Opération Génésias
Michel Lacombe
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 6 parties.
— Merci, chef… Je souhaite, sans doute même plus que vous, que cette histoire se termine au plus vite ! Pour résoudre cette affaire, bien sûr, mais également pour réintégrer le service : l’équipe me manque aussi, chef !
— Bien ! reprit le responsable de la section en repassant au “ vous ”. Considérez que vous êtes en vacances de durée indéterminée, tout au moins dans la limite de ce que l’administration vous doit…
— J’espère que ce ne sera pas aussi long, chef, parce que j’ai bien l’intention de retrouver ma chérie avant d’arriver au terme de toutes les semaines auxquelles je peux prétendre !
— Alors, bonne chance, mon gars…
Le jeune homme allait ressortir lorsque Raymond Durolle le rappela :
— Sylvain ?
— Oui, chef ?
— Si vous avez besoin, vous pouvez toujours compter sur moi… de façon officieuse, bien sûr…
— C’est très gentil de votre part, mais, conscient de la tournure des événements, je ne veux mouiller personne !
Laissant le chef de service à sa perplexité et à la curiosité suscitées par cette simple remarque, Sylvain quitta dignement les lieux, assez satisfait : il avait obtenu ce qu’il désirait, la possibilité d’être mis en disponibilité sans avoir recours à un arrêt de travail médical soumis à contrôle…
* * *
*
Sans l’inquiétude latente qui ne le quittait plus quant à tous ces rebondissements, le jeune homme eût été presque guilleret en sortant des locaux de l’Institut National de la Police Scientifique. Qu’il se sentait libre, tout à coup ! Mais libre de quoi ? Comment agir contre la machiavélique machination qu’il soupçonnait ? Comment se battre, seul ou presque, face à une mystérieuse filière capable d’alerter même les services secrets de l’État ? Après cette brève excitation, un lourd sentiment d’impuissance l’envahissait, mais il ne voulait absolument pas lui céder :
— Je ne sais que faire, mais je le ferai !
Quelques mots qui ne voulaient rien dire, mais qui le rassuraient… En attendant, se souvenant des conseils de Roger, il entra dans un bureau de tabac pour se munir d’un téléphone à carte prépayée. Reconnaissant du repas de la veille, il fit un détour pour acheter chez un traiteur un menu amélioré, ne sachant que trop bien que ses talents de cuisinier s’avéraient plus que médiocres. Puis, se découvrant désarmé à trouver la moindre idée pour faire avancer l’enquête, il se résolut à retourner à Vaufrèges. La demeure de Chloé lui devenait un havre rassurant, tant il y devinait partout des détails lui rappelant sa bien-aimée
À peine arrivé, il s’installa de nouveau devant l’ordinateur :
— Chloé…
Finalement, il s’apercevait qu’il ne connaissait pratiquement rien d’elle et de son parcours. Leur passion commune avait été si brève, étouffée dans l’œuf par ce rapt inconcevable, alors que tous deux n’espéraient que la voir croître et fleurir au jardin de leurs sentiments ! Un peu nostalgique, il se contenta de frapper dans le moteur de recherche ce simple nom : « Novaks, Chloé ».
— Oh !
Il ne s’attendait pas à voir apparaître à l’écran une telle flopée de résultats : une foule de publications dans des revues de renom, de prises de parole dans des forums internationaux, d’échanges de vues pointus entre spécialistes de la génomique, d’interventions dans des débats si techniques qu’il n’en comprenait pas un traître mot malgré sa formation scientifique… Dès que l’on cliquait sur un article concernant ce domaine, son nom apparaissait et servait de référence : si Sylvain savait que son amie possédait un niveau appréciable dans sa partie, il ignorait qu’elle fût considérée comme une des chercheuses françaises les plus émérites ! Intrigué, il s’attacha à connaître son parcours, et découvrit ainsi qu’elle était originaire de la région lyonnaise, et qu’après des études brillantes elle avait erré de faculté en faculté jusqu’à rejoindre l’Université Toulouse III, où elle avait fait ses premières armes en tant que savante reconnue sous la houlette du professeur Griveau, qu’elle avait vite dépassé en réputation, aussi bien en France qu’à l’étranger… « Comment a-t-elle bien pu s’attacher à l’ignare que je suis, comparé à elle ? » Il ne put y réfléchir davantage, car le bruit de la voiture du commissaire Plantier se garant dans la courette l’arracha à ses rêveries.
Il se leva pour accueillir le policier et s’exclama :
— Déjà ?
— Oui… Pourquoi m’attarder plus, puisque j’ai obtenu ce que je voulais !
— La retraite anticipée ?
— Presque… ou c’est tout comme : je me suis débrouillé pour user de mes jours de vacances en retard en attendant la fin de mon activité professionnelle. Tu comprends, je n’étais pas sûr que ces congés me soient un jour payés, alors autant que j’en profite…
— Hormis la retraite, j’ai obtenu à peu près la même chose auprès de Durolle…
— Tout est parfait, alors ! Nous allons pouvoir nous consacrer entièrement à la recherche de ton amie…
— N’est-ce pas ce que nous faisons depuis deux jours ? Et, honnêtement, je ne vois pas comment nous pourrions aller plus loin…
— En se trouvant un resto, peut-être ? Je commence à avoir sérieusement faim !
— Pas besoin, j’ai pensé à tout !
— Comment ? Je croyais que tu étais nul en cuisine…
— C’est vrai, mais les traiteurs, ce n’est pas fait pour les chiens !
Roger éclata de rire, avant de filer vers le salon pour se verser une bonne dose de pastis…
— Je t’en sers un, aussi ?
— Non, non, merci ! J’adore prendre l’apéro, mais je n’en ai pas le cœur, depuis que…
— Oui, je comprends…
Le verre à la main, le policier fraîchement retraité toisa le jeune homme :
— J’ai fait le tri parmi mes connaissances, et j’ai fini par contacter mon ami Émile, que j’avais perdu de vue depuis des années… Il y a plus de quinze ans, il s’était fait muter à la D.S.T, la Direction de la Surveillance du Territoire, et j’ai supposé qu’il pouvait, confidentiellement, donner quelques grains à moudre à notre moulin…
— La D.S.T ?
— Oui… Elle a fusionné en 2008 avec les R.G pour devenir la D.C.R.I, service qui s’est transformé en 2014 en D.G.S.I… Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
— Ah ? Et qu’as-tu appris ? interrogea Sylvain en mettant un plat au micro-ondes.
— Mon Émile a fait quelques recherches, et il m’a rappelé il n’y a pas une demi-heure… Et il me semble qu’on ait bien mis dans le mille ! Si aucune action d’envergure n’a été lancée en France pour s’inquiéter de la défection de plusieurs savants, tous œuvrant dans la branche de tes foutus gènes, c’est parce qu’il y a beaucoup d’éléments qui écarteraient toute contrainte : jusqu’à preuve du contraire, on considère en haut lieu qu’il ne s’agit là que d’actions réfléchies, un désir de couper les ponts, tant la recherche en ces domaines peut être stressante…
— Et lui, qu’en pense-t-il ?
