N'oublie jamais

Nora Roberts · Chapitre 28 sur 34

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N'oublie jamais

Chapitre Vingt-sept

 

Ce dimanche, Miles ayant sa réunion de famille suivie de leur dîner traditionnel, Morgan s’accorda une grasse matinée. Plus tard, elle jardina avec sa grand-mère. Amusée, elle constata qu’elles portaient toutes les deux des chapeaux de paille à bords mous, des lunettes de soleil, des shorts à poches profondes et des baskets montantes usées.

– Gram, admire notre dégaine de fermières hippies.

– Je te signale que c’est mon style habituel. Tu me copies.

Morgan lança des fleurs fanées dans la bassine violette.

– Celui de maman évoque un mannequin qui ferait la une d’un magazine, genre Élégance et Jardin. Je n’ai pas hérité de sa classe. J’ignorais qu’elle tenait la boutique aujourd’hui.

– Darlie s’est réveillée avec une gastro. Sans doute un euphémisme pour la gueule de bois. C’est une brave fille, la parfaite extra pour l’été. Elle mérite de s’amuser un peu.

– Vous êtes de formidables patronnes, maman et toi.

Sous le soleil du mois d’août, elle épongea sa sueur et regarda autour d’elle.

– Tu sais, je ne pourrai plus me contenter d’un petit bout de jardin. Je suis trop gâtée entre le tien et celui de Miles. Nina avait conçu l’aménagement du nôtre et nous en avions fait un lieu bourré de charme. Mais maintenant, il me faut un jardin de rocaille, un jardin d’ombre et un jardin de fleurs à couper.

– Et des fontaines avec une grenouille zen.

– Précisément. Les hivers sont longs dans le Vermont. Je veux voir fleurir autant de fleurs que possible au printemps et à l’été, et même à l’automne.

– Donc tu restes.

Surprise, Morgan lui jeta un regard.

– Où veux-tu que j’aille ?

– Partout où tu voudras, bébé de mon bébé. Je ne peux qu’espérer que ce sera ici, mais ce lieu est celui qui nous convient, ta mère et moi. Tu étais à court d’options en arrivant et tu en as tiré le meilleur parti. Maintenant tu as eu plus d’une année et demie pour prendre tes marques et te faire une idée. Rester est un choix.

– C’est le mien.

Morgan arracha des mauvaises herbes.

– J’ignorais quoi faire au départ. Vous avez aménagé la chambre pour moi, maman et toi. Et j’étais un peu embêtée. Puis j’ai décroché le poste au bar de l’hôtel. Ce n’est pas ce que j’avais planifié, toutes ces années. Ce n’est pas mon bar. Pour autant, je m’y sens à ma place.

Elle haussa les épaules, releva les yeux.

– J’ai partagé beaucoup de moments forts avec toi, avec maman, au travail ou seule dans cette superbe maison. Et j’ai compris que je m’en étais privée parce que j’avais quelque chose à prouver.

– Et l’as-tu prouvé ?

– Je crois que oui. Les méfaits de Gavin Rozwell ne concernent que lui. C’est sans rapport avec moi en réalité. J’ai trimé, je me suis construit une vie parce que je le voulais, et je le pouvais. Mais tout cela me manquait, Gram. Des moments tels que celui-ci, parce que j’étais déterminée à me débrouiller seule. Cela me manquait de mieux te connaître, de bien connaître maman, et cela implique de me connaître moi-même, n’est-ce pas ?

En souriant, Olivia attrapa le menton de Morgan et le remua gentiment.

– Tu tiens de moi ton bon sens !

– Maman est trop sentimentale. Plus que toi et moi ?

– Depuis toujours. Le verre est toujours à moitié plein pour Audrey, et elle s’attend même à ce qu’il continue de se remplir en cours de route. Ce qui ne signifie pas qu’elle manque de caractère.

– Je n’avais pas vu cet aspect de sa personnalité auparavant.

– Elle m’a été d’un grand soutien à la mort de ton grand-père.

Olivia tourna son regard vers l’atelier, où elle pouvait encore le voir bricoler – et l’y verrait à tout jamais.

– Elle a été mon rocher quand le monde s’est écroulé autour de moi. Elle a géré la boutique pendant des semaines. J’étais prête à la mettre en vente.

– Je n’étais pas au courant.

– J’avais du mal à me projeter jusqu’au soir, encore moins jusqu’au lendemain. L’amour de ma vie, disparu en un instant. Comment était-ce possible ? Mais elle ne m’a pas laissé baisser les bras. Elle m’a aidée à rester debout jusqu’à ce que je retrouve un semblant de stabilité. Elle t’a laissé t’envoler, ajouta Olivia avec douceur, parce que tu en avais besoin. Et cela nécessite de l’amour et de la force.

Puis Olivia soupira.

– Il l’a bousillée. Restons-en là et passons à autre chose. Le Colonel l’a complètement foutue en l’air. Mais elle est retombée sur ses pieds. Et toi aussi. Nous sommes les femmes Nash, nom d’un chien.

