et se tourna pour lui faire face tout en caressant M. Cornichon.

— Seigneur, j’ai l’impression que ça s’est passé il y a des lustres. Et que c’est vraiment anecdotique vu qu’après j’ai failli mourir entre les mains d’un putain d’homophobe.

Le sarcasme est de sortie. Traduction : Jazz est bien plus perturbé que ce qu’il veut me faire croire.

Michael posa une main au bas du dos de Jazz et traça des petits cercles apaisants.

— OK. Arrête un peu de jouer les monsieur Sarcastique et de faire comme si tu n’étais pas secoué.

Jazz lâcha un reniflement ironique.

— Vous me connaissez beaucoup trop bien, monsieur Fleishman.

— En effet.

— Alors tu sais que je suis secoué comme une putain de bouteille d’Orangina à propos de tout ça, admit Jazz d’une voix brisée. J’aurais pu mourir. Encore.

Le cœur de Michael rata un battement et il prit une brusque inspiration.

— Mais tu es bien vivant, insista-t-il en posant son menton sur l’épaule de Jazz. Bien vivant.

Jazz enroula ses bras autour de la taille de Michael.

— La visite à Russell, ses conneries d’amnésie, rien de tout ça n’a d’importance.

Michael se redressa, les yeux écarquillés.

— C’est ce qu’il va dire pour sa défense ?

— Tout à fait, confirma Jazz. Alors le fait que tu aies relu ses livres va bien aider. Mais, tu sais quoi ? J’en ai terminé avec lui. Je ne sais pas ce qu’il a foutu dans ces papiers de divorce, mais je vais les signer, et basta. Je m’en fiche. Je veux juste laisser tout ça derrière moi pour être avec toi à cent pour cent.

Michael se retint de lui dire qu’il devrait prendre un avocat pour être sûr qu’il ne soit pas lésé. Ce n’était pas le moment de jouer les rabat-joie.

Au lieu de ça, il serra Jazz plus fort et chuchota :

— À cent pour cent, ça me plaît bien.

— À moi aussi. Tu ne mérites rien de moins.

Jazz lui frotta le dos à son tour.

— J’étais tellement flippé à l’idée que Russell s’en prenne à nous, que je l’ai laissé me bouffer le cerveau et que j’ai presque gâché notre phase « lune de miel ».

— Une phase lune de miel ?

— Ouais.

Jazz leva la tête pour le regarder.

— Notre phase lune de miel. Tout est tellement génial entre nous. Genre ça fait presque peur, non ?

Michael acquiesça en se mâchouillant la lèvre.

— Oui, je vois ce que tu veux dire. Mais tu n’as rien gâché du tout.

— Et c’est vraiment étonnant, vu toutes ces conneries toxiques que j’ai traînées dans ta vie. Merde, si je ne m’étais pas énervé sur Norbert, ou si je ne t’avais pas emmené chez Gruff, alors Herschel…

Michael l’interrompit en posant une main sur sa bouche.

— Je t’arrête tout de suite. La seule chose que tu as ramenée dans ma vie, c’est un bonheur si grand que je n’aurais jamais cru ça possible. Tous les matins quand je me réveille, je dois me pincer pour croire que quelqu’un comme toi a décidé de me remarquer. De m’aimer.

Sa voix trembla sur le dernier mot et il déglutit la boule qu’il avait dans la gorge, avant d’esquisser un petit sourire.

— Et je préfère appeler ces conneries toxiques, comme tu dis, des obstacles imprévus. On les franchit, et on devient plus forts à chaque fois.

Jazz afficha un sourire tremblotant.

— Qu’est-ce que j’ai fait pour avoir la chance de trouver un mec comme toi ?

— Tu as perdu un pari ?

— Ha, ha. Très drôle.

Jazz l’étudia quelques instants. Puis il l’embrassa. Doucement, pour commencer, puis avec plus d’insistance. Dur, exigeant. Le corps de Michael s’enflamma aussitôt, mais avant que Jazz puisse aller plus loin, là où ils avaient tous les deux envie, Michael recula, à bout de souffle.

Jazz ne fut pas d’accord et agrippa la nuque de Michael pour l’attirer vers lui.

— Ça fait une éternité, mon cœur. J’ai besoin de toi…

— Attends, haleta Michael.

Jazz fronça les sourcils.