— Tu sais, dans ces services, il vaut mieux faire profil bas et suivre le même sillon que la hiérarchie ! Il m’a tout de même confié que la D.G.S.E, la Sécurité Extérieure cette fois, mène quelques enquêtes à ce sujet, car un même phénomène de disparitions en série de pionniers des sciences du génome a alerté plusieurs pays, dont les États-Unis, le Japon, l’Australie et quelques autres…
— Dont l’Allemagne, si j’en crois ce que j’ai trouvé hier concernant Hernst Walter ! Mais cela ne nous avance guère…
— Au contraire, cela prouve que nous ne faisons pas fausse route ! Et qu’il s’agit bien d’une machination d’envergure internationale…
Sylvain sortit le plat du micro-ondes et précisa :
— Soufflé de champignons en croûte, et suprême de volaille aux cèpes. J’espère que tu aimes les champignons ?
— Oui, oui, bien sûr !
Roger commença à manger de façon mécanique, ce qui assombrit aussitôt le jeune homme :
— Tu n’aimes pas ?
— Ne t’inquiète pas, c’est excellent… Mais je ne suis pas en mesure d’apprécier vraiment, car trop de choses me trottent en tête !
— C’est vrai, pour moi, c’est pareil… Et je me demande bien comment poursuivre notre enquête ?
— Pour ma part, répondit Roger Plantier, je vais essayer de creuser pour avoir une idée plus précise du phénomène à l’étranger… Et toi ?
Sylvain hésita, puis il se décida :
— J’ai bien envie de me rendre à Toulouse, pour y rencontrer le professeur Marcel Griveau, qui a formé Chloé avec un tel soin qu’elle lui a soufflé la première place pour ce qui est de la notoriété…
— Et ça te rapportera quoi ?
— Tout d’abord la connaître mieux, mais surtout savoir ce qui, dans ses travaux, est susceptible d’avoir provoqué son enlèvement… Ces deux-là devaient être très proches, non seulement à cause de leurs recherches communes, mais aussi, j’en ai le sentiment, parce qu’elle avait trouvé en lui ce second père qui compensait un peu sa solitude d’orpheline.
— Je ne savais pas qu’elle n’avait plus de parents…
— J’ai oublié de te le dire, mais cela explique aussi que, comme pour d’autres savants que nous supposons avoir été enlevés, c’était une circonstance favorable pour qu’une disparition ne provoque pas des réactions d’inquiétude hors de contrôle de la part d’une famille soudée…
— Et quand penses-tu y aller ?
— Pourquoi attendre, puisque je n’ai pas d’autre piste ? Dès que nous aurons mangé ! Il ne faut qu’environ quatre heures, par l’autoroute, pour rejoindre Toulouse…
Roger esquissa une moue moqueuse :
— Avec le carrosse de ta belle, alors ! Parce qu’avec ta propre guimbarde, je ne sais pas si tu y parviendrais…
Sylvain fit mine de ne pas relever l’ironie du propos. Tout à coup, il se sentait fébrilement impatient de prendre la route !
— Un conseil, ajouta pourtant le policier. Passe d’abord un coup de fil pour savoir si ton professeur Nimbus est disponible pour t’accorder un entretien !
— C’est bien ce que j’ai l’intention de faire ! Et je ne pense pas pouvoir rentrer avant demain… Tu veux que je te laisse les clés d’ici ?
— Pour quoi faire ? Je n’ai aucune raison d’y mettre les pieds si tu n’es pas là !
— On se téléphone, alors ?
— Oui… mais il faut d’abord que nous échangions nos nouveaux numéros…
— Bien sûr… Pour un peu, j’allais oublier !
OceanofPDF.com
OceanofPDF.com
L’action était-elle un remède à l’anxiété ? Bizarrement, Sylvain arrivait à oublier son angoisse première lorsqu’il pensait à cette jeune femme qu’il n’avait que peu côtoyée, avec la certitude optimiste que tout ce qu’il entreprenait le rapprochait du moment où il arracherait à leur claustration elle et ses confrères. Oui, il en était certain, la réussite était au bout de cette épreuve. Épreuve pour Chloé, sans doute, mais pour lui aussi ! Et, dans cette voiture confortable qui n’était pas la sienne, il se plaisait à imaginer qu’elle était déjà là, près de lui, fraîche, joyeuse et mutine, ainsi qu’il l’avait connue… Il détestait la monotonie de l’autoroute, mais au volant de ce véhicule sophistiqué, il y prenait presque plaisir malgré ce paysage qui défilait trop vite au fil des kilomètres.
Tout en conduisant, il resongea au bref entretien téléphonique qu’il avait eu avec le professeur Griveau quelques minutes avant son départ :
— Allo, monsieur Griveau ?
— Oui, lui-même… À qui ai-je l’honneur ?
— Sylvain Soyère, de Marseille, et je voudrais…
— Je ne crois pas que nous nous connaissons, et comme j’ai un emploi du temps très chargé, je vous prierais de bien vouloir vous adresser au secrétariat pour, éventuellement, envisager que je vous rappelle…
Le jeune homme avait deviné que son interlocuteur allait sèchement raccrocher, et il s’était empressé d’ajouter :
— Il s’agit de Chloé Novaks…
Marcel Griveau avait aussitôt changé d’intonation :
— Chloé ? Il ne lui est rien arrivé au moins ?
Une voix chargée d’inquiétude subite…
— C’est justement de quoi je voulais vous parler… Je ne souhaite nullement vous affoler, mais… mais elle a disparu !
— Disparu ? Bien, bien… c’est différent, alors ! Je vous attends au… non, chez moi, plutôt… Deuxième maison à gauche, chemin du Louradou, à Rouffiac-Tolosan. On y accède par la route du Clos du Loup, c’est au nord-est de Toulouse et…
— Ne vous inquiétez pas, Professeur… Ma voiture possède un G.P.S !
— Et… quand pensez-vous arriver ?
— Le temps de faire le trajet depuis Marseille, environ quatre heures, si tout va bien…
— J’y serai, j’y serai… Mais dites-moi, ce n’est pas grave, au moins ?
— Ne vous alarmez pas, j’ai toute raison de penser qu’elle va bien, mais… Non, mieux vaut que je vous dise ça de vive voix ! À ce soir, Professeur…
Un simple échange de quelques mots seulement, mais qui avaient suffi à Sylvain pour juger de l’affection que le bonhomme portait à Chloé : il avait bien jugé du désarroi de Marcel Griveau lorsqu’il lui avait annoncé la disparition de celle qui avait été son élève ! Un fort brave homme, sans doute…
Montpellier, Béziers, Narbonne, Carcassonne, Castelnaudary, et enfin Toulouse. Toulouse et son agglomération aux appétits de pieuvre qui grignotait toujours plus de territoires ruraux de ses tentacules immobiliers… Où était la ville rose de ses souvenirs d’antan ? Il n’était pas dix-huit heures trente, lorsqu’avec l’aide de l’écran tactile de navigation il repéra la maison du scientifique, face au vaste et élégant domaine de Preissac. Il n’eut même pas à sonner : dès qu’il descendit de voiture, un petit homme fragile d’une cinquantaine d’années à lunettes, aux cheveux gris et à la barbiche blanche, se précipita à sa rencontre et le saisit nerveusement par le bras :
— C’est vous, Sylvain ? Dites-moi… dites-moi ce qui se passe ! Chloé ?