– Nous le sommes. Et permets-moi de te dire, de femme à femme, de Nash à Nash, que j’ai envisagé de partir à cause de Rozwell. Parce que s’ils ne le coincent pas et qu’il me cherche, il viendra ici. Maman et toi êtes ici.

Avant qu’Olivia n’ait pu protester, Morgan leva la main.

– Et je sais ce que tu vas dire. Les femmes Nash trouveront une solution et lui régleront son compte.

– C’est tout à fait ça.

Et pour souligner son propos, elle appuya son doigt sur le ventre de Morgan.

– Et je le crois. J’ai envie de rester ici, pour quantité de raisons, mais tant que je n’y croyais pas, ça me semblait impossible.

– Bien, déclara Olivia en s’étirant le dos. Maintenant, je vais faire ma curieuse et demander si l’une de tes raisons est Miles Jameson.

– Il en fait certainement partie. Nous vivons les choses au jour le jour, surtout le week-end. Mais il en fait partie.

– Est-ce suffisant pour toi ? Un week-end après l’autre ?

– Je ne m’attendais même pas à autant. Cela dépend de moi aussi, ajouta Morgan alors qu’elles progressaient autour du jardin. Je n’ai pas fait de place à ma vie sentimentale, encore moins à une relation durable. J’étais tellement concentrée sur mes objectifs.

– Il n’y a rien de mal à rester concentré sur ses objectifs.

– Non, mais si l’on peut les ajuster ? Vivre ici m’a montré que je ne suis pas obligée de tout faire seule, sans aide. Je peux poursuivre une carrière épanouissante et avoir une vraie vie en même temps. Je peux travailler dur tout en gardant du temps pour la famille et pour quelqu’un qui me rend heureuse.

– Tu as les pieds sur terre. Ton point de vue n’est pas biaisé par les contes de fées comme ta mère. Ou plutôt, comme ta mère autrefois. Tu n’attends pas le prince charmant. Ce qui ne signifie pas que tu n’aimes pas, et même d’un amour vrai.

– Je n’avais pas prévu de tomber amoureuse de lui, soupira Morgan en remontant le bord de son chapeau. Plutôt bien l’aimer, être attirée, passer de bons moments. Je suis sortie avec un garçon à la fac.

– J’espère bien !

Avec un rire, Morgan leva les yeux au ciel.

– Gram, ce que j’essaie de te dire, c’est qu’il cochait toutes les cases : je l’aimais bien, il m’attirait, je passais des moments sympas avec lui. Par la suite, deux autres garçons ont correspondu à la liste. Puis j’ai cessé de trouver du temps, de faire de la place. Puis Miles a débarqué.

– Et cette fois c’est différent.

– Pour moi, oui. Pour moi, répéta-t-elle. L’attirance ? Un feu d’artifice, dès le début. Sérieusement, tu l’as regardé ? L’apprécier, ça s’est fait automatiquement. Pour quelqu’un qui déclare ne pas aimer les gens, il est attentionné. De bons moments ? Je m’éclate avec lui.

Cette fois, Olivia rit.

– L’amour se faufile en moi, un peu plus à chaque petit moment.

– Du meilleur genre qui soit.

– Tu crois ?

– Quand j’ai rencontré ton père, c’est son corps que je voulais, se rappela-t-elle.

Le petit rire étouffé de Morgan la fit pouffer.

– Mais il s’est faufilé en moi. L’amour s’est faufilé en moi.

Quand elle se retourna vers l’atelier, elle le vit presque lui sourire dans l’encadrement de la porte.

– Puis un jour, il a dit « Livvy Nash, personne ne t’aimera telle que tu es autant que moi je t’aime. Marions-nous. » J’allais répondre « T’es fou ? » au lieu de quoi j’ai dit « Oui, d’accord ». Il avait un plan. Steve avait un plan et il m’a intégrée à son plan. Et tous les jours, il a tout fait pour me donner toutes les raisons de m’en réjouir.

« N’était-ce pas miraculeux, se dit Morgan, d’avoir quelqu’un qui vous aime tel que vous êtes, à tout jamais ? »

– J’aime avoir un plan. Je dois tenir ce besoin de Pa. Et ça, ce n’était pas mon plan. De plus, Miles et moi avons passé une sorte d’accord avant de commencer à nous fréquenter. Alors un week-end après l’autre, ça me convient. C’est suffisant. Il ne me brisera pas le cœur. Il n’est pas cruel, pas froid. Quoi qu’il advienne, je m’en sortirai parce que j’ai eu ces bons moments. Et je suis chez moi à présent. Je me sens à ma place à Après.

– Je vais te dire quelque chose. Ensuite nous couperons quelques brassées d’hortensia. Nous les disposerons dans la maison et après, nous ferons une pause et nous prendrons un verre de limonade.

– D’accord, je t’écoute.