Le cœur serré, Michael se dégagea de l’étreinte de Jazz et se leva. Il devait lui parler de son baiser avec Ezra, et là il avait l’impression d’être trop sale pour être touché par l’homme qu’il aimait. Il avait évité d’initier quoi que ce soit de sexuel depuis l’agression, en insistant pour que Jazz suive les recommandations du médecin de ne pas faire d’efforts qui risqueraient de le faire respirer trop fort. Pour Jazz, ça avait davantage ressemblé à un conseil qu’à un ordre, mais Michael avait tenu bon.

Et surtout, il se sentait coupable.

— Mon cœur ?

— Il faut que je te dise ce qui s’est passé… ce jour-là.

— Tu es tout pâle ? Qu’est-ce qui se passe ?

— J’étais tellement inquiet que tu sois parti tout seul voir Russell que mon équipe a remarqué que quelque chose n’allait pas, commença Michael, le ventre noué. Et Ezra m’a demandé si j’allais bien, mais je n’ai pas vraiment fait attention à lui, parce que je n’arrêtais pas de penser à toi et de me faire du souci. Tu m’avais appelé plein de fois, mais sans laisser de messages, et j’étais vraiment inquiet.

Michael se tordait les mains, incapable de soutenir le regard de Jazz plus de quelques secondes, mais un coup d’œil rapide lui permit de voir qu’il avait l’air troublé.

— Je suis désolé, mon cœur. Je ne voulais pas que tu te fasses autant de souci.

Michael acquiesça, distrait. Crache le morceau, c’est tout !

— Et-et à un moment donné… Euh, il s’est penché en avant. Et je n’ai pas compris ce qu’il avait l’intention de faire jusqu’à ce qu’il… qu’il m’embrasse.

Jazz écarquilla les yeux si grands que tout le blanc autour de ses iris cognac était visible.

— Tu as embrassé Ezra ?

— Non, non ! Je ne l’ai pas embrassé ! C’est lui qui m’a embrassé.

— Et ça a duré combien de temps ? demanda Jazz d’une voix ferme, les sourcils arqués. Une ou deux secondes ? Ou genre, cinq, six minutes ? Et ça t’a excité ?

— Mais non ! Je n’étais pas excité, même pas un tout petit peu. Et ça n’a pas duré deux secondes. À peine une, insista Michael.

Quand Jazz plissa les yeux, Michael sentit que tout s’effondrait autour de lui. Il ne put empêcher un frisson de se répandre dans tout son corps, suivi par une vague de honte.

C’était la première fois qu’il trouvait un vrai petit ami, qui était tombé follement amoureux de lui, et il avait trouvé le moyen de tout gâcher avant même que ça ne commence, parce qu’il n’avait pas vu qu’Ezra était attiré par lui, et qu’il n’avait donc pas pu mettre le holà avant que les choses deviennent hors de contrôle.

— Et comment c’est arrivé ? demanda Jazz.

— Je ne faisais pas attention à ce qu’il disait ni à ce qu’il faisait, je te le jure.

Michael prit une grande inspiration.

— Il a dit mon nom, alors je l’ai regardé. Et brusquement, sa bouche était sur la mienne. Peut-être que mes lèvres ont répondu pendant une seconde, un peu comme un réflexe, mais je l’ai repoussé tout de suite. Je ne l’ai pas fait tomber par terre ni rien de ce genre, mais je l’ai repoussé et j’ai dit « Wow, wow, wow, pourquoi tu as fait ça » ? Je sais que j’ai dû le vexer, mais je n’avais pas envie de l’embrasser. Du tout. Je ne voulais pas du tout ça !

Jazz garda le silence, et Michael entendait son pouls battre dans ses tympans.

— Un Mississippi. Deux Mississippi, reprit finalement Jazz.

Quand Jazz comprit ce qu’il faisait, il se dépêcha de préciser :

— Non, même pas deux secondes. Ça n’a pas duré aussi longtemps. Je te le jure.

Le corps de Jazz sembla se détendre un peu sous les yeux de Michael, tout comme son visage. Il se leva à son tour, hocha la tête et haussa les épaules en même temps.

— D’accord. Je te crois. C’est bon.

Michael fut un peu abasourdi par l’attitude nonchalante de Jazz.

— Comment ça, c’est bon ? Je t’ai trompé.

Alors qu’il prononçait ces mots, des larmes lui brûlèrent les yeux, et il cligna des paupières à plusieurs reprises pour les chasser.