— Rassurez-vous, je vais tout vous expliquer…
— Alors, entrez, entrez vite !
La demeure du savant se révéla être une habitation neuve d’un standing certain, agréablement agencée, propre et bien tenue… sauf le bureau où le maître de maison entraîna le jeune homme : entre piles de livres, dossiers, paperasses en tous genre et cartons divers, y régnait un gigantesque capharnaüm à tel point que Sylvain dut poser à terre quelques revues afin de pouvoir s’asseoir sur le siège proposé… Le petit homme aux allures de professeur Tournesol s’empressa :
— Vous vouliez me parler de ma chère Chloé, mais qui êtes-vous, d’abord ?
— Comme je vous l’ai dit au téléphone, je m’appelle Sylvain Soyère. Je n’ai connu Chloé qu’il y a seulement quelques jours, et nous sommes tombés amoureux dans la seconde !
— C’est bien beau, mais vous n’avez pas fait tout ce chemin pour me raconter vos histoires de cœur, je suppose ? Si elle vous a déjà quitté, je ne pense pas pouvoir vous aider en quoi que ce soit !
— Vous n’y êtes pas, Professeur… Mais vous avez l’air de lui être tellement attaché que je vous dois la vérité : Chloé a été enlevée !
— C’est… c’est… c’est une plaisanterie ?
— Malheureusement non. Et ceux qui ont fait cela m’ont même anesthésié pour s’emparer d’elle !
— Mais c’est insensé ! Je lui avais dit de se méfier : une si belle jeune femme ne peut que trop attirer l’attention de personnes malsaines… et ça se termine souvent si mal que…
La voix de Marcel Griveau se cassa. Des larmes perlèrent sous les verres de ses lunettes… Sylvain le détrompa aussitôt :
— Non, non, il ne s’agit pas de cela… C’est certainement moins dramatique, mais tout aussi grave !
Le chercheur sembla reprendre un peu d’assurance, et il pressa son visiteur :
— Alors, expliquez-moi ! En commençant par le début, hein ? J’aime les choses claires et ordonnées !
Le jeune homme faillit sourire à ce propos en considérant le fouillis qui encombrait la pièce, mais il répondit :
— Volontiers, mais je vous préviens. C’est tellement incroyable que vous aurez du mal à le croire, mais je vous jure que c’est la vérité !
— Allez-y, je vous écoute…
* * *
*
À parler ainsi de cette femme encore assez inconnue pour lui devant quelqu’un qui l’avait côtoyée des années durant, alors que lui-même n’avait pas eu trois jours pour vivre la fusion qui les avait si brièvement unis, Sylvain sentait l’émotion le gagner au fur et à mesure qu’il progressait dans son récit des événements. Patiemment, posément, il essaya de ne rien omettre, tant il se sentait en confiance avec cet être étrange qui le dévisageait au travers de ses verres épais sans l’interrompre. Plus il avançait dans sa relation des faits, plus il s’apercevait de l’étonnement que ses propos suscitaient chez son interlocuteur… De l’étonnement, puis une perplexité dont il ne fit part que lorsque Sylvain se tut :
— Vous êtes vraiment sûr de ce que vous avancez ?
— Ce n’est pas une plaisanterie de mauvais goût ! Je fais partie de la police scientifique, et mon métier me pousse plutôt à être sérieux. D’ailleurs, la seule personne qui m’épaule dans les démarches que j’ai entreprises est, comme je vous l’ai dit, commissaire à Marseille, et il vient ce matin de quelque peu anticiper sa retraite pour être à mes côtés dans cette affaire… J’étais moi-même prêt à démissionner de mon poste pour me consacrer à résoudre cette sombre énigme, mais j’ai pu obtenir de ma hiérarchie l’autorisation de prendre les congés accumulés depuis des mois et des mois, voire des années !
— Tout de même, c’est difficile à croire : enlèvements, services secrets, organisation occulte. Tout ce qu’il faut pour construire un mauvais thriller ! Mais si vous avez raison, cela m’inquiète beaucoup pour Chloé ! Elle est un peu pour moi l’enfant que je n’ai jamais eue : ma petite… Et elle m’a toujours considéré un peu comme un père.
— Oui, j’ai su qu’elle avait perdu ses parents fort jeune… Mais parlez-moi d’elle, s’il vous plaît. Je n’ai pas eu le temps de vraiment la connaître, vous savez !
— Et vous me semblez pourtant très épris d’elle, on dirait ? Ça ne m’étonne pas, c’est une fille attachante, si nature et si simple à la fois ! Qui se douterait de son niveau de connaissances en la croisant dans un bar ou une discothèque ? Et vous me dites qu’elle est tout aussi amoureuse que vous l’êtes ?
— Dès le premier jour, elle m’a confié les clés de sa maison ! Oui, le coup de foudre mutuel, même si ni l’un ni l’autre n’y croyions avant que ça ne nous tombe dessus…
— C’est surprenant… Elle, qui ne s’est jamais attachée à aucune de ses amourettes de passage ! Je désespérais de la voir rencontrer l’homme de sa vie, et j’ose envisager que c’est le cas avec vous… Ne la décevez pas, surtout !
— N’ayez crainte, monsieur le professeur…
— Arrêtez avec vos formules alambiquées, nous ne sommes pas dans un amphi ! Appelez-moi Marcel, cela suffira amplement !
— Et moi Sylvain. Mais rassurez-vous, je ferai tout pour rendre Chloé heureuse ! Enfin, pour cela, il faudrait d’abord la retrouver…
— C’est vrai, c’est vrai…
Ils se turent tous deux, puis Marcel Griveau chercha du regard les yeux de son vis-à-vis :
— Ce que je ne comprends pas, c’est la raison pour laquelle vous avez fait toute cette route pour me rencontrer : qu’attendez-vous de moi, en fait ?
Il baissa la tête…
— En toute vérité, je ne sais pas… Je crois surtout que j’avais besoin de parler d’elle avec quelqu’un qui la connaissait bien ! Pour me rassurer, peut-être ? Et puis, j’ai jugé que vous aviez vous aussi le droit de savoir ce qui lui était arrivé…
— C’est bien, c’est bien… Je le conçois aisément, et je vous remercie d’avoir fait ce déplacement. Mais ce que vous m’avez dit reste tout de même inquiétant ! Qu’est-ce qui peut bien motiver ces gens-là ?
— Ce n’est qu’une hypothèse, mais tout indique que, pour une sorte de complot de cette envergure, il faut des moyens considérables ! Un milliardaire illuminé, peut-être ? Qui, pour d’obscures intentions, s’offrirait des recherches dans le domaine des gènes en s’entourant, de force, des meilleurs spécialistes en la matière ? Pourquoi pas pour manipuler le génome humain afin de créer ce qu’il considérerait comme l’homme idéal ? Ou au contraire un soldat surhumain et obéissant ? Ou je ne sais quelle autre chimère ?
— Ce sont bien là des débordements possibles que nous craignons depuis longtemps, ce qui nous a amenés à faire signer dans le monde entier une convention éthique, mais ça n’exclut pas que certains savants soient un jour tentés de passer outre… Et je ne vois pas ce que vous pourriez bien faire, vous et votre ami policier, seuls contre une telle entité clandestine ! Vous ne savez même pas par où commencer !