– Quand on aime quelqu’un, qu’on l’aime profondément et qu’on est prêt pour cette personne, il ne faut pas hésiter. Si l’amour n’est pas réciproque, ou s’il n’est pas aussi fort, ou s’il n’est pas prêt pour toi, tant pis pour lui. L’amour est courageux, Morgan. L’amour résiste.

– Ça sonne vrai.

– Parce que ça l’est. La profonde vérité.

– Je m’habitue à peine à être amoureuse de lui, à savoir qui je suis. Je crois qu’il me faut apprendre à être prête.

– Quand tu le seras, tu sauras quoi faire. Tu n’es pas une dégonflée. Coupons ces fleurs.

Elles répartirent des bouquets de ces hortensias d’un bleu magique dans toute la maison. Mais au lieu d’une limonade, Morgan rassembla différents ingrédients et instruments de bar.

– J’ai besoin d’aide.

– Pour préparer un verre ? Je ne suis pas contre un cocktail le dimanche avant quinze heures, mais c’est toi l’experte.

– Pas pour préparer, pour goûter, commenter, élire celui des trois qui deviendra notre boisson de l’automne. Juste deux gorgées, parce que chacun des cocktails est à base d’alcools différents. Mélanger les alcools est la voie royale pour écoper de la même gastro que Darlie.

– Oh, ce ne serait pas la première fois.

– Je pensais avoir réduit ma liste à deux, mais une troisième idée m’est venue. Alors, j’en soumets trois à ta critique.

– As-tu fait goûter à Nell et Drea ?

– Trop débordées. Et de cette façon, je soumettrai le vainqueur à Nell.

Olivia se frotta les mains en prenant place au comptoir.

– Prête !

– Bon, pour le premier, je commence par un agréable riesling sec et de l’eau de vie de poire. La poire étant le thème des soins d’automne au spa. L’eau de vie de poire donne du peps au riesling.

Divertie, Olivia l’observait, le menton appuyé sur son poing.

– Qui n’apprécie pas un peu de peps ? Il est déjà agréable à l’œil.

– Regarde comme il va devenir encore plus joli. Un peu de curaçao d’orange pour le zest, du sirop de miel pour le sucré, et cinq, pas quatre ni six, cinq gouttes de cette liqueur de réglisse.

– C’est aussi joli à entendre qu’à regarder.

– Si nous retenons celui-ci, je le servirai dans des verres à champagne classique, les Cary Grant, avec une tranchette de poire en garniture.

Le cocktail prêt, Morgan poussa le verre devant elle.

– Une gorgée. Analyse, laisse poser. Puis une seconde pour juger. Oh, voilà maman ! À point nommé. Deux juges.

– Je ne t’attendais pas avant quatre heures, observa Olivia.

– Darlie s’est rétablie, en s’excusant. Que buvons-nous et pourquoi ?

– Nous sommes les juges officielles de Morgan pour l’élection du cocktail d’automne, dit Olivia avant de goûter et d’analyser. C’est très, très savoureux.

Puis elle avala la seconde gorgée de rigueur.

– Succulent, et je ne suis pas amatrice de poires.

– Moi si, et un verre me ferait du bien. Nous étions sous l’eau ce matin. Un groupe en excursion pour la journée. Vingt-trois touristes.

– Deux gorgées, instruisit-elle sa mère. Parce qu’il y a deux autres cocktails à goûter ensuite.

– Oh, c’est très bon. Sucré mais pêchu. Je ne suis vraiment autorisée à boire que deux gorgées ? Je n’ai pas respiré de toute la matinée. Deux sœurs dans le groupe se sont chamaillées. Elles n’étaient pas loin de s’arracher les yeux pour savoir laquelle achèterait Secret Garden de Lacy Cardini pour l’anniversaire de leur mère.

– Le prix de cette peinture de Cardini s’élève à huit cent soixante-quinze dollars, s’exclama Olivia en battant l’air du poing. Bingo !

– Je les ai persuadées de l’acheter à deux, mais ça n’a pas été facile, et j’y ai mis toute ma diplomatie.

– Quand les deux autres cocktails seront prêts, tu goûteras et jugeras. Ensuite je te servirai ton préféré.

– Quel est le prochain ? Je vais m’asseoir.

– Celui-ci est à base de vodka. J’associe la poire, un simple sirop et la noix de muscade dans un verre à Martini pour celui-ci, glacé. À présent la vodka, la liqueur Tuaca, et un mélange de Bénédictine et d’eau de vie, frappé. Vous sentirez la vanille, les agrumes, une note végétale qui évoque l’automne. Et en garniture, expliqua-t-elle en versant les ingrédients, trois petits croissants de poire non pelée.

Olivia but un peu.

– Ta fille touche sa bille. Je vois les feuilles changer de couleur.

– À mon tour, dit Audrey en lui arrachant le verre des mains. Hmm. Allumons un feu dans la cheminée. C’est délicieux, Morgan. Je ne sais pas lequel je préfère.

– Tu n’as pas besoin de décider tout de suite, il en reste un dernier. Cette fois, je commence par composer un sirop épais à base de poire pelée, de miel et de jus de citron vert.