Le gloussement de Jazz le prit par surprise. Tout comme sa main sur son bras.

— Michael, tu ne m’as pas trompé. Tu étais en train de parler à un ami, et il est allé trop loin et t’a embrassé. Ce n’est pas tromper, ça.

— Mais…

Michael chercha les mots pour convaincre Jazz qu’il avait fait quelque chose d’horrible. Que Jazz devrait être fâché contre lui, tout comme Michael était fâché contre lui-même. Même si c’était carrément autodestructeur, il ne put s’empêcher d’ajouter :

— Si toi tu embrassais quelqu’un d’autre, j’aurais l’impression de mourir.

Michael ne pouvait toujours pas regarder Jazz dans les yeux, même quand il prit son visage en coupe.

— Oh, mon cœur, dit-il, conciliant. Je crois que c’est la chose la plus gentille et en même temps la plus mélodramatique que personne ne m’ait jamais dite. Ce n’est pas toi qui as embrassé Ezra, c’est lui qui t’a embrassé. Tu l’as dit toi-même. Et je ne suis pas en colère. Vraiment, honnêtement, je ne le suis pas. Je vais peut-être devoir dire à Ezra de garder ses sales pattes de petit trou du cul loin de mon mec, mais je ne suis pas fâché après toi. Et pour ton information, je ne veux embrasser personne d’autre. Juste toi, Michael. C’est tout.

— Tu n’es vraiment pas en colère ?

— Tu as l’habitude que je mâche mes mots ? Non, je ne suis pas en colère.

Soulagé et désespéré de se débarrasser de la sensation d’avoir été sali par ce baiser et de la remplacer par ceux qu’il chérissait, Michael plongea sur Jazz et l’embrassa de toutes ses forces.

Jazz émit un petit bruit de surprise, mais il se reprit rapidement et enroula ses bras autour du cou de Michael, l’attirant plus près pour approfondir le baiser.

Le désir envahit les veines de Michael alors que son amour pour cet homme le submergeait. Il recula et posa les mains sur les joues de Jazz, les yeux rivés dans les siens.

— Je t’aime, Jazz, haleta-t-il. Je t’aime tellement.

Jazz l’embrassa à nouveau, et s’écarta en souriant.

— Je t’aime aussi.

Michael afficha un grand sourire.

— J’adore entendre ça.

— Moi aussi, gloussa Jazz. Je n’ai jamais ressenti ça pour personne. Ce qui veut dire, de toute évidence, que je n’ai jamais été amoureux avant toi.

— C’est vrai ?

Le cœur de Michael se mit à battre la chamade, et son sourire s’agrandit encore plus.

— Je n’ai jamais rien dit de plus vrai, affirma Jazz avant de continuer d’un air songeur. On s’est tous les deux laissé distraire par des petites choses sans importance, au point de ne plus penser qu’à ça. Moi, je m’inquiétais de t’avoir infecté avec toute cette toxicité et que Russell s’en prenne encore à nous depuis sa prison, et toi, tu te torturais l’esprit parce que tu pensais que j’allais t’en vouloir à cause du béguin d’Ezra, exactement comme quand tu t’étais convaincu que je n’avais pas apprécié notre partie de jambes en l’air un peu brutale.

Le sexe de Michael remarqua le ton plus rauque de Jazz sur les derniers mots, mais il se retint d’aller plus loin. Pour l’instant.

— Je suis désolé, dit-il à la place. Je réfléchis toujours trop, et avoir une vraie relation, c’est tout nouveau pour moi.

— Et si on se mettait d’accord pour calmer le petit hamster qui fait tourner sa roue dans nos cerveaux, et qu’on discutait de ce qui nous tracasse, que ce soit des bizarro-stagiaires trop entreprenants, ou des ex-maris psychopathes ? Marché conclu ?

— Marché conclu, approuva Michael avec un sourire.

Puis il se pencha pour un long baiser avec la langue.

— Mmmh, gémit Jazz.

Il recula et se lécha les lèvres, et le petit frisson de Michael se métamorphosa instantanément en désir brûlant.

— Selon moi, les deux jours pendant lesquels je devais y aller doucement sont révolus, et il est temps de reprendre une activité physique régulière. Des idées sur ce que je pourrais faire ?

— Ah ça, des idées, j’en ai, confirma Michael.