Sylvain s’adossa plus confortablement sur son siège et releva la tête :
— Ce n’est pas tout à fait exact, car il est une chose que je ne vous ai pas encore dite. Lors de mon agression et de l’enlèvement de votre élève, avec l’aide de mes collègues de la Police Scientifique, nous avons récolté des indices tendant tous à nous orienter vers l’Italie ! Et Chloé s’est arrangée pour nous confirmer cette piste : connaissant mon métier, elle savait que j’avais éventuellement les moyens techniques suffisants pour faire sortir du néant la moindre trace. Et c’est à l’aide de sa salive qu’elle nous a laissé une piste en esquissant ces quelques lettres : O.R.V.I.E. Ce qui, mis en corrélation avec d’autres conclusions, nous amène à penser qu’elle a voulu nous indiquer Orvieto ! C’est sans doute par là qu’il nous faudra commencer…
Le savant quitta son bureau et fit quelques pas. Se retournant sur son visiteur, il lui proposa :
— Passons donc dans le séjour : pour une fois, après ce que j’ai entendu, j’ai vraiment besoin d’un alcool fort !
— C’est que… je ne veux pas trop m’attarder ! Il faut encore que je me trouve…
— Un hôtel ? l’interrompit Marcel Griveau. Il n’en est pas question ! J’ai deux chambres de libres dans cette maison trop grande pour moi…
— Mais je ne veux surtout pas vous déranger ! Je…
— C’est un ordre ! glapit le petit homme. Ça me fera le plus grand plaisir de causer de ma Chloé… et, naturellement, vous allez manger avec moi !
— Mais…
— Ne vous inquiétez pas, Sylvain, je ne vais pas vous empoisonner ! J’ai pour habitude de me faire livrer mes repas, et un seul coup de fil me suffira pour en commander deux au lieu d’un…
— Bien, bien… Si vous insistez…
* * *
*
Un dîner presque sans paroles, durant lequel les deux hommes d’observèrent, comme pour mieux se jauger, mieux se juger. Un lien invisible s’était pourtant instantanément noué entre eux, un lien qui portait le même prénom : Chloé… Le professeur Griveau lui semblait très attaché, et il devait sans doute tenter d’estimer la confiance qu’il devait accorder à cet amoureux de sa protégée : cette soi-disant idylle était si récente et avait été si brève ! Il ne pouvait pourtant nier tous les efforts qu’avait faits Sylvain pour tenter de savoir ce qui était arrivé à sa belle… Et puis, le fait qu’il fût agent technicien de scènes de crime dans une cellule de la Police Scientifique lui accordait d’emblée un certain sérieux ! Au dessert, Sylvain osa l’aborder de façon plus directe :
— Maintenant, Professeur, parlez-moi d’elle : comme je vous l’ai dit, je n’ai pas eu le temps de la connaître vraiment ! Et nous n’avons que peu évoqué notre passé. À tel point que c’est sur Internet que j’ai pu soupçonner votre complicité : vous l’avez accompagnée des bancs de l’Université jusqu’à la notoriété qu’elle possède aujourd’hui, n’est-ce pas ?
Marcel Griveau opina silencieusement :
— C’est vrai… J’ai tout de suite deviné chez elle un grand potentiel, et elle se montrait si studieuse, si avide de progresser plus vite que ce que lui permettait l’enseignement officiel, que je l’ai aidée à sauter les étapes. Et elle n’a eu de cesse de m’en remercier par une affection qui a su troubler mon cœur de vieil homme : oui, ta Chloé, c’était un peu ma fille, tu sais ? Et ce l’est toujours… Il ne se passe pas de semaine sans qu’elle ne me téléphone, ni un seul mois où elle ne me rend visite, malgré sa charge de travail et son emploi du temps plus que serré !
Devant l’émotion du professeur, Sylvain crut bon de détendre l’atmosphère :
— Ce qui voudrait dire que je dois peut-être déjà vous considérer comme mon futur beau-père, Marcel ?
Un petit rire ému, mais un peu cassé :
— On peut l’espérer… si vous pouvez la tirer de ce traquenard insensé !
— Je ferai tout pour, croyez-le bien !
— Je n’en doute pas, mais la tâche me paraît quelque peu aléatoire ! Enfin, il ne sert à rien d’en discuter jusqu’à l’aube, je vais vous conduire à votre chambre… on dit que la nuit porte conseil !
— Alors, bonsoir, Marcel !
— Bonsoir, Sylvain… Et encore merci de m’avoir prévenu : sans le moindre appel de Chloé, je me serais fait bien du souci…
— Je crains qu’il nous faille encore nous en faire beaucoup, étant donné ces circonstances hors du commun !
— Peut-être, mais c’est mieux que l’incertitude absolue… Peut-être y verrons-nous plus clair demain ?
— Peut-être…
Quelle impression, à émerger du goudron du sommeil dans un lit qui n’était pas le sien ! Réaliser qu’il n’était ni chez lui ni chez Chloé…
— Chloé ?
Il se redressa d’un coup, frotta ses yeux englués de la mélasse de son agitation nocturne, puis se décida à sauter dans ses vêtements sans passer par la case douche : il y avait tellement plus urgent, dans ses préoccupations nocturnes ! De peur de réveiller son hôte, il descendit silencieusement l’escalier et fut accueilli par une voix ironique :
— Pas tant de précautions, mon garçon… Parce que je suis éveillé depuis longtemps ! Thé, ou café ?
— Je préfère un café, si vous le voulez bien…
— Tu as bien raison ! Le thé, laissons-le aux Anglais ! Et je n’aime pas trop les British, soyons clair…
Sylvain nota que le professeur l’avait pour la première fois tutoyé, et il pressentit que cela était plutôt de bon augure. Marcel Griveau s’enquit encore :
— Bien dormi ?
— Oui… Malgré l’inquiétude que j’ai pour elle, le seul fait de penser à Chloé m’a aidé à m’assoupir ! Et vous ?
— Je n’ai pas vraiment fermé l’œil !
— J’en suis désolé, profess… Marcel, pardon ! Je n’aurais peut-être pas dû vous perturber avec toute cette ténébreuse affaire ?
— Mais que vas-tu penser là ? Bien au contraire, il me fallait savoir… Et j’ai cogité toute la nuit !
— Je sais… Depuis l’enlèvement de ma Chloé chérie, j’ai connu la même chose, et ça ne facilite pas quant au choix des décisions à prendre ! Tout ne baigne ensuite que dans le flou, sans savoir vraiment ce qu’on doit faire pour agir au mieux…
— C’est que tu n’as pas encore l’esprit assez mature, jeunot ! Pour ma part, il m’est venu une idée, mais je ne sais si elle va te plaire… Et je souhaiterais que tu appelles tout de suite ton ami commissaire pour qu’il se pointe ici-même dans les plus brefs délais !
— Mais… mais pourquoi ?
— Je ne veux en discuter qu’entre nous trois ! Dis-lui qu’on l’attend de façon impérative pour le repas de midi… Et dis-toi aussi que c’est pour le bien de celle qui nous occupe !
— Mais qu’avez-vous donc en tête ?