– Ça donne déjà envie, commenta Olivia.

– Avec du bourbon, c’est encore mieux.

Elle en ajouta dans le shaker, ainsi que des glaçons. Elle vissa le bouchon, secoua.

– Ils nécessitent tous les trois du savoir-faire.

Morgan sourit à sa mère.

– C’est pourquoi ils sont spéciaux.

Elle versa le cocktail dans un verre court en entonnoir.

– J’allonge avec du soda de gingembre pour l’effervescence, plus une tranche de poire en garniture.

– Goûte en premier, Audrey.

– Je ne bois pas de bourbon mais je vais quand même essayer.

Après une gorgée, elle ferma les yeux.

– Hmm, je crois que j’entends les gamins réclamer des bonbons d’Halloween.

– À moi, dit Olivia qui but un peu. Bien, bien, bien.

– Maintenant analysez les trois, et s’il faut une gorgée supplémentaire, n’hésitez pas. Mettez la main sous le comptoir, puis vous la levez en montrant un, deux ou trois. Il n’y a pas de mauvaise réponse. Manifestement, l’un des trois restera sur la touche.

Amusée, Morgan les regarda boire un peu de chaque candidat.

– Mains cachées. Doigts prêts. Révélation du gagnant ! Le troisième, toutes les deux ? Vraiment ?

– C’était difficile de choisir, admit Audrey. Mais la dernière gorgée a tout fait basculer. Ils évoquent tous les trois l’automne, mais celui-ci m’a presque semblé le susurrer.

– J’avoue que j’ai un faible pour le troisième. Donc il l’emporte à l’unanimité. Bon, c’était facile finalement.

– De ton côté du comptoir, sans doute. Et en tant que l’aînée de ce panel, je garde le vainqueur.

– Je t’en prépare un, maman.

– Non, non. Les deux autres sont remarquables. Je dois juste décider lequel je prends pour moi. Celui du milieu. Le juste milieu, c’est tout moi. J’ai du mal à croire que je boive des cocktails à quatre heures et demie. Et moi qui pensais pétrir de la pâte à pain ! Oh le dîner, nous devons encore réfléchir au dîner.

– Savourons des cocktails et commandons des pizzas à la place, suggéra Morgan.

– Je valide ton programme, dit Audrey en riant. Maman, qu’en dis-tu ?

– Ce que j’en dis ? À la vôtre !

Pendant que les Nash dégustaient des cocktails sur la terrasse, les Jameson étaient en réunion autour de la table de la salle à manger.

Nell étudia sa tablette.

– Dernier point à l’ordre du jour, le cocktail spécial d’Après, sa version sans alcool et le café pour l’automne. Ils seront inscrits à la carte début septembre, après la Fête du Travail. Morgan n’a pas encore arrêté son choix, mais elle s’est engagée à me le présenter en début de semaine. Pour le café, elle proposera ce qu’elle a baptisé son Café Incompoirable.

– Ah ah, fit Liam.

– C’est un mélange de café, de poire pochée, de cannelle et de clous de girofle, entre autres. Il me semblait trop compliqué, jusqu’à ce que je goûte. Je suis emballée. Pour la graphie du nom, l’idée vient de moi. Nous pouvons le proposer à quatre dollars.

– Astucieux, observa Drea. Cette jeune femme est intelligente. Nous avons le mariage des Stevenson en octobre et la future mariée exige des poires pour la décoration. Je vais demander à Morgan de créer un cocktail à la poire spécifique, différent de ce que nous proposons à Après. Et j’amènerai doucement la mariée à l’adopter. Miles, sais-tu ce qu’elle a décidé ?

– Non.

Elle ne lui avait pas parlé du café non plus. Même si la recette ne le faisait pas saliver, il ne doutait pas qu’il séduirait la clientèle.

Ils parlaient peu travail, songea-t-il pendant que sa mère faisait un point sur les événements. Réflexion faite, leur temps à deux était… comprimé.

C’est ainsi qu’ils s’organisaient. Jusqu’à présent.

Il coupa court à ses rêveries et raccrocha son attention à la réunion car, pour l’heure, il devait avoir la tête à ses responsabilités professionnelles, pas à Morgan.

Mais n’était-elle pas un peu ici, à travers les fleurs qu’elle avait eu la délicate attention de poser sur cette table samedi matin ?

La parole passa de sa mère à Liam et aux activités de l’automne. Randonnées en pleine nature, safaris-photos, sorties d’entreprise, week-ends pour les enfants, forfaits combinés à la rentrée. Et de là, l’entretien des espaces verts à l’automne, la maintenance, les contrôles de sécurité, l’inventaire trimestriel.

Après les affaires, la nourriture occupa le devant de la scène. Il avait préparé l’effiloché de porc braisé comme sa sœur l’avait suggéré. Beaucoup de complications, d’après lui, mais qui lui permettaient d’échapper à toute autre corvée pour le repas familial.