Jazz fit remonter ses mains le long de ses flancs, et Michael se mit à trembler de désir.

— Et est-ce que certaines de ces idées impliquent ce qui se trouve dans le tiroir spécial de ta salle de bains ?

Le visage de Michael s’empourpra, mais pas de gêne, comme il l’aurait cru.

— Eh bien, eh bien, monsieur Dilworth. Est-ce qu’on aurait fouillé dans mes affaires ?

— Bien sûr. Je suis un vilain garçon, tu te rappelles ?

— Tout à fait. Ce qui fait de moi un petit veinard, non ?

— Un peu, ouais.

Jazz embrassa Michael à nouveau, mettant fin à la plaisanterie. Comme à chaque fois qu’ils étaient tous les deux, les choses s’enflammèrent rapidement. La passion qu’il partageait était toujours tapie dans l’ombre, prête à surgir à la plus petite étincelle.

Submergé, Michael dévorait la bouche de Jazz avec des baisers désespérés et reconnaissants. Les mains de Jazz agrippèrent ses fesses, l’attirant vers lui pour qu’ils puissent se frotter l’un à l’autre. Leurs dents s’entrechoquèrent, leurs T-shirts furent tirés de leur pantalon, et leurs gémissements de plaisir amplifiés.

M. Cornichon lâcha alors un miaulement sonore de protestation, et un bruit de frottement indiqua que le chat avait sauté du canapé pour aller voir ailleurs.

Leurs lèvres se séparèrent juste assez pour qu’ils se regardent dans les yeux. Ils se mirent à glousser en même temps.

— Est-ce que tu sais combien de fois on a probablement traumatisé ce pauvre M. Cornichon ? demanda Jazz.

Michael rejeta sa tête en arrière et rit tout fort.

— Et est-ce que tu sais combien de fois c’est lui qui m’a traumatisé en se léchant à l’endroit où se trouvaient autrefois ses testicules ? La vengeance est un plat qui se mange froid.

Là-dessus, Jazz effleura à nouveau les lèvres de Michael des siennes, les yeux brillant de bonheur, sans plus aucune trace des ombres qui couvaient en lui jusque-là. Michael se doutait qu’il avait encore du chemin à parcourir, mais après leur déclaration mutuelle, il avait l’impression que le poids de leur culpabilité et de leurs inquiétudes avait disparu, et qu’il ne restait plus qu’eux, Jazz et Michael.

Exactement comme il se devait.

Jazz prit la main de Michael et la porta à ses lèvres pour embrasser ses articulations.

— Allez, viens, on va dans la chambre faire tous ces trucs qu’on ne peut pas faire devant M. Cornichon.

Pris d’une inspiration soudaine, Michael prit la main de Jazz et l’emmena dans la cuisine.

— J’ai une idée.

— Tu sais que j’adore quand on fait ça dans la cuisine, mais je crois que notre minou est déjà bien assez dégoûté comme ça.

Notre minou… j’adore entendre ça.

— Non, pas ça… pour l’instant, précisa Michael en ouvrant un tiroir pour sortir un tire-bouchon.

Il le tendit à Jazz, qui sourit quand il comprit où Michael voulait en venir.

— J’aime ta façon de penser.

Michael alla chercher des verres et Jazz sortit la bouteille de pinot gris du réfrigérateur pour prendre le sauvignon à côté.

Michael haussa les sourcils quand il vit la deuxième bouteille.

— Quoi ? lança Jazz. On va avoir soif.

Michael éclata de rire et fit signe à Jazz de le suivre jusqu’à la chambre. Ils restèrent « tout public » jusqu’au premier étage. La météo du 4 juillet se révélait aussi tempétueuse et imprévisible que le lac Michigan lui-même, et la soirée était étonnamment fraîche. Michael n’avait pas allumé l’air conditionné et les portes-fenêtres étaient ouvertes, l’écran de protection laissant passer la brise du soir. Ils avaient pris leur café sur la terrasse plus d’une fois, mais il restait une chose qu’ils n’avaient jamais faite.

Faire l’amour sous les étoiles.

En espérant que Jazz soit partant.