— Tu le sauras en temps voulu ! En attendant, tu ferais mieux de faire ce que je viens de te dire…
Bien qu’il eût usé d’un ton neutre, cet expert en sciences de pointe savait prendre l’ascendant sur ses contradicteurs en accentuant quelques syllabes seulement d’un regard impératif, et Sylvain ne put que céder en sortant son téléphone portable de sa poche. Il composa aussitôt le numéro du commissaire Plantier :
— Allo, Roger ? Oui, c’est moi… Dis, peux-tu venir nous rejoindre dans la foulée chez le professeur Griveau ? Pourquoi ? Je ne saurais te le dire : il tient à ce que tu sois là pour en avoir l’exclusivité ! Non, non, je n’en sais pas plus… et nous t’attendons pour manger… Ne râle pas ainsi, c’est comme ça !
Il coupa alors la communication et se tourna vers son hôte :
— Allez-vous m’expliquer cette lubie, Marcel ?
— J’ai tout d’abord eu beaucoup de doutes quant à ce que tu me racontais, mon gars ! Puis au fur et à mesure que tu m’exposais les événements, j’ai fini par me laisser convaincre… Mais ce n’est pas pour autant que je n’ai pas réfléchi à la situation de façon cartésienne ! En pesant le pour et le contre de chaque hypothèse… Mais, avant de te livrer mes conclusions, qu’elles te plaisent ou non, j’ai besoin de connaître le comparse que tu as impliqué dans cette affaire on ne peut plus glauque.
— Mais pourquoi ?
— Parce que j’ai peut-être une solution, et que si a priori tu as su gagner ma confiance, je ne peux te la révéler sans être sûr aussi de ton commissaire…
— Je peux répondre de lui, vous savez…
— Ah, bon ! Dis-moi alors depuis quand tu le connais vraiment, ton Plantier ?
Sylvain, pris de court par la question, ne put que baisser la tête en avouant :
— Depuis un peu moins de temps que Chloé, c’est vrai… Mais il m’a donné tellement de preuves sur son désir de faire la lumière sur cette affaire que je ne peux qu’être garant de son intégrité !
— Doucement, doucement, mon gars… La traîtrise, c’est un peu comme les virus que nous étudions journellement. Ils sont capables de toutes les stratégies pour tromper les défenses immunitaires !
— Je vous assure que le commissaire s’est entièrement investi dans cette intrigue au point de laisser de côté une fin de carrière qu’il aurait sans doute souhaitée plus pépère…
— Tu ne t’es pas demandé pourquoi ? Et s’il était de mèche avec ceux que tu soupçonnes, quel meilleur moyen d’entraver ta curiosité ?
— Non, non… Il m’a trop apporté d’éléments cruciaux pour être susceptible de mener un double-jeu !
— Je veux bien te croire, mon gars, mais il faut d’abord que je m’en assure personnellement ! Pour ce que j’ai en tête, il faudra que je me lance dans une plongée pour l’inconnu, mais si je m’y décide, dis-toi bien que ce sera pour Chloé et pour personne d’autre !
— Vous ne voulez pas m’en dire de plus, Marcel ?
— Pas avant de m’être assuré de la sincérité de ton comparse ! Il en va de ma sécurité comme de celle de nous tous…
Sylvain préféra ne pas poursuivre plus avant une conversation qui s’avérait de plus en plus délicate, et il se demanda ce que son hôte pouvait bien avoir en tête… Il soupira : que les heures à venir allaient lui paraître longues !
* * *
*
En scientifique émérite, Marcel Griveau savait séquencer le chaud et le froid aussi bien que les chaînes d’ADN du génome. Aussi, changeant aussitôt d’humeur, il se plut à détailler à Sylvain le parcours exceptionnel de son élève préférée, des bancs de la Fac aux plus hautes fonctions dans sa spécialité. Bien qu’il en eût déjà appris beaucoup avec Internet sur sa dulcinée, le jeune homme ne put que se laisser charmer par ce discours : il y avait tellement de sensibilité dans sa voix ! Rien à voir avec les informations froides et sèches du Web, mais une relation chargée d’émotion à ressusciter les premiers pas de la jeune fille, son ascension des dures marches de ses études, puis la spectaculaire maîtrise de la jeune femme pour présenter une thèse audacieuse qui avait étonné ses pairs, et enfin la femme accomplie dans son métier dont les trouvailles inédites avaient fait le tour du monde dans le milieu des généticiens… Comment oser interrompre son hôte, tant il savait si bien parler de cette jeune femme dont lui, Sylvain, ignorait presque tout ? D’ailleurs, Marcel n’eut de cesse d’aller et venir de son bureau au salon, lui montrant tantôt des photocopies de diplômes, tantôt des photos de celle qu’ils évoquaient, en classe devant ses éprouvettes, en train de recevoir une récompense honorifique, puis au sein de laboratoires suréquipés de machines ultramodernes… Obnubilé par les explications du professeur, Sylvain ne sentit pas le temps passer, heureux qu’il était de connaître dans le détail la vie de Chloé, ses doutes, ses progrès, ses réussites et ses échecs, puis l’excellence de ses travaux jusqu’à être reconnue comme une des sommités mondiales de sa discipline.
— Tu sais, Sylvain : depuis l’obtention de son Master, elle était sur le point de me dépasser en connaissances et déjà sur la voie de nouvelles technologies, mais en avance sur son temps ! Je ne m’en suis jamais trouvé jaloux, mais plutôt fier : c’est elle, qui était mon triomphe ! Et je n’ai jamais été aussi comblé que lorsque sa thèse sur les “ Phénotypes associés à des mutations codantes de gènes ” lui a conféré un titre de doctorante…
— L’élève qui surpasserait le maître, alors ? Ce doit être un peu frustrant !
— En début de carrière, peut-être, mais à mon âge, c’est avant tout une réussite, et même un honneur ! Je l’admire autant que je l’aime…
Le jeune homme se mit à rire :
— Arrêtez, Marcel ! On dirait que c’est vous, et non moi, qui la voulez pour femme !
— Mais non, j’ai seulement pour elle l’amour d’un presque père… Et si elle peut être heureuse avec vous, je n’en demande pas plus ! Sauf, peut-être, que vous n’oubliez pas pour autant le vieux birbe que je suis…
— Vous n’avez aucune raison de douter d’elle, Marcel ! affirma le jeune homme, ému. Et je ressens moi-même une forte estime pour vous, bien que nous n’ayons fait connaissance qu’hier…
— Ce n’est pas une raison pour te faire des illusions, gamin ! plaisanta le savant. Car tu n’auras le droit de me dire “ tu ” que lorsque tu lui auras passé la bague au doigt, à “ ma ” Chloé… Enfin, si vous en arrivez là ! Mais arrêtons-là ces bavardages, veux-tu ? Il m’a semblé entendre une voiture se garer devant la villa : ton ami policier, sans doute ?
— À moins que ce ne soit le traiteur ?
Marcel Griveau se leva d’un bond et se précipita vers son téléphone :
— Bon Dieu ! Le traiteur… Avec tout ça, je l’avais oublié, celui-là !