Et Morgan était un peu là aussi, dans la météo du dimanche qu’elle avait annoncée parfaite aussi bien l’après-midi que le soir. Dans la vaisselle colorée, qu’il convenait de sortir pour l’occasion. Comment l’ignorer alors qu’elle l’avait laissée sur le plan de travail, à côté de serviettes pliées avec art et d’un énorme pichet de sangria préparé à leur intention ?

– Tout à fait charmant. Je crois détecter une touche féminine, dit sa mère en survolant la table du regard.

– Apparemment, Morgan a un truc avec les serviettes. Et la sangria.

– J’ai envie de la goûter, dit son grand-père en se servant un verre. Quelqu’un m’accompagne ? Lydia ?

– Pourquoi pas. Je ne pense pas en avoir bu depuis notre voyage en Espagne. Ça fait combien de temps ? Dix ans ?

– Au moins. Les poires pochées dans le café me laissent dubitatif, mais ça, c’est un régal. Elle a un petit goût d’été d’autant plus appréciable qu’il nous quittera bientôt. Regardez ça. Rory a appris à Hurleur à rapporter la balle.

« L’œuvre de Morgan », songea Miles. Et ce satané chien s’entêtait à refuser d’aller chercher la balle pour celui qui lui fournissait le gîte et le couvert.

Elle était ici, dans ce satané chien, dans ces stupides serviettes, dans les fleurs sur la table. Cette femme était partout.

Ils mangèrent l’effiloché de porc, le coleslaw de son père, la salade de pommes de terre de sa grand-mère, le maïs grillé de son grand-père.

Ensuite, comme il était dispensé de rangement, il entraîna sa grand-mère à l’écart.

– Tu as une minute ?

– J’espère qu’il m’en reste plus que ça. Marchons un peu. Le jardin est particulièrement joli cet été. Tu es le meilleur jardinier de tous mes petits-enfants.

– Disons que le stage avec les paysagistes a laissé des traces.

– Visiblement, dit-elle en lui prenant le bras. J’ai déjeuné avec Olivia Nash la semaine dernière. D’après elle, Morgan embellit magnifiquement son jardin. Une fontaine avec une grenouille zen. Tu l’as aidée à la fabriquer ?

– J’ai juste prêté mes bras. J’adore cette propriété, Grandma. Tu ne m’entends pas assez souvent le dire.

– Je le vois, ça me suffit amplement. Tu veux la bague.

Il s’immobilisa, la regarda.

– Comment le sais-tu ?

– Mon petit chéri, je te connais. Nous te connaissons tous, dit-elle en se penchant un peu plus près. Je t’ai promis la bague pour le jour où tu trouverais celle à qui elle conviendrait. Elle voudra peut-être en choisir une autre.

– Non, dit-il en secouant la tête. Elle sera touchée qu’elle vienne de toi, de la famille. Ce sera important pour elle. Mais je ne la prends pas si tu n’es pas sûre.

Lydia contempla ses bagues de mariage qu’elle portait depuis plus de cinquante ans. Elle enleva celle qui était surmontée d’un diamant carré, qui complétait la simple alliance.

– L’important est que tu sois sûr, et je constate que tu l’es. Je porte le serment et la vie qui va avec. Je te remets la promesse de ce serment. Veux-tu l’annoncer aux autres ?

– Je préfère attendre sa réponse.

– Pour un homme intelligent, tu es obtus par moments. Ils savent déjà. Je ne peux pas te dire ce qu’elle répondra, je ne connais pas son cœur, ou pas entièrement. Mais je sais qu’elle a beaucoup de chance.

Lydia déposa la bague dans la paume de sa main et replia ses doigts.

– Ce n’est pas obligatoirement ce qu’elle veut. Pas la bague… l’ensemble. Tu as besoin d’en avoir le cœur net, n’est-ce pas ? La vie est une série de sauts dans le vide. Viens, allons annoncer aux autres ce qu’ils savent déjà.

Il n’eut pas besoin de dire quoi que ce soit. Il le sut dès que le regard de sa mère tomba sur la main gauche de sa grand-mère. Puis il vit ses yeux s’embuer de larmes.

– Oh non, ne fais pas ça.

– J’ai le droit. Rory, notre bébé va se marier.

– Je n’en sais rien. Attendez.

– Heureusement que je ne l’ai pas draguée.

Son frère dissipa ainsi la panique par la dérision.

– Comme si tu avais une chance avec elle.

– Nous ne le saurons jamais. Bien joué, mec. C’est une gagnante.

Mick prit la main gauche de Lydia et la porta à ses lèvres.

– Ma chérie à moi. Bien joué, nous deux.

– Tout le monde se calme ! Si elle refuse, rien ne change.

– Sois pas bête, dit Nell en l’enlaçant. Tout d’abord, elle dira oui. Ensuite, que ferions-nous ? Nous serions obligés de la congédier ? Elle est non seulement la meilleure manager que nous ayons eue au bar, mais c’est aussi mon amie.