Michael le suivit sur la terrasse et referma la moustiquaire derrière lui. Les fleurs et les vignes qui fleurissaient sur le treillis leur procuraient toute l’intimité dont ils avaient besoin, tout comme le gros chêne sur la droite. Si Rob Wilkerson, qui vivait derrière chez Michael, montait dans le grenier au-dessus de son garage, il pourrait les voir, mais le risque de se faire surprendre ne faisait qu’ajouter un peu de piment. Jazz posa le sauvignon sur la table à côté de la chaise longue, et déboucha le pinot. Il remplit les verres que tenait Michael.

La lune du chat de Cheshire, comme l’appelait grand-père, leur fournissait toute la lumière dont ils avaient besoin. Quand Jazz tendit le bras vers la télécommande des guirlandes lumineuses, Michael l’arrêta.

— Non, laisse comme ça. J’ai l’intention de te faire l’amour sous les étoiles.

Même dans la faible lueur de la lune, Michael vit Jazz trembler de désir.

Jazz s’approcha et passa un bras autour de sa taille.

— Au nouvel amour, déclara-t-il en levant son verre. Et à nous.

Le toast était des plus brefs, mais pourtant parfait, et une autre larme – de joie et d’émerveillement, cette fois – glissa sur la joue de Michael. Elle dut refléter la lumière, parce que Jazz leva la main qui tenait le verre et l’essuya du revers de ses doigts.

— On ne pleure pas. On célèbre.

— Ah oui ?

— Absolument. C’est l’anniversaire des États-Unis. On est en vie. On a résolu un autre mystère avec tout le panache d’un Brock Hammer. Et on s’aime.

Michael fut surpris que Jazz fasse référence aux romans de Russell.

— On a aussi du vin, et aucune de nous n’a encore besoin de Viagra. Je dirais que ça fait un paquet de trucs à célébrer, non ?

— Oui, j’imagine que vu comme ça, on peut dire que c’est une célébration.

Michael répéta alors le toast, trinqua avec Jazz, puis ils s’échangèrent un tendre baiser avant de boire une gorgée.

Lovés dans les bras l’un de l’autre, ils s’approchèrent du garde-corps et admirèrent la vue. Le ciel était sombre, uniquement éclairé par la lune et les étoiles, quelques feux de Bengale lancés par des particuliers plus au sud, et le phare de Lacetown qui brillait à leur droite. Une étendue de velours bleu nuit parsemée d’étoiles qui brillaient au-dessus d’eux comme des diamants à côté du croissant de lune, pendant que les criquets chantaient et que les feuilles du chêne bruissaient… c’était magique.

Ils ne parlèrent pas, ils se contentèrent de siroter leur vin et de se délecter de la vue. Une fois leurs verres terminés, Michael se tourna vers Jazz.

— Tu nous ressers ? Je reviens tout de suite.

Il ouvrit la porte-moustiquaire et rentra dans la chambre. Dans le couloir, il sortit le vieux duvet de son enfance du placard à linge. Puis il éteignit la lumière. Leur seul éclairage à présent provenait de la nature, et de la veilleuse du couloir. Leurs yeux allaient s’habituer, et ils pourraient se regarder en faisant l’amour. Il récupéra un oreiller sur le lit, puis rejoignit Jazz sur la terrasse, avant de refermer derrière lui.

— Qu’est-ce que tu as là ? demanda Jazz, en train de remplir leurs verres.

— De quoi se mettre à l’aise.

— Pendant qu’on fait l’amour sous les étoiles ?

— Exactement.

Michael plia la couette pour qu’elle couvre la chaise longue en bois de cèdre. Il espérait que ça serait assez confortable pour les genoux de Jazz. Suivant qui serait au-dessus, évidemment.

Le sourire aux lèvres, Michael nota mentalement de commander un gros coussin pour la chaise longue, pour qu’ils puissent le refaire. Par chance, il avait acheté le modèle sans accoudoirs, alors ils pourraient bouger comme ils voudraient. Il baissa le dossier pour mettre le transat à plat, et posa l’oreiller dessus. Son entrejambe se réveilla et son sexe grossit contre sa cuisse rien qu’à l’idée d’avoir Jazz pour lui tout seul à l’extérieur.

Une fois leur couche confortablement arrangée, il se tourna vers Jazz. Voir la marque sur son cou lui faisait mal au cœur à chaque fois.

Il remerciait tous les jours le ciel de ne pas l’avoir perdu. Il s’en était fallu de peu. De trop peu. Mais Herschel irait en prison et ne ferait plus jamais de mal à qui que ce soit.

Combien de personnes a-t-il assassinées ?