* * *
*
En entrant dans la belle demeure, le commissaire Plantier se montra d’abord assez ronchon, comme s’il se reprochait d’avoir accepté de faire tout ce trajet sans avoir eu de Sylvain aucune précision quant au but de cette rencontre. Ce n’était tout de même pas à ce jeunot de mener la danse ! Et que pouvait bien apporter à leur enquête ce vieux traficoteur de cellules, de molécules et de gènes, qui ignorait la veille encore la disparition de son ancienne élève ? Il se contenta donc d’un brusque mouvement de tête en guise de salut envers le propriétaire des lieux, puis se planta devant Sylvain :
— Eh, bien ! Me voilà… bougonna-t-il. Qu’as-tu de si important à me dire qui justifie plus de quatre heures de route, alors que tu pouvais aussi bien m’en rendre compte ce soir, à Marseille ?
Le jeune homme haussa les épaules :
— Je ne sais pas, Roger… Marcel voulait absolument te voir avant de m’en parler !
— Ah ! Parce que tu l’appelles déjà Marcel ? Vous avez bien vite sympathisé, il me semble…
— Et je ne demande qu’en faire autant avec vous, monsieur Plantier, intervint le professeur sans se formaliser de cette entrée en matière un peu rude.
Le policier se radoucit aussitôt devant la mine souriante et accueillante du vieux savant :
— Excusez mon énervement, Monsieur… Mais je ne supporte guère d’aussi longs trajets, surtout à l’improviste et sans explication aucune !
— Ce n’est rien ! J’aime les hommes de caractère, et d’autant plus face au problème que nous rencontrons… Je crois que j’aime plus Chloé que ma propre fille… si j’en avais eu une, bien sûr ! Mais entrez donc : quelque chose me dit que vous ne refuserez pas une boisson anisée…
En ces quelques mots, Marcel Griveau eut l’art d’aussitôt amadouer le commissaire, lequel s’enquit pourtant, après avoir avalé un premier verre :
— Va-t-on me mettre enfin au courant de ce qui justifiait une présence immédiate de ma part à plus de quatre cents kilomètres de chez moi ?
— Pas tout de suite, monsieur Plantier, rétorqua le chercheur. Je veux tout d’abord savoir à qui j’ai affaire, et nous verrons après…
Un peu vexé par cette entrée en matière, Roger prit Sylvain à témoin :
— Tu ne lui as donc pas dit qui je suis ? Un flic irréprochable après des décennies de service dévoué, et ce au prix du sacrifice d’une vie familiale normale…
— Mais si, Commissaire ! tenta de le rassurer Marcel Griveau. Mais je suis un homme qui a les pieds sur terre, et ce n’est pas demain que je ferai confiance à quelqu’un sans l’avoir rencontré… Je suppose qu’il en est de même dans votre métier : vous avez besoin d’être confronté de façon non virtuelle avec un potentiel suspect afin de pouvoir vous faire une idée, non ? Il en est de même pour moi…
— Parce que j’ai la tête à être un suspect ?
— Ce n’est pas ce que j’ai prétendu, corrigea le professeur. Et je sais que vous l’avez fort bien compris ! Ceci étant dit, je crois qu’il serait bien que nous passions à table, afin que nous nous connaissions mieux… J’ai une proposition à vous faire à tous deux, mais je préférerais vous en parler après ce repas. On se comprend mieux autour d’un café bien tassé… et éventuellement d’un bon pousse-café !
* * *
*
Le menu avait eu l’art de plaire au policier, qui s’affala bien plus détendu dans un fauteuil du salon pour déguster une bonne eau-de-vie provenant des Pyrénées proches. En faisant claquer sa langue sur le palais, il reposa son verre en proposant :
— Et si nous en venions maintenant à l’affaire qui nous préoccupe tous ?
Le professeur Griveau se leva et commença à arpenter la pièce de long en large. Puis il consentit enfin à énoncer ce qu’il avait en tête :
— Je vais tout d’abord tenter de résumer ce que j’ai compris de ce que m’a exposé Sylvain. Et arrêtez-moi si je me trompe… Après analyse de ce que j’ai entendu de sa bouche, s’il s’agit véritablement d’enlèvements, les cibles en étant soigneusement choisies. En premier lieu, il faut qu’elles soient d’un haut niveau scientifique. Deuxièmement, elles doivent faire de la recherche pointue dans le domaine de la génétique, plus particulièrement dans les manipulations du génome et de l’ADN, surtout si elles concernent l’humain. C’est exact ?
— Oui, oui, confirma Sylvain. Nous en avons d’ailleurs discuté jusque tard hier soir !
— Et enfin, il semble que les personnes privilégiées victimes de ces mystérieux kidnappeurs sont de préférence les scientifiques ayant le moins d’attaches familiales, ce qui est plus aisé pour que l’on croie à une décision volontaire de leur part de couper tous les ponts avec leur vie d’avant… C’est bien ça ?
Sur l’approbation silencieuse de ses hôtes, il poursuivit :
— Alors, je peux prétendre être l’homme qu’il vous faut !
Sylvain et Roger échangèrent un regard lourd d’incompréhension, et le professeur en profita pour reprendre la parole :
— J’ai une renommée certaine en biologie moléculaire et cellulaire, ainsi que sur le séquençage du génome, avec particulièrement la dernière technique que nous appelons les ciseaux C.R.I.S.P.R-Cas9, qui permettent presque de tailler à volonté des segments de l’hélice d’ADN, les permuter, les insérer, avec pour résultat une expression différente des gènes. Je vous dis ça de façon assez grossière, parce qu’en réalité c’est bien plus complexe que cela…
— Même si nous ne savions pas tout ça, nous avions déjà une idée assez complète de votre compétence, comme de celle de Chloé Novaks en ce domaine ! grogna le commissaire.
Sans tenir compte de cette remarque, Marcel Griveau continua à aller et venir devant la porte-fenêtre de sa salle de séjour :
— De plus, reprit-il, je suis un vieil ours solitaire qui ne quitte son laboratoire que pour rejoindre ici son bureau, et accessoirement s’accorder quelques heures de sommeil. Sans contrainte, sans famille… sauf ma charmante Chloé, bien qu’elle ne soit pas de mon sang…
— Mais où voulez-vous en venir, Marcel ? s’impatienta Sylvain.
— Simplement vous faire comprendre que je suis l’appât idéal pour ceux qui s’en prennent ainsi à notre corporation !
— Ne vous inquiétez surtout pas, Professeur ! assura Roger Plantier en extirpant sa carcasse impressionnante du fauteuil dans lequel il était engoncé. Nous sommes là pour vous protéger !
— Non, non, protesta le petit homme à lunettes. Vous ne m’avez pas compris ! Fort de toutes les qualités que je viens de m’attribuer, j’aimerais que vous fassiez en sorte que je sois le prochain objet de ces enlèvements…
— Comment ? s’écrièrent à l’unisson Sylvain et le commissaire en se levant d’un bond de leur siège.
— Calmez-vous, je vais vous expliquer…
OceanofPDF.com
OceanofPDF.com
Une stupéfaction générale avait accompagné les derniers mots du vieux savant. Sylvain fut le premier à réagir :
— C’est une plaisanterie, Marcel ?
— Absolument pas ! assura le professeur avec des éclairs de malice dans les yeux. Crois-tu que j’aurais fait se déplacer ton ami pour une simple plaisanterie ?
— Alors, c’est complètement absurde ! s’insurgea le commissaire.