Ensuite son père s’approcha pour les enlacer tous les deux.

– Ne fais pas ta demande sur un genou, murmura-t-il. Ce n’est pas son genre.

– Je n’en avais pas l’intention. Écoutez, je suis sérieux. Ne vous emballez pas. Je dois d’abord lui demander. En attendant, pas un mot à qui que ce soit.

La sonnette de l’entrée le sauva.

– Je vais répondre.

Il se dit qu’il aurait dû attendre. D’abord lui faire sa demande, ensuite demander la bague. Maintenant sa famille entière rongeait son frein.

Puis, en ouvrant la porte, quand il vit Jake, tout fut relégué au second plan.

– Désolé de te déranger. J’ai sonné parce que je sais que c’est jour de réunion familiale.

– Nous avons terminé, dit-il en sachant ce qui l’amenait chez lui. Rozwell. Une autre victime.

– Pas à ma connaissance. Je m’apprête à transmettre les dernières nouvelles à Morgan. J’ai proposé aux fédés de m’en charger. Je tenais à te prévenir avant toute chose.

– Autant rencarder tout le monde en même temps. Une bière ?

– Je me considère en service.

Le bourdonnement de la conversation mourut à l’instant où Jake apparut avec Miles.

– Tu as du nouveau, s’empressa de dire Nell.

– Je viens plutôt mettre à jour les anciennes infos. J’ai fait un crochet par chez vous avant de monter m’entretenir avec Morgan.

– Allons tous nous asseoir, proposa Rory en indiquant la salle à manger.

Une fois qu’ils furent tous installés, Jake posa les mains sur la table.

– Ces derniers jours, ils ont suivi la piste de Rozwell vers le nord, assez loin dans l’État de Washington. Tout semblait indiquer qu’il espérait passer au Canada. Ils en avaient déduit qu’il essaierait d’aller à l’est après avoir traversé la frontière et de là, retourner au sud, dans le Vermont.

– Ils ont revu leur jugement ? allégua Mick.

– Oui, lui répondit Jake. Beck et Morrison, qui dirigent les équipes du FBI, ceux qui le connaissent mieux que personne, le soupçonnent de les avoir leurrés, en laissant une piste relativement simple pour lui permettre de faire demi-tour et de fuir vers le sud. Je dois dire qu’ils m’ont convaincu. Ils se dirigent donc vers le sud. Le reste des forces d’intervention et la police locale sont restés sur place et le recherchent dans le nord. Et ils ont renforcé la surveillance aux frontières.

– Pourquoi le sud ? s’enquit Miles. En quelques mots.

– Il n’est pas dans son élément. Il dort dans des motels basiques, conduit des vieilles bagnoles et n’a pas fait de victime depuis la Caroline du Sud. Je suis désolé si ça semble insensible, s’empressa-t-il d’ajouter.

– Ça semble réaliste, modéra Lydia. Morgan fait partie de la famille de l’hôtel. Et même plus, enchérit-elle avec un coup d’œil à Miles. Mick et moi avons lu des articles sur lui et le profil de ses victimes. Il court après l’excitation qu’il ressent en ôtant la vie. Il viole rarement, peut-être même jamais. Tuer l’apaise et le galvanise.

– C’est exactement ça, Grandma. Selon eux, il sait qu’ils approchent, trop pour qu’il coure le risque de se concentrer sur son véritable objectif.

– Morgan, murmura Drea.

– Morgan. Toutefois, s’il est capable de les semer, ce qui le fait aussi vibrer, il est capable de se réorganiser. Au sud, à l’exact opposé, c’est ce qui leur semble le plus probable. Il aime le soleil, et en suivant cette piste, ils n’ont eu que de la pluie. Raison pour laquelle ils explorent la piste dans le Nevada, l’Arizona et la Californie. Ils estiment que réussir à les doubler le rend présomptueux. Le plus important, pour nous autour de cette table, est qu’il ne se dirige pas vers nous. Pas pour l’instant.

– Nous passons la sécurité de l’hôtel au niveau alerte.

– Crois-moi, Miles, la police de Westridge est déjà en état d’alerte.

– C’est une vaste zone à couvrir, observa Liam. Nevada, Arizona, Californie. Pourquoi ne pas ajouter le Nouveau Mexique, l’Utah ?

– Exact, et j’aurais aimé venir avec des certitudes. Mais s’ils ne se trompent pas, ou même s’ils font fausse route et qu’il espère s’introduire au Canada, il n’est de toute façon pas par ici.

– Il va encore changer de style, commenta Nell.

– Le plus probable est qu’il ait déjà modifié son apparence. De toute façon, il a grossi. D’une dizaine de kilos. Et ils l’ont en vidéo. Il a été filmé par la caméra d’une supérette. Ils m’ont envoyé les images, et je peux vous dire que ça l’use. À propos, la supérette fait partie des détails qui les ont interpelés. Il n’était pas obligé d’acheter des trucs à grignoter aussi loin. Ces images leur ont en plus permis de remonter au motel qu’il venait de quitter et qui abrite des distributeurs. Il savait, pour la caméra. Mais il y est malgré tout entré, et ce sans éviter d’être filmé.