Non, il refusait de se laisser distraire par des pensées aussi morbides. Que la police se charge de résoudre l’enquête. Ainsi que Joe. Il avait plus important à faire. Comme faire l’amour à l’homme qui avait réalisé tous ses rêves.

Il avait même gagné bien plus que tout ce qu’il aurait pu rêver.

Jazz l’aimait.

— Jazz ?

— Oui ?

— Personne ne m’a jamais dit qu’il m’aimait, chuchota Michael. Je me suis dit qu’il était important que tu le saches.

— Oh, mon cœur, souffla Jazz. J’espère que ça te plaît de l’entendre, parce que j’ai bien l’intention de te le dire tout le temps.

Les bras écartés aussi grand que son sourire, Michael lui fit signe de s’installer sur la chaise longue.

Jazz posa leurs verres sur la petite table à côté, puis s’assit, les jambes ouvertes. Michael s’assit entre. Néanmoins, dès qu’ils furent collés l’un contre l’autre, plus personne ne pensa aux verres pleins, les mains et les lèvres bien trop occupées à s’explorer mutuellement.

Michael fit doucement pression sur la poitrine de Jazz pour qu’il s’allonge sur le dos, puis prit le temps d’embrasser chaque centimètre de son cou exposé, jusqu’à sa mâchoire. Jazz explora chaque contour de son dos et de ses bras du bout des doigts. Quand Michael remonta le T-shirt de Jazz pour lécher chacun de ses tétons, ce dernier tremblait sous lui.

— Jusqu’où tu veux te déshabiller, là dehors ? lui demanda Jazz. Tu as quand même des voisins.

— Je m’en fiche, gronda-t-il tout en traçant son chemin jusqu’à son nombril à coups de langue et de dents. Tu ne te lèveras pas de ce transat avant que j’aie embrassé chaque millimètre de ton corps sublime, et qu’on soit tous les deux couverts de sperme.

Jazz éclata de rire, son estomac tressautant contre la poitrine de Michael.

— Eh bien, si tu te moques du spectacle que tu offres à tes voisins, moi aussi. Surtout quand tu me balances ce genre de trucs.

— Je ne balance rien, précisa Michael.

Il posa son menton sur le ventre de Jazz et leva les yeux vers les siens.

— Je te fais une promesse.

Jazz sourit et posa une main à l’arrière de son crâne. Son autre main effleura la mâchoire de Michael. Ses yeux étaient écarquillés et brillaient à la lueur de la lune. Il plongea dedans, et sa lèvre trembla un peu parce qu’il avait encore du mal à croire que tout ça arrivait pour de vrai.

— Je t’aime tellement, Jazz, que ça… ça me fait peur.

— Tu n’auras jamais à avoir peur de quoi que ce soit avec moi, lui promit-il.

Tous ses doutes insidieux s’envolèrent, et Michael se perdit dans le moment présent. Il se dévoua à embrasser et explorer le torse nu de Jazz, à mordiller et taquiner ses tétons. Puis il lécha son nombril jusqu’à ce que Jazz halète et se tortille sous lui. Michael était encore tout habillé, Jazz ne portait plus que son jean, mais leurs membres poussaient contre leurs vêtements pour être libérés.

— Putain, il faut que tu te déshabilles, bébé, chuchota Jazz, ses mains frottant ses épaules. S’il te plaît…

Ce murmure de supplication envoya comme une décharge de sang et d’acier dans le sexe de Michael déjà dur. Il se recula, mais pas trop, juste assez pour qu’ils retirent leurs habits et que Michael mette les verres de vin en sécurité. Une fois tous les deux nus, Michael monta à califourchon sur Jazz, le besoin soudain d’être rempli par son homme le submergeant. Jazz se mit assis et ils se rencontrèrent à mi-chemin pour un tendre baiser. Avec leur différence de taille, Jazz lui arrivait au menton, donc Michael dut incliner la tête pour embrasser cette bouche décadente. Ils restèrent un long moment dans cette position, chacun explorant le torse de l’autre, leurs sexes se frottant l’un contre l’autre. Jazz baissa la main et empoigna leurs deux érections dans sa paume. Ils avaient tous les deux assez de liquide préséminal qui coulait pour que le glissement de sa main soit un pur délice.

— J’ai besoin que tu sois en moi, chuchota Michael en se penchant à l’oreille de Jazz pour lui mordiller le lobe et lécher le tour.