— Mais non… reprit Marcel Griveau. Quel meilleur moyen de retrouver Chloé que de faire en sorte de m’embarquer sur le même bateau ? Il est exclu que ce puisse être l’un d’entre vous, car seuls des scientifiques de ma trempe intéressent les ravisseurs. D’une part je veux tout faire pour soustraire de leurs griffes la meilleure élève que j’ai jamais eue, et d’autre part je suis curieux de savoir à quoi riment les études du mystérieux programme élaboré par un cerveau plus mystérieux encore, et sans doute malade… Et, enfin, j’avoue que c’est une aventure qui m’excite singulièrement et me redonne un peu de cette jeunesse qui s’éloignait à grands pas !
Roger Plantier ouvrit de grands yeux ébahis… Puis il s’adressa à Sylvain :
— Non, mais… Regarde-le, il jubile comme un gamin devant un nouveau jouet ! Dites-vous bien que ce n’est pas un amusement, monsieur Griveau… Il faut parler sérieusement, maintenant !
— Mais je suis sérieux ! Je suis même sûr que c’est la seule solution ayant une chance de porter ses fruits…
— Et quand bien même, tempêta le jeune homme, il est hors de question que nous acceptions que vous vous exposiez ainsi ! D’abord, un tel plan comporte une faille de taille : comment convaincre les auteurs de ces enlèvements à porter leur choix sur vous ?
Le petit professeur à lunettes soupira, puis égrena un petit rire :
— J’y ai songé, voyez-vous ! Et, à mon avis, il suffirait que j’écrive, dans une revue scientifique de haut niveau, la fausse information que je suis sur le point de faire une avancée énorme dans une supposée maîtrise contrôlée de la mutation, volontaire ciblée, de certaines parties de notre génome pour susciter leur intérêt. Et le détailler suffisamment pour qu’ils aient envie de s’adjoindre contre mon gré mes précieux services…
— Et vous vous dites un scientifique ? s’indigna le policier. Je n’ai jamais entendu un raisonnement aussi bancal !
— Réfléchissez, et vous admettrez que ce n’est pas si idiot… susurra le professeur en se rasseyant face à ses invités.
Tout d’abord, personne n’émit le moindre mot. Puis Sylvain s’emporta :
— Non, c’est vraiment n’importe quoi ! Car si ça fonctionne ainsi que vous le pensez, ça n’avancera en rien notre affaire, sinon à nous retrouver avec un disparu de plus dans la nature… Aucun intérêt !
Marcel Griveau soupira :
— Mais qu’est-ce que c’est que ces béotiens sans aucune imagination ? Vous êtes pourtant bien placés pour savoir les prouesses dues aux progrès de notre technologie galopante ! On peut repérer quelqu’un grâce à son téléphone, ou par le biais du G.P.S du système de navigation d’un véhicule…
Le commissaire haussa les épaules :
— Pff ! Parce que vous croyez peut-être que ces gens-là sont assez fous pour vous laisser votre portable ? Ils préféreront sans doute faire en sorte de le laisser dans le premier avion venu pour brouiller les pistes ! Et il m’étonnerait qu’ils vous enlèvent dans votre propre voiture…
— Et la miniaturisation, ça existe, non ? On trouve, même en ligne et à des prix ridicules, des appareillages sophistiqués qui auraient fait rêver les espions d’autrefois ! Il y a ces émetteurs géo-localisables qu’utilise parfois la police pour tracer un véhicule ou une personne, connus sous le nom de “ mouchards ”… Ou encore des caméras émettrices miniatures : de nos jours, il en est qui ne dépassent pas la taille d’une puce ! Quoi de plus facile que d’en intégrer une, avec sa micro-batterie, par exemple dans l’épaisseur de mes grosses lunettes d’écaille ?
Le jeune homme resta coi et chercha l’avis de Roger Plantier, lequel se gratta le menton :
— Vu sous cet angle, ce n’est pas totalement extravagant ! Mais ce serait prendre des risques inconsidérés sans aucune certitude de réussir… Restons réaliste, professeur !
— Je persiste et signe ! s’entêta le bonhomme. Je tiens beaucoup à Chloé, vous savez… Et, de plus, je ne cesse de déplorer que je me ramollisse à n’avoir comme seul horizon celui des courbes et des graphiques de mes recherches ! Je rêve d’aventures que je croyais impossibles à mon âge, et voici que l’occasion s’en présente. Je ne vais pas la laisser passer, surtout si c’est pour le bien d’une personne que j’aime énormément… et qui me le rend bien !
— Avez-vous pensé au danger que cela représente ? glapit à son tour Sylvain.
Un regard moqueur en réponse :
— Mais non ! Les ravisseurs n’ont aucune raison de maltraiter leurs proies… Ils ont même tout intérêt à les choyer, s’ils veulent former une équipe qui se voue entièrement à leurs mystérieuses recherches ! C’est notre savoir et notre expérience qu’ils veulent mettre à contribution, ce qui à mon avis exclut toute brutalité…
— Pas si sûr ! Il faut encore qu’ils puissent convaincre les experts que vous êtes à collaborer à ces études en marge d’une éthique mondialement acceptée. Et éviter que ces otages ne se livrent à des expériences volontairement faussées afin de tromper leurs ravisseurs !
— Je crois que, dans notre domaine, ce n’est finalement pas si sûr : nous sommes tous des passionnés et, parfois, nous arrêter dans la progression de nos découvertes là où la morale l’exige nous est souvent frustrant. La tentation de dérive existe, et la curiosité peut certainement en amener plus d’un à s’affranchir de ces règles si l’occasion s’en présente, et celle-ci en est une qui peut offrir l’avantage d’avoir comme prétexte la contrainte…
Ce fut à Sylvain de se dégourdir les jambes en déambulant dans la pièce et en réfléchissant à autre voix :
— Il y a à l’évidence quelqu’un qui a des moyens financiers assez colossaux pour mener une entreprise discrète de cette envergure : ce n’est pas tout de constituer une équipe de scientifiques de haut niveau… Il y faut aussi du matériel ultrasophistiqué qui doit coûter des fortunes ! Des locaux indécelables, sans doute sous couvert officiel d’autres activités. Il lui a aussi fallu s’entourer d’hommes de confiance pour élaborer un tel complexe sans attirer l’attention, ainsi que pour des basses œuvres, dont les enlèvements qui nous occupent. Quel est le but de ce dément ? Je l’ignore. Mais, considérant que c’est l’intimité des gènes humains qui motive les recherches de haut niveau qu’il entend bien faire exécuter par ses otages, je crains qu’il ne s’agisse d’eugénisme : arriver à manipuler le génome pour forger une génération d’hommes qu’il vaudrait idéaux !
— Ou plus forts, ou plus intelligents, ou plus résistants aux maladies, ou mieux adaptés à des voyages spatiaux de longue durée, ou que sais-je encore, remarqua le commissaire Plantier. Qu’en pensez-vous, professeur ?