– Il voulait être vu, conclut Miles.

– C’est la conclusion de leur analyse. Et la mienne.

– Nous apprécions que tu te sois déplacé pour nous en faire part, Jake. Tu vas tout de suite chez Morgan ?

– Oui, m’sieur, dit-il à Mick.

– Accompagne-le, dit Drea, la main sur le bras de Miles. Vas-y. C’est mieux que tu sois présent. Nous terminons de nettoyer et nous nourrirons Hurleur.

– Entendu. Merci. Jake, je monte dans ta voiture.

– Jake, tu passeras à la maison dans la soirée ? glissa Nell.

– Sans faute.

Miles resta muet jusqu’à ce qu’ils se retrouvent dans la voiture de Jake.

– Qu’est-ce que tu ne dis pas ?

– Rien, hormis ce que j’ai cru comprendre en lisant entre les lignes. Ils pensent qu’il tuera à la première occasion, dès qu’il sentira qu’il s’est débarrassé d’eux. Et il a une longueur d’avance.

Comme personne ne vint ouvrir quand ils sonnèrent à la porte des Nash, Miles sentit son sang se figer. Leurs voitures, les trois, étaient rangées dans l’allée, pourtant elles ne répondaient pas.

– Faisons le tour, suggéra Jake. C’est une belle soirée. Elles sont sûrement dehors et n’auront pas entendu sonner.

– La sonnette envoie une alerte sur leurs téléphones.

À mi-chemin, ils entendirent les éclats de rire. De joyeux rires féminins. Et ses entrailles se dénouèrent si vite qu’il aurait pu tituber.

Elles étaient tranquillement réunies, toutes les trois, un carton de pizza et des verres de cocktails sur la table. Sauf erreur de sa part, elles étaient un brin éméchées.

– Mesdames, commença Jake.

Audrey poussa un cri perçant qui provoqua une envolée de rires.

– Oh mon Dieu, vous m’avez fichu une sacrée trouille.

– Nous avons sonné. Vous n’avez pas entendu, je suppose. Pas plus que vous n’avez vos téléphones à portée de main.

– Non, nous…

Son rire s’éteignit, et elle referma la main sur le bras de Morgan.

– … bébé.

– Crache le morceau, dit Morgan. S’il te plaît.

– Ils ne l’ont pas encore attrapé et à notre connaissance, il n’a pas fait de nouvelle victime. Mais j’ai du nouveau.

– Bon, d’accord, dit Morgan en se frottant le visage. Désolée, nous avons oublié les téléphones à l’intérieur. Nous avons bu. Les cocktails d’automne. Une certaine quantité.

– Prenez une chaise, les invita Olivia. Nous sommes capables de retrouver notre sérieux si besoin. Morgan, l’information est le pouvoir. Nous avons le pouvoir.

Elles écoutèrent. Miles, silencieux pendant que Jake reprenait chaque point, observait la réaction de Morgan qui absorbait chaque nouvel élément.

– Nevada, Arizona en août, dit-elle, les mains croisées sur la table. Ce n’est pas juste chercher le soleil. La chaleur y est écrasante, non ?

– Je n’y suis jamais allé, mais oui. Notre espoir est qu’il se croie libéré de toute menace et se fasse plaisir en descendant dans un hôtel chic. Il n’a pas l’air en forme, Morgan. Je peux te montrer si tu veux. Ils m’ont donné leur accord.

– J’aimerais bien, oui. Je veux bien le voir.

Jake sélectionna la vidéo sur son téléphone.

– Oh, mince. Je ne l’aurais pas reconnu, ou pas tout de suite. Il fait plus âgé. Pas juste les cheveux, la barbe, il a pris un coup de vieux. Et du poids. Il est bouffi.

– Il a une tête de psychopathe, commenta Audrey en jetant un œil par-dessus l’épaule de Morgan.

– Maintenant ça se voit. Avant, pas du tout. Personne ne l’aurait deviné.

– Laissez-moi voir, dit Olivia en tendant la main. Ah, là. Il sait qu’il est filmé. Nous avons des caméras de sécurité à la boutique, dit-elle à Jake. Il me fait penser aux voleurs à l’étalage. Cette façon de regarder les caméras, de faire comme s’ils ne regardaient pas, ne contrôlaient pas.

– D’accord avec vous.

– Il a en grande partie perdu de son panache. Et là non plus, je ne parle pas que des cheveux ou du surpoids. Il avait du style, de l’assurance, du charme. Et je sais à présent qu’ils étaient ses armes. Mais il semble les avoir perdus.

– Beck et Morrison sont de ton avis. Comme tout drogué, il est en manque. Il ne s’en prendra pas à toi tant qu’il est dans cet état. C’est leur hypothèse, et je suis de leur avis. Mais nous restons extrêmement vigilants. Je m’y engage.