— Et moi, j’ai besoin que tu ailles chercher le lubrifiant, pantela Jazz.

Michael avait les deux pieds plantés sur la terrasse, à cheval sur la chaise et sur Jazz. Il posa la main sur la joue de ce dernier avec un sourire.

— Qu’est-ce que je viens de te dire ? On ne descend pas de ce transat avant qu’il y ait du sperme partout.

Jazz gloussa et s’allongea sur l’oreiller et la couette que Michael avait étalée pour eux.

— Je ne veux pas te faire mal.

— Alors ne me quitte jamais.

Il n’arrivait pas à croire qu’il avait dit ça, et encore moins à quel point il le pensait désespérément.

— Ça marche.

Avec un grand sourire, Michael recula et s’agenouilla entre les cuisses de Jazz. Il prit le sexe de ce dernier dans sa main et laissa couler un filet de salive de chaque côté. Il le fit plusieurs fois, puis leva les yeux vers Jazz.

— On va le faire à l’ancienne.

Il se hâta ensuite de se remettre à califourchon sur Jazz, au-dessus de lui cette fois. Jazz posa les mains sur ses cuisses et le dévisagea avec tellement d’amour et de désir que Michael en eut le souffle coupé. Quand il se mit en position accroupie, il chercha le membre de Jazz sous lui et le dirigea vers son intimité.

Ça brûla au début, et sa peau tira, mais il s’en fichait. Il appréciait la douleur, parce que ça signifiait que Jazz était toujours là, avec lui. En train de le pénétrer centimètre par centimètre.

Ils ne se quittèrent pas une seule seconde du regard, tandis que Michael s’abaissa lentement sur l’érection de Jazz jusqu’à être complètement assis sur lui. Jazz passa alors les mains sur les cuisses de Michael, puis se redressa pour le prendre dans ses bras. Haletant, ce dernier cala son menton sur sa tête, et ils restèrent comme ça, serrés l’un contre l’autre. Michael caressa doucement le dos de Jazz, avant de détacher ses cheveux.

Jazz laissa échapper un gloussement, parce que l’obsession de Michael pour ses cheveux était un sujet de plaisanterie entre eux. Le membre de Michael était coincé entre leurs corps, et le grondement dans la poitrine de Jazz taquina sa peau.

Une fois ses cheveux lâchés, Michael prit une grande inspiration pour profiter de l’odeur enivrante de son shampoing mélangée avec les effluves de leur désir et tout ce qui était unique chez Jazz. Michael embrassa son front puis s’écarta pour pouvoir le regarder dans les yeux.

— J’aime tellement quand tu es en moi.

— Et moi donc, déclara Jazz avec un sourire en coin. Mais tu me rends dingue à rester immobile.

Michael pouffa et baissa la tête pour étudier son air malicieux.

— Comme ça ?

Se servant de ses pieds plantés sur la terrasse à son avantage, il poussa sur ses jambes et remonta le long du sexe de Jazz. Il avait eu l’intention d’aller tout doucement pour le torturer, mais quand ils poussèrent tous les deux un gémissement affamé parce qu’ils en voulaient plus, il se laissa retomber et Jazz tâtonna entre leurs corps pour se saisir de la verge palpitante de Michael. Il la caressa d’une main ferme, la bouche ouverte et les yeux écarquillés, comme abasourdi par l’intensité de leur connexion. Ils se dévisagèrent fixement, et Michael s’agrippa à Jazz, tremblant alors qu’il reprenait ses mouvements de haut en bas avec plus de force. Jazz répondit avec des caresses synchronisées, et aucun d’eux ne détourna la tête.

Michael serra les épaules de Jazz et s’empala de plus en plus vite sur lui. Jazz le masturbait avec une passion égale, son autre main appuyée fermement dans le bas de son dos. Puis ses doigts glissèrent plus bas, à l’endroit où leurs corps étaient joints. Il appuya son pouce et son index de chaque côté de l’orifice de Michael, augmentant la pression sur son propre sexe tout en amplifiant le plaisir de Michael en le frottant à cet endroit. Chaque partie de son corps s’enflamma, grâce au feu allumé par le sexe nu de Jazz en lui, la pression de ses doigts sur son anneau de muscles, et le frottement de son autre main sur son érection.

— Oh, Jazz, grogna-t-il. C’est trooop bon.