— Tout est envisageable, bien sûr : le cerveau des illuminés est capable de tellement de bizarreries ! Et, dans le domaine qui est le mien, les possibilités sont légions dès que l’on dépasse les limites de la déontologie. Tenez, il y a peu, des biologistes chinois de l’Université de Canton sont intervenus sur le génome d’embryons non viables, ce qui a soulevé un tollé dans le monde scientifique, car modifier le génome d’un embryon c’est par définition modifier le génome de ses futures cellules sexuelles. En d’autres termes, c’est transmettre cette modification aux générations suivantes. Récemment encore, et toujours en Chine, le professeur He Hankui a lui aussi modifié le génome d’embryons humains à l’aide de la technique des ciseaux moléculaires dite C.R.I.S.P.R-Cas9. Ces embryons manipulés ont donné naissance à deux jumelles portant la modification génétique voulue, en l’occurrence la résistance à l’infection par le V.I.H… Ce qui pourrait paraître louable, mais qui est en fait une transgression aux règles éthiques et la porte ouverte à toutes les dérives, dont certaines potentiellement dangereuses !
— C’est vrai que c’est assez effrayant…
— Autre exemple ces derniers mois : des chercheurs allemands de l’Université de Dresde et d’autres de l’Université de Tokyo ont implanté dans des fœtus de ouistitis un gène humain déclenchant la formation de cellules souches cérébrales supplémentaires. Les embryons de ces petits primates ont grandi et présenté un cerveau plus volumineux doté de plus de plis. Pour cela, il n’a fallu changer qu’une seule lettre dans l’ADN d’un gène ! Par crainte de dépasser les limites, les chercheurs ont interrompu leur expérience au cent unième jour, soit une cinquantaine de jours avant la date de naissance normale. Ce que je veux vous faire comprendre, c’est qu’il est tout à fait concevable qu’un idéaliste ou un fou fortuné veuille s’affranchir de ces limites et s’engager pleinement dans une voie qui me fait froid dans le dos… Raison de plus qui m’inciterait, avec votre aide, à tenter de faire échouer une telle entreprise !
Ces remarques plongèrent ses deux invités dans une profonde perplexité. Après ces explications, ils mesuraient plus que jamais qu’ils s’attaquaient à forte partie ! Mais comment dissuader Marcel Griveau d’aller en première ligne comme il en manifestait l’intention ? Quelle drôle d’idée, que de vouloir à tout prix aller se fourrer dans la gueule du loup ! Pourtant, a contrario, on pouvait tout aussi bien considérer que c’était là mettre le ver dans le fruit… Malgré leurs réticences, Sylvain et son ami policier ne pouvaient s’empêcher d’envisager cette hypothèse… quitte à s’estimer aussi déraisonnables que lui ! Le commissaire Plantier fut le premier à revenir sur la proposition désintéressée du savant :
— Une caméra espion planquée dans les lunettes, ça me paraît un peu compliqué… Mais je pense qu’un stylo ou un briquet seraient plus appropriés… Il s’en trouve même dans le commerce ! J’ai aussi un ancien collègue qui travaille au Service Opération de la D.G.S.E. Peut-être pourrait-il se débrouiller pour me fournir des appareils plus performants et plus à la pointe de la technologie, mais je crains un peu d’entrer en contact avec lui : cela pourrait attirer sur nous l’attention de ces fonctionnaires de l’ombre, et nuire à la discrétion qui nous est essentielle !
Sylvain le regarda droit dans les yeux :
— Comment ? Ne me dis pas que tu entres dans le jeu de l’envie puérile de notre hôte à jouer les James Bond ?
— Je te remercie pour le mot “ puéril ” ! répliqua aussitôt le professeur. Mais avec ou sans vous, je vous préviens : ma décision est prise. Et, quoi qu’il arrive, rien ne m’empêchera d’écrire un papier qui, même s’il ne repose sur aucune réalité concrète, prétendra que je suis sur le point de faire une avancée révolutionnaire qui bouleversera le monde de la génomique ! Aussi, pour faciliter le travail de ces éventuels ravisseurs que je souhaite vivement voir s’en prendre à ma personne, j’annoncerai même que j’arrête toutes mes fonctions officielles et universitaires pour ne me consacrer, en ermite, qu’à la mise au point de mon étude imaginaire… Qu’en pensez-vous ?
— Que c’est complètement fou, Marcel ! rétorqua le jeune homme. Mais, comme je crois que quoiqu’on dira vous ne renoncerez pas à ce projet kamikaze, je crains bien que nous allons devoir nous plier à ce caprice…
— Et faire en sorte qu’il ne tourne pas à la catastrophe ! renchérit aussitôt Roger Plantier.
Le professeur Griveau se frotta les mains, puis esquissa un sourire satisfait :
— Bon… Puisqu’après toutes ces inutiles tergiversations nous sommes d’accord, il ne nous manque plus qu’à affiner les choses, non ?
* * *
*
Durant tout le reste de l’après-midi, les trois compères s’attachèrent à imaginer les stratégies les plus efficaces pour parvenir à leur but. Souvent, ils s’arrêtaient pour méditer et cogiter, et il leur semblait que l’ombre immatérielle de Chloé planait tout autour d’eux. Cette sensation étrange les incitait alors à se remettre au travail, avec souvent de nouvelles idées à la clé, et parfois de nouvelles interrogations :
— Je sais qu’une publication scientifique sérieuse et reconnue passe par des revues spécialisées, et qu’elle est soumise avant parution à un collège d’experts validant ou non son contenu… Comment l’article mensonger que vous envisagez pourra-t-il passer ces barrières ?
Marcel Griveau sourit :
— Bonne question, Sylvain ! Je n’ai nulle intention de faire gober mon article par une revue aussi prestigieuse en biologie que Cell, ou par des périodiques plus sensationnalistes comme Science ou Nature… Je pense plutôt évoquer une prépublication en accordant une ou plusieurs interviews à des mensuels plus généralistes largement diffusés, mais qui ont malgré tout un fort impact. J’espère assez choquer pour que l’on me demande d’autres entretiens, cette fois fortement médiatisés…
Le commissaire souffla bruyamment :
— Oui, mais cela va prendre des semaines et des semaines, et le temps presse, à mon avis !
— C’est pourquoi j’ai dans l’idée de commencer par un grand quotidien comme Le Monde, par exemple. Pas directement, bien sûr, mais en incitant un de mes thésards à commettre cette indiscrétion. Nul doute que les journalistes me contacteront dans la foulée ! Si cela provoque l’emballement que j’espère, tout peut se jouer en quelques jours…
— Ce qui nous laisse peu de temps pour nous préparer et nous équiper. J’estime qu’il serait bien de commencer par un stylo-caméra-espion wifi que vous porteriez sur la pochette de votre veste, professeur…
Sylvain suggéra aussitôt :
— Puisque nous en sommes à la technologie sans fil, et qu’il est impensable que nous surveillions sans cesse et vingt-quatre heures sur vingt-quatre la villa de Marcel, je propose que le professeur ait en permanence à portée de main un simple bouton pour nous alerter dès qu’il se rendra compte que quelqu’un pénètre dans la maison…
— Bonne idée ! approuva le policier. Et je pourrais en profiter pour coller un mouchard sous le véhicule des ravisseurs. S’ils se pointent comme on l’espère, bien sûr !
— Mais comment espionner cette demeure tout en restant incognito ?
Roger Plantier se mit à rire :
— Avec un sous-marin, bien sûr !
— Avec quoi ? s’étonna Marcel Griveau.
— Un sous-marin : c’est ainsi qu’on appelle dans la police un véhicule discret de surveillance… Un petit fourgon, banal souvent, avec des vitres surteintées pour épier sans être repéré !