Il se leva.

– Si tu as des questions, si tu souhaites me parler de quoi que ce soit, appelle-moi. À n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

– Merci, répondit Morgan avant de regarder Miles. Tu restes ou tu dois rentrer ?

– Je peux rester un petit moment. Merci de m’avoir amené, Jake.

– Pas de quoi.

Jake parti, Audrey se tourna vers Miles.

– Nous avons élu le cocktail de l’automne, dit-elle avec un sourire joyeux et le regard droit. Un choix ardu d’autant que nous avons pris notre mission à cœur. Morgan, pourquoi ne servirais-tu pas un verre du gagnant à Miles ? Cela le concerne directement, après tout.

– C’est vrai, approuva-t-il parce qu’il avait compris ce qu’elle essayait de faire, avant de regarder Morgan. Ce serait super. J’ai appris que tu comptais désacraliser le café. Sur ce coup-là, je passe mon tour. Mais le verre, volontiers. Et n’oublie pas ton téléphone.

– Bien sûr. Je reviens vite.

Elle avait l’air éteinte, entre l’alcool et les dernières nouvelles. Juste un peu éteinte, estima Miles. Néanmoins elle se leva et rentra.

– Que souhaitez-vous me dire ? demanda Miles dès que Morgan fut hors de portée de voix.

– J’ai plutôt quelque chose à demander. Emmène-la chez toi, Miles. Elle a besoin de se changer les idées. Si elle reste ici, elle finira dans sa chambre à ressasser cette traque. Maman ?

– Emmène-la se balader avec le chien, ou au lit. Distrais-la.

Même s’il ne l’avait pas planifié, Miles sortit la bague de sa poche.

– J’ai une idée de distraction.

Alors qu’Audrey portait la main à sa bouche, Olivia examinait la bague.

– La bague de fiançailles de Lydia.

– Vous avez l’œil. Elle deviendra celle de Morgan si elle l’accepte.

– Oh non, ne fais pas ça, dit Olivia à Audrey. Ne commence pas, sinon je m’y mets aussi. Elle verra et interprétera de travers, et une chose est sûre, il ne va pas lui faire sa demande ici et maintenant. Ravale tes larmes, Audrey Nash. Nous pleurerons comme il se doit quand nous serons seules.

– Entendu, d’accord. Je suis si heureuse. Miles, rien ne me rendrait plus heureuse.

– Nous verrons ce qu’elle en pense.

– Audrey, remets tes lunettes. Nous avons choisi entre trois propositions, expliqua Olivia. La voilà, tu jugeras par toi-même.

Il prit le verre que Morgan lui tendait et l’examina.

– Attrayant visuellement. Quelle composition ?

Elle s’efforça de sourire.

– Goûte et essaie de deviner.

Parce qu’elle en avait besoin, il joua le jeu.

– Bourbon, dit-il après une gorgée. Bourbon, gingembre et poire. C’est ce qui ressort en premier. Du miel ?

– Très bien. Et du citron vert. Comment trouves-tu ?

– Je ne peux pas encore comparer aux autres mais j’aime assez. Il évoque l’automne ou l’hiver. Comment l’as-tu baptisé ?

– C’est presque un Prickly Pear. À quelques détails près. Je pense à un nom dans l’esprit de Lueur d’Automne.

– Sympa. Ça plaira à Nell.

– Je l’espère.

– Elle raffole de ton café saboté. Il est très agréable, ce jardin. Cette grenouille n’arrête pas. Du reste, je me demande où je mettrais une fontaine de ce genre.

– Il faut que je monte dans ton grenier.

Il but une nouvelle gorgée, la regarda.

– Il le faut ?

– Il y a forcément toutes sortes d’objets là-haut. Ce serait utile de placer un miroir, un miroir ancien d’une forme originale, derrière les lys d’un jour, à l’arrière.

Conversation était égale à distraction. Ce n’était pas son fort, mais il se débrouillait.

– Pourquoi un miroir dans le jardin ?

– Pour la lumière, les reflets, l’originalité. Tu en as sûrement plus d’un là-haut.

– Possible. Allons fouiner.

– Tout de suite ? Je ne suis pas si pressée. Je dois…

– Vas-y, l’encouragea Audrey. Entre la pizza et les cocktails, je vais me coucher tôt. Va avec Miles.

– Il n’a pas fini son verre.

– C’est une chance, dit-il en se levant. Parce que tu en as fini plus d’un, donc je conduis. Et pas toi. Je suis monté avec Jake. Cela règle la question de mon trajet retour.

Il lui prit la main et la tira sur ses pieds.

– Je n’ai pas mon…

– Tu as des affaires à la maison. Ton téléphone ?

– Je l’ai mais…

– Bonne fin de soirée.

– Oh sois-en sûr, dit Audrey avec un sourire radieux. À demain, bébé.

Elle se retint, se retint encore pendant que Miles emmenait Morgan. Puis elle lâcha tout.

– Oh, maman. Ma petite fille. Notre petite fille.