— Chevauche-moi, bébé. Prends tout ce que tu veux.

Ils continuèrent comme ça encore quelques minutes, lentement, profondément, intensément. Au bout d’un moment, Jazz leva les genoux, et posa ses deux mains sur les hanches de Michael pour donner des coups de reins vers le haut, comblant Michael avec ses mouvements brusques.

— Oh ! s’écria-t-il quand Jazz effleura sa prostate de plus en plus vite.

Ses testicules se resserrèrent et son ventre s’échauffa avec la pression grandissante, tandis qu’il montait et descendait sur le sexe de Jazz pendant que celui-ci le pilonnait en retour. Même s’il était à deux doigts de jouir, il n’avait pas envie que ça se termine.

Cette nuit marquerait un tournant dans leur relation, et Michael avait besoin que ce moment dure aussi longtemps que possible, mais quand Jazz saisit son membre d’une main à nouveau, l’autre agrippée à sa taille au point de lui faire un bleu, ses cuisses tapant dans son postérieur, il se demanda combien de temps il tiendrait encore. Chaque caresse de Jazz le faisait hoqueter et trembler. Il enfonça ses doigts dans les épaules de Jazz pour chevaucher la vague de plaisir qui déferla sur lui.

Quand il se laissa retomber d’un coup au moment où Jazz donnait un grand coup de reins, Michael retint un hurlement, se souvenant in extremis qu’ils étaient dehors et que n’importe qui pourrait les entendre s’ils s’enflammaient un peu trop, comme ils le faisaient d’habitude.

Ondulant du bassin à présent, il pencha la tête et embrassa Jazz passionnément, avalant ses hoquets alors qu’ils s’activaient tous les deux de plus en plus vite, trouvant le rythme parfait. Jazz grogna contre sa bouche et plaqua une main de chaque côté de sa taille avant de se déchaîner, tout son corps s’élevant pour rencontrer celui de Michael et se perdre dans le plaisir.

Michael laissa tomber son idée de laisser traîner le moment en longueur, alors que leurs corps prenaient le contrôle. Ils se débattirent, se tendirent, s’agrippèrent et s’embrassèrent, tous leurs membres en action jusqu’à atteindre la ligne d’arrivée.

Jazz enfouit son visage contre le torse de Michael, sa tête calée sous son menton. Ce dernier enserra ses épaules, et ils rebondirent sur le transat, Michael s’empalant sur l’érection de Jazz avec une fureur renouvelée. Le bois craqua sous leurs poids combinés et la brise agita les branches des arbres. Un autre bruit de claquement résonna quand un feu d’artifice perdu se déclencha.

Mais ceux qui explosèrent entre Michael et Jazz furent plus immédiats, plus intenses, plus électriques. Impossible de se retenir plus longtemps. La friction de son sexe entre leurs corps gesticulants l’envoya par-dessus le précipice. Avec un cri étranglé, il se répandit entre eux, haletant alors qu’un million de petites lumières éclataient en lui. Il sentit Jazz accélérer encore, changeant de rythme pour trouver son propre orgasme et se déchargeant tout au fond de Michael.

La sueur rendait leurs corps glissants alors que Michael accompagnait son orgasme, ralentissant à mesure qu’il se calmait. Il se délecta de la façon dont son membre couvert de sperme était écrasé entre leurs torses. À bout de souffle, ils se tinrent l’un à l’autre. Michael n’aurait pas su dire lequel des deux tremblait le plus fort.

Il bougea pour pouvoir poser sa main à l’arrière du crâne de Jazz et la passer dans ses cheveux. Il les agrippa et inclina sa tête pour l’embrasser sur le front.

Le souffle brûlant de Jazz balayait la poitrine couverte de transpiration de Michael. Ils s’étreignaient toujours, noyés dans le plaisir.

— Je t’aime Michael. Je t’aime vraiment, vraiment beaucoup, chuchota Jazz d’une voix si ténue que Michael lâcha un son étranglé comme il n’en avait jamais produit.

Il se recula légèrement et prit la joue de Jazz en coupe. Leurs yeux se verrouillèrent, et Michael lui donna un baiser passionné, de toutes ses forces, du plus profond de son âme. Il ne s’écarta que lorsque son corps hurla qu’il lui fallait de l’oxygène, et il contempla son monde, son cœur. Son tout.

— Je t’aime aussi, Jazz.

 